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dimanche, 04 octobre 2009

Plus profonds, plus dérapants, plus durs

1238099133_685e1ac2f6.jpg"Pour moi aussi, c'était le retour, mais les retours ne sont jamais ce qu'on imagine, ils sont chaque fois plus profonds, plus dérapants, plus durs."

Philippe Sollers, Le Secret

Guido Reni, Beatrice Cenci

vendredi, 25 septembre 2009

L'amour...

1976-Willy-RONIS_zoom_width.jpg"L'amour, dans un pays d'athées, ferait adorer la divinité."  : Rochester, cité par Voltaire dans son Dictionnaire philosophique (au mot amour)
Photo de Willy Ronis (1976)

mercredi, 23 septembre 2009

Tu te souviendras

homage-to-munkacsi-carmen-coat-by-cardin-place-francois-premier-paris-august-1957-richard-avedon.jpg"Si tu veux rejouer le COUP FOUDROYANT de Dada, révoque les fantômes à vide de l'avant-gardisme. Ainsi tu ne diras jamais : "Je ne veux pas savoir s'il y a eu des hommes avant moi." Tu te SOUVIENDRAS, au contraire, qu'il y a eu des hommes, et qu'ils ont produit ces gestes, ces phrases, ces oeuvres, que ton cerveau ramène à chaque instant à leur intégrité."

Philippe Sollers

Photo de Richard Avedon

mardi, 22 septembre 2009

Ces hauteurs qui semblaient vides

09w9qtpo.jpg" Il était tard lorsque K. arriva. Une neige épaisse couvrait le village. La colline était cachée par la brume et par la nuit; nul rayon de lumière n'indiquait le grand château. K. resta longtemps sur le pont de bois qui menait de la grande route au village, les yeux levés vers ces hauteurs qui semblaient vides. "

Franz Kafka

00:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : franz kafka

samedi, 19 septembre 2009

Dans une oeuvre d'imagination de premier ordre

nng2_images.jpg« Dans une oeuvre d'imagination de premier ordre le conflit n'est pas entre les personnages, mais entre l'auteur et le lecteur. »

Nabokov

00:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nabokov

vendredi, 18 septembre 2009

Toute conversation se réduit désormais...

rearWindow.jpg” Toute conversation se réduit désormais à une succession de monologues alternés où chacun, à toute allure, fait sa propre publicité en face de l’autre. On se tronperait en donnant de ce phénomène criant une interprétation psychologique. Non, votre interlocuteur n’est pas “ narcissique “, ” arriviste “, ” autistique “, voire ” paranoïaque ” : c’est une particule du spectacle, il ne peut pas faire autrement.”

Philippe Sollers, Carnet de nuit

mercredi, 16 septembre 2009

Du plaisir d'émietter

Celebrity-Image-Harold-Lloyd-235642.jpg"Le plus artiste ne sera pas de s'atteler à quelque gros œuvre, comme la fabrication d'un roman, par exemple, où l'esprit tout entier devra se plier aux exigences d'un sujet absorbant qu'il s'est imposé; mais le plus artiste sera d'écrire, par petits bonds, sur cent sujets qui surgiront à l'improviste, d'émietter pour ainsi dire sa pensée. De la sorte, rien n'est forcé. Tout a le charme du non voulu, du naturel. On ne provoque pas: on attend."

(Jules Renard, Journal, 13 septembre 1887)

mardi, 15 septembre 2009

Ce texte a bercé mon enfance...

Combourg_1.jpgLes soirées d'automne et d'hiver étaient d'une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait, en soupirant, sur un vieux lit de jour de siamoise flambée; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m'asseyais auprès du feu avec Lucile; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait s alors une promenade qui ne cessait qu'à l'heure de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant il s'éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le voyait plus; on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres : puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucile et moi nous échangions quelques mots à voix basse quand il était à l'autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. II nous disait en passant. « De quoi parliez-vous? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l'oreille n'était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent. Dix heures sonnaient à l'horloge du château : mon père s'arrêtait; le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l'horloge, semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d'argent surmonté d'une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l'ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s'avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l'est. Lucile et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l'embrassions en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe

lundi, 14 septembre 2009

Les climats influent plus ou moins sur le goût des peuples

NicolasPoussin_Orion-797129.jpgLes climats influent plus ou moins sur le goût des peuples. En Grèce, par exemple, tout est suave, tout est adouci, tout est plein de calme dans la nature comme dans les écrits des anciens. On conçoit presque comment l'architecture du Parthénon a des proportions si heureuses comment la sculpture antique est si peu tourmentée, si paisible, si simple, lorsqu'on a vu le ciel pur et les paysages gracieux d'Athènes, de Gorinthe et de Flonie. Dans cette patrie des Muses la nature ne conseille point les écarts, elle tend au contraire à ramener l'esprit à l'amour des choses uniformes et harmonieuses.

Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jerusalem

Poussin, Paysage avec Diane et Orion

mardi, 08 septembre 2009

L'espace est fait de points de densité de méditation

magritte43.jpgMes seuls témoins aujourd'hui, sont les montagnes, les prés, ce lac, ce rocher, cet océan, ces mouettes. L'espace est fait de points de densité de méditation (là où quelque chose s'est vraiment passé, en réalité des trous dans l'abîme). Le temps se mesure autrement. Il se démesure, plutôt, ni trop tard, ni trop tôt. Il vide.

Philippe Sollers, Grand beau temps, Le Cherche Midi éditions, 2008

Magritte, Le domaine d'Arnheim

samedi, 29 août 2009

Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres

Pablo%20Picasso%20-%20Woman%20with%20a%20Flower.jpgMais même au point de vue des plus insignifiantes choses de la vie, nous ne sommes pas un tout matériellement constitué, identique pour tout le monde et dont chacun n'a qu'à aller prendre connaissance comme d'un cahier des charges ou d'un testament; notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres. Même l'acte si simple que nous appelons "voir une personne que nous connaissons" est en partie un acte intellectuel. Nous remplissons l'apparence physique de l'être que nous voyons de toutes les notions que nous avons sur lui, et dans l'aspect total que nous nous représentons, ces notions ont certainement la plus grande part. Elles finissent par gonfler si parfaitement les joues, par suivre en une adhérence si exacte la ligne du nez, elles se mêlent si bien de nuancer la voix comme si celle-ci n'était qu'une transparente enveloppe, que chaque fois que nous voyons ce visage et que nous entendons cette voix, ce sont ces notions que nous retrouvons, que nous écoutons.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Pablo Picasso, Femme avec une fleur

vendredi, 28 août 2009

Ce caractère qui est propre à la beauté et au bonheur

1515%20Flora,%20Tiziano%20Vecellio.jpgJe ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. Nous oublions toujours qu'ils sont individuels et, leur substituant dans notre esprit un type de convention que nous formons en faisant une sorte de moyenne entre les différents visages qui nous ont plu, entre les plaisirs que nous avons connus, nous n'avons que des images abstraites qui sont languissantes et fades parce qu'il leur manque précisément ce caractère d'une chose nouvelle, différente de ce que nous avons connu, ce caractère qui est propre à la beauté et au bonheur. Et nous portons sur la vie un jugement pessimiste et que nous supposons juste, car nous avons cru y faire entrer en ligne de compte le bonheur et la beauté quand nous les avons omis et remplacés par des synthèses où d'eux il n'y a pas un seul atome. C'est ainsi que baîlle d'avance un lettré à qui on parle d'avance d'un nouveau "beau livre", parce qu'il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu'il a lus, tandis qu'un beau livre est particulier, imprévisible, et n'est pas fait de la somme de tous les chefs-d'oeuvre précédents, mais de quelque chose que s'être parfaitement assimilé cette somme ne suffit nullement à faire trouver, car c'est justement en dehors d'elle.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur

Titien, Flora

mercredi, 26 août 2009

Une idée forte...

Albi - Sainte Cécile - Un Detail du jubé.jpgUne idée forte communique un peu de sa force au contradicteur. Participant à la valeur universelle des esprits, elle s'insère, se greffe en l'esprit de celui réfute, au milieu d'idées adjacentes, à desquelles, reprenant quelque avantage, il la complète, la rectifie; si bien que la sentence finale est en quelque sorte l'oeuvre des deux personnes qui discutaient. aux idées qui ne sont pas, à proprement parler, des idées, aux idées qui, ne tenant à rien, ne trouvent aucun point aucun rameau fraternel dans l'esprit de l'adversaire, que celui-ci, aux prises avec le pur vide, ne trouve rien à répondre.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur

Cathédrale Sainte-Cécile, Albi, détail du jubé

mardi, 25 août 2009

La figure de ses vices et les limites de sa vertu

Mantegna.jpgUne espèce de sévérité de goût qu'il avait, de volonté de n'écrire jamais que des choses dont il pût dire: «C'est doux», et qui l'avait fait passer tant d'années pour un artiste stérile, précieux, ciseleur de riens, était au contraire le secret de sa force, car l'habitude fait aussi bien le style de l'écrivain que le caractère de l'homme et l'auteur qui s'est plusieurs fois contenté d'atteindre dans l'expression de sa pensée à un certain agrément, pose ainsi pour toujours les bornes de son talent, comme en cédant souvent au plaisir, à la paresse, à la peur de souffrir on dessine soi-même sur un caractère où la retouche finit par n'être plus possible la figure de ses vices et les limites de sa vertu.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur

Andrea Mantegna (1431-1506), plafond du palais ducal de Mantoue (Lombardie)

lundi, 24 août 2009

Le génie consistant...

VeroneseForceSagesse.jpgDe même ceux qui produisent des oeuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d'ailleurs qu'elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s'y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur.

Allégorie de la Force et de la Sagesse, par Veronese (1580).

dimanche, 23 août 2009

Le travail de causalité

dekooning_untitledV_1977.jpgLe travail de causalité qui finit par produire à peu prés tous les effets possibles, et par conséquent aussi ceux qu’on avait cru l’être le moins, ce travail est parfois lent, rendu un peu plus lent encore par notre désir – qui, en cherchant à l’accélérer, l’entrave – par notre existence même et n’aboutit que quand nous avons cessé de désirer, et quelquefois de vivre.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur.

De Kooning, untitled, 1977

samedi, 22 août 2009

Les « quoique » sont toujours des « parce que » méconnus

caroline-remy-renoir_1215581827.jpgMa mère s'émerveillait qu'il fût si exact quoique si occupé, si aimable quoique si répandu, sans songer que les « quoique » sont toujours des « parce que » méconnus, et que (de même que les vieillards sont étonnants pour leur âge, les rois pleins de simplicité et les provinciaux au courant de tout) c'étaient les mêmes habitudes qui permettaient à M. de Norpois de satisfaire à tant d'occupations et d'être si ordonné dans ses réponses, de plaire dans le monde et d'être aimable avec nous. De plus, l'erreur de ma mère, comme celle de toutes les personnes qui ont trop de modestie, venait de ce qu'elle mettait les choses qui la concernaient au-dessous, et par conséquent en dehors des autres.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur

Caroline Rémy ou Séverine peinte par Renoir

dimanche, 19 juillet 2009

en la Nuit sacrée

Ralph_Gibson.jpg"A quoi bon les poètes en un temps de détresse ? Mais ils sont, dis-tu, comme les prêtres sacrés de Dionysos, qui de pays en pays, erraient en la Nuit sacrée."

Hölderlin

Photo de Ralph Gibson

 

samedi, 18 juillet 2009

Il n'est pas illogique de penser que le monde est infini

escher-mc-relativity-79623.jpg"Je viens d'écrire infinie. Je n'ai pas intercalé cet adjectif par entraînement rhétorique ; Je dis qu'il n'est pas illogique de penser que le monde est infini. Le juger limité, c'est postuler qu'en quelque endroit reculé les couloirs, les escaliers, les hexagones peuvent disparaître - ce qui est inconcevable, absurde. L'imaginer sans limites, c'est oublier que n'est point sans limites le nombre de livres possibles. Antique problème où j'insinue cette solution :  La Bibliothèque est illimitée et périodique. S'il y avait un voyageur éternel pour la traverser dans un sens quelconque, les siècles finiraient par lui apprendre que les mêmes volumes se répètent toujours dans le même désordre - qui répété, deviendrait un ordre : l'Ordre. Ma solitude se console de cet élégant espoir".

Jorge Luis Borges -

Image de M.C. Escher

Fiction (extrait de) La bibliothèque de Babel

00:13 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : borges, infini, escher

vendredi, 17 juillet 2009

Acheminement vers la parole

bernini1b.jpg"L'être humain parle. Nous parlons éveillés ; nous parlons en rêve. Nous parlons sans cesse, même quand nous ne proférons aucune parole, et que nous ne faisons qu'écouter ou lire ; nous parlons même si, n'écoutant plus vraiment, ni ne lisant, nous nous adonnons à un travail, ou bien nous abandonnons à ne rien faire. Constamment nous parlons, d'une manière ou d'une autre. Nous parlons parce que parler nous est naturel. Cela ne provient pas d'une volonté de parler qui serait antérieure à la parole. On dit que l'homme possède la parole par nature. L'enseignement traditionnel veut que l'homme soit, à la différence de la plante et de la bête, le vivant capable de parole. Cette affirmation ne signifie pas seulement qu'à côté d'autres facultés, l'homme possède aussi celle de parler. Elle veut dire que c'est bien la parole qui rend l'homme capable d'être le vivant qu'il est en tant qu'homme. L'homme est homme en tant qu'il est celui qui parle". Ainsi commence le premier des textes de "Acheminement vers la parole" de Heidegger. Il cite et commente ensuite ce poème de Georg Trakl (1887-1914) Traduction François Fédier :

Quand il neige à la fenêtre,

Que longuement sonne la cloche du soir,

Pour beaucoup la table est mise

Et la maison est bien pourvue.

Plus d'un qui est en voyage

Arrive à la porte sur d'obscurs sentiers.

D'or fleurit l'arbre des grâces

Né de la terre et de sa sève fraîche.

 

Voyageur entre paisiblement ;

La douleur pétrifia le seuil.

Là resplendit en clarté pure

Sur la table pain et vin.

Sculpture du Bernin