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mercredi, 04 mars 2015

Dico de bord (extrait 13)

11017129_795442227176842_9030313045680933119_n.jpg#‎Dicodebord‬ extrait 13
Beauté
Ce qui est beau est donné. Georges Bataille : « La beauté seule, en effet, rend tolérable un besoin de désordre, de violence et d’indignité qui est la racine même de l’amour. » L’hexagramme 14 du Yi Jing (Le grand avoir) dit ceci : « N’oubliez pas de faire ressortir la beauté qui est en toutes choses. Ainsi serez-vous relié au ciel et saurez-vous à quel moment agir. » La beauté reliée au ciel et au temps. Et là on rejoint Bataille, qui renvoie au désordre, au trouble, au dérangement. Et bien sûr Breton : « La beauté sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas. » Donnée, elle peut être révélée ou dévoilée par l’artiste : « Il n’y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur, il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle. » : Rodin. Subtile, fragile beauté, presque irréelle, éphémère parfois, comme celle de la rose, sans explication, clandestine : « Entre la beauté et la laideur, il n’y a souvent qu’un point presque imperceptible. » : Casanova. Mais la définition la plus mystérieuse est sans doute celle du poète Philippe Jaccottet : « Il se peut que la beauté naisse quand la limite et l'illimité deviennent visibles en même temps, c’est-à-dire quand on voit des formes tout en devinant qu’elles ne disent pas tout, qu’elles ne sont pas réduites à elles-mêmes, qu’elles laissent à l’insaisissable… »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

vendredi, 13 février 2015

Energie noire

galaxieanneau.jpg"Plus de mystère ? D'accord. Mais c'est justement cette situation qui multiplie le mystère. J'avance, je tombe, je m'enfonce, je me redresse, je n'y comprends rien. Il n'y a, d'ailleurs, peut-être rien à comprendre, sauf que l'Univers, ou plutôt le Multivers, a toujours lieu, comme rayonnement, 380 000 ans après le Big Bang. Je sais que la matière ordinaire (mes atomes) n'occupe que 4,8 % de ce tourbillon, que 25,8 % sont constitués de "matière noire" encore inconnue, et que "l'énergie noire", poussant le tout à grossir, prend 68,4 % de l'ensemble. Je n'en ai pas l'air, mais je suis bel et bien un boson gravitationnel, un neutrino qui peut franchir des montagnes. Je me souviens surtout, et ça me ravit, que les galaxies s'éloignent les unes des autres à 66 kilomètres par seconde. Un, deux, trois : 198 kilomètres. Pas mal."

Extrait de L'Ecole du Mystère, Philippe Sollers, 2015

dimanche, 01 février 2015

La vraie bonté

giotto3a.jpg"Quand plus tard, j'ai eu l'occasion de rencontrer, au cours de ma vie, dans des couvents par exemple, des incarnations vraiment saintes de la charité active, elles avaient généralement un air allègre, positif, indifférent et brusque de chirurgien pressé, ce visage où ne se lit aucune commisération, aucun attendrissement devant la souffrance humaine, aucune crainte de la heurter, et qui est le visage sans douceur, le visage antipathique et sublime de la vraie bonté."

Marcel Proust

Giotto

Social

proust_stamp.jpg"Notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres."

Marcel Proust

dimanche, 25 janvier 2015

Magie

Carl Friedrich Lessing 2.jpgIl est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à côté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde ; - qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C'est là l'essence de la magie, qui ne crée pas, mais invoque.

Franz Kafka, Journal18 octobre 1921

Carl Friedrich Lessing

mardi, 30 décembre 2014

Hasard ?

maureen o'hara.jpg« C’est une règle de la vie que nous pouvons, et devons, apprendre avec tous ceux qui nous entourent. Certains des aspects les plus sérieux de la vie, nous pouvons les apprendre de charlatans et de bandits ; il est des philosophies que nous enseignent les imbéciles, il est des leçons de loyauté et de constance qui nous viennent par hasard, de rencontres de hasard. » 

Fernando Pessoa

Maureen O'Hara

mardi, 16 décembre 2014

Le proche

 

pommes.jpg« Celui qui désire voir les choses extraordinaires doit observer les choses que les autres ne daignent même pas regarder. Celui qui désire atteindre l’inaccessible doit pratiquer ce que les autres négligent. Que celui qui s’exerce dans la contemplation regarde d’abord un char à foin. Que celui qui s’exerce à écouter soit attentif d’abord au son des cloches. Ce qui est facile à réaliser intérieurement n’est pas difficile à réaliser au dehors. »

Lie-Tseu ; Le vrai classique du vide parfait 

vendredi, 12 décembre 2014

Lumière du corps

1960133_651537711550803_1866767100_n.jpg« Mais les idoles d’aujourd’hui les plus mortes sont les mots. Nous nous sommes forgés à partir d’eux des statues invisibles que nous vénérons mécaniquement ; nous nous agenouillons devant les mots magiques agités comme des grigris… Alors qu’il faut replacer les mots dans leur dépense, leur marche, leur chemin, leur passion, dans leur voie ardente. Le langage doit être remis au feu. Notre corps est emporté par la pensée. La respiration nous donne ordre de traverser, nous rappelle que nous sommes des animaux de passage. » 

Valère Novarina, Lumière du corps

jeudi, 27 novembre 2014

Ecrevisse

cover_Cezanne%20-%20Mont%20Sainte-Victoire%20and%20Chateau%20Noir.jpg« Les Sages quelquefois, ainsi que l’Ecrevisse, marchant à reculons, tournent le dos au port. C’est l’art des matelots. C’est aussi l’artifice de ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort, envisagent un point directement contraire, et font vers ce lieu-là courir leur adversaire. »

La Fontaine

21:11 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ecrevisse

dimanche, 23 novembre 2014

Classes moyennes

« Il fut un temps où les hommes croyaient faire l’amour et où la plupart des femmes faisaient constamment des enfants dont la majorité mourrait en bas âge. Tout ça marchait au petit bonheur. Les rois avaient des maîtresses, les reines des descendants légitimes et des bâtards encombrants. Ca vivait, ça mourrait, ça courrait, ça n’allait nulle part, sauf au ciel ou en enfer, c’était du théâtre. Il suffit de lire Saint-Simon, côté cour, ou de suivre, côté jardin, les aventures de Molière. Pour le ciel ou l’enfer, vous avez Bossuet ou Pascal. Ce spectacle s’est achevé il y a deux siècles.  Après quoi l’Histoire a, paraît-il, un sens, la Bourgeoisie s’en est occupée, elle a été monogame, hypocrite, héritière, elle s’est fait peur, de temps en temps, avec la société en mouvement, elle a résisté, planifié, organisé son opposition, tout en gardant ses réserves financières. Puis elle s’est largement ouverte, en apparence, aux classes moyennes, foule de domestiques contente d’être abusée avec sa participation active. La pensée, déjà à bout de souffle, s’est éteinte dans un langage stéréotypé et une surveillance globale. Les corps humains sont fabricables, les livres aussi. On en publie encore des milliers qui partent aussitôt en fumée. » Philippe Sollers

samedi, 15 novembre 2014

A propos des chefs-d'oeuvre

"Le chef-d’œuvre n’a pas de sujet spécifique. Il ne sert aucune cause. S’il existe une caractéristique commune à ceux que j’ai mentionnés, c’est qu’ils ne démontrent pas. Condition indispensable, sans doute, tellement qu’elle l’est à toute bonne littérature. La littérature ne consiste même pas à montrer. Elle consiste à être. Dans la fiction, quand un écrivain parle d’un arbre, il ne le démontre évidemment pas, il ne le montre même pas, il l’est. Même chose quand on parle d’écrivains ou de quoi que ce soit d’autre. On est la chose. C’est ce qui apparente la littérature aux plus anciens mythes. Elle est métamorphose. Du sujet (et voilà probablement pourquoi, dans la bonne littérature, il n’y a pas de « sujet »), de l’auteur, du lecteur. Cela les transporte un instant dans les cieux."

Charles Dantzig : A propos des chefs-d'oeuvre

 

mardi, 23 septembre 2014

Il suffit d'être douze...

Logan-Zillmer-Photography-2.jpgJ'ai répondu au petit jeu qui circule sur Facebook demandant de choisir dix livres qui vous ont marqué. Douze me va mieux, les voici :

 

  • La Bible + Ecrits gnostiques
  • Le Yi King
  • Œuvres complètes, Arthur Rimbaud
  • Anthologie de la poésie française, Georges Pompidou
  • Les Fleurs du mal, Charles Baudelaire
  • La Société du spectacle, Guy Debord
  • Sur la route, Jack Kerouac
  • Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway
  • Les Voyageurs du temps, Philippe Sollers
  • A la recherche du temps perdu, Marcel Proust
  • Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand
  • Odyssée, Homère

Photo de Logan Zillmer

lundi, 22 septembre 2014

Funambule spécial et dernier numéro : La vie est un roman

edito.jpgPour ce numéro spécial, nous avons proposé d'écrire sur des personnages de roman inscrits dans la mémoire depuis longtemps ou rencontrés récemment. Peu importe l'époque. Des personnages qui ont compté, touché, bouleversé. Des personnages que nous aurions aimé créer.
Les personnages de roman ont une vie propre. Certains ont pris place dans l'histoire de la littérature et ont supplanté les écrivains qui les ont conçus. D'autres moins célèbres nous ont interpellés, nous en particulier. Tous ont des noms, ils habitent quelque part, ils ont un tempérament bien à eux. Ils nous ressemblent ou au contraire se situent à l'opposé de nous. Ils commettent certains actes héroïques ou terrifiants, rient ou souffrent, éprouvent toutes espèces de sentiments. 
Et cela nous interpelle, nous lecteurs, dans nos vies et dans nos espoirs, nous parlent de ce que nous avons rêvé et n'avons pas pu réaliser, nous influençant par ricochet, en tout cas nous procurant des sensations incomparables.

Comiques ou romantiques, réels ou fantastiques, solitaires, invisibles, rusés, torturés, vous les aimerez tous.

Et vous chevaucherez aux côtés de Don Quichotte ou Zorro, frissonnerez avec Han d'Islande, passerez à travers les murs avec l'homme invisible. Vous vous laisserez séduire par Orlando ou Corto Maltese, énerver par Hercule Poirot. Vous tiendrez la main de Madame Bovary. Bref, vous aurez probablement envie de les retrouver pour de vrai dans les livres. Voilà bien notre projet.

http://www.autour-des-auteurs.net/magazine/new_mag.html

samedi, 20 septembre 2014

L'esprit

« Ce qu’il y a de plus vil au monde, n’est-ce point l’Esprit . C’est le corps qui recule devant l’immondice et le crime. Pareil à la mouche, l’esprit touche à tout. La nausée, les dégoûts, ni les regrets, ni les remords sont de lui ; ils ne sont que des objets de curiosités. Le danger l’intéresse, et si la chair n’était si puissante, il la conduirait dans le feu, avec une sorte de sottise et une avidité absurde et urgente de reconnaissance. »

Paul Valéry

 

 

02:07 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : paul valéry

mardi, 16 septembre 2014

Harmonie

"La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne connaît qu’un des deux, en renonçant à l’autre, se prive de la totalité des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire."

Lautréamont, Poésies II

dimanche, 07 septembre 2014

Soyons le changement

pierre rabhiPour une insurrection des consciences

"Le vingtième siècle finissant a été dominé par l’alliance de la science et de la technique au service du "progrès". Certes, des prouesses considérables ont été réalisées dans divers domaines mais qu’en est-il du destin des humains et de celui de la planète qui les héberge ? Dans cette épopée matérialiste, la violence de l’homme contre l’humain a atteint des seuils désastreux et la nature a subi des déteriorations sans précédent.

Ces constats rendent plus que jamais nécessaire et urgente une alternative globale. Nous sommes de ceux qui pensent que le XXIème siècle ne pourra être sans tenir compte du caractère "sacré" de la réalité, et sans les comportements et les organisations qui témoignent de cette évidence ; car les bons vœux, les incantations, les analyses et les constats cumulés ne suffiront pas. La première utopie est à incarner en nous-même. Les outils et les réalisations matérielles ne seront jamais facteur de changement s’ils ne sont les œuvres de consciences libérées du champ primitif et limité du pouvoir, de la peur et de la violence.

La vraie révolution est celle qui nous amène à nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde

La crise de ce temps n’est pas due aux insuffisances matérielles. La logique qui nous meut, nous gère et nous digère, est habile à faire diversion en accusant le manque de moyens. La crise est à débusquer en nous-même dans cette sorte de noyau intime qui détermine notre vision du monde, notre relation aux autres et à la nature, les choix que nous faisons et les valeurs que nous servons.

Incarner l’utopie, c’est avant tout témoigner qu’un être différent est à construire. Un être de conscience et de compassion, un être qui, avec son intelligence, son imagination et ses mains rende hommage à la vie dont il est l’expression la plus élaborée, la plus subtile et la plus responsable."

Pierre Rabhi

Voir ici le site

mardi, 02 septembre 2014

Une lettre de Proust

A seize ans !

18 mai 1888, jeudi soir

Mon cher petit grand père,

Je viens réclamer de ta gentillesse la somme de 13 francs que je voulais demander à Monsieur Nathan, mais que maman préfère que je te demande. Voici pourquoi. J'avais si besoin de voir une femme pour cesser mes mauvaises habitudes de masturbation que papa m'a donné 10 francs pour aller au bordel. Mais 1° dans mon émotion j'ai cassé un vase de nuit, 3 francs 2° dans cette même émotion je n'ai pas pu baiser. Me voilà donc comme devant attendant à chaque heure davantage 10 francs pour me vider et en plus ces 3 francs de vase. Mais je n'ose pas redemander sitôt de l'argent à papa et j'ai espéré que tu voudrais bien venir à mon secours dans cette circonstance qui tu le sais est non seulement exceptionnelle mais encore unique : il n'arrive pas deux fois dans la vie d'être trop troublé pour pouvoir baiser...

Marcel Proust

Source : http://www.deslettres.fr/

mardi, 05 août 2014

Une idée forte

Ralph Gibson1.jpg"Une idée forte communique un peu de sa force au contradicteur. Participant à la valeur universelle des esprits, elle s'insère, se greffe en l'esprit de celui qu'elle réfute, au milieu d'idées adjacentes, à l'aide desquelles, reprenant quelque avantage, il la complète, la rectifie ; si bien que la sentence finale est en quelque sorte l'œuvre des deux personnes qui discutaient. C'est aux idées qui ne sont pas, à proprement parler, des idées, aux idées qui ne tenant à rien, ne trouvent aucun point d'appui, aucun rameau fraternel dans l'esprit de l'adversaire, que celui-ci, aux prises avec le pur vide, ne trouve rien à répondre. "

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur

Photo Ralph Gibson

vendredi, 25 juillet 2014

Sommeil

"Le sommeil est la moralité même."

Philippe Sollers, Grand beau temps (Cherche midi éditeur)

mercredi, 23 juillet 2014

Joseph Kessel

Joseph Kessel.jpg23 juillet 1979, mort de Joseph KESSEL, grand romancier français. Son œuvre connut et connaît encore un succès jamais démenti par ses récits épiques et son style dépouillé et efficace. Il est aussi le parolier (avec Maurice Druon) du Chant des Partisans.
Lire et relire : L’équipage, Belle de jour, Les captifs, Le Lion, Les cavaliers (et tout le reste !).
Joseph Kessel fut membre de l’Académie Française. Voici un extrait de son discours d’admission :

« Pour remplacer le compagnon dont le nom magnifique a résonné glorieusement pendant un millénaire dans les annales de la France, dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois, ont fait partie de son histoire d’une manière éclatante, pour le remplacer, qui avez-vous désigné ? Un Russe de naissance, et juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale… vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui. De la sorte, messieurs, vous avez donné un nouvel et puissant appui à la foi obstinée et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fixés sur les lumières de la France. »