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dimanche, 02 février 2014

Certaines nuances d'ordre émotionnel

gossart_danae.jpgQuant aux dieux, comment les reconnaître ? Les écrivains ont toujours été, en cela, heureusement sans préjugés. ils ont toujours agi comme s'ils sous-entendaient une observation lumineuse d'Ezra Pound : "Aucune métaphore plus appropriée n'ayant été trouvée pour traduire certaines nuances d'ordre émotionnel, j'affirme que les dieux existent." L'écrivain est celui qui voit ces "nuances d'ordre émotionnel".

Roberto Calasso, La littérature et les dieux

Jan Gossaert, Danaé, 1527

jeudi, 30 janvier 2014

Pour éviter toute révolte

huxley.jpg

mercredi, 29 janvier 2014

Venise

Venise, Marcelin PleynetVenise ne sera jamais tout à fait une ville comme les autres et nous n’en partagerons jamais tout à fait le charme. Sans doute y apportons-nous toujours un peu plus que ce qui nous conduit dans une autre ville ; et cela même nous isole et nous divise. Cette passion singulière qu’exige Venise, n’est jamais assez vraie, n’est jamais assez grande, parce qu’elle est de la finalité d’un voyage ; ce voyage fût-il celui de la vie. Pour s’accorder à Venise il faudrait ne pas venir y chercher ce qui s’y trouve, et sans doute d’abord ne pas trouver ce que l’on y apporte. Venise ne nous propose pas une rencontre mais une séparation ; non pas « une arrivée », mais un départ. Le « charme » de Venise tient aussi pour nous à ce qu’installés dans nos certitudes, dans nos inquiétudes, dans nos passions, nous n’y arriverons jamais. Nous n’y arriverons jamais faute de savoir quitter l’espace et le temps qui nous quittent. C’est me semble-t-il ce dont témoignent, en clichés, cet ensemble de souvenirs poétiques : je ne suis pas amoureux de Venise, je suis amoureux d’une lumière, d’un éclat, d’un départ, je suis « amoureux de l’amour ».

Marcelin Pleynet

lundi, 27 janvier 2014

Limbe bibliothèque

"Il y a dans la littérature, une Limbe bibliothèque où se tiennent en rangs sur les étagères des livres qui n’ont pas été écrits. On allait les écrire. Invisibles la plupart du temps ces livres sont pleurés comme des dieux perdus par des lecteurs inconsolables. Le livre que Joyce n’a pas écrit. Le livre que Stendhal avait envie d’écrire. Le dernier livre de Dostoïevski. Ils me manquent. Je vous attends. Vous alliez être. L’aurait-il jamais écrit, Kafka, son livre du saint des saints ? Et Shakespeare était gros d’un seigneur dont le soleil halète parmi les planètes. "

Hélène Cixous

vendredi, 24 janvier 2014

Comment écrire une histoire géniale : huit trucs de Kurt Vonnegut

Kurt Vonnegut- Faites en sorte que ce complet étranger qu'est le lecteur n'ait pas le sentiment d'avoir perdu son temps. 
 
- Donnez au lecteur au moins un personnage auquel il puisse s'attacher. 
 
- Tous les personnages devraient vouloir quelque chose, même si ce n'est qu'un verre d'eau. 
 
- Chaque phrase doit faire une ou deux choses : faire voir un personnage ou faire avancer l'action. 
 
- Commencez aussi près de la fin que possible. 
 
- Soyez sadique : peu importe l'innocence et la douceur de vos personnages principaux, faites en sorte que d'horribles choses leur arrivent, de façon à ce que le lecteur voie de quoi ils sont faits. 
 
- Ecrivez pour plaire à une seule personne. Si vous ouvrez grand votre fenêtre et que vous faites l'amour au monde entier, si je puis dire, votre histoire attrapera une pneumonie. 
 
- Donnez à vos lecteurs autant d'informations que possible, le plus tôt possible. Au diable le suspens. Les lecteurs devraient avoir une compréhension si totale de ce qui se passe qu'ils devraient pouvoir finir l'histoire eux-mêmes, même si les cafards avaient dévoré les dernières pages. 

mardi, 21 janvier 2014

Deux ou trois images simples

albert camus "Une oeuvre d'homme n'est rien d'autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l'art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s'est ouvert."
A. Camus - L'envers et l'endroit (Préface)

dimanche, 05 janvier 2014

Le point

« Qui aurait trouvé le secret de se réjouir du bien sans se fâcher du mal contraire, aurait trouvé le point. C’est le mouvement perpétuel. »

 

PASCAL

Exergue de "Médium" de Philippe Sollers, vient de sortir

Le duc, le duc !

C'est Wiki qui l'écrit et bien ! : "Cela même fait l’originalité du style de Saint-Simon : il ne se surveille pas. Chez lui la phrase se bouscule parfois, hachée et fiévreuse, toute en ellipses, ou bien elle semble, comme chez Proust, vouloir embrasser tous les aspects d’une question, et ne s’éteindre que lorsque le sujet a été épuisé. Saint-Simon supprime jusqu'au verbe, accumulant les notations rapides, comme prises sur le vif."

19:01 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : saint-simon

mardi, 24 décembre 2013

J'aperçois la lune pâle et élargie

clairlun.jpg"En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte : il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie ; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'Orient : on dirait que l'ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité."

Chateaubriand, fin des Mémoires

samedi, 14 décembre 2013

L'enchanteur

Chateaubriand" Comme aux oiseaux voyageurs, il me prend au mois d'octobre une inquiétude qui m'obligerait à changer de climat, si j'avais encore la puissance des ailes et la légèreté des heures : les nuages qui volent à travers le ciel me donnent envie de fuir. Afin de tromper cet instinct, je suis accouru à Chantilly. J'ai erré sur la pelouse, où de vieux gardes se traînaient à l'orée du bois. Quelques corneilles, volant devant moi, par-dessus des genêts, des taillis, des clairières, m'ont conduit aux étangs de Commelle. La mort a soufflé sur les amis qui m'accompagnèrent jadis au château de la reine Blanche : les sites de ces solitudes n'ont été qu'un horizon triste, entr'ouvert un moment du côté de mon passé. Aux jours de René, j'aurais trouvé les mystères de la vie dans le ruisseau de la Thève : il dérobe sa course parmi des prêles et des mousses ; des roseaux le voilent ; il meurt dans ces étangs qu'alimente sa jeunesse, sans cesse expirante, sans cesse renouvelée : ces ondes me charmaient quand je portais en moi le désert avec les fantômes qui me souriaient, malgré leur mélancolie, et que je parais de fleurs... "

mercredi, 04 décembre 2013

Improvisation

 

« Dès l’âge le plus tendre, il étonnait par la richesse de son improvisation. Il se gardait bien cependant d’en faire parade ; mais les quelques élus qui l’ont entendu improviser pendant des heures entières, de la manière la plus merveilleuse, sans jamais rappeler une phrase quelconque de n’importe quel compositeur, sans même toucher à aucune de ses propres œuvres, ne nous contrediront pas si nous avançons que ses plus belles compositions ne sont que des reflets et des échos de son improvisation. Cette inspiration spontanée était comme un torrent intarissable de matières précieuses en ébullition. De temps en temps, le maître en puisait quelques coupes pour les jeter dans son moule, et il s’est trouvé que ces coupes étaient remplies de perles et de rubis. »

Julian Fontana à propos de Frédéric Chopin

« Dans l’improvisation réside la force. Tous les coups décisifs seront portés de la main gauche. »

Walter Benjamin

 

vendredi, 15 novembre 2013

Chère sœur,

Chère sœur,
La vue de ces montagnes étincelantes, éternelles, t'impressionnerait autant que moi, et si un Dieu de puissance possède un trône sur terre, c'est sur ces splendides cimes. Je ne puis que rester en arrêt comme un enfant et m'étonner et me réjouir en silence, debout sur la plus proche colline, voyant du haut de l' Éther les montagnes descendre par degrés jusque dans cette aimable vallée cernée de sapins toujours verts et traversée en son fond de torrents et de lacs ; c'est là que j'habite au milieu d'un jardin dont les saules et les peupliers sont sous ma fenêtre, au bord d'une eau transparente qui m'enchante la nuit de sa rumeur, quand tout est silence et que sous la sérénité du ciel constellé, je songe ou j'écris. Tu vois, ma chère, j'envisage ce séjour comme quelqu'un qui a connu passablement de souffrances dans sa jeunesse et se trouve à présent assez satisfait et tranquille pour éprouver une vive reconnaissance pour ce qui est.
Hölderlin
lettre à sa sœur
Hauptwil, près de St. Gall
le 23 février 1801

22:40 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hölderlin

lundi, 11 novembre 2013

Danae

300px-Danae_gold_shower_Louvre_CA925.jpg"Un écrivain est profond lorsque son discours une fois traduit du langage en pensées non équivoques, m’oblige à une réflexion de durée utile sensible.
Mais la condition soulignée est essentielle. Un habile fabricateur, comme il y en a beaucoup- et même un homme habitué à faire profond- peut toujours simuler la profondeur par un arrangement et une incohérence des mots qui donne le change. On croit réfléchir au sens, tandis qu’on se borne à le chercher. Il vous fait restituer bien plus que ce qu’il a donné. Il fait prendre un certain égarement qu’il communique, pour la difficulté de le suivre.
La plus véritable profondeur est la limpide.
Celle qui ne tient pas à tel ou tel mot- comme mort, Dieu, vie, amour, mais qui se prive de ces trombones…"
Paul Valéry, Tel quel 

L'esprit libre a horreur de la compétition. Il prend parti pour son rival. Il sent trop que si les défaites nous abattent, les victoires nous suppriment. Celui que peut abattre la défaite, serait aboli et dissous par la victoire. Il répugne aux deux basses pensées que donnent la victoire et la défaite. Tout ce qui empêche l'esprit de former toutes les combinaisons possibles l'altère dans son essence, qui est de les former.

 


Paul Valéry, Tel quel

Danaé et la pluie d'or, cratère en cloche de Béotie, v. 450-425 av. J.-C.musée du Louvre

samedi, 02 novembre 2013

La littérature

pablo.jpg

"La littérature a pour but de découvrir la Réalité en énonçant des choses contraires aux vérités usuelles."

Proust à Paul Morand

Pablo Picasso

dimanche, 29 septembre 2013

Ecrire

Encore une fois, tout ce que nous savons est que nous sommes doués à un certain degré de la parole et que,
par elle, quelque chose de grand et d’obscur tend impérieusement à s’exprimer à travers nous, que chacun
de nous a été choisi et désigné à lui-même entre mille
pour formuler ce qui, de notre vivant, doit être formulé.
C’est un ordre que nous avons reçu une fois pour toutes
et que nous n’avons jamais eu loisir de discuter.
Il peut nous apparaître, et c’est même assez paradoxal,
que ce que nous disons n’est pas ce qu’il y a de plus nécessaire à dire et qu’il y aurait manière de le mieux dire. Mais c’est comme si nous y avions été condamnés
de toute éternité. Écrire, je veux dire écrire si difficilement, et non pour séduire, et non, au sens où on l’entend d’ordinaire, pour vivre, mais, semble-t-il, tout au plus pour se suffire moralement, et faute de pouvoir rester sourd à un appel singulier et inlassable, écrire ainsi n’est jouer ni tricher, que je sache.


André Breton,
Légitime défense (1926), repris dans Point du jour, pp. 55-56

jeudi, 19 septembre 2013

Sincérité

« Quand j’entends un critique littéraire louer un écrivain pour sa sincérité, je suis certain qu’un des deux, au moins, est un crétin. »
Nabokov
Cité par Jack-Alain Léger, dans "Hé bien, la guerre"

16:11 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nabokov

lundi, 16 septembre 2013

à Paris

"Le souper fut comme la plupart des soupers de Paris, d’abord du silence, ensuite un bruit de paroles qu’on ne distingue point, puis des plaisanteries dont la plupart sont insipides, de fausses nouvelles, de mauvais raisonnements, un peu de politique, et beaucoup de médisance : on parla même de livres nouveaux."

Voltaire, Candide

09:07 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire

jeudi, 12 septembre 2013

Ciel !

« Le ciel a créé la beauté féminine,
Afin qu’elle procure la félicité sur terre
À tout homme qui sait apprécier la grâce. »
Veronica Franco – Tre rime

13:57 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femmes

mardi, 10 septembre 2013

Essence d'un livre

"Le style et la structure sont l'essence d'un livre. Les grandes idées ne sont que des foutaises."

Nabokov

06:11 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : nabokov

lundi, 09 septembre 2013

Enfance

"Il était impossible d'ajuster le langage à ses souvenirs -  tout simplement, il n'existait pas de mots adultes pour ses impressions d'enfance."

Nabokov

l était impossible d'ajuster le langage à ces souvenirs - tout simplement, il n'existait pas de mots adultes pour ces impressions d'enfance.
La défense Loujine (1930)
Citations de Vladimir Nabokov



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