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vendredi, 01 mai 2020

Le Rouge et le Noir (Stendhal)

Stendhal« Je regarde et j'ai toujours regardé mes ouvrages comme des billets de loterie » a-t-il écrit. Gagné ! Il est sans doute le plus paradoxal des écrivains, et par là le plus écrivain des écrivains. Sa vie – et son œuvre, elles sont semblables et à ce point-là aussi c’est rare – est pleine de détours, de mystères et de fulgurances. « Nous tenons la plume d’un côté et l’épée de l’autre. » Mérimée, son ami a écrit : « Personne n’a jamais su exactement quels gens il voyait, quels livres il avait écrit, quels voyages il avait fait. » Philippe Sollers note : « Stendhal est très renseigné sur l’argent et la politique. Il a manié plus d’affaires qu’on ne croit. » Vivacité, intelligence, audace, il résume l’esprit français, lui qui aimait par-dessus tout l’Italie, mais il y a plus que des liens entre ces deux pays. « Pas un mot qui s’endorme », écrit Roger Nimier dans sa préface à Le Rouge et le Noir. Et en effet : « Leur bonheur avait quelquefois la physionomie du crime. » Ou encore : « Après une conversation savante de deux grandes heures, où pas un mot ne fut dit au hasard, la finesse du paysan l’emporta sur la finesse de l’homme riche, qui n’en a pas besoin pour vivre. » « Je suis petit, Madame, mais je ne suis pas bas. » « Si vous songez à faire la cour aux hommes qui ont la puissance, votre perte éternelle est assurée. » « Rien n'était laid comme cet homme important, ayant de l'humeur et croyant pouvoir la montrer. » Claude Roy remarque dans son Stendhal par lui-même, que « Un roman de Stendhal est écrit à l’inverse de la façon dont écrivaient neuf sur dix des grands romanciers qui l’ont précédé. Le récit progresse autant par ce qui est dit que par ce qui est escamoté. Il y a deux romans dans Le Rouge et le Noir, le roman des faits imprimés et le roman des faits éludés qui ont une égale importance. On pourrait écrire une autre version de l’histoire de Julien Sorel, qui se situerait tout entière dans les blancs du récit. On imagine un autre écrivain ayant à raconter la première nuit que passe Julien avec Mathilde. Tout ce qu’il aurait à dire, Stendhal l’a mis dans un point-virgule : « La vertu de Julien fut égale à son bonheur ; il faut que je descende par l’échelle, dit-il à Mathilde quand il vit l’aube du jour paraître… » Un point-virgule nous rend compte, et lui seul, d’une nuit entière, de deux amants dans les bras l’un de l’autre, de leurs transports, de leurs propos dans l’amour, de leur plaisir, etc. Ailleurs, dans Vanina Vanini, tout se conclut en une scène de deux minutes contée en trois pages de dialogue. Puis, deux lignes : « Vanina resta anéantie. Elle revint à Rome ; et le journal annonce qu’elle vient d’épouser le prince Savelli. » La vie de Stendhal a été romanesque.

StendhalIl écrit avec une vitesse hallucinante : Souvenirs d’égotisme, en 3 semaines (270 pages), La Chartreuse, en 53 jours.  Personne n’a écrit aussi vite sa pensée : « Ce n’est point par égotisme que je dis je, c’est qu’il n’y a pas d’autre moyen de raconter vite. »  Dans Souvenirs d’égotisme : « J’abhorre la description matérielle. L’ennui de la faire m’empêche de faire des romans. » Il changera d’avis et naîtront des chefs-d’œuvre. Ses romans seront en effet, sur ce point, à l’opposé de ceux de Balzac par exemple (lequel sera néanmoins un des seuls à reconnaître son talent). Souvenirs d’égotisme est peut-être la quintessence de Stendhal, il s’y livre vraiment : « Je suis profondément convaincu que le seul antidote qui puisse faire oublier au lecteur les éternels Je que l’auteur va écrire, c’est une parfaite sincérité. » Et ces Souvenirs se terminent par un véritable feu d’artifice, un des textes les plus étonnants jamais écrits : Les Privilèges. Comme l’a noté Philippe Sollers, à propos de son exergue de Trésor d’amour, consacré à Stendhal : « L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule.» : On a l’impression avec lui d’une improvisation permanente, que sa pensée va plus vite que son écriture, il éprouve le besoin de se corriger. » Un paradoxe de plus avec Stendhal, lui qui a connu tant d’échecs amoureux, fait parler les femmes comme personne : ici c’est Gina : « Le comte Mosca a du génie, tout le monde le dit, et je le crois, de plus il est mon amant. Mais quand je suis avec Fabrice et que rien ne le contrarie, qu’il peut me dire tout ce qu’il pense, je n’ai plus de jugement, je n’ai plus la conscience du moi humain pour porter un jugement de son mérite, je suis dans le ciel avec lui, et quand il me quitte, je suis morte de fatigue et incapable de tout, excepté de me dire : c’est un Dieu pour moi, et il n’est qu’ami. » Sollers continue : « Stendhal a été malheureux, repoussé, trompé, écarté à cause de  sa « sensibilité folle, de son âme sensible jusqu’à l’anéantissement et à la folie » mais il ne s’est jamais résigné, il a maintenu que l’amour devait exister, sinon tout serait d’un ennui mortel. » Il se trouvait laid : « Cette tête de boucher italien. » Et il fut souvent victime de fiascos. Il n’aimait pas beaucoup la France : « Malgré les malheurs de mon ambition, je ne crois point les hommes méchants ; je les regarde comme des machines poussées, en France, par la vanité et, ailleurs, par toutes les passions, la vanité comprise. » Stendhal parle aussi beaucoup de politique : « La politique dans une œuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n’est pas possible de refuser son attention. Nous allons parler de fort vilaines choses. » Ou « Les peuples n’ont jamais que le degré de liberté que leur audace conquiert sur la peur. » stendhalQuel que soit le sujet qu’il aborde, il est vif, virevoltant, pénétrant. La magie surgit en le lisant dans cette impression de vérité et de liberté. « Son style dont il dit lui-même qu’il est horriblement difficile à imiter car il n’est qu’une suite de nuances vraies. Il ne vit d’autre chose que d’une suite de nuances vraies. » : Philippe Sollers. Il est en effet et un des seuls dans ce cas, impossible à imiter. Son écriture virevolte et pétille sans cesse. D’où l’ennui qu’il éprouvait en société : « Le grand drawback (inconvénient) d’avoir de l’esprit c’est qu’il faut avoir l’œil fixé sur les demi-sots qui vous entourent, et se pénétrer de leurs plates sensations. » Vide qu’il a comblé avec l’art, la peinture, la musique et l’écriture. Mais pas seulement : « J’aimais et j’aime encore les mathématiques pour elles-mêmes, comme n’admettant pas l’hypocrisie et le vague, mes deux bêtes d’aversion. » « En composant la Chartreuse, pour prendre le ton, je lisais chaque matin deux ou trois pages du Code civil, afin d’être toujours naturel. » Il savait qu’il serait lu et compris plus tard (il l’a écrit) et se moquait de l’avis de ses contemporains : « Tout bon raisonnement offense. » Michel Crouzet, un des meilleurs spécialistes de Stendhal, a eu cette phrase merveilleuse, à son propos : « L’esprit est un luxe spirituel, une grâce, et cette grâce c’est la gaieté ». Claude Roy dans son Stendhal par lui-même écrit : « La perfection de Le Rouge et le Noir et de La Chartreuse de Parme me semble cependant démontrable. Ces deux ouvrages, par leurs données, les caractères qui y sont présentés, la construction des intrigues qui s’y développent, le charme de leurs descriptions, la curiosité et la bonté que l’auteur y exerce, l’intelligence qu’il y manifeste, ont ce caractère de nécessité qui rend parfaitement heureux, – propre aux véritables chefs-d’œuvre (...)  La prose de Stendhal n’est jamais une draperie posée sur un quelconque contenu, elle est le contenu même de sa pensée, un mouvement qui nous est transmis sans aucune déperdition d’énergie. » Énergie, un des mots les plus chers à Stendhal : « Je ne conçois pas un homme sans un peu de mâle énergie, de constance et de profondeur dans les idées. » Intelligence et vision de l’avenir aussi : « L’admission des femmes à l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation : elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain et ses chances de bonheur. »   Sa célèbre épitaphe : « Visse, scrisse, amò : il a vécu, il a écrit, il a aimé. » que Sollers commente ainsi : « Il y a la vie, l’écriture, l’amour. Ou encore : l’amour naît de la vie qui s’écrit. » Parmi ses devises, celle-ci : « Intelligenti pauca. » : Peu de mots suffisent à ceux qui comprennent. Et « Songez à ne passer votre vie à haïr et à avoir peur. » stendhalComme l'écrit Philippe Sollers dans Trésor d'amour : « Tout cela se passe sans raisonnements superflus, à l'intuition, à l'instinct, au goût. » Et : « Il est très informé, il se tait. Mérimée écrit faussement : « Personne n'a jamais su exactement quels gens il voyait, quels livres il avait écrits, quels voyages il avait faits. » Mais si on sait, à moins de ne pas vouloir savoir. Cela dit, bien des choses restent dans l'ombre, à cause de son appartenance maçonnique qui lui a valu des soutiens mais aussi beaucoup d'ennuis surveillés et de courriers interceptés. La vie de Stendhal est cent fois plus romanesque que ce que disent les apparences. » Et aussi, du même : « Ce Beyle doit tout au règne de l'Usurpateur qui a conduit la France à s'agenouiller en Europe (ce qui ne l'empêche pas d'écrire dans les journaux anglais). Beyle n'a retrouvé une situation qu'avec peine, on l'a cantonné dans un bled où il effectue son travail avec retard, puisqu’il est le plus souvent à Rome, on se demande pourquoi. Attention, il a gardé un réseau de relations, c'est un brillant causeur à l'esprit acide, on le voit ici ou là, il peut être reçu au plus haut niveau (là encore on se demande pourquoi). La police autrichienne l'a identifié comme libéral dangereux. On lui prête des maîtresses, notamment italiennes. Célibataire, athée, familier des bordels. Quoique sous surveillance constante, inexplicablement accrédité par le Saint-Siège. » Laissons-lui le mot de la fin : « Je ne veux désormais collectionner que les moments de bonheur. »

Raymond Alcovère

mercredi, 19 février 2020

Lecture

Stendhal"Je me félicite toujours du hasard qui nous a porté à aimer la lecture… C'est un magasin de bonheur toujours sûr et que les hommes ne peuvent nous ravir."

Stendhal

18:28 Publié dans illuminations, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal

mercredi, 21 août 2019

Femmes

Antonio Palmerini.jpg

 

« L'admission des femmes à l'égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation : elle doublerait les forces intellectuelles du genre humain et ses chances de bonheur. »
Stendhal
Photo de Antonio Palmerini

vendredi, 13 juillet 2018

Loterie

Stendhal"Je regarde et j'ai toujours regardé mes ouvrages comme des billets de loterie."

Stendhal

dimanche, 02 octobre 2016

Par conséquent

Stendhal"Si j'avais été habile, je serais dégoûté des femmes jusqu'à la nausée, et, par conséquent, de la musique et de la peinture, comme X ou Y. Ils sont secs, dégoûtés du monde, philosophes. Au lieu de cela, dans tout ce qui touche aux femmes, j'ai le bonheur d'être dupe comme à 25 ans."

Stendhal

18:52 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : stendhal

Day of genius

Stendhal"Le 29 décembre 1819 est pour Stendhal un "day of genius". Il vient d'avoir l'idée de De l'amour."

Philippe Sollers, Trésor d'amour, p. 29

jeudi, 29 septembre 2016

La plume d'un côté et l'épée de l'autre

Stendhal, Sol Lewitt"Nous tenons la plume d'un côté et l'épée de l'autre."
Stendhal
Sol Lewitt

mercredi, 23 mars 2016

Démontrable

stendhal.gif23 mars 1842, mort de STENDHAL (Henri Beyle) à Paris. 
« La perfection de "Le Rouge et le Noir" et de "La Chartreuse de Parme" me semble cependant démontrable. Ces deux ouvrages, par leur donnée, les caractères qui y sont présentés, la construction des intrigues qui s’y développent, le charme de leurs descriptions, la curiosité et la bonté que l’auteur y exerce, l’intelligence qu’il y manifeste, ont ce caractère de nécessité qui rend parfaitement heureux, – propre aux véritables chefs-d’œuvre (...) La prose de Stendhal n’est jamais une draperie posée sur un quelconque contenu, elle est le contenu même de sa pensée, un mouvement qui nous est transmis sans aucune déperdition d’énergie. »
Claude Roy (Stendhal par lui-même)

samedi, 10 octobre 2015

Société

Ereic Freylenticulaire700.jpg"la société ne paie que les services qu'elle voit."

Stendhal

21:27 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal

jeudi, 21 février 2013

Admiration

dictionnaire amoureux sten.jpgAdmiration - ... La position de Stendhal est d'autant plus remarquable : lui, si caustique, regardant toute chose avec ironie et scepticisme, fait de l'admiration la pierre de touche des esprits supérieurs. Savoir admirer est pour lui la première des vertus, à laquelle font obstacle en France la vanité, la peur, si on s'abandonne, de paraître naïf, de perdre la face à côté d'un arbitre plus savant, plus averti... C'est justement par la fraîcheur de ses enthousiasmes que les écrits de Stendhal sur la peinture, la musique, Rome, ont gardé leur jeunesse intacte. Un guide bien fait établit une hiérarchie entre les " valeurs " ; Stendhal se moque des valeurs et ne consulte que son émotion.  "

jeudi, 15 mars 2012

Les deux seules

"Naples et Paris, les deux seules capitales."

Stendhal

23:24 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal

dimanche, 29 janvier 2012

A la chasse

280px-Fiesta_campestre.jpg"J'appelle caractère d'un homme sa manière habituelle d'aller à la chasse au bonheur."

Stendhal

21:58 Publié dans citation | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : stendhal, titien

mardi, 07 juin 2011

Mais c'est un roman

" Elle a dit, avec l'air assez convaincu, en parlant des rapports que nous avons eu ensemble : " Mais c'est un roman. "

Stendhal, Journal

14:23 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : stendhal

vendredi, 14 janvier 2011

A la chasse du bonheur

Stendhal-consul-big.jpg"J'appelle caractère d'un homme, sa manière habituelle d'aller à la chasse du bonheur."

Stendhal

22:47 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : stendhal

Une suite de nuances vraies

vlcsnap-2010-11-11-23h13m42s70.png"Voilà son style, dont il dit lui-même qu'il est "horriblement difficile à imiter, car il n'est qu'une suite de nuances vraies."

Philippe Sollers, à propos de Stendhal, dans "Trésor d'amour"

dimanche, 02 janvier 2011

Hâtons-nous de jouir

violon_partition_et_journal.jpg"Hâtons-nous de jouir, nos moments nous sont comptés, l’heure que j’ai passée à m’affliger ne m’en a pas moins rapproché de la mort. Travaillons, car le travail est le père du plaisir, mais ne nous affligeons jamais. Réfléchissons sainement avant de prendre un parti ; une fois décidé, ne changeons jamais. Avec l’opiniâtreté, on vient à bout de tout. Donnons-nous des talents ; un jour, je regretterais le temps perdu."

Stendhal, Journal; juillet 1801

Lire ici dans le Journal du mois de Ph. Sollers

lundi, 24 mai 2010

Maximes stendhaliennes

Bombay 023.jpgSonge à trois maximes :

1 S'accoutumer aux chagrins : tout homme en a sept ou huit par jour.

2 Ne pas trop s'exagérer le bonheur que l'on n'a pas.

3 Savoir tirer parti des moments de froideur pour travailler à perfectionner notre art de connaître, ou esprit.

Stendhal, Lettre à sa soeur Pauline, Marseille, 22 mars 1806.

Photo de Nina Houzel, Inde

 

samedi, 15 mai 2010

Malheur à celui par qui le Stendhal arrive !

Gericault_Main_Mouche_430px.jpg"Vos plats ennemis ne seront connus que par le bonheur qu'ils auront eu d'être vos ennemis."

Stendhal

Géricault, Etude de main attrapant une grosse mouche
Musée Bonnat (Bayonne)

mercredi, 24 février 2010

Un coup de pistolet

photodeCornelLucas.jpg« La politique dans une œuvre littéraire, c’est un coup de pistolet au milieu d’un concert, quelque chose de grossier et auquel pourtant il n’est pas possible de refuser son attention. Nous allons parler de fort vilaines choses »

Stendhal, La chartreuse de Parme

Photo de Cornel Lucas

jeudi, 06 août 2009

Blog en vacances...

Brassai-Le-Pont-Neuf--1932-207892.jpgCe que j'aime dans les voyages, c'est l'étonnement du retour, écrivait Stendhal, alors, à très bientôt...

Brassai; Le Pont-Neuf

18:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vacances, stendhal, brassai