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vendredi, 06 janvier 2023

Loin de la vie des marionnettes

doubles, hengki  koentjoroLéo marche dans les rues de la ville, c’est le début de l’été. Légèreté partout, les nuages moutonnent. Il imagine les hommes qui vivaient là, il y a trois mille ans. Pas si différents sans doute, avec l’envie d’une caresse sur la peau, d’une fille, du vent…

Là, tout le monde court, la solitude en bandoulière, et des mots improbables s’enfuient dans tous les sens, happés par l’air moite. On dirait qu’ils font semblant. Des somnambules. Leurs corps ne sont pas libres, c’est évident. Ils jouent un rôle, mal pour la plupart. Mâchoires serrées, visages fermés. On les a persuadés qu’en allant vite ils seraient gagnants, mais ils ne savent plus pour qui ils courent, ni pourquoi. Bien déguisés, mais la contrainte, le faux transpirent sous l’uniforme. Nouveauté postmoderne, ils construisent eux-mêmes leur mise en scène. Avec persévérance, détermination : un bel esprit de corps.

Léo a envie de silence. D’ailleurs, tout se ralentit dans sa tête, malgré la vitesse autour. Le silence est magique. Le silence est lumière. Je voudrais voir le soleil rouge sang plonger dans la mer, sentir les embruns fouetter mon visage, le picotement salé de la Méditerranée. Partir. Loin de la vie des marionnettes...

Raymond Alcovère, début de la nouvelle "La vie des marionnettes", extraite du recueil "Doubles", vient de paraître.
Commande auprès de l'éditeur :
138 pages au format 10x15 ; 9 € (3,5 € de port ; prix forfaitaire quel que soit le nombre d'exemplaires)
Photo de Hengki Koentjoro

mardi, 28 juillet 2020

Une symphonie du nouveau monde

l'aube a un goût de cerise, hengki  koentjoroLa sirène du steamer mugit. La fumée s’échappe à gros bouillons et rejoint les nuages, effacées leurs traces. Le sillon se dévide dans une infinie lenteur. L’horizon s’enflamme de jets saccadés, monstrueux, barbaresques. Le ciel est une lutte, un amas de lances, un combat fratricide. Ainsi le ciel. De grandes orgues joufflues gonflées de nuit. Une symphonie du nouveau monde.
Raymond Alcovère, extrait de "L'aube a un goût de cerise", N&B éditions, 2010
Photo : Hengki Koentjoro

samedi, 04 février 2017

Ma plume agit

Héraclite, hengki  koentjoro"Je peux être la paix, la sérénité, le devenir ; je peux l'être et le suis ; les éclats, les troubles, tout ceci m'affecte à peine ; les souvenirs affleurent, les morts sont vivants - ce que personne ne veut croire - et ma plume agit."
Héraclite
Photo de Henki Koentjoro

samedi, 20 février 2016

L'île du jour d'avant

Umberto Eco"C'était le couchant. C'était le premier couchant qu'il voyait, après cinq jours de nuits, d'aubes et d'aurores. Quelques nuages noirs presque parallèles côtoyaient l'île la plus lointaine pour s'accumuler le long de la crête, et de là ils jaillissaient tels des traits de feu, vers le sud. La côte se détachait sombre sur la mer maintenant d'encre claire, quand le reste du ciel apparaissait d'une couleur camomille blafarde et épuisée, comme si le soleil ne célébrait pas là derrière son sacrifice mais plutôt s'assoupissait lentement et demandait au ciel et à la mer d'accompagner à mi-voix son coucher.

Umberto Eco - L'île du jour d'avant (Grasset)

Photo de Hengki  Koentjoro