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mardi, 30 décembre 2025

Je suis parti et voilà que le monde s’ouvre à mes yeux

bateau.jpgJe suis parti et voilà que le monde s’ouvre à mes yeux.

Le vent fait claquer les voiles, le jusant doucement nous éloigne.

Les cris des marins se répondent.

Les os du bateau craquent, son grand corps de sel et de vent s’ébroue.

Le navire s’enfonce.

Une femme chante un refrain des îles.

J’emporte les bribes de ce rêve.

Musique.

Raymond Alcovère, extrait de "L'aube a un goût de cerise", N&B éditions, 2010

 

lundi, 29 décembre 2025

L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière

christian bobin"L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière. Cette phrase convient merveilleusement à François d'Assise. On sait de lui peu de choses et c'est tant mieux. Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître. Ce qu'on en dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir. On dit par exemple : Saint-François-d'Assise. On le dit en somnambule, sans sortir du sommeil de la langue. On ne dit pas, on laisse dire. On laisse les mots venir, ils viennent dans un ordre qui n'est pas le nôtre, qui est l'ordre du mensonge, de la mort, de la vie en société. Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n'ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière."

Christian Bobin. Le Très-Bas

Brassaï, Le Pont-Neuf dans le brouillard

dimanche, 28 décembre 2025

Un matin, dans cet état de béatitude légère et un peu irréelle

Le bonheur est un drôle de serpent, Manuel Alvarez Bravo Un matin, dans cet état de béatitude légère et un peu irréelle quand je viens de terminer un dessin dont je ne suis pas trop mécontent, avec cette envie de ne penser à rien, d’écouter les gens parler, leur voix rauque et tous ces siècles d’histoire qu’elles charrient, de regarder le soleil se lever sur la Sierra, le vent soulever la poussière des rues vides, de laisser l’amertume de la bière me brûler la gorge, d’écouter un disque de John Coltrane, bref d’être heureux comme un oiseau au vent du matin - le moment le plus accompli, celui où la fatigue se mêle à l’allégresse, au sentiment d’avoir donné le meilleur de moi-même - il me restait à faire l’ouverture du café avant de me coucher, quand, de son pas léger, la démarche souple, gestes qui coulaient dans l’air, elle est entrée.
Raymond Alcovère, extrait du roman "Le Bonheur est un drôle de serpent",
éditions Lucie, 2009
Photo : Manuel Alvarez Bravo, 1931

vendredi, 26 décembre 2025

Je cherche l'Italie

Yannick Haenel« Cette pluie était au monde, elle installait sa vérité sur des lieux qui se croyaient faits pour un soleil obstiné. Avec elle, une parole se formait. L’eau sacrifie le temps ; elle le soustrait à l’utilité ; il dégouline, rendu à sa transparence. »
Yannick Haenel, Je cherche l'Italie

jeudi, 25 décembre 2025

Cézanne, aquarelle, Art Institute of Chicago

Cézanne

10:21 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cézanne

mercredi, 24 décembre 2025

La confiture verte dans l'Ampoule

L'Ampoule, la confiture verteParution de ma nouvelle "La confiture verte" dans L'Ampoule hors-série n° 18.
La nouvelle figure également dans "Le monde n'est pas si réel", livre d'artiste, vient de paraître, avec des illustrations de Laurence Fauchart.

 

mardi, 23 décembre 2025

Femme debout en gris pastel et charbon de bois : Berthe Morisot

Femme debout en gris pastel et charbon de bois, Berhe Morisot.jpg

10:16 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : berthe morisot

lundi, 22 décembre 2025

Je suis parti voir la tempête qui se levait sur la mer

03.jpgEt puis mon Andrea, je suis sur des charbons ardents en ce moment ; hier soir encore j’étais avec Livia, son corps océan, son corps fleuve, tendu de lianes que j’attrapais une à une ; je les amenais à moi puis les lui rendais ; son corps lumière que j’ai happé, dévoré toute la nuit, son corps lisse et mauve.

Elle peut passer en un éclair de la douceur à la frénésie, elle m’entraîne plus loin que je n’aurais cru ; dans une orgie de mots, de caresses et de plaisirs.

Chaque effleurement de sa peau me renverse l’âme, devient une éternité de délices, dont Calypso elle-même n’avait pas l’idée ; amarres larguées, il n’y a plus de port, seulement un voyage. Nous étions épuisés l’un de l’autre mais je me sentais vivant, comme si j’avais dormi une éternité ; je suis parti voir la tempête qui se levait sur la mer.

Extrait de la nouvelle : "L'espace s'est ouvert" inclus dans le livre d'artiste : "Le Monde n'est pas si réel." illustrations de Laurence Fauchart. Vient de paraître (48 pages, quadrichromie, format A4 paysage, dos carré collé, contient 9 nouvelles dont 4 inédites, 25 €). Contact : raymond.alcovere@gmail.com

samedi, 20 décembre 2025

Le seul fait de penser à toi, de penser que tu existes et que tu es un ami, que tu es content de me voir, ça me suffit

Saravanan Sadasivam, Georges Brassens"Le téléphone ne me sert à rien. Je n'éprouve pas le besoin d'entendre ta voix au téléphone. Le seul fait de penser à toi, de penser que tu existes et que tu es un ami, que tu es content de me voir, ça me suffit. C'est ma nature, je peux éprouver un plaisir très fort à être avec un ami par la pensée, presque aussi grand que par sa présence, c'est peut-être parce que je rêve beaucoup, je vis même dans une rêverie permanente, l'imagination joue beaucoup. C'est mon métier aussi, hein ?"
Georges Brassens à André Sève.
Photo : Saravanan Sadasivam

mercredi, 17 décembre 2025

Adossée à l’église Saint-Etienne-du-Mont où Pascal est enterré, une gitane entre deux âges, yeux de feu, cigarette aux lèvres...

Préview 2.jpgAdossée à l’église Saint-Etienne-du-Mont où Pascal est enterré, une gitane entre deux âges, yeux de feu, cigarette aux lèvres, scrute les passants. Comme Carmen : « à chaque défaut elle réunissait une qualité qui ressortait peut-être plus fortement par le contraste. »
Sur sa poitrine, une pierre d’aimant et un caméléon desséché au poignet. Visage parfaitement lisse ; à première vue, pas de malice particulière ni de méfiance dans le regard. Sensuelle comme la Gabrielle à la rose, de Renoir.
Je songe aux dieux de la Grèce antique qui prennent quand ils le veulent les traits d’un humain pour nous délivrer un message. Je m’approche d’elle, avec un mélange de désir et de stupéfaction. Elle m’apostrophe :
— Toi, tu veux que je te dise l’avenir !
— Oui, Carmencita !
Elle saisit aussitôt ma main gauche :
— C’est confus, on dirait que tu es quelqu’un d’autre !
— J’aurais voulu être quelqu’un d’autre, j’aurais voulu être moi-même, a écrit le poète. Dites plutôt que vous ne voyez rien, ça arrive à tout le monde !
— Eh, ne le prends pas sur ce ton avec moi, un jour tu comprendras ton erreur et peut-être plus tôt que tu ne penses !
— Pourquoi peut-être ?
— L’avenir n’est pas une science exacte, pardi ! Mais qui pourrait se flatter d’avoir jamais fixé la fortune et d’être à l’abri de ses revers ? Tu vois j’ai des lettres mai aussi !
— Chapeau !
— Tu as de la chance, tu me plais bien… Je n’ai pas envie de m’engrainer avec toi… Oh, ton chemin est chaotique, tu erres sans but…
— Errer humanum est !
Elle ne relève pas et poursuit :
— Il y a quelque chose qui cloche !
Je lève les yeux vers Saint-Etienne du Mont :
— Toujours dans une église !
— C’est plus fort que toi !
— Oui, il y a beaucoup de gens et de choses qui sont plus forts que moi, on est d’accord.
— La modestie te va mieux au teint : donne-moi l’autre main !
Début du prologue du livre d'artiste "Le monde n'est pas si réel"
illustrations de Laurence Fauchart. Vient de paraître (48 pages, quadrichromie, format A4 paysage, dos carré collé, contient 9 nouvelles dont 4 inédites, 25 €). Contact : raymond.alcovere@gmail.com

samedi, 13 décembre 2025

L'espace s'est ouvert

Le monde n'est pas si réel"Je reviens du Lido, mer déchaînée, ciel gris vert, écume bondissante, pêcheurs luttant contre la lame. Il soufflait un vent de folie sur la lagune, tout était mouvement. Là se dévoile l’écriture penchée des nuages. J’ai atteint à cet instant le bonheur parfait. Rien de fixe, de figé, la nature rendue à sa vérité première, toujours croître et renouveler ce qu’elle a créé. L’orage éclaire, explose les repères, le savoir mûrement acquis en une épiphanie. Déchaînement de forces, de désirs. Tout ce que l’on devinait, craignait ou espérait éclate. Le zigzag des éclairs, le grand remuement des vagues, tout est lumière qui vient d’en haut et pénètre en nous. L’univers est une danse, une transe ; je suis alors en pleine sympathie avec ma nature.
J’aime me promener dans la lagune, matière informe, ni mer, ni terre, sable, étangs, eaux poissonneuses, sel, friselis de vent mêlés et gris perlé, elle capte toutes les couleurs du monde et les rend plus douces, plus nobles, avec au printemps ces marées de coquelicots entourées de fusains dans le labyrinthe des canaux. Les fleurs s’appellent les unes les autres, se répondent. Tout se lie et se retourne dans un feu d’artifices carmin, un tournoiement d’étincelles. Je caresse la lumière du soir sur une branche de cerisier. Je suis la substance colorée de la nature. Au loin, la couronne des Dolomites, puissante et apaisée. Puis en lueurs ombrées, la nuit se dissimule avant d’éclater enfin et échancrer la terre. Les convulsions du monde s’estompent. Je fais l’amour avec la nuit ; elle me livre ses secrets ; je bascule dans un autre monde, plus pur, plus vaste, plus vrai."
C'est l'immense peintre Tintoretto qui parle dans la nouvelle : "L'espace s'est ouvert" inclus dans le livre d'artiste : "Le Monde n'est pas si réel." illustrations de Laurence Fauchart. Vient de paraître (48 pages, quadrichromie, format A4 paysage, dos carré collé, contient 9 nouvelles dont 4 inédites, 25 €). Contact : raymond.alcovere@gmail.com
Photo de Nicola Zanella

vendredi, 12 décembre 2025

Cézanne 1888

Cézanne

17:11 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cézanne

jeudi, 11 décembre 2025

Cézanne 1885

Cézanne

17:47 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cézanne

Les six lois silencieuses de la vie

les 6 lois de la vie.jpg

mercredi, 10 décembre 2025

Début du Labyrinthe

Le tigre 1.jpg"Jorge Luis Borges, de passage à Paris, s’endort dans son hôtel de la rue de Lille. Il rêve d’un tigre du Bengale perdu dans un labyrinthe en forme octogonale. Furieux, le tigre qui porte un sablier en pendentif, rugit et détale dans tous les sens, dévorant tout ce qu’il rencontre. Puis Borges comprend, c’est lui que le tigre veut. Pourquoi moi, se dit-il, pourquoi pas plutôt un buffle ?

Des humains affolés, crient, tentent de fuir mais comment échapper à un tel monstre qui se délecte de sa sauvagerie arbitraire. Sa gueule pantelante devient énorme. Des gouttes de sang et des lambeaux de chair perlent, il s’approche de l’écrivain, ses yeux lancent des flammes, il a identifié sa cible maintenant, il va déchirer ses chairs, le dévorer. Borges court, ses jambes vont plus vite que jamais, il ressent une véritable ivresse, il y a longtemps qu’il n’avait pas couru ainsi, est-ce que même ça lui est déjà arrivé ? Pourtant il sait qu’il n’en réchappera pas, ses efforts seront vains de toute façon, mais que faire d’autre ?"

Le Labyrinthe, début d'une nouvelle extraite du livre d'artiste : "Le monde n'est pas si réel", illustrations de Laurence Fauchart. Vient de paraître (48 pages, quadrichromie, format A4 paysage, dos carré collé, contient 9 nouvelles dont 4 inédites, 25 €). Contact : raymond.alcovere@gmail.com

mardi, 09 décembre 2025

Un grand merci à toutes celles et ceux qui se sont déplacés pour le lancement de "Le monde n'est pas si réel" samedi 6 décembre au Dôme à Montpellier

Le Dôme, 06 12 25 2.jpeg

mardi, 02 décembre 2025

Le propre du réel, c'est qu'on ne l'imagine pas

06.jpg"Le propre du réel, c'est qu'on ne l'imagine pas." a écrit un penseur du siècle dernier. Est-ce pour cette raison que le monde n'est pas si réel ? Ces 9 nouvelles, dont 4 inédites, essaient d'y répondre et encore plus avec les illustrations de Laurence Fauchart qui les multiplient, les transforment, les prolongent...
Nous présenterons le livre ce samedi 6 décembre, de 18 h à 20 h au Dôme, à Montpellier, avec des lectures et une exposition d'œuvres originales.
Vous pouvez aussi le commander par mail : raymond.alcovere@gmail.com

(Format  A4 paysage, fermé à l’italienne, dos carré collé, 48 pages, quadrichromie. Prix : 25  € ; une édition limitée de l’œuvre originale de couverture est également proposée à 5 €)