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mardi, 04 octobre 2005

Nuit

"Se coucher tard nuit"

Raymond Devos

20:35 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0)

Une page belge

N'oublions pas que nos maîtres ont des âmes d'esclave

Vous dormez pour un patron

Quand j'étais tout jeune, les accidents de travail étaient si fréquents dans mon pays que les gens, au passage d'un mort suivi du train de ses funérailles, ne demandaient pas : Qui est-ce ? mais, avec leur noire ironie : Quel trou ? ce qui voulait dire : Dans quelle carrière a-t-il été tué ? Comme si toutes ces morts n'eussent point suffi, aux grèves les gendarmes venaient tirer sur les ouvriers

Il est regrettable pour l'éducation de la jeunesse que les souvenirs sur la guerre soient toujours écrits par des gens que la guerre n'a pas tués

Prolétaires de tous les pays, je n'ai pas de conseil à vous donner

Un grand travailleur est un pauvre diable qui s'ennuie

Après avoir œuvré dans la nonchalance, je me suis converti dans l'oisiveté

Louis Scutenaire


Morceux choisis extraits de Mes Inscriptions (1943-1944), Allia, 1982, 276p. - Mes Inscriptions (1945-1963), Allia, 1984, 298p. - Louis Scutenaire par Raoul Vaneigem, Seghers, 1991, 186p.

17:06 Publié dans citation | Lien permanent | Commentaires (1)

Trop long !

"Les romans sont trop longs"

Louis Scutenaire

16:48 Publié dans citation | Lien permanent | Commentaires (27)

Brasil or not Brasil

Brésil, le gâchis, à lire ici

12:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Au moment le plus inattendu

Les herbes de la nuit, vastes, sombres, fluides, tournent autour de moi, ombre errante, placide merry go round, avancées de l’esprit sur la matière, au moment le plus inattendu l’unité se fait…

Je me précédais normalement

LA PROVINCE

Dans le salon en sac arabe, nous regardions passer le dimanche.

Il avait une échelle sous le bras et une truelle en bandoulière.

L 'horloge sonnait précieusement, dans une odeur de poires conservées.

Sur un fauteuil traînait un bout de fil : c'était la semaine.

Paul Colinet (1898-1957) Extrait de « Oeuvres », s.l., Éditions Lebeer Hossmann, 1980, 22.

LA ZONE DE RECUL

Je me rassasiais de misérables et je m'emboîtais le pas.

Quand la cage sortait de l'oiseau, j'arrivais à ma rencontre.

Quand la niche mangeait le chien, je confondais corps et biens.

Mais, au grand jour, je reprenais mes distances et me précédais normalement.

Paul Colinet (1898-1957) Extrait de « Oeuvres », s.l., Éditions Lebeer Hossmann, 1980, 43-44.

"Paul Colinet, probablement le moins connu et le plus discret des membres du "groupe des surréalistes bruxellois". C'était un grand ami de Scutenaire" nous dit Eric Dejaeger, qui envoie ces textes (merci à lui)

lundi, 03 octobre 2005

La robe de cloches

C'est la maison du matin. Elle est si claire qu'elle est invisible, si tranquille que les terres l'ont oubliée.

 

Ses cheveux sont dorés, ses fenêtres unies croisent leurs regards.

 

L'image en couleurs d'un grand chien, un joli panier de rosée, un long fusil de cristal la gardent.

 

Sur le seuil, un buisson secoue ses médailles.

 

La porte est ouverte, mais le buisson hésite depuis toujours: il ne voit pas qu'il est invité.

 

Tout doucement, la maison se creuse, fait tinter sa robe, bruire son cœur : le buisson ébloui ne comprend pas.

 

C'est un jeu très compliqué.

 

De temps en temps, le fusil de verre parle tout seul et casse une tuile.

 

 

Paul Colinet (1898-1957)

 

Extrait de « Œuvres », s.l., Éditions Lebeer Hossmann, 1980, 19-20.

 

 

Série, je me sens rajeunir

Noir c'est noir ? A lire ici

05:55 Publié dans Edition | Lien permanent | Commentaires (15)

L'été et les frasques de la neige

L'ÉTÉ

 

 

L'été, après s'être épuisé en poussières blanches sur les routes et en myrtilles dans les bois, le grand été débraillé et fourbu est rentré, par le toit, dans son château d'osier dont la forme est celle d'une nasse.

 

Maintenant, il se néglige: des oeufs de fourmis lui bouchent le nez et jusqu'à la fente de ses yeux une barbe malade lui pousse, une barbe de feuillages pourrissants qu'on appelle l'automne.

 

 

Paul Colinet (1898-1957)

 

Extrait de «Oeuvres », s.l., Éditions Lebeer Hossmann, 1980, 14.

 

 

 

 

LES FRASQUES DE LA NEIGE

 

 

La neige est rouge. La neige, c'est l'été, un rouet en croupe.

 

 

La neige est joyeuse comme du verre cassé, un doigt sur la bouche, ses petits pieds nus derrière l'oreille.

 

 

La neige est verte. Elle est folle comme un losange et sage comme la pointe de ses petits yeux.

 

Elle joue et elle déjoue, courbe et pensive, soudaine et mate.

 

 

La neige court toute nue, avec ses genoux chatouillés d'hirondelles.

 

La neige rit, voyage et meurt, sur le vent qui est tendu comme une voile.

 

 

La neige est blanche.

 

La neige ne sait plus le temps ni le pays.

 

Elle a mis son bras sur ses yeux. Elle aime.

 

 

Paul Colinet (1898-1957)

 

Extrait de «Oeuvres », s.l., Éditions Lebeer Hossmann, 1980, 15-16.

 

"Paul Colinet, probablement le moins connu et le plus discret des membres du "groupe des surréalistes bruxellois". C'était un grand ami de Scutenaire" nous dit Eric Dejaeger, qui envoie ces textes (merci)

dimanche, 02 octobre 2005

Son incapacité à accepter le compromis

Nous sommes tous en apparence capables de vivre parce que nous avons eu un jour ou l’autre recours au mensonge, à l’aveuglement, à l’enthousiasme, à l’optimisme, à une conviction ou à une autre, au pessimisme ou à quoi que ce soit. Mais lui est incapable de mentir, tout comme il est incapable de s’enivrer. Il est sans le moindre refuge, sans asile. C’est pourquoi il est exposé, là où nous sommes protégés. Il est comme un homme nu au milieu de gens habillés. C’est une manière d’être qui est déterminée, qui existe en elle-même, débarrassée de tout l’accessoire, de tout ce qui pourrait l’aider à qualifier la vie – beauté ou misère, peu importe. Et son ascétisme est totalement dépourvu d’héroïsme, ce qui le rend, à vrai dire, plus grand et plus noble. Tout « héroïsme » est mensonge et lâcheté. Ce n’est pas un homme qui construit son ascétisme comme un moyen d’accéder à un but, c’est un homme qui est contraint à l’ascétisme par sa terrible lucidité, par sa pureté, par son incapacité à accepter le compromis.

Lettre de Milena à Max Brod, août 1920

Nocturne

Plongé dans la nuit. Tout comme on penche parfois la tête pour réfléchir, être ainsi profondément plongé dans la nuit. Tout autour dorment les hommes. Une petite comédie, une innocente illusion qu’ils dorment dans des maisons, dans des lits solides, sous des toits solides,  étendus ou blottis sur des matelas, dans des draps, sous des couvertures ! Ils se sont en réalité rassemblés comme jadis et comme plus tard dans le désert, un camp en plein vent, un nombre incalculable d’hommes, une armée, un peuple sous un ciel froid, sur la terre froide ; des hommes que le soleil avait jetés à terre à l’endroit même où ils se trouvaient, le front pressé sur le bras, le visage contre le sol, respirant tranquillement… Et toi, tu veilles, tu es un des veilleurs, tu aperçois le plus proche à la lueur de la torche que tu brandis du feu brûlant à tes pieds… Pourquoi veilles-tu ? Il faut que l’un veille, dit-on ! Il en faut un !
Kafka

samedi, 01 octobre 2005

Comme sur ces feuilles de papier d'étain

Elle se tenait tournée vers le levant, là où sont les grandes montagnes; il y avait, entre deux pointes, une échancrure qui faisait comme un nid; c'est là que le soleil venait de se montrer. On aurait dit qu'il battait des ailes. Une espèce de duvet rose, beaucoup de tout petits nuages roses se sont mis à monter dans les airs au-dessus de lui. Comme quand le coq se dresse sur ses ergots, ouvrant ses ailes qu'il fait briller, puis il les ramène à soi, alors toute sorte de petites plumes s'envolent, - qui étaient roses et en grand nombre, glissant mollement dans le ciel, pendant que sur les derniers champs de neige la lumière s'est allumée comme sur ces feuilles de papier d'étain que les enfants lissent du doigt.

C.F. Ramuz, La beauté sur la terre

Les longs muscles du fleuve

Tous les matins Antonio se mettait nu. D'ordinaire, sa journée commençait par une lente traversée du gros bras noir du fleuve. Il se laissait porter par les courants ; il tâtait les noeuds de tous les remous ; il touchait avec le sensible de ces cuisses les longs muscles du fleuve et , tout en nageant, il sentait, avec son ventre, si l'eau portait, serrée à bloc, ou si elle avait tendance à pétiller. De tout ça il savait s'il devait prendre le filet à grosses mailles, la petite maille, la navette, la gaule à fléau, ou s'il devait pêcher à la main dans les ragues du gué. 

Jean Giono, Le chant du monde

 

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Dans les autres mondes

Tout est venu de ce jour de mai : le ciel était lisse comme une pierre de lavoir ; le mistral y écrasait du bleu à pleine main ; le soleil giclait de tous les côtés ; les choses n’avaient plus d’ombre, le mystère était là, contre la peau ; ce vent de perdition arrachait les mots aux lèvres et les emportait dans les autres mondes 

Jean Giono, Le serpent d'étoiles

Temps doux et humide

Temps doux et humide, aimerais être à Florence cette après-midi, regarder couler l'Arno et aller visiter les Offices

13:46 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il

Il [Bergotte] mourut dans les circonstances suivantes : Une crise d'urémie assez légère était cause qu'on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu'il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu'il ne se rappelait pas) était si bien peint qu'il était, si on le regardait seul, comme une précieuse oeuvre d'art chinoise,d'une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à l'exposition. Dès les premières marches qu'il eut à gravir, il fut pris d'étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut l'impression de la sécheresse et de l'inutilité d'un art si factice, et qui ne valait pas les courants d'air et de soleil d'un palazzo de Venise ou d'une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. " C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune".
Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l'un des plateaux, sa propre vie, tandis que l'autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu'il avait imprudemment donné la première pour le second. "Je ne voudrais pourtant pas, se dit-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. "

Il se répétait : "Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune." Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit " C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien. " Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort.

La Prisonnière, Marcel Proust

Ca saute, ça danse !

Voilà le sommet des arbres qui disparaît, les collines qui s'abaissent ; je vois les villes comme des taches d'encre éclaboussées, les routes telles que des pattes d'insectes qui se prolongent et s'amincissent. La mer ne remue plus, elle est toute plate, on la dirait solide comme la terre, et c'est la terre au contraire qui se balance en oscillant. Je vois les pics des montagnes couverts de neige, qui se tassent les uns près des autres comme des moutons qui se rassemblent en troupeau. Ca saute ! ça danse ! L'air pèse sur ma poitrine, j'étouffe ! Le vent par grandes bouffées me donne des coups dans la figure.

La Tentation de Saint Antoine (version de 1849) Gustave Flaubert

Voir ici sur Flaubert

vendredi, 30 septembre 2005

Ciel brouillé

On dirait ton regard d'une vapeur couvert ;
Ton oeil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?)
Alternativement tendre, rêveur, cruel,
Réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les coeurs ensorcelés,
Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu'allument les soleils des brumeuses saisons...
Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé !

Ô femme dangereuse, ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l'implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

Baudelaire

Rembrandt, paysage avec un moulin

Miroirs...

"La France est fascinée par ce spectacle et on la comprend. On doute qu’il lui ai jamais été mis sous les yeux un miroir aussi clair de ce qu’elle est devenue. Elle peut voir là en vraie grandeur et en temps réel ce que sont ses enfants les jeunes gens d’aujourd’hui, quel est le résultat de son système d’éducation, et plus généralement de son système social de transmission des connaissances et des valeurs et ce que c’est que d’être vivant et d’habiter la terre maintenant parmi nous aujourd’hui pour des garcons et des filles à l’orée de l’âge adulte. Elle peut entendre ce qu’est sa langue, elle peut appréhender ce qu’est le sens des mots au sein d’un groupe considéré comme représentatif d’une tranche d’age et mesurer le degré de richesse, de complexité et d’éfficacité des instruments syntaxiques des sujets sous observation. Par voie de conséquence elle a tout loisir d’apprécier le type de rapports humains qui fleurissent grâce à ces instruments là, les idéaux qu’ils autorisent ou qu’ils suscitent, la weltanschauung d’une génération. Ce qui lui créve les yeux c’est le néant, non pas certes le grand néant métaphysique dont sont sortis les œuvres intrépides, d’immenses courants de pensée, des religions entières et quelques dizaines de civilisations plus ou moins raisonnables non un tout petit néant de rien du tout , un néant sans ombres et sans échos, sans rien qui puissent suggérer la plus élémentaire abîme. Trente ou quarante siècles de culture de l’âme ou du regard n’ont pas laissé la moindre trâce. Les parthénons ont été batis en vain, les comédies humaines et divines sont lettres mortes. Si des hymnes à la joie ont jamais retenti aucun écho n’en ait jamais parvenu jusqu’au loft. Qu’il y ait eu des peintures qu’il y en ait peut-être encore, que des paysages aient émus des voyageurs, qu’une sorte de lyrisme ait pu sourdre des mots, qu’on ait jamais pu s’exhalter pour une cause, pour une patrie, pour une idée fausse, un pan de mur jaune, le chagrin d’un peuple ou d’un roi, une fleur sur le tapis rien de tout cela n’émet plus la moindre perceptible vibration entre les lofteurs. Le sens s’arrête au bout des gestes de manger, de saisir, de désirer, de jouer, aucun tremblement sématique dans l’air et moins encore dans le temps. Sauf à quitter une bonne fois la condition humaine et le statut d’être conscient il ne semble pas qu’on puisse aller moins loin, convoquer moins de mots, ni tracer un cercle signifiant plus étroit. "
Renaud Camus

Magritte (les amants)

(Merci à Alina Reyes qui m'a permis de reproduire ce texte envoyé en commentaire sur son blog par et Guillaume)