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jeudi, 04 juin 2020

Lettre de Rimbaud à Ernest Delahaye (juin 1872)

Rimbaud.jpg

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mardi, 28 avril 2020

Poésies (Rimbaud)

rimbaud,illuminations

La période de création littéraire de Rimbaud dure seulement 4 ans (de 15 à 19 ans !) L’image de l’adolescent fragile, diffusée partout, est trompeuse : il était plutôt grand (1, 79 mètres), solide, bien bâti, avec de très grandes mains. On marchait beaucoup à l’époque et lui aura marché toute sa vie. Ainsi Verlaine voit débarquer à Paris avec un mélange de stupeur et de désir un immense gaillard malgré son jeune âge, beau comme un dieu et au parler mêlé de patois ardennais. Il est incommensurablement en avance sur tout le monde, d’une intelligence et d’une sensibilité hors normes, sauvage, réfractaire déjà, il dormait dans des péniches souvent à Paris, un sans domicile fixe. Les poètes académiques de l'époque que lui présentent Verlaine l'ennuient vite ; dans l’entresol d’une brasserie du quartier Saint-Sulpice, au milieu des Vilains Bonhommes,  du fond de la salle, il ponctue chaque vers d’un Merde retentissant. Dans le tableau de Fantin-Latour (Le Coin de table), il est le seul à tourner la tête ostensiblement de l’autre côté. Il comprend vite qu'il n'a rien à faire avec eux, il perd son temps et s'en va ; « la pensée réclame de larges tranches de temps. » écrira-t-il. Il apprend plusieurs langues, voyage dans toute l’Europe... En 1876, engagé volontaire dans l’armée néerlandaise, il part à Java, déserte, traverse la jungle de l’île, puis s’embarque comme marin sur le Wandering Chief, revient en Europe via Le Cap, Sainte-Hélène, les Açores puis l’Irlande. Un peu plus tôt, au printemps, il arrive à Vienne ; refoulé par la police autrichienne, il rentre en France, à pied, par l’Allemagne du Sud. L’année suivante, ce seront Stockholm, la Norvège, Rome, l’an d’après Milan et Gênes. Ensuite il y aura Chypre et le Harar bien sûr. A-t-il été agent secret ? C’est que Philippe Sollers évoque dans Studio : « - Quoi ? Vous insinuez que Rimbaud, le grand poète maudit, aurait été recruté par les Services britanniques lors de ses séjours à Londres ? Qu’il aurait eu, à travers ses relations avec des exilés de la Commune de Paris, quelques dîners confidentiels avec Marx ? Qu’il aurait travaillé ensuite pour Sa Majesté en Abyssinie ? – Mais non, mais non… Quoique, s’agissant de Rimbaud, ce ne serait là qu’une variante à tous les délires qu’il a suscités. Pourtant, à Brême, quand il veut s’enrôler dans la marine américaine… Son passage dans la légion étrangère de Hollande jusqu’à Batavia… Stockholm, où il passe pour marin… Copenhague… Norvège… Gênes, Milan, Alexandrie… Chypre… Et l’Egypte, l’Arabie, l’Ethiopie… Banale activité commerciale ? Simple trafic d’armes ? Allons, allons… » Une vie entière ne suffirait pas à épuiser tout ce que contiennent Une Saison en enfer et les Illuminations. Sa Lettre du voyant (il a seize ans et demi) reste un monument  où il pose les jalons de sa vie future: « Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens (on notera le raisonné) (…) Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant (…) La Poésie ne rythmera plus l’action : elle sera en avant ! (…) Ces poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme, – jusqu’ici abominable – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi ! La femme trouvera de l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? – Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses ; nous les prendrons, nous les comprendrons. Car JE est un autre. (…) J’assiste à l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène. ». Rimbaud a semé des pépites innombrables : « Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartai du ciel l’azur, qui est du noir et je vécus étincelle d’or de la lumière nature. »  « Quand le monde sera réduit en un seul bois noir pour nos quatre yeux étonnés, — en une plage pour deux enfants fidèles, — en une maison musicale pour notre claire sympathie, — je vous trouverai. » « La nuit vient, noir pirate, aux cieux d’or débarquant » et celle-ci, une des plus magiques jamais écrites en français : « À la lisière de la forêt, – les fleurs de rêve tintent, éclatent, éclairent, – la fille à lèvres d’orange, les genoux croisés dans le clair déluge qui sourd des prés, nudité qu’ombrent, traversent et habillent les arcs-en ciel, la flore, la mer » « Tels qu’un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses. » « Les calculs de côté, l’inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l’esprit. » « La main d’un maître anime le clavecin des près. » On parle moins de ses Proses évangéliques, elles sont pourtant étonnantes : « Jésus dit : « Allez, votre fils se porte bien. » L’officier s’en alla, comme on porte une pharmacie légère, et Jésus continua par les rues moins fréquentées. Des liserons orange, des bourraches montraient leur lueur magique entre les pavés. Enfin il vit au loin la prairie poussiéreuse, et les boutons d’or et les marguerites demandant grâce au jour. » Sa sœur Isabelle qui l’assiste lors de son étrange agonie à Marseille en 1891, raconte : « Par moments, il est voyant, prophète, son ouïe acquiert une étrange acuité. Sans perdre un instant connaissance (j’en suis certaine), il a de merveilleuses visions : il voit des colonnes d’améthyste, des anges marbre et bois, des végétations et des paysages d’une beauté inconnue, et pour dépeindre ces sensations il emploie des expressions d’un charme pénétrant et bizarre (…) Je crois que la poésie faisait partie de la nature même d’Arthur Rimbaud ; que jusqu’à sa mort et à tous les moments de sa vie, le sens poétique ne l’a pas abandonné un instant. » Il a inventé la couleur des voyelles. Il est le plus grand de tous les poètes. On peut relire et méditer à l’infini : « Elle est retrouvée, quoi ? L’éternité, c’est la mer mêlée au soleil.  Mon âme éternelle, observe ton vœu, malgré la nuit seule, et le jour en feu. Donc tu te dégages des humains suffrages, des communs élans ! tu voles selon... – Jamais l’espérance, pas d’orietur, science et patience, le supplice est sûr. Plus de lendemain, braises de satin, votre ardeur est le devoir. Elle est retrouvée ! — Quoi ? — l'Éternité. C'est la mer mêlée au soleil.» Une Saison en enfer, qui mérite une lecture minutieuse, car il s’y raconte tout entier se termine par ses mots : « Il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. » Philippe Sollers : « Il y a beaucoup de gens qui pensent que Rimbaud est simplement un poète, c’est un contresens complet, c’est un métaphysicien qui raconte une expérience extraordinairement nouvelle et importante. » Marcelin Pleynet souligne : « l’unique, l’extraordinaire, l’absolue liberté d’esprit de Rimbaud (…) Sa langue est, en tant qu'elle est, essentiellement, une autre langue qui parle dans la langue française.» Et par conséquent, pas forcément accessible. Ses déclarations, au final, ne sont pas si  invraisemblables : « Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. » Ou ceci, tout simplement : « Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons. »

Raymond Alcovère

vendredi, 29 mars 2019

Après

Rimbaud"Bien après les jours et les saisons et les êtres et les pays"

Rimbaud

Takkaruphoto

10:07 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

jeudi, 02 août 2018

"L'habitation bénie du ciel et des ombrages." : Rimbaud

rimbaud,ecosseIsle of Mull, Scotland

mercredi, 29 mars 2017

Temps

Kiyoshi Yamaguch.jpg"La pensée réclame de larges tranches de temps."
Rimbaud, lettre de jeunesse
Photo de Kiyoshi Yamagush

jeudi, 19 janvier 2017

Guerre

Rimbaud, Gerda Taro"Enfant, certains ciels ont affiné mon optique : tous les caractères nuancèrent ma physionomie. Les Phénomènes s'émurent. - A présent l'inflexion éternelle des moments et l'infini des mathématiques me chassent par ce monde où je subis tous les succès civils, respecté de l'enfance étrange et des affections énormes. - Je songe à une guerre, de droit ou de force, de logique bien imprévue.
C'est aussi simple qu'une phrase musicale."
Rimbaud, Guerre, Illuminations
Photo de Gerda Taro

vendredi, 13 janvier 2017

Fils du soleil

C14-2pvWIAAKJv1.jpg"J'avais en effet, en toute sincérité d'esprit, pris l'engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil, - et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule."
Rimbaud

21:59 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

dimanche, 15 mai 2016

Desperadoes

Rimbaud« Les desperadoes languissent après l’orage, l’ivresse et les blessures. »

Rimbaud

 

02:37 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

mercredi, 04 mai 2016

Or riant

RimbaudLa nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant.
Rimbaud

19:24 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

samedi, 27 juin 2015

Je vous vois

Rimbaud « Je baisse les feux du lustre, je me jette sur le lit, et tourné du côté de l’ombre je vous vois, mes filles ! mes reines ! »

Rimbaud, Les Illuminations

Edouard Manet, Bouquet de violettes

samedi, 20 juin 2015

La clef

DSC_2980.JPG« Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »

Rimbaud

Photo : Sabine Laporte-Alcovère

21:10 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud, venise

"L'habitation bénie du ciel et des ombrages" Rimbaud

Tiepolotiepolo-hagar-fresque.jpg

20:56 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud, tiepolo

lundi, 01 juin 2015

Illumination

« Les calculs de côté, l’inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l’esprit. »
Rimbaud

01:57 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

mardi, 24 décembre 2013

Fleurs

manet_roses_tulips_lilacs.jpgTels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.

Rimbaud

Manet

05:39 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud, manet

samedi, 31 août 2013

L'automne, déjà !

L'automne, déjà ! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.

L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.

Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !

- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !

Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !

Suis-je trompé ? la charité serait-elle soeur de la mort, pour moi ?

Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.

Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

¯¯¯¯¯¯¯¯

Oui l'heure nouvelle est au moins très-sévère.

Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais !

Il faut être absolument moderne.

Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

Rimbaud, avril-août, 1873.

07:30 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

vendredi, 22 mars 2013

La vision de la justice

Marché-aux-esclaves-avec-apparition-du-buste-invisible-de-Voltaire-1940.jpg"Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul."
Rimbaud, Une saison en enfer
Dali, Marché aux esclaves avec apparition du buste invisible de Voltaire, 1940

mardi, 01 janvier 2013

...

"Mon âme éternelle

observe ton voeu

Malgré la nuit seule

Et le jour en feu."


Rimbaud 

20:30 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

vendredi, 06 avril 2012

Rimbaud, Adieu

rimbaudL'automne, déjà ! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.

L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.

Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du comfort !

- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !

Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !

Suis-je trompé ? la charité serait-elle soeur de la mort, pour moi ?

Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.

Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?

¯¯¯¯¯¯¯¯

Oui l'heure nouvelle est au moins très-sévère.

Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais !

Il faut être absolument moderne.

Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

avril-août, 1873.

Nicolas de Staël, Agrigente, 1954

jeudi, 28 juillet 2011

L'automne déjà !

P1010821.jpg"L'automne déjà ! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons.
L'automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l'ivresse, les mille amours qui m'ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d'âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le coeur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment... J'aurais pu y mourir... L'affreuse évocation ! J'exècre la misère.
Et je redoute l'hiver parce que c'est la saison du confort !
- Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d'or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J'ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J'ai essayé d'inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J'ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d'artiste et de conteur emportée !
Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
Suis-je trompé, la charité serait-elle soeur de la mort, pour
moi ?
Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonge. Et allons.
Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?
 
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Oui, l'heure nouvelle est au moins très sévère.
Car je puis dire que la victoire m'est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent.Tous les souvenirs immondes s'effacent. Mes derniers regrets détalent, - des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. - Damnés, si je me vengeais !
Il faut être absolument moderne.
Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n'ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !... Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.
Cependant c'est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l'aurore, armés d'une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.
Que parlais-je de main amie ! un bel avantage, c'est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, - j'ai vu l'enfer des femmes là-bas ; - et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps."

Arthur Rimbaud, Une Saison en enfer, fin du texte / Peinture de Frédérique Azaïs-Ferri

 

 

 

 

00:30 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

vendredi, 12 mars 2010

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"Les calculs de côté, l'inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l'esprit."

Rimbaud

19:13 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud