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mercredi, 30 décembre 2015

Vieux tigre bondissant dans la neige

hokusai-tigre-nella-neve.jpg« Hokusai peint des poissons et des pêcheurs, des fleurs et des oiseaux, des courtisanes et des artisans, des pieuvres et des diables — beaucoup de diables, parfois vêtus en prêtres. Puis vient sa dernière œuvre, ce “ vieux tigre bondissant dans la neige ”. Il a quatre-vingt-neuf ans lorsqu'il l'attrape par le bout de son pinceau. Le tigre a une souplesse angélique comme si ses os, sa chair et son âme n'étaient plus que soie, flocon, brise. Il saute entre deux branches basses d'un arbre enneigé dont les extrémités épineuses, perçant le blanc, semblent être des griffes. Tout est devenu tigre, tout est devenu neige. La légèreté du fauve — il se glisse entre les flocons de neige sans en heurter un seul — est celle du chasseur converti par la vue du gibier, soudainement délivré de son instinct de mort. Hokusai pense à la fin de sa vie que la vie n'est que commencements “ À quatre-vingt-dix ans je pénètrerai le mystère des choses ; à cent ans, je serai décidément parvenu à un degré de merveille, et quand j'aurai cent dix ans, chez moi, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. ”  À l'heure où j'écris, continuant à peindre après que la mort a lavé ses pinceaux, Hokusai a deux cent cinquante ans. le vieux tigre est de plus en plus souple, son bond a la forme de l'arc-en-ciel. » 
Christian Bobin 

jeudi, 24 décembre 2015

Approche

CN6_9eeWwAAlQWw.jpg"J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est approché pour voir ce qui se passait."
Christian Bobin

dimanche, 20 décembre 2015

Idiot du village

Christian Bobin, Olav Thokle"Avec un peu plus de patience, j'aurais fait un assez bon idiot du village. C'est un métier que presque plus personne n'exerce : trop difficile, sans doute. Il est plus aisé de devenir médecin, ingénieur ou même écrivain. Plus aisé et plus gratifiant aux yeux du monde."
Christian Bobin
Photo de Olav Thokle

vendredi, 11 décembre 2015

Amour

Christian Bobin"Le jour de l'enterrement de sa mère, C. a été piquée par une abeille. Il y avait beaucoup de monde dans la cour de la maison familiale. J'ai vu C. dans l'infini de ses quatre ans, être d'abord surprise par la douleur de la piqûre puis, juste avant de pleurer, chercher avidement des yeux, parmi tous ceux qui étaient là, celle qui la consolait depuis toujours, et arrêter brutalement cette recherche, ayant soudain tout compris de l'absence et de la mort. Cette scène, qui n'a duré que quelques secondes, est la plus poignante que j'aie jamais vue. Il y a une heure où, pour chacun de nous, la connaissance inconsolable entre dans notre âme et la déchire. C'est dans la lumière de cette heure-là, qu'elle soit déjà venue ou non, que nous devrions tous nous parler, nous aimer et même le plus possible rire ensemble."
Christian Bobin

samedi, 16 mars 2013

Fortune

renoir.jpg« Dans le monde de l’esprit, c’est en faisant faillite qu’on fait fortune. »
Christian Bobin

Et Renoir

mercredi, 13 mars 2013

On pourra relire ce livre...

Le-tres-bas.jpg

vendredi, 11 juin 2010

Se détacher du monde

miro2.jpg" Pour me détacher du monde, il me suffit de porter mon attention du côté de ce qui résonne - la vérité, la pluie sur le toit d'une voiture, les mots d'amour ou les pianos de Mozart. " : Christian Bobin (Mozart et la pluie)

Miro

mercredi, 10 mars 2010

Du côté du réfractaire

Fragonard_aurore.jpgCar il en va des sociétés comme des individus : le réel est toujours du côté du réfractaire, du fugitif, du résistant, de tout ce qu'on cherche à calmer, ordonner, faire taire et qui revient quand même, et qui revient encore, et qui revient sans cesse - incorrigible.
(Christian Bobin, Autoportrait au radiateur)

Fragonard, Aurore

mercredi, 11 novembre 2009

Une chose qu'on ne jette dans aucun cas

Zorro.jpgIl y a toujours une chose qu'on ne jette dans aucun cas. Ce n'est pas nécessairement une chose. Ce peut-être une lumière, une attente, un seul nom. Ce peut être une tache sur un mur, un arbre à la fenêtre ou même une heure particulière du jour. C'est une chose dont on s'éprend sans raison, sans besoin. C'est une fidélité silencieuse à ce qui passe et demeure. C'est un amour taciturne, immobile : il se dépose au fond de l'âme comme au fond d'un creuset. Il y laisse un rien de lumière, une poussière de ciel bleu."

 

Christian Bobin, La part manquante.

mercredi, 24 juin 2009

Comme un miroir brisé

3175459100_880191055f.jpgspaceball.gifLa vérité est sur la terre comme un miroir brisé dont chaque éclat reflète la totalité du ciel.
Christian Bobin, Ressusciter

vendredi, 19 juin 2009

Les mots sont comme les gens

"Les mots sont comme les gens. Leur manière de venir à nous en dit long sur leurs intentions."

Christian Bobin, Tout le monde est occupé

jeudi, 18 juin 2009

La vérité...

Quand la vérité entre dans un coeur, elle est comme une petite fille qui, entrant dans une pièce, fait aussitôt paraître vieux tout ce qui s'y trouve.
Christian Bobin, Le Christ aux coquelicots

Des gens qui se taisent comme dans les livres

78_2514_59_ph_web.jpgIl y a dans la vie des gens qui croient nécessaire, pour être entendus, d'adopter un ton sérieux, de prendre la voix de Dieu le père. Ces gens-là sont à fuir. On ne peut décemment les écouter plus d'une minute, et d'ailleurs ils ne parlent pas: ils affirment. Ils donnent des leçons de morale, des cours de pédagogie, d'ennuyeuses leçons de maintien. Même quand ils disent vrai ils tuent la vérité de ce qu'ils disent. Et puis, merveille des merveilles, on rencontre ici ou là [..] des gens qui se taisent comme dans les livres. Ceux-là on ne se lasserait pas de les fréquenter. On est avec eux comme on est avec soi: délié, calme, rendu au clair silence qui est la vérité de tout.

Christian Bobin, Isabelle Bruges

Picasso, la femme aux cheveux jaunes

mercredi, 17 juin 2009

Cela s'approche de nous et pose sa main sur notre épaule

Robert_Doisneau3.jpgÀ quoi reconnaît-on ce que l'on aime. À cet accès soudain de calme, à ce coup porté au coeur et à l'hémorragie qui s'ensuit - une hémorragie de silence dans la parole. Ce que l'on aime n'a pas de nom. Cela s'approche de nous et pose sa main sur notre épaule avant que nous ayons trouvé un mot pour l'arrêter, pour le nommer, pour l'arrêter en le nommant.
(Une petite robe de fête, Christian Bobin)

Photo de Robert Doisneau

vendredi, 03 novembre 2006

À cet accès soudain de calme

medium_Weiss.jpgÀ quoi reconnaît-on ce que l'on aime. À cet accès soudain de calme, à ce coup porté au coeur et à l'hémorragie qui s'ensuit - une hémorragie de silence dans la parole. Ce que l'on aime n'a pas de nom. Cela s'approche de nous et pose sa main sur notre épaule avant que nous ayons trouvé un mot pour l'arrêter, pour le nommer, pour l'arrêter en le nommant.
(Une petite robe de fête, Christian Bobin)

Photo : Sabine Weiss

mardi, 31 octobre 2006

Qu’est-ce donc que la vie ordinaire

medium_IcoArtista1a.gif« Ma vie est semblable à l’enfant tumultueux de retour à la maison, gagné par l’ardeur d’un jeu au dehors : elle me quitte très souvent, elle me revient de loin en loin, encombrée par une émotion que les premiers mots apaisent. Je n’écris que très peu, et ce peu est encore trop, en regard des quelques instants qui éclairent le chemin où je vais : il y a très peu d’événements dans une vie. Parfois il n’y a que l’événement de son désastre, de son lent engloutissement dans le désastre quotidien. Ainsi perd-on toutes forces, dans l’impur mélange des jours. Qu’est-ce donc que la vie ordinaire, celle où nous sommes sans y être ? C’est une langue sans désir, un temps sans merveille. C’est une chose douce comme un mensonge. »

Christian Bobin, Le huitième jour de la semaine.

Modigliani