vendredi, 01 janvier 2016
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul…
Mais… chanter
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste, d’ailleurs, se dire : « Mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles ! »
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul…
Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand
Photo de Vanessa Riccobaldi
21:07 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cyrano de bergerac, edmond rostand
mercredi, 30 décembre 2015
Fou !
"Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie que de n'être pas fou."
Blaise Pascal
Photo de Bernard Plossu
01:48 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bernard plossu, pascal
samedi, 26 décembre 2015
L’eau sacrifie le temps ; elle le soustrait à l’utilité
« Cette pluie était au monde, elle installait sa vérité sur des lieux qui se croyaient faits pour un soleil obstiné. Avec elle, une parole se formait. L’eau sacrifie le temps ; elle le soustrait à l’utilité ; il dégouline, rendu à sa transparence. »
Yannick Haenel, Je cherche l'Italie
09:08 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yannick haenel
jeudi, 24 décembre 2015
Approche
"J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est approché pour voir ce qui se passait."
Christian Bobin
01:31 Publié dans Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin
mercredi, 23 décembre 2015
Animaux
"Nous devrions rendre grâce aux animaux pour leur innocence fabuleuse et leur savoir gré de poser sur nous la douceur de leurs yeux inquiets sans jamais nous condamner."
Christian Bobin
Photo de Edouard Boubat
01:49 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, edouard boubat, isabelle huppert
dimanche, 20 décembre 2015
Idiot du village
"Avec un peu plus de patience, j'aurais fait un assez bon idiot du village. C'est un métier que presque plus personne n'exerce : trop difficile, sans doute. Il est plus aisé de devenir médecin, ingénieur ou même écrivain. Plus aisé et plus gratifiant aux yeux du monde."
Christian Bobin
Photo de Olav Thokle
18:26 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christian bobin, olav thokle
vendredi, 18 décembre 2015
Le prince des philosophes
"A voir ce dont un esprit se satisfait, on mesure la grandeur de sa perte."
Hegel
21:01 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hegel
vendredi, 11 décembre 2015
Amour
"Le jour de l'enterrement de sa mère, C. a été piquée par une abeille. Il y avait beaucoup de monde dans la cour de la maison familiale. J'ai vu C. dans l'infini de ses quatre ans, être d'abord surprise par la douleur de la piqûre puis, juste avant de pleurer, chercher avidement des yeux, parmi tous ceux qui étaient là, celle qui la consolait depuis toujours, et arrêter brutalement cette recherche, ayant soudain tout compris de l'absence et de la mort. Cette scène, qui n'a duré que quelques secondes, est la plus poignante que j'aie jamais vue. Il y a une heure où, pour chacun de nous, la connaissance inconsolable entre dans notre âme et la déchire. C'est dans la lumière de cette heure-là, qu'elle soit déjà venue ou non, que nous devrions tous nous parler, nous aimer et même le plus possible rire ensemble."
Christian Bobin
05:04 Publié dans amour, Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : christian bobin
dimanche, 06 décembre 2015
L'autre
"C'est l'un des traits constants de toute mythologie petite-bourgeoise, que cette impuissance à imaginer l'autre."
Roland Barthes
11:45 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roland barthes
jeudi, 03 décembre 2015
Confessions
Malraux interrogea un vieux prêtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une vie de confesseur, quelle leçon il tirait de cette longue familiarité avec le secret des âmes... Le vieux prêtre lui répondit : "Je vous dirai deux choses : la première, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de grandes personnes."
21:28 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andré malraux
dimanche, 29 novembre 2015
Voilà la Cité sainte, assise à l’occident
Paris. « Voilà la Cité sainte, assise à l’occident. » Après le 13 novembre, vendredi noir, j’ai eu envie de relire L’orgie parisienne ou Paris se repeuple de Rimbaud :
Ô lâches, la voilà ! Dégorgez dans les gares !
Le soleil essuya de ses poumons ardents
Les boulevards qu’un soir comblèrent les Barbares.
Voilà la Cité sainte, assise à l’occident !
Rimbaud a écrit cela en mai 1871, au lendemain de la Semaine sanglante. Cela résonne étrangement aujourd’hui après que de tout autres « barbares » ont sévi.
19:49 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : les voyageurs du temps, philippe sollers
samedi, 28 novembre 2015
Amplifier
« Me trouvé-je en quelque assiette (état) tranquille ? Y a-t-il quelque volupté qui me chatouille ? Je ne la laisse pas friponner aux sens, j’y associe mon âme, non pour s’y engager, mais pour s’y agréer, non pas pour s’y perdre mais pour s’y trouver ; et l’emploie de sa part (pour sa part) à se mirer dans ce prospère état, et en peser et estimer le bonheur et amplifier. »
Montaigne
20:30 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : montaigne
vendredi, 13 novembre 2015
Regarder
« J’aime à rappeler une remarque d’Henri Maldiney selon laquelle le substantif regard et et le verbe regarder sont deux mots que bien des langues peuvent envier au français. Car la combinaison de re et garder est riche de connotations. Plus que le fait de capturer une vue, une image, elle évoque la reprise ou le renouveau de quelque chose qui a été gardé et qui demande, à chaque nouvelle occasion, à être développé en tant que devenir. Ajoutons que le regard comporte en outre l’idée d’égard ; il incite toujours l’être qui regarde à un engagement plus profond. »
François Cheng
19:09 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : françois cheng, henri maldiney, regarder
samedi, 07 novembre 2015
Invocation
"Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à côté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde, qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas, mais invoque."
F. Kafka
Photo de Erik Gross
09:45 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kafka
mercredi, 28 octobre 2015
Il y a une vérité noire de l’écriture
« Certains linguistes s’en tiennent avec agressivité à la fonction communicante du langage : le langage ça sert à communiquer. Même préjugé chez les archéologues, les historiens de l’écriture : l’écriture ça sert à transmettre. Ceux-là sont bien obligés d’admettre, cependant, que, de toute évidence, l’écriture a parfois (toujours ?) servi à cacher ce qui lui était confié. Si la pictographie est un système simple, particulièrement clair, en passant à un système difficile, complexe, abstrait, diversifié en de nombreux registres de graphismes, souvent à la limite du déchiffrable (l’idéographie cunéiforme), c’est bien la lisibilité que les graphistes sumériens ont abandonné au profit d’une certaine opacité graphique. La cryptographie serait la vocation même de l’écriture. L’illisibilité, loin d’être l’état défaillant, monstrueux, du système scriptural, en serait au contraire la vérité (l’essence d’une pratique peut être en sa limite, non en son centre) (…) Nous sommes habitués, par le poids des valeurs démocratiques (et peut-être plus lointainement chrétiennes), à considérer spontanément la plus grande communication comme un bien absolu et l’écriture comme un acquis progressiste. C’est oublier une fois de plus l’envers du phénomène : il y a une vérité noire de l’écriture : l’écriture, pendant des millénaires, a séparé ceux qui y étaient initiés, peu nombreux, de ceux qui n’y étaient pas (la masse des hommes), elle a été la marque de la propriété (par la signature) et de la distinction. »
Roland Barthes, Variations sur l'écriture
Photo : Umberto d'Aniello
21:47 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : roland barthes, umberto d'aniello
samedi, 24 octobre 2015
Un écrivain
« Au fond, un écrivain – un véritable écrivain – est quelqu’un qui voue sa vie à l’impossible. Quelqu’un qui fait une expérience fondamentale avec la parole (qui trouve dans la parole un passage pour l’impossible). Quelqu’un à qui il arrive quelque chose qui n’a lieu que sur le plan de l’impossible. Et ce n’est pas parce que cette chose est impossible qu’elle ne lui arrive pas : au contraire, l’impossible lui arrive parce que sa solitude (c’est-à-dire son expérience avec la parole) est telle que ce genre de chose inconcevable peut avoir lieu, et qu’elle a lieu à travers les phrases, à travers les livres qu’il écrit, phrases et livres qui, même s’ils ont l’air de parler d’autre chose, ne parlent secrètement que de ça. (…) Quelqu’un dont la solitude manifeste un rapport avec la vérité et qui s’y voue à chaque instant, même si cet instant relève de la légère tribulation, même si cette vérité lui échappe et lui paraît obscure, voire démente ; un écrivain est quelqu’un qui, même s’il existe à peine aux yeux du monde, sait entendre au cœur de celui-ci la beauté en même temps que le crime, et qui porte en lui, avec humour ou désolation, à travers les pensées les plus révolutionnaires ou les plus dépressives, un certain destin de l’être. (…) Qu’y-a-t-il de plus important que d’engager sa vie dans l’être et de veiller à chaque instant de sa vie un dialogue avec cette dimension ? Car alors, nous n’avons plus seulement une vie, mais une existence : nous existons enfin. (…) Quelqu’un qui fait coïncider son expérience de la parole avec une expérience de l’être ; et qu’au fond, grâce à une disponibilité permanente à la parole – à ce qui vient quand il écrit –, il ouvre son existence toute entière, qu’il le veuille ou non, à une telle expérience. Que celle-ci soit illuminée par Dieu ou au contraire par la mort de Dieu, qu’elle soit habitée ou désertée, qu’elle consiste à se laisser absorber par le tronc d’un arbre ou par des sillons dans la neige, à s’ouvrir au cœur démesuré d’une femme étrange ou à déchiffrer des signes sur les murs, elle porte en elle quelque chose d’illimité qui la destine à être elle-même un monde, et donc à modifier l’histoire du monde. »
:
Yannick Haenel (L'infini n° 133)
Photo de Kouji Tomihisa
21:32 Publié dans écriture, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yannick haenel, kouji tomihisa
jeudi, 22 octobre 2015
Ce français qu'on dit parfois inaccentué, sec, raisonneur et gourmé
« Ce français qu'on dit parfois inaccentué, sec, raisonneur et gourmé, est une langue très invective, très secrète et très arborescente, faite pour pousser. Très native, très germinative. La plus belle langue du monde, parce que c'est à la fois du grec de cirque, du patois d'église, du latin arabesque, de l'anglais larvé, de l'argot de cour, du saxon éboulé, du picard d'oc, du doux-allemand et de l'italien raccourci. Un grand théâtre d'ombres, de transformismes, de variétés rythmées... »
Valère Novarina
Photo de Carlos Gotay
20:17 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : valère novarina, carlos gotay
samedi, 10 octobre 2015
Société
"la société ne paie que les services qu'elle voit."
Stendhal
21:27 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal
jeudi, 01 octobre 2015
Harmoniques
« Il faut jeter des pierres dans les esprits, qui y fassent des sphères grandissantes ; et les jeter au point le plus central, et à intervalles harmoniques. »
Paul Valéry
Photo de Pawel Klarecki
03:17 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul valéry, pawel klarecki
mardi, 29 septembre 2015
Avec amour
"La peinture permet de regarder les choses en tant qu'elles ont été une fois contemplées avec amour." Paul Valéry
Auguste Renoir
19:32 Publié dans Grands textes, Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : paul valéry, auguste renoir