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jeudi, 13 septembre 2018

L'ellipse parfaite

ferdinando scianna, mérimée"Elle mit sa mantille devant son nez, et nous voilà dans la rue, sans savoir où j'allais."
Mérimée
Photo de Ferdinando Scianna

jeudi, 23 août 2018

La trouvaille du romancier

Marcel Proust"C’était les événements qui survenaient dans le livre que je lisais ; il est vrai que les personnages qu’ils affectaient n’étaient pas « réels », comme disait Françoise. Mais tous les sentiments que nous font éprouver la joie ou l’infortune d’un personnage réel ne se produisent en nous que par l’intermédiaire d’une image de cette joie ou de cette infortune ; l’ingéniosité du premier romancier consista à comprendre que dans l’appareil de nos émotions, l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif. Un être réel, si profondément que nous sympathisions avec lui, pour une grande part est perçu par nos sens, c’est-à-dire nous reste opaque, offre un poids mort que notre sensibilité ne peut soulever. Qu’un malheur le frappe, ce n’est qu’en une petite partie de la notion totale que nous avons de lui que nous pourrons en être émus ; bien plus, ce n’est qu’en une partie de la notion totale qu’il a de soi qu’il pourra l’être lui-même. La trouvaille du romancier a été d’avoir l’idée de remplacer ces parties impénétrables à l’âme par une quantité égale de parties immatérielles, c’est-à-dire que notre âme peut s’assimiler. Qu’importe dès lors que les actions, les émotions de ces êtres d’un nouveau genre nous apparaissent comme vraies, puisque nous les avons faites nôtres, puisque c’est en nous qu’elles se produisent, qu’elles tiennent sous leur dépendance, tandis que nous tournons fiévreusement les pages du livre, la rapidité de notre respiration et l’intensité de notre regard. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs, toute émotion est découplée, où son livre va nous troubler à la façon d’un rêve mais d’un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le  souvenir durera davantage, alors, voici qu’il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dons nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques uns. »

Marcel Proust

jeudi, 21 juin 2018

Pour se mettre à aimer quelqu'un

DgNA9JSXkAU1EIj.jpg"Tu sais, pour se mettre à aimer quelqu'un, c'est une entreprise. Il faut avoir une énergie, une générosité, un aveuglement. Il y a même un moment, tout au début, où il faut sauter par-dessus un précipice ; si on réfléchit, on ne le fait pas."

Sartre

mercredi, 20 juin 2018

Bibliothèque

Maria Helena Vieira da Silva, Frank Zappa'So many books, so little time.' Frank Zappa

'Bibliothèque', 1949 by © Maria Helena Vieira da Silva

mardi, 12 juin 2018

Cercle

yannick haenel«"C'est maintenant qu'il faut reprendre vie." Aussitôt, il y a eu une série d'étincelles autour de ma tête, puis la phrase s'est enroulée autour de mes épaules en y traçant des lignes rouges, orange, jaunes ; elle a cheminé le long de mon bras, lentement, jusqu'à ma main qui s'est gorgée d'un sang bleu-noir. C'est ainsi que ce livre a commencé à s'écrire. Un calme étrange fleurissait dans ma tête. Laisse faire, me disais-je, surtout laisse faire : un passage va s'ouvrir, et ce passage, tu l'appelleras Cercle.»
Yannick Haenel

dimanche, 22 octobre 2017

Un chat faisant la chattemite

La Fontaine"C'était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas."
La Fontaine

12:13 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la fontaine

vendredi, 25 août 2017

Phrases

yannick haenel"Lorsque vous avez écrit quelque chose qui vous semble important, ne serait-ce que trois phrases, celles-ci continuent à vivre à travers vos pensées, et sans que vous le sachiez, elles vous transmettent leur découverte ; il me semble parfois que c'est elles, sur un plan très secret, qui vivent à notre place, nous épargnant la peine de trouver une solution à nos vies : les phrases existent ; quant à nous, peu importe."
Yannick Haenel

 

jeudi, 24 août 2017

France

Au 30 rue de Belleville, la Bellevilloise Paris 1924.jpg« La France est le pays des accomplissements imprévus. Toutes les contradictions, comme des fleuves, coulent vers elle. Elle les intègre et les assimile, non sans mal, dans des synthèses instables, qui, sans arrêt, se métamorphosent. C'est le pays des fins qui s'ignorent. Drôle de royaume révolutionnaire... »

Philippe Sollers.

 

mardi, 22 août 2017

Le vide

Wu Shixian -summer landscape.jpg« Le vide ne devient abîme que si on lui résiste. C’est entièrement détaché, et pour ainsi dire lui-même déjà vide, qu’un corps ne craindra plus le vide, et n’aura plus rien à craindre, car si l’on joue avec le vide, il n’existe plus de face-à-face, aucun rapport de force : une autre souplesse doit naître. »

Yannick Haenel

Peinture de Wu Shixian

dimanche, 20 août 2017

Cézanne par Ramuz

cezanne, charles-ferdinand ramuz« Songeons bien à la solitude de Cézanne, au vide qu’il y a eu autour de son esprit et de ce cœur soucieux d’attachement quand même ; or il n’a rien trouvé autour de lui, dans le sacrifice complet de soi, que l’ingratitude des choses très hautes, dont la seule façon de vous répondre et de vous récompenser est une voix en vous qui vous crie que, pour être digne d’elles, il faut sans cesse regarder plus loin qu’elles et sans cesse les dépasser. D’autres ont des bustes, des statues : sa grandeur à lui est dans le silence qui n’a cessé de l’entourer ; sa grandeur à lui est de n’avoir ni buste, ni statue, ayant taillé le pays tout entier à sa ressemblance, dressé qu’il était contre ses collines, comme on voit le sculpteur, son maillet d’une main et son ciseau de l’autre, faire tomber le marbre à larges pans. »
Charles-Ferdinand Ramuz

vendredi, 18 août 2017

Perfection

Baltasar Gracian« À toute perfection il y a un si ou un mais »

Baltasar Gracián

Photo : Bob Landry, 1945

vendredi, 11 août 2017

Admire la baleine !

herman melville, Moby Dick"Oh homme ! admire la baleine, efforce-toi de lui ressembler ; toi aussi reste chaud parmi les glaces, sache vivre dans un monde autre que le tien ; sois frais sous l’Équateur ; que ton sang, au Pôle, demeure liquide... Comme le grand Dôme de Saint-Pierre et comme la grande baleine, garde en toute saison ta chaleur personnelle."

Herman Melville

Photo de Steve Bloom

samedi, 05 août 2017

Sport

DGQkhRJUIAA7Zok.jpg« Presque personne ne semble se douter que l’écriture, comme l’amour, la musique,les échecs, les mathématiques, est un sport de haut niveau. Il demande une concentration et un entraînement extrêmes. Il y a des règles: syntaxe, vocabulaire, ponctuation externe et interne, changements de tons, enchaînements, superpositions, ponction. Avant de s’y mettre, un échauffement plus ou moins long est nécessaire. On n’y est pas forcément d’emblée. On n’est pas là où on devrait être. C’est ce que Proust appelle « l’effroyable effort pour rejoindre ». Se rejoindre, le but est là…
Sport ? Mais oui, comme la course ou le saut à la perche. Apparemment, rien de visible, inutile d'expliquer ça à qui que ce soit. Être à sa propre disposition se compose minute par minute, le grain du silence décide de tout. Une mémoire ample et précise vous guide. Il s'agit, comme aux échecs, d'étudier les meilleures parties des professionnels du passé, leurs défenses, leurs contre-attaques, leurs anticipations, leurs coups d’œil, leurs ruses. « Renforcer les points forts, jamais les points faibles », a dit un très grand joueur. Dans une course de fond, on peut attendre longtemps avant de passer en tête, la ligne d'arrivée est dans la tête, le souffle aussi. »
Philippe Sollers, L’École du Mystère

jeudi, 03 août 2017

Un appétit

Roland Barthes« Le mot m'emporte selon cette idée que je vais faire quelque chose avec lui : c'est le frémissement d'un faire futur, quelque chose comme un appétit. Ce désir ébranle tout le tableau immobile du langage. »
Roland Barthes
Photo de Fabrice Robben

mercredi, 05 juillet 2017

Souvenirs

Photo M Kenna.jpg« Les souvenirs ont la vertu d'une découverte. Ils m'informent d'une route à suivre. Ils dessinent une carte magique sur laquelle je reconnais la voie. Ils participent du présent. Rien ne me concerne moins que le passé en eux. » :
Mathieu Terence.
Photo : Michael Kenna

dimanche, 02 juillet 2017

Hemingway

HemingwayIl embrassa la mer d'un seul regard, et il se rendit compte de son infinie solitude.

Ernest Hemingway (disparu le 2 juillet 1961)

jeudi, 22 juin 2017

writing

DC8ICRYUAAEn0fA.jpg“The only thing worth writing about is the human heart in conflict with itself.”

William Faulkner

jeudi, 25 mai 2017

Noble

Mathieu Terence"Noble, se camoufler de banal pour ne vexer personne. Noble, la fraternité envers les solitaires. Noble, le goût du silence, de la nature, des voluptés précises, du secret amoureux. Noble, l'arbre des pensées qui pousse en soi. Noble, la douceur intraitable. Noble, l'amitié avec la vie. Noble, mettre le soleil en lumière. Noble, la générosité quand on est généreux comme la lumière est en soleil. Noble, la discrétion pas remarquable. Noble, la responsabilité envers ses dons. Noble, considérer l'honorabilité d'un honneur en fonction de l'honorabilité de la personne qui vous le fait. Noble, ne viser qu'à concevoir ce qui dure. Noble, distinguer les prétentieux des ambitieux."

Mathieu Terence, De l'avantage d'être en vie.

Commençons à penser

Mathieu Terence, willy ronis"Écoutons le brouhaha qui tait l'essentiel et commençons à penser à partir d'idées qui n'existent pas en français : le duende, l'aloha, le farniente, le kairos, le cool, la vista, le satori."
Mathieu Terence, De l'avantage d'être en vie.
Photo de Willy Ronis, Ménilmontant, 1948

mardi, 23 mai 2017

Penser

yannick haenel, erik ross"A moins que penser, ce ne soit précisément ça : une chose qui vient quand on laisse venir, qui grandit doucement et se met à reposer dans les phrases. Une chose si discrète qu'on n'en perçoit pas la présence. Qui scintille pour elle-même, en dehors de tout contact, et glisse d'une forme à l'autre. Qui voit plus clair que vous. Qui porte sa lueur en avant de vos pas, si bien que lorsque vous la rencontrez, vous vous dites : ça va mieux."
Yannick Haenel, Cercle

Photo de Erik Gross