jeudi, 13 août 2026
C’est curieux, un écrivain
« C’est curieux, un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. C’est reposant, un écrivain, souvent, ça écoute beaucoup. Ça ne parle pas beaucoup car c’est impossible de parler à quelqu’un d’un livre qu’on a écrit et surtout d’un livre qu’on est en train d’écrire. C’est à l’opposé du cinéma, à l’opposé du théâtre, et autres spectacles. C’est à l’opposé de toutes les lectures. C’est le plus difficile de tout. C’est le pire. Parce qu’un livre, c’est l’inconnu, c’est la nuit, c’est clos, c’est ça. C’est le livre qui avance, qui grandit, qui avance dans les directions qu’on croyait avoir explorées, qui avance vers sa propre destinée et celle de son auteur, alors anéanti par sa publication : sa séparation d’avec lui, le livre rêvé, comme l’enfant dernier-né, toujours le plus aimé. »
Marguerite Duras
08:54 Publié dans écriture, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marguerite duras
vendredi, 07 août 2026
Coeur brûlant
"Rien ne préserve mieux la fraîcheur de la vie que le calme d'un cœur brûlant."
Christian Bobin
Photo : Natalia Drepina
09:55 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, natalia drepina
jeudi, 06 août 2026
J’ai toujours l’espérance de grandes choses
« J’ai toujours l’espérance de grandes choses. J’ignore en quoi elles consistent et je les attends sans impatience. Il est même possible qu’elles soient déjà venues sans que je m’en sois rendu compte. Mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson, aux aguets d’un gibier proche et invisible. Bien sûr je n’attrape jamais rien, aucune proie, juste, et c’est suffisant, la certitude éblouie d’avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle, une lumière si pure qu’elle en est presque cruelle. »
Christian Bobin
Photo : Lothar Dörfer
18:39 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, lothar dörfer
mardi, 28 juillet 2026
Ca me sufffit
Après le coup d’état de Napoléon le petit, en exil à Bruxelles, Victor Hugo écrit : « Une fois ceux que j’aime en sûreté, qu’importe le reste : un grenier, un lit de sangle, une chaise de paille, une table et de quoi écrire, ça me suffit. »
09:09 Publié dans Grands textes, Histoire littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : victor hugo
mardi, 21 juillet 2026
Novalis sur le langage
« La haine que tant de gens sérieux ont du langage. Sa pétulance et son espièglerie, ils la remarquent ; mais ce qu’ils ne remarquent pas, c’est le bavardage à bâtons rompus et son laisser-aller si dédaigné qui sont justement le côté sérieux de la langue. (...) C’est vraiment une chose bien folle que de parler et d’écrire : le dialogue véritable est un simple jeu de mots. L’erreur la plus risible est seulement de s’étonner que des gens pensent parler à cause des choses-même. Précisément, la particularité de la langue, à savoir qu’elle ne s’occupe que d’elle-même, personne ne la connaît. C’est pourquoi la langue est un mystère si merveilleux et si fécond – et lorsque quelqu’un parle simplement pour parler, il exprime à cet instant les vérités les plus sacrées et les plus originales. »
Novalis
Photo : Brassaï, Paulette et André, 1949
08:22 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : novalis, brassaï
lundi, 20 juillet 2026
Les Hymnes à la nuit
« Faut-il toujours que le matin revienne ? L’empire de ce monde ne prend-il jamais fin ? Une fatale activité engloutit les élans divins de la Nuit qui s’approche. Ne va-t-il donc jamais, le sacrifice occulte de l’Amour, éternellement brûler ?
La lumière a son temps, qui lui fut mesuré ; mais le royaume de la Nuit est hors le temps et l’espace. Et c’est l’éternité que le sommeil a pour durée.
Sommeil sacré ! Ne t’en viens pas trop rarement, durant le terrestre labour du jour, combler de tes félicités les adeptes fidèles de la Nuit. Les insensés uniquement te méconnaissent et ne savent point d’autre sommeil que l’ombre que tu jettes, par compassion pour nous, au crépuscule de la nuit évidente. Ils ne te sentent point dans le flot d’or des grappes – dans l’huile miraculeuse de l’amandier ou dans la brune sève du pavot. Ils ne le savent pas, que c’est toi qui nimbes ainsi le tendre sein de la vierge et nous fais de son cœur un paradis. Ils ne pressentent pas que, te levant des légendes anciennes, tu t’avances vers nous, ouvrant le ciel, et tu portes la clef qui ouvre les demeures de la béatitude, silencieux messager des infinis mystères. »
Les Hymnes à la nuit, Novalis, 2.
17:53 Publié dans Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : novalis
jeudi, 21 mai 2026
Des opinions violemment contradictoires
« Lorsqu'une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu'elle appartient au domaine de la croyance et non à celui de la connaissance. »
Voltaire
Photo : Elliott Erwitt, Roma, 1955
13:42 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, elliott erwitt
mardi, 07 avril 2026
Pourquoi ?
« Pourquoi dans ces conditions, s’étonna Lao Tseu, ne lui as-tu pas appris pour le libérer de ses chaines que la vie et la mort étaient une seule et même chose, et que le vrai et le faux se confondaient ? »
Zhuangzi
Illustration : Gustave Doré
19:42 Publié dans Chine, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gustave doré, zhuangzi
dimanche, 08 mars 2026
Un jeune homme...
Un jeune homme... – Traçons son portrait d'un seul trait de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans, don Quichotte décorcelé, sans haubert et sans cuissards, don Quichotte revêtu d'un pourpoint de laine dont la couleur bleue s'était transformée en une nuance insaisissable de lie-de-vin et d'azur céleste. Visage long et brun ; la pommette des joues saillante, signe d'astuce ; les muscles maxillaires énormément développés, indice infaillible auquel on reconnaît le Gascon, même sans béret, et notre jeune homme portait un béret orné d'une espèce de plume, l'œil ouvert et intelligent ; le nez crochu, mais finement dessiné ; trop grand pour un adolescent, trop petit pour un homme fait, et qu'un œil peu exercé eût pris pour un fils de fermier en voyage, sans sa longue épée qui, pendue à un baudrier de peau, battait les mollets de son propriétaire quand il était à pied, et le poil hérissé de sa monture quand il était à cheval.
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, chap. 1, 1844 (extrait)
11:18 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre dumas
vendredi, 06 mars 2026
Démontrable
Claude Roy dans son Stendhal par lui-même écrit : « La perfection de Le Rouge et le Noir et de La Chartreuse de Parme me semble cependant démontrable. Ces deux ouvrages, par leurs données, les caractères qui y sont présentés, la construction des intrigues qui s’y développent, le charme de leurs descriptions, la curiosité et la bonté que l’auteur y exerce, l’intelligence qu’il y manifeste, ont ce caractère de nécessité qui rend parfaitement heureux, – propre aux véritables chefs-d’œuvre (...) La prose de Stendhal n’est jamais une draperie posée sur un quelconque contenu, elle est le contenu même de sa pensée, un mouvement qui nous est transmis sans aucune déperdition d’énergie. »
19:34 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal
jeudi, 26 février 2026
L’odeur matinale et pure de l’océan
« Chaque coup de rame l’enfonçait dans l’odeur matinale et pure de l’océan »19:03 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ernest hemingway, caroline mitchell
mardi, 24 février 2026
Vous êtes à la campagne, il pleut, il faut tuer le temps...
Vous êtes à la campagne, il pleut, il faut tuer le temps, vous prenez un livre, le premier livre venu, vous vous mettez à lire ce livre comme vous liriez le journal officiel de la préfecture ou la feuille d’affiches du chef-lieu, pensant à autre chose, distrait, un peu bâillant. Tout à coup vous vous sentez saisi, votre pensée semble ne plus être à vous, votre distraction s’est dissipée, une sorte d’absorption, presque une sujétion, lui succède, vous n’êtes plus maître de vous lever et de vous en aller. Quelqu’un vous tient. Qui donc ? ce livre.18:11 Publié dans Grands textes, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : victor hugo
vendredi, 20 février 2026
Une histoire parallèle
"Ne croyez pas quelqu'un qui vous dit qu'une phrase ne pourra jamais transformer quoi que ce soit. C'est un flic. Le temps historique continue de se scander au calendrier des impostures politiques ; il s'est définitivement résorbé, sur l'ensemble de la planète, en guerre.11:22 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yannick haenel, mark littlejohn
mardi, 03 février 2026
Eté
“Au milieu de l'hiver, j'apprenais qu'il y avait en moi un été invincible.”22:26 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albert camus, dima begma
dimanche, 25 janvier 2026
Rendez-vous un jour dans la Voie Lactée
Un flacon de vin au milieu de fleurs.15:37 Publié dans Chine, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : li po, ma yan
lundi, 29 décembre 2025
L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière
"L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière. Cette phrase convient merveilleusement à François d'Assise. On sait de lui peu de choses et c'est tant mieux. Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître. Ce qu'on en dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir. On dit par exemple : Saint-François-d'Assise. On le dit en somnambule, sans sortir du sommeil de la langue. On ne dit pas, on laisse dire. On laisse les mots venir, ils viennent dans un ordre qui n'est pas le nôtre, qui est l'ordre du mensonge, de la mort, de la vie en société. Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n'ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière."
Christian Bobin. Le Très-Bas
Brassaï, Le Pont-Neuf dans le brouillard
17:38 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, brassaï
vendredi, 26 décembre 2025
Je cherche l'Italie
« Cette pluie était au monde, elle installait sa vérité sur des lieux qui se croyaient faits pour un soleil obstiné. Avec elle, une parole se formait. L’eau sacrifie le temps ; elle le soustrait à l’utilité ; il dégouline, rendu à sa transparence. »
Yannick Haenel, Je cherche l'Italie
09:30 Publié dans Grands textes, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yannick haenel
samedi, 20 décembre 2025
Le seul fait de penser à toi, de penser que tu existes et que tu es un ami, que tu es content de me voir, ça me suffit
"Le téléphone ne me sert à rien. Je n'éprouve pas le besoin d'entendre ta voix au téléphone. Le seul fait de penser à toi, de penser que tu existes et que tu es un ami, que tu es content de me voir, ça me suffit. C'est ma nature, je peux éprouver un plaisir très fort à être avec un ami par la pensée, presque aussi grand que par sa présence, c'est peut-être parce que je rêve beaucoup, je vis même dans une rêverie permanente, l'imagination joue beaucoup. C'est mon métier aussi, hein ?"
Georges Brassens à André Sève.
Photo : Saravanan Sadasivam
18:10 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saravanan sadasivam, georges brassens
dimanche, 30 novembre 2025
Un
"Il n'est qu'un luxe véritable, c'est celui des relations humaines."09:22 Publié dans Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 17 novembre 2025
Greguerias
La forme brève invite paradoxalement à la lenteur. On y revient, on la savoure. Le texte court, par le peu de place qu’il occupe, n’envahit pas les pages ni l’emploi du temps. L’aphorisme, le trait, la maxime, légers, primesautiers en apparence, mais parfois incisifs comme un coup de poignard peuvent nous laisser sans défense en quelque sorte. Le court n’a pas bonne presse en Occident – rien de tel au Japon avec l’art du haïku – pourtant que serait-on sans La Rochefoucauld, Vauvenargues, Joubert ou Chamfort ?
Pas ou très peu de moralisme chez Ramon Gomez de la Serna. Les « greguerias » , écrites entre 1910 et 1962, sont plutôt du côté du clin d’œil, de la poésie, du merveilleux, elles ouvrent le regard, le transforment parfois…
Lorsqu’une femme se repoudre après un entretien, on dirait qu’elle efface tout ce qui a été dit
Pelez une banane, elle vous tirera la langue
Le problème avec l’hélicoptère c’est qu’il a toujours l’air d’un jouet
Les aboiements des chiens sont de véritables morsures
La lune baigne les sous-bois d’une lumière de cabaret
La pluie nous rend tristes parce qu'elle nous rappelle l'époque où nous étions poissons
La bouteille de champagne a ceci d’aristocratique qu’elle refuse qu’on la rebouche
Les ailes des automobiles sont comme les moignons des ailes d’avion qu’elles auraient pu être
Le drapeau grimpe au mât comme s’il était l’acrobate le plus agile au monde
Lorsqu’une femme marche pieds nus sur les dalles le bruit de ses pas provoque une fièvre sensuelle et cruelle
Ne disons pas de mal du vent, il n’est jamais très loin
Les animaux sauvages, lorsqu'ils parlent de ceux qui vivent dans les parcs zoologiques, les qualifient, avec mépris, de "bureaucrates"
« Tuer le temps » est une rodomontade de bravache
L’histoire est un prétexte pour continuer à tromper l’humanité
Le crépuscule est l’apéritif de la nuit
Le poisson est toujours de profil
Le q est un p qui revient de la promenade
Le pire avec les médecins c’est qu’ils vous regardent comme si vous étiez quelqu’un d’autre
Les larmes désinfectent la douleur
Editions Cent pages, Grenoble, 1992. Présentation de Valéry Larbaud, 160 pages.
20:53 Publié dans Grands textes, Greguerias | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ramon gomez de la serna


















