lundi, 29 décembre 2025
L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière
"L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière. Cette phrase convient merveilleusement à François d'Assise. On sait de lui peu de choses et c'est tant mieux. Ce qu'on sait de quelqu'un empêche de le connaître. Ce qu'on en dit, en croyant savoir ce qu'on dit, rend difficile de le voir. On dit par exemple : Saint-François-d'Assise. On le dit en somnambule, sans sortir du sommeil de la langue. On ne dit pas, on laisse dire. On laisse les mots venir, ils viennent dans un ordre qui n'est pas le nôtre, qui est l'ordre du mensonge, de la mort, de la vie en société. Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n'ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. L'enfant partit avec l'ange et le chien suivit derrière."
Christian Bobin. Le Très-Bas
Brassaï, Le Pont-Neuf dans le brouillard
17:38 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, brassaï
vendredi, 17 janvier 2025
Fragilité
"La vraie force, c’est celle qui sait prendre soin de la fragilité. Être fort, ce n’est pas écraser les autres sous le poids de ses certitudes ou de ses ambitions. Être fort, c’est être capable de douceur dans un monde qui ne l’est pas. C’est accueillir le doute, le vide, le silence, et continuer d’avancer, sans jamais céder à l’amertume. La vraie force est invisible, elle se niche dans les gestes simples, dans les regards bienveillants, dans la patience des jours."
Christian Bobin
Photo : Brassaï, le Pont-Neuf sous le brouillard
12:04 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, brassaï
samedi, 25 novembre 2023
Quel reste ?
" Personne n'a une vie facile. Le seul fait d'être vivant nous porte immédiatement au plus difficile. Les liens que nous nouons dès la naissance, dès la première brûlure de l'âme au feu du souffle, ces liens sont immédiatement difficiles, inextricables, déchirants. La vie n'est pas chose raisonnable. On ne peut, sauf à se mentir, la disposer devant soi sur plusieurs années comme une chose calme, un dessin d'architecte. La vie n'est rien de prévisible ni d'arrangeant. Elle fond sur nous comme le fera plus tard la mort, elle est affaire de désir et le désir nous voue au déchirant et au contradictoire. Ton génie est de t'accommoder une fois pour toute de tes contradictions, de ne rien gaspiller de tes forces à réduire ce qui ne peut l'être, ton génie est d'avancer dans la déchirure, ton génie c'est de traiter avec l'amour sans intermédiaire, d'égal à égal, et tant pis pour le reste. D'ailleurs quel reste ?"
La plus que vive/Christian Bobin
17:42 Publié dans amour, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin
dimanche, 16 mai 2021
Une petite robe de fête
«Vous n'êtes pas cause de ma solitude. Elle dormait en moi bien avant vous. Vous êtes celle qui, pour l'avoir éveillée, lui ressemble le plus.»03:54 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gabriel isak, christian bobin
jeudi, 24 décembre 2015
Approche
"J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est approché pour voir ce qui se passait."
Christian Bobin
01:31 Publié dans Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin
dimanche, 20 décembre 2015
Idiot du village
"Avec un peu plus de patience, j'aurais fait un assez bon idiot du village. C'est un métier que presque plus personne n'exerce : trop difficile, sans doute. Il est plus aisé de devenir médecin, ingénieur ou même écrivain. Plus aisé et plus gratifiant aux yeux du monde."
Christian Bobin
Photo de Olav Thokle
18:26 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, olav thokle
vendredi, 11 décembre 2015
Amour
"Le jour de l'enterrement de sa mère, C. a été piquée par une abeille. Il y avait beaucoup de monde dans la cour de la maison familiale. J'ai vu C. dans l'infini de ses quatre ans, être d'abord surprise par la douleur de la piqûre puis, juste avant de pleurer, chercher avidement des yeux, parmi tous ceux qui étaient là, celle qui la consolait depuis toujours, et arrêter brutalement cette recherche, ayant soudain tout compris de l'absence et de la mort. Cette scène, qui n'a duré que quelques secondes, est la plus poignante que j'aie jamais vue. Il y a une heure où, pour chacun de nous, la connaissance inconsolable entre dans notre âme et la déchire. C'est dans la lumière de cette heure-là, qu'elle soit déjà venue ou non, que nous devrions tous nous parler, nous aimer et même le plus possible rire ensemble."
Christian Bobin
05:04 Publié dans amour, Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : christian bobin


















