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vendredi, 11 août 2017

Admire la baleine !

herman melville, Moby Dick"Oh homme ! admire la baleine, efforce-toi de lui ressembler ; toi aussi reste chaud parmi les glaces, sache vivre dans un monde autre que le tien ; sois frais sous l’Équateur ; que ton sang, au Pôle, demeure liquide... Comme le grand Dôme de Saint-Pierre et comme la grande baleine, garde en toute saison ta chaleur personnelle."

Herman Melville

Photo de Steve Bloom

samedi, 05 août 2017

Sport

DGQkhRJUIAA7Zok.jpg« Presque personne ne semble se douter que l’écriture, comme l’amour, la musique,les échecs, les mathématiques, est un sport de haut niveau. Il demande une concentration et un entraînement extrêmes. Il y a des règles: syntaxe, vocabulaire, ponctuation externe et interne, changements de tons, enchaînements, superpositions, ponction. Avant de s’y mettre, un échauffement plus ou moins long est nécessaire. On n’y est pas forcément d’emblée. On n’est pas là où on devrait être. C’est ce que Proust appelle « l’effroyable effort pour rejoindre ». Se rejoindre, le but est là…
Sport ? Mais oui, comme la course ou le saut à la perche. Apparemment, rien de visible, inutile d'expliquer ça à qui que ce soit. Être à sa propre disposition se compose minute par minute, le grain du silence décide de tout. Une mémoire ample et précise vous guide. Il s'agit, comme aux échecs, d'étudier les meilleures parties des professionnels du passé, leurs défenses, leurs contre-attaques, leurs anticipations, leurs coups d’œil, leurs ruses. « Renforcer les points forts, jamais les points faibles », a dit un très grand joueur. Dans une course de fond, on peut attendre longtemps avant de passer en tête, la ligne d'arrivée est dans la tête, le souffle aussi. »
Philippe Sollers, L’École du Mystère

jeudi, 03 août 2017

Un appétit

Roland Barthes« Le mot m'emporte selon cette idée que je vais faire quelque chose avec lui : c'est le frémissement d'un faire futur, quelque chose comme un appétit. Ce désir ébranle tout le tableau immobile du langage. »
Roland Barthes
Photo de Fabrice Robben

mercredi, 05 juillet 2017

Souvenirs

Photo M Kenna.jpg« Les souvenirs ont la vertu d'une découverte. Ils m'informent d'une route à suivre. Ils dessinent une carte magique sur laquelle je reconnais la voie. Ils participent du présent. Rien ne me concerne moins que le passé en eux. » :
Mathieu Terence.
Photo : Michael Kenna

dimanche, 02 juillet 2017

Hemingway

HemingwayIl embrassa la mer d'un seul regard, et il se rendit compte de son infinie solitude.

Ernest Hemingway (disparu le 2 juillet 1961)

jeudi, 22 juin 2017

writing

DC8ICRYUAAEn0fA.jpg“The only thing worth writing about is the human heart in conflict with itself.”

William Faulkner

jeudi, 25 mai 2017

Noble

Mathieu Terence"Noble, se camoufler de banal pour ne vexer personne. Noble, la fraternité envers les solitaires. Noble, le goût du silence, de la nature, des voluptés précises, du secret amoureux. Noble, l'arbre des pensées qui pousse en soi. Noble, la douceur intraitable. Noble, l'amitié avec la vie. Noble, mettre le soleil en lumière. Noble, la générosité quand on est généreux comme la lumière est en soleil. Noble, la discrétion pas remarquable. Noble, la responsabilité envers ses dons. Noble, considérer l'honorabilité d'un honneur en fonction de l'honorabilité de la personne qui vous le fait. Noble, ne viser qu'à concevoir ce qui dure. Noble, distinguer les prétentieux des ambitieux."

Mathieu Terence, De l'avantage d'être en vie.

Commençons à penser

Mathieu Terence, willy ronis"Écoutons le brouhaha qui tait l'essentiel et commençons à penser à partir d'idées qui n'existent pas en français : le duende, l'aloha, le farniente, le kairos, le cool, la vista, le satori."
Mathieu Terence, De l'avantage d'être en vie.
Photo de Willy Ronis, Ménilmontant, 1948

mardi, 23 mai 2017

Penser

yannick haenel, erik ross"A moins que penser, ce ne soit précisément ça : une chose qui vient quand on laisse venir, qui grandit doucement et se met à reposer dans les phrases. Une chose si discrète qu'on n'en perçoit pas la présence. Qui scintille pour elle-même, en dehors de tout contact, et glisse d'une forme à l'autre. Qui voit plus clair que vous. Qui porte sa lueur en avant de vos pas, si bien que lorsque vous la rencontrez, vous vous dites : ça va mieux."
Yannick Haenel, Cercle

Photo de Erik Gross

mercredi, 10 mai 2017

Lecteur

Emmanuel Levinas"Dans chaque mot se trouve un oiseau aux ailes repliées, qui attend le souffle du lecteur."
Emmanuel Levinas
Photo de Stefanos Malikopoulos, 1947

dimanche, 30 avril 2017

L'amée des ombres

3734573196.jpg« Ces gens auraient pu se tenir tranquilles. Rien ne les forçait à l’action. La sagesse, le bon sens leur conseillait de manger et de dormir à l’ombre des baïonnettes allemandes et de voir fructifier leurs affaires, sourire leurs femmes, grandir leurs enfants. Les liens matériels et les biens de la tendresse étroite leur étaient ainsi assurés. Ils avaient même pour apaiser et bercer leur conscience, la bénédiction du vieillard de Vichy. Vraiment, rien ne les forçait au combat, rien que leur âme libre. »
Joseph Kessel, L’armée des ombres. 1943

dimanche, 16 avril 2017

Brièveté

Claude Nori, Baltasar Gracian" La brièveté est flatteuse et plus avantageuse dans le commerce du monde ; elle gagne par sa politesse ce qu'elle perd par sa petitesse. Entre deux mots, il faut choisir le moindre ; et les maux et les sons, s'ils sont brefs, ne sont qu'un moindre mal. La quintessence est plus efficace que les farragos. "

Baltazar Gracian
Photo de Claude Nori

vendredi, 31 mars 2017

Régénération

C8DyYn3W0AEVAND.jpg" Être-temps a le don de régénérer : aujourd'hui régénère demain, aujourd'hui régénère hier, hier régénère aujourd'hui, aujourd'hui régénère aujourd'hui, demain régénère demain.
Le temps générationnel est dégénérant. Seuls les dégénérés du temps lui attachent de l'importance. La régénération est un don du temps. Il n'y a ni superposition ni juxtaposition du temps passé et présent. Le temps ne passe pas, il surgit, c'est un feu, une rotation, une combustion. à ceux qui seraient tentés d'immobiliser le temps, on rappelle que " le Bouddha lui-même est temps " ( comme le rat ou le singe ). " Héraclite " est temps, " J.C." est temps, "Génie" est temps, "Bach" est temps. On devrait d'ailleurs dire Temps-Être plutôt qu' Être-Temps."
Philippe Sollers
Cézanne

jeudi, 16 février 2017

Au bout

Nigel Jones.jpg«Un personnage de roman, c'est n'importe qui dans la rue, mais qui va jusqu'au bout de lui-même.»
Georges Simenon
Photo de Nigel Jones

mercredi, 15 février 2017

Les chevaux haut-bruyants des dieux

Nicolas Bruno.jpg"Tout l'espace brumeux que voit un homme assis sur une hauteur, en regardant la mer couleur de vin, tout cet espace est à la portée d'un bond pour les chevaux haut-bruyants des dieux."
Homère, l'Iliade
Photo de Nicolas Bruno

jeudi, 09 février 2017

C'est toujours la première fois

Philippe Sollers"L'expérience consiste à tout voir pour la première fois. Je demande à Lisa si c'est bien de cette façon qu'elle aborde une partition, qu'elle a déjà jouée pendant des heures, et sa réponse est immédiate : c'est toujours la première fois. Voilà un entrainement spécial, n'importe où, n'importe quand, à propos de n'importe quoi. On se met en état d'étrangeté maximale, on vient de débarquer et d'avoir un corps. Les formes et les couleurs s'annoncent et se prononcent. C'est la première fois que le monde existe. L'Histoire s'efface dans les faits divers."
Philippe Sollers, Beauté, p. 195.
Photo de A. Aubrey Bodine

dimanche, 05 février 2017

Les ombres ne sont pas noires mais bleues

waterlilies_0410_-367-1024x680.jpg"Un jour, alors que personne ne s'y attend, une marée de beauté envahit l'espace. Des types bizarres, qu'on nomme vite "impressionnistes", se mettent à célébrer la nature, l'existence, les pins, les peupliers, les roses, les coquelicots, les pivoines, les nymphéas, les déjeuners sur l'herbe, les femmes respirables et sans voiles, les enfants. On les couvre d'injures, ils insistent. Et puis, ils disparaissent dans l'atmosphère, après avoir prouvé que les ombres ne sont pas noires mais bleues. La nature a rapidement révélé sa beauté. Il est stupéfiant qu'on l'oublie."
Philippe Sollers, Beauté, p 155

La France est le pays des accomplissements imprévus

France, Philippe Sollers, Fred Stein"La France est le pays des accomplissements imprévus. Toutes les contradictions, comme des fleuves, coulent vers elle. Elle les intègre et les assimile, non sans mal, dans des synthèses instables qui, sans arrêt, se métamorphosent. C'est le pays des fins qui s'ignorent. Drôle de royaume révolutionnaire, évoqué par Rimbaud dans Illuminations :

"Un beau matin, chez un peuple fort doux, un homme et une femme superbes criaient sur la place publique : "Mes amis, je veux qu'elle soit reine !" "Je veux être reine !" Elle riait et tremblait. Il parlait aux amis de révélation, d'épreuve terminée. Ils se pâmaient l'un contre l'autre. En effet ils furent rois toute une matinée où les tentures carminées se relevèrent sur les maisons, et tout l'après-midi, où ils s'avancèrent du côté des jardins de palmes."
Philippe Sollers, Beauté, p 158
Photo de Fred Stein

samedi, 04 février 2017

Ma plume agit

Héraclite, hengki  koentjoro"Je peux être la paix, la sérénité, le devenir ; je peux l'être et le suis ; les éclats, les troubles, tout ceci m'affecte à peine ; les souvenirs affleurent, les morts sont vivants - ce que personne ne veut croire - et ma plume agit."
Héraclite
Photo de Henki Koentjoro

vendredi, 27 janvier 2017

Le matin, le soleil raccourcit les distances

Hansol Choi.jpg" Le matin, le soleil raccourcit les distances, les yeux portent loin et tout près, l’oeil est comme dans l’oeil de sa perle close. On tient le le globe. Et de même que, dans la nuit, le cercle se referme et se met à plat, chaque matin-perle roule dans sa nacre, dans sa cornée, comme un dé. Là-bas, je vais le toucher là-bas, l’horizon, avec la main, avec une main mentale, mais en même temps la fleur, devant moi, cette rose, s’enlève avec un fracas silencieux. Il y a un soir, il y a un matin. Une racine d’obscurité, une autre de clarté. Ilya . Les étoiles filantes sont comme des lys d’or. On est dans l’anticyclone sec, ami des poumons, des contours. La lutte pour l’espace et le temps ne s’arrête pas une seconde.
Je suis au sud. Je regarde au nord. A droite, rose léger. Le soir, à gauche, couchant rouge. Nuit d’ardoise. On voudrait écrire directement là-dessus, à la craie.
La lune, tôt, fond bleu, trace blanche : un peu de lait, empreinte du pouce nocturne, à demi effacé, au bas du passeport jour.
Dans la brume bleutée permanente, matin et soir finissent par coïncider. C’est le temps vertical, la grande paix. Du geste du matin au geste du soir, c’est comme s’il s’était écoulé d’abord une heure, ensuite une demi-heure, puis un quart d’heure, puis dix minutes, puis deux minutes, puis une minute, puis trente secondes, puis dix secondes — et bientôt c’est le poudroiement intime du temps, j’enchaîne à pic, sans mémoire, le moment vient où je n’aurai plus la possibilité de noter.
Expédition de l’instant, loin, à côté, en Chine, croisière jaune, empire du milieu, tout a disparu, mer sableuse.
Mais le bleu et le blanc, plus ou moins profonds, taches mouvantes, ciel et eau, sont bien comme dans les vases innombrables, moine et disciple sous les pommiers en fleur, " ce monde est un vase sacré, impossible de le façonner ".
Et aussi : " Connais le blanc, adhère au noir. "
Je ne dirai jamais assez de bien du chinois, Reine, chacun de ses caractères, même le plus banal, m’aide à vivre. Tch’ong : l’eau jaillissante et le vide, vase qui ne se remplit jamais, ou si vous voulez davantage, profondeur insondable où tous les phénomènes se réalisent. Pourtant, tch’ong suffit. Quant au Saint et au Sage, il s’assoit face au Sud, et voilà tout.
Voilà tout .
Vers trois heures et demie du matin, donc, avec pour seuls témoins les feux dispersés de la côte, je me lève, je vais dans le jardin, pierrot lunaire, je développe en moi mes photos de la journée. La nuit est bouclée. Elle est enceinte du vide. Le noir se referme avec la dernière cigarette écrasée dans le gravier. Le pin parasol est l’arbre conseil. Le vent se lève, les étoiles brillent un peu plus.
" L’espace peut être rempli au point que l’air semble ne plus y passer, tout en contenant des vides tels que les chevaux peuvent y gambader à l’aise. "
Ou encore : " Il faut que le vrai vide soit plus pleinement habité que le plein. "
Assemblage air-vent-mer-fleurs-oiseaux. Les phrases à l’écoute. "
Philippe Sollers, Le lys d’or, 1989, Gallimard, p. 133-134.
Hansol Choi

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