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mardi, 27 septembre 2005

Pierre Autin-Grenier au bistrot de la Fraternelle

Car si l’homme est de ceux qu’on n’oublie pas, l’écrivain est d’envergure : assurément un grand styliste mais surtout un styliste qui a quelque chose à dire en ces temps de verbe creux et de fausse parole...

Lire ici tout l'article sur le blog de Christian Cottet-Emard

lundi, 19 septembre 2005

La poésie ça n'est jamais ça

Un siècle après sa mort, nous ne sommes toujours pas parvenus à fixer Arthur Rimbaud. Nous devons nous contenter de saluer sa prodigieuse vitesse. Une existence littéraire d'environ quarante-deux mois a suffi au jeune ardennais pour épuiser en une centaine de pages tous les possibles de la poésie. Après lui, rien de neuf, rien de plus à dire, tout à recommencer. Telle est sa principale leçon : il démontre, une fois pour toutes, que la poésie ça n'est jamais ça.. En épuisant très vite et tour à tour quantité d'énergies et de formes, Arthur Rimbaud nous prouve que la langue de poésie est une langue où il y a du jeu: entre les différents sens d'un même mot, dans l'emboîtement des mots entre eux, dans la figuration et dans l'identité... Son oeuvre se présente comme une exténuante circulation et comme une distribution généreuse de sens et de sons nouveaux. Sa parole allègre et rapide, qui procède toute par fulgurances, courts-circuits, palinodies et contre-pieds, dépense sans compter des énergies fabuleuses. Rimbaud, de son propre aveu, se donne à lire, "littéralement et dans tous les sens."

Extrait de "La leçon d'Arthur Rimbaud" dans "La poésie malgré tout" ; un passionnant site littéraire à découvrir, celui de Jean-Michel Maulpoix

mardi, 13 septembre 2005

Lumière d'or étagée

 
 

Dans la campagne aixoise, ce début janvier a les couleurs d’un automne tardif. Ocelles claires et limpides des chênes verts, fauve des feuilles caduques, dans les arbres touches mélangées de jaune, ocre, vermillon, rouille, reflets ombrés, aspect frêle des feuilles sur le point de chuter, translucides et légères, puis s’effondrant en poussière.

Partout la végétation, en flot inépuisable, dégorge de gigantesques vasques sur les collines, les combes et les ravines. Bientôt les arbres dessineront des pinceaux, dressant leurs nervures dans le gris du ciel. Au milieu, clairsemés, les oliviers, lumineux et purs comme des incendies, les seuls à irradier de l’éclat quand l’horizon se couvre de gris, décharnés, noueux, rivés à la terre. Le vent se mêle aux forêts dans des vapeurs blanchâtres, traînées de gaze qui couronnent la Sainte-Victoire, ombre volcanique. Miracle, en cette saison les journées sont courtes, rares les promeneurs, lumière d’or étalée, formes étagées en volumes

samedi, 10 septembre 2005

Une génération de kids définitifs

« Ce que nous essayons de créer c'est une humanité factice, frivole, qui ne sera plus jamais accessible au sérieux ni à l'humour, qui vivra jusqu'à sa mort dans une quête de plus en plus désespérée du fun et du sexe ; une génération de kids définitifs. »
Michel Houellebecq, la possibilité d'une île

En attendant les secours

Oh Katrina tchi tchi...


Il n'y a que les bouteilles au bar
qui supportent bien le tangage,
même l'ombre sur le mur
répète le geste de ma main
s'épongeant le front.
Celle qui rêve de passer
l'équateur à dos d'âne
regarde impuissante et incrédule
la Vieille Orléans ruisseler
à travers les barreaux d'un monde noir.
Je ne fraierai pas ma route parmi
les fachos et les gouttes.
Si les chats blancs vont sous les bancs à midi
vérifier que les ombres sont toujours noires,
que l'écho fasse ici résonner,
non pas un chant de l'équateur
mais ma toux de l'antarctique.

Calou

Comme on attend le train

Je ne suis pas un prophète
mais il arrive que je voie ce que
les autres voient comme moi,
mais ne veulent pas voir.
Le monde moderne regorge
aujourd'hui d'hommes d'affaires
et de policiers, mais il a bien
besoin d'entendre quelques
voix libératrices, [...]
Les voix libératrices ne sont pas
les voix apaisantes, les voix
rassurantes. Elles ne se contentent
pas de nous inviter à attendre
l'avenir comme on attend le train.

Georges Bernanos

jeudi, 08 septembre 2005

Fête

Ambrose Bierce, dans son « Dictionnaire du Diable » la définit ainsi : « Célébration. Une fête religieuse se distingue généralement par un abus de nourriture et de boissons, assez souvent en l’honneur de quelque saint personnage qui s’était distingué par son ascétisme ».

Hiatus irrationalis

Choses que coule en vous la sueur ou la sève,

Formes, que vous naissiez de la forge ou du sang,

Votre torrent n’est pas plus dense que mon rêve,

Et si je ne vous bats d’un désir incessant,

 

 

 

 

 

Je traverse votre eau, je tombe vers la grève

Où m’attire le poids de mon démon pensant;

Seul il heurte au sol dur sur quoi l’être s’élève,

Le mal aveugle et sourd, le dieu privé de sens 

 

Mais, sitôt que tout verbe a péri dans ma gorge,

Choses qui jaillissez du sang ou de la forge,

Nature –, je me perds au flux d’un élément :

 

Celui qui couve en moi, le même vous soulève,

Formes que coule en vous la sueur ou la sève,

C’est le feu qui me fait votre immortel amant.

Jacques Lacan

Peinture de Antoine Wiertz : La belle Rosine

mercredi, 07 septembre 2005

Et voici le grand style...

Imaginez qu’à l’été finissant, les camaïeux de verts se disputent le paysage avec les ocres d’un automne qui s’avance à pas lent. La nature est en joie de la vendange qui approche, et les cuvages que l’on aère exhalent les effluves des crus passés. Cette terre de Bourgogne prête à donner son fruit est comme un corps de femme: grasse, toute en courbes et vallons … Ah ! mon amie que j’aime ce pays si plein de délicieux souvenirs de l’enfance que je garde en mon cœur gravés comme autant d’eaux-fortes, témoins d’un temps qui fut et qui fuit.

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mardi, 06 septembre 2005

Petit extrait d'un dictionnaire à venir

Sollers. Après avoir animé la revue " Tel quel ", et écrit des livres plutôt expérimentaux, il a surpris tout le monde avec son roman : " Femmes ", touffu, foisonnant qui balaye et fouille l’histoire contemporaine. Avec cette fameuse phrase (presque) initiale : " Le monde appartient aux femmes. C’est-à-dire à la mort. Là-dessus, tout le monde ment ". " Femmes ", ce sont aussi des portraits devenus célèbres de Lacan, Garaudy, Barthes (étonnantes pages où il décrit les dernières années et la mort de celui-ci). Ensuite avec " Le cœur absolu ", " Portrait du joueur ", " La fête à Venise ", il poursuit une série de romans déroutants, atypiques, mêlant intrigues romanesques, citations et réflexions sur l’histoire passée et en cours. Très riche et moins connu : " Le secret ", confession d’un agent secret travaillant pour le Vatican ; Pas d’armes ni de gadgets, ici il est question de pensée et de stratégie (références nombreuses au Maréchal de Saxe, à Lawrence et Sun Tzu) : " Dans la guerre irrégulière, ce que les hommes font est assez peu important, mais ce qu’ils pensent, en revanche, est capital ". Collaborateur régulier au " Monde des livres ", Sollers a rassemblé ses articles et d’autres contributions ou préfaces dans "La guerre du goût " puis " L’éloge de l’infini " : deux recueils volumineux pour découvrir ou redécouvrir les classiques, aborder la Chine, le XVIII ème, Venise, Rimbaud, la Bible, la peinture, la musique, et interroger la religion, le sexe et la poésie comme axes fondamentaux. Sollers a en outre écrit des livres sur Vivant Denon, Casanova et Mozart. Romans qui ressemblent à des essais, et réciproquement (un peu à la manière des " Fictions " de Borges et fidèles à la leçon magistrale de Guy Debord dans " La société du spectacle " : " Dans le monde réellement renversé, le faux est un moment du vrai "), livres fourre-tout, indéfinissables, truffés de notes, d’aller-retour, de réflexions : une œuvre originale et forte qui a éclairé paradoxalement le désert littéraire français de la fin du XXème siècle.

vendredi, 02 septembre 2005

Le lever du soleil

Le lever du soleil
au couvent du mont Po-chan

"La lumière pure d'une belle matinée pénètre déjà dans le vieux couvent ;
Déjà la cime éclairée des grands arbres annonce le retour du soleil.
C'est par de mystérieux sentiers qu'on arrive à ce lieu solitaire,
Où s'abrite la cellule du bonze, au milieu de la verdure et des fleurs.

Dès que la montagne s'illumine, les oiseaux, tout à la nature, se réveillent joyeux ;
L'œil contemple des eaux limpides et profondes, comme les pensées de l'homme dont le cœur s'est épuré.
Les dix mille bruits du monde ne troublent jamais cette calme retraite ;
La voix harmonieuse des pierres sonores est la seule qui s'élève ici."

Chang Jian

Les classiques de la littérature chinoise sont à lire ici

mercredi, 31 août 2005

Le bonheur

" Jusqu’à présent, l’on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires ".

Lautréamont, Poésies.

Les inédits de Bukowski (encore)

Au sujet de la première
lecture de l'immortelle
littérature mondiale


 

les écoliers

referment violemment
leurs lourds

livres

et s'encourent
heureux comme jamais
vers la
cour de récré
ou
encore plus
alarmant -    
s'en retournent vers
leurs
horribles
foyers.
il n'est rien d'aussi
ennuyant
que
l'immortalité.

Traduction : Éric Dejaeger

UPON FIRST READING THE        
IMMORTAL LITERATURE           
OF THE WORLD  

                          
the school children           
bang closed                   
their heavy                   
books                         
and run        
ever so gladly 
to the              
yard                
or                    
even more           
alarming-                
back to              
their                  
horrible             
homes.                
there is nothing so
boring    
as           
immortality.  
Charles Bukowski


War All the Time (Poems 1981-1984), Santa Rosa, Black Sparrow Press, 1996, 129.

mardi, 30 août 2005

Quarante

"La vie commence à cinquante ans, c'est vrai ; à ceci près qu'elle se termine à quarante."

Michel Houellebecq, la possibilité d'une île

Les inédits de Bukowski (suite)

Oh, oui
il y a des choses pires que

d'être seul

mais ça prend souvent des décades

pour s'en rendre compte

et le plus souvent

quand vous y arrivez

il est trop tard

et il n'y a rien de pire

que

trop tard.
Traduction : Éric Dejaeger

 

OH, YES                       
there are worse things than   
being alone                   
but it often takes decades    
to realize this               
and most often                
when you do                    
it's too late                 
and there's nothing worse     
than                          
too late.                     
Charles Bukowski
War All the Time (Poems 1981-1984), Santa Rosa, Black Sparrow Press, 1996, 100.

 

Un inédit de Charles Bukowski

Un début
quand les femmes cesseront de
transporter des miroirs avec
elles partout où elles vont
peut-être qu'alors
elles pourront me parler
de
libération.

Traduction : Éric Dejaeger

 

A BEGINNING                   
when women stop carrying      
mirrors with them             
everyplace they go            
maybe then                    
they can talk to me           
about                         
liberation.                   
Charles Bukowski
War All the Time (Poems 1981-1984), Santa Rosa, Black Sparrow Press, 1996, 66.

lundi, 29 août 2005

Sur l'île déserte

J'emporterais :

Le Yi King, Homère, la Bible, Tchouang-Tseu, La Fontaine, Pascal, La Bruyère, La Rochefoucauld, Voltaire, Novalis, Chateaubriand, Hugo, Stendhal, Baudelaire, Flaubert, Rimbaud, Lautréamont, Nietzsche, Proust, Kafka, Joyce, Giono, Valéry, Pessoa, Camus, Hemingway, Borges, Kerouac, Debord, Sollers.

Et s'il n'en restait que trois : Le Yi King, la Bible et Rimbaud

Et un seul : Rimbaud.

samedi, 27 août 2005

On finit tous par mourir d’amour

"J’ai compris que j’allais aimer Esther, que j’allais l’aimer avec violence, sans précaution ni espoir de retour. J’ai compris que cette histoire serait si forte qu’elle pourrait me tuer, qu’elle allait même probablement me tuer dès qu’Esther cesserait de m’aimer parce que quand même il y a certaines limites, chacun d’entre nous a beau avoir une certaine capacité de résistance on finit tous par mourir d’amour, ou plutôt d’absence d’amour, c’est au bout du compte inéluctablement mortel. "

En attendant mercredi, les bonnes feuilles du roman de Houellebecq : "La possibilité d'une île" sont ici

mercredi, 24 août 2005

Brautigan's inédit

LA MAISON DES PETITS VIEUX

La seule chose

que vous puissiez faire

pour regagner

un peu de dignité humaine

après avoir chié

au lit comme un bébé,

est de prétendre que

vous êtes Hannibal

en train de franchir les Alpes.

THE OLD FOLK'S HOME

 

The only thing
that you can do
to gain back
some human dignity
after you crap
in bed like a baby,
is to pretend that
you are
Hannibal

crossing the
Alps.

 

Richard Brautigan

Extrait inédit en français de The Octopus Frontier

Traduction : Éric Dejaeger

lundi, 22 août 2005

La chose à faire

La grande chose, c'est de durer, de faire son travail, de voir, d'entendre, d'apprendre et de comprendre; et écrire lorsqu'on sait quelque chose, et non avant; ni trop longtemps après.  Laissez faire ceux qui veulent sauver le monde si vous, vous pouvez arriver à le voir clairement et dans son ensemble.  Alors chaque détail que vous exprimerez représentera le tout, si vous l'avez exprimé en vérité.  La chose à faire, c'est de travailler et d'apprendre à exprimer."

Hemingway