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vendredi, 29 avril 2005

Superposition

Il y a toujours superposition, enroulement infini des univers, des croyances, des niveaux de réalité : le mal - le bien, absence de Dieu - Dieu. Il n’y a pas une vérité qui se dévoile un jour, chassant à jamais le mensonge, mais entremêlement constant. D’où la complexité. Mais complexité qui n’en est peut-être pas une si l’on conçoit que les opposés cohabitent, se complètent, parfois s’opposent, mais ne se séparent jamais tout à fait. Ainsi je peux être au plus près de Dieu au moment où je m’en sens le plus éloigné : la frontière est frêle, fragile, ténue. Une vérité n’est jamais définitive mais plutôt tentaculaire, ramifiée et surtout réversible. Le fait d’être réversible ne lui enlève pas (au contraire) sa force et sa réalité. Simplement, l’univers est en mouvement, constant, et nous aussi nous oscillons, et avec nous la réalité. Dieu se cache puis réapparaît, l’être le plus dépravé peut être le plus religieux et bien sûr le Diable en rit encore…

Rien des apparences actuelles

Tu en es encore à la tentation d'Antoine. L'ébat du zèle écourté, les tics d'orgueil puéril, l'affaissement et l'effroi.
Mais tu te mettras à ce travail: toutes les possibilités harmoniques et architecturales s'émouvront autour de ton siège. Des êtres parfaits, imprévus, s'offriront à tes expériences. Dans tes environs affluera rêveusement la curiosité d'anciennes foules et de luxes oisifs. Ta mémoire et tes sens ne seront que la nourriture de ton impulsion créatrice. Quant au monde, quand tu sortiras, que sera-t-il devenu ? En tout cas, rien des apparences actuelles.

Rimbaud, Illuminations, Jeunesse IV

lundi, 25 avril 2005

La vie d'un coup, acérée, musicale, intelligible

"Pourquoi dans toutes nos langues occidentales dit-on "tomber amoureux" ? Monter serait plus juste. L'amour est ascensionnel comme la prière. Ascensionnel et éperdu. Chez les insectes isoptères, tout individu sexué reçoit aussitôt sa paire d'ailes. Je la revoyais une nuit à mes côtés sur la jetée du port de ma ville natale. L'été, le silence, l'approche de l'aube. Je la connaissais d'une semaine (Kant, Hermann Hesse, tennis). Je la trouvais superbe. Nous marchions du même pas, sans aucun bruit. Je reconnaîtrais sans peine l'endroit où j'ai senti comme une aveuglante déchirure dans le noir, où j'ai eu les poumons dévorés de bonheur. La vie d'un coup, acérée, musicale, intelligible."

Nicolas Bouvier, le poisson-scorpion.

samedi, 23 avril 2005

Je fonds dans l'Impensable

"Qu'ils calomnient, qu'ils médisent
qu'ils brûlent le ciel, peine perdue :
Je bois leur cris comme de la rosée !
Purifié, je fonds dans l'Impensable."

Xuan-jue

Penser devient un crime

"Il n'y a rien à faire qu'à attendre que le poison légué par l'Histoire se soit complètement dilué et que la vie se renouvelle. Mon erreur a consisté à tenter de traiter un patient en phase terminale : au bout du compte ce sera toujours l'échec. Dans un monde où règne l'ignorance, penser devient un crime. Rappelez-vous bien cela. Prenez exemple sur les sages des temps passés qui ont feint la folie et agi comme des insensés ! Car celui qui n'agit pas comme un insensé aujourd'hui finira par être un salaud comme les autres."

Wei Jingsheng, Lettres de prison, 1998

Qing-Zhao (1084-1141)

"Le parfum des lotus rouges faiblit
déjà la natte sent la fraîcheur d'automne.
Ma robe de soie légèrement dégrafée
je monte sur la barque d'orchidée.
De quel nuage attendre un message ?
Au passage des oies sauvages
Seule la lune inonde le pavillon d'Ouest."

Ce n'est pas affaire de distance

"J'ai construit ma hutte parmi les hommes
Et pourtant nulle agitation ne me dérange.
Comment est-ce possible, je vous le demande un peu !
La solitude est dans le coeur, ce n'est pas affaire de distance.
Cueillant des chrysanthèmes au pied de la haie,
Je lève le regard vers les monts lointains.
L'air de la montagne est beau le soir,
A l'heure où rentrent les oiseaux.
Une vérité gît au coeur de tout ceci :
Je voudrais la fixer mas je ne trouve pas de mots."

Tao Yuanming

Rendez-vous un jour dans la Voie Lactée

"Les hommes cherchent ce qui les fera le mieux résonner. Le langage est l'essence de la parole, la littérature est l'essence du langage, et les plus experts à les utiliser sont choisis par l'humanité pour rendre le son qu'elle cherche à exprimer."
Han Yu (728-824)

Quant à Li Po (701-762) traduit par Claude Roy, c'est mieux :
"Un flacon de vin au milieu de fleurs.
Je bois seul et sans compagnon.
Je lève ma coupe. Lune, à ta santé ;
Moi la lune, mon ombre : nous voilà trois.
La lune, hélas, ne boit pas.
Mon ombre ne sait qu'être là.
Amis d'un moment, la lune et mon ombre.
Le printemps nous dit d'être vite heureux.
Je chante et la lune flâne.
Je danse, et mon ombre veille.
Avant d'être ivres nous jouons ensemble.
L'ivresse venue, nous nous séparons.
Puisse longtemps durer notre amitié calme.
Rendez-vous un jour dans la Voie Lactée."

vendredi, 22 avril 2005

Dialogue parent-enfant

Le jeu c'est de trouver l'auteur, il est connu, mais ce n'est pas facile ...

"Les enfants restent sans réponse et font eux mêmes des enfants pour leur refiler la question…
Le parent : « Tu ne sais pas ? Eh bien moi je sais. »
L’enfant : « Mais tu sais quoi, en définitive ? »
Le parent : Je sais que j’ai l’air de quelqu’un qui sait. Pour le reste, ça ne peut pas se dire avec des mots. »
L’enfant : « Tout n’est donc qu’apparences ? »
Le parent : « Peut-être. »
L’enfant : « Tu m’as donné la vie pour reproduire une illusion ? »
Le parent : « Oh, oh, attention, il y a l’Amour, Dieu, le Messie, l’Histoire, la Société, la Science, l’Idéal, la Connaissance, le Progrès, la Croissance. »
L’enfant : « Et l’argent ? »
Le parent : « Tu m’a coûté assez cher ! Tu préférerais peut-être mourir de faim en Afrique, en Inde, en Amérique du Sud ? Travailler, rachitique, dès l’âge de sept ans dans les mines ? Etre vendu comme esclave ? Etre engraissé dans la forêt pour être ensuite dépecé et greffé dans les beaux quartiers ? »
L’enfant : « Non, non ! »
Le parent : « Embrasse-moi. »
L’enfant : « Plus tard. »"

jeudi, 21 avril 2005

Po Kiu-Yi (772-846)

"On dirait une fleur. Ce n'est pas une fleur.
On dirait une brume. Ce n'est pas une brume.
Cela vient à minuit.
Cela part au matin.
Cela vient comme un rêve de printemps
qui s'efface au réveil.
Cela vient comme un nuage du matin.
Vous ne trouverez cela
nulle part."

Le vent

"La brise susurre : il s'élève une fraîcheur,
Qui purifie pour moi les bois et les vallées.
Le vent balaie la brume et m'ouvre la porte de la gorge ;
Il enroule le brouillard, et fait paraître des maisons sur les monts.

Il va et vient, mais sans laisser de trace,
Se lève et s'apaise, comme s'il avait des sentiments.
Le soleil tombe : la montagne et les eaux se calment...
Il fait naître pour vous une voix dans les pins."

Wang Po

Confession d'un voyageur nocturne

"Herbe légère et douce brise, au bord de l'eau :
Seul, dans la nuit, le mât dressé d'une chaloupe.
La plaine se déploie, escortée des étoiles ;
Le grand fleuve s'écoule, aux remous de la lune."

Tou Fou

Libation solitaire au clair de lune

« Parmi les fleurs un pot de vin :
Je bois tout seul sans un ami.
Levant ma coupe, je convie le clair de lune ;
Voici mon ombre devant moi : nous sommes trois.
La lune, hélas, ne sait pas boire ;
Et l’ombre en vain me suit.
Compagnes d’un instant, ô vous, la lune et l’ombre !
Par de joyeux ébats, faisons fête au printemps !
Quand je chante, la lune indolente musarde ;
Quand je danse, mon ombre égarée se déforme.
Tant que nous veillerons, ensemble égayons-nous ;
Et, l’ivresse venue, que chacun s’en retourne.
Que dure à tout jamais notre liaison sans âme :
Retrouvons-nous sur la lointaine Voie Lactée ! »

Li Po

mardi, 19 avril 2005

Une fille dévote

"Rien n'est plus certain que ceci : une fille dévote ressent, quand elle fait avec son amant l'oeuvre de chair, cent fois plus de plaisir qu'une autre exempte du préjugé. Cette vérité est trop dans la nature pour que je crois nécessaire de la démontrer à mon lecteur."

Casanova, Histoire de ma vie.

Volonté

"Qui ne sait mettre sa volonté dans les choses y met au moins un sens : cela revient à croire qu'une volonté s'y trouve déjà (principe de la foi)".

Nietzsche

lundi, 18 avril 2005

Il n'y pas d'effet sans cause

« Il s’adressa ensuite à un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charité dans une grande assemblée. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit : - Que venez-vous faire ici ? Y êtes-vous pour la bonne cause ? - Il n’y a pas d’effet sans cause, répondit modestement Candide, tout est enchaîné nécessairement et arrangé pour le mieux. – Mon ami, lui dit l’orateur, croyez-vous que le pape soit l’Antéchrist ? - Je ne l’avais pas encore entendu dire, répondit Candide ; mais qu’il le soit ou qu’il ne le soit pas, je manque de pain. - Tu ne mérites pas d’en manger, dit l’autre, va coquin, va misérable, ne m’approche plus de ta vie. »

Voltaire, Candide

dimanche, 17 avril 2005

Quelques considérations d’après « La science de la guérilla », de T.E. Lawrence.

La force réside dans la profondeur d’action et non dans le front. Dans la guerre irrégulière, ce que font les hommes est assez peu important, ce qu’ils pensent, en revanche, est capital. L’essentiel au fond est d’amener peu à peu l’ennemi au désespoir, ce qui signifie un plein emploi stratégique plus que tactique et le fait constant de « se trouver plus faible que l’ennemi, sauf sur un point ». On compte donc sur la vitesse, la mobilité, le temps, l’avancée rapide suivie du recul immédiat, le coup porté et aussitôt interrompu pour être porté ailleurs, le modèle devenant celui musical de la portée et non de la force, avec initiative individuelle et, comme dans le jazz, une improvisation collective de tous les instants. Les irréguliers combattent le plus souvent sans se connaître, parfois même en évitant de se connaître, ou encore sans s’admettre entre eux. Ceci est vrai aussi désormais pour la guerre spirituelle et sa substance fluide et réversible de temps comme de mémoire. Dans la guerre irrégulière, le commandement central n’a plus besoin d’être réellement incarné par tel ou tel, la logique y suffit, si elle est portée à une certaine puissance.
On part du principe que l’ennemi croit à la guerre, au sens où un penseur irrégulier comme Kafka, par exemple, disait qu’une des séductions les plus fortes du Mal est de pousser au combat. L’adversaire croit à la guerre, il en a besoin (ne serait-ce que pour vendre des armes) , il lui faut susciter des conflits en attisant les haines.
La rébellion doit disposer d’une base inattaquable, d’un endroit préservé non seulement de toute attaque mais de toute crainte. De cette façon on peut se contenter de deux pour cent d’activité en force de choc et profiter d’un milieu à 98 % de passivité sympathique. L’expression évangélique « qui n’est pas contre nous est pour nous » trouve ainsi son application militaire. Vitesse, endurance, ubiquité, indépendance, stratégie (étude constante des communications) plus que tactique. Il s’agit avant tout de casser chez l’autre sa volonté viscérale d’affrontement. Il cherche à vous imposer sa logique de mort, à vous fasciner avec votre propre mort, vous refusez et refusez encore, vous l’obligez à répéter dans le vide son obstination butée, vous continuez comme si de rien n’était, vous lui renvoyez sans cesse son désir négatif, bref vous finissez par l’user, le déséquilibrer, c’est le moment de passer à l’attaque. Tel est pris qui croyait prendre. Le premier élément est le Temps lui-même, la Mémoire. Le deuxième élément, biologique, n’est plus la destruction éventuelle des corps (tout indique qu’ils n’ont plus la moindre importance) mais le regard détaché sur leur inanité transitoire et leurs modes de reproduction de plus en plus artificiels. Enfin les 9/10 èmes de la tactique sont sûrs et enseignés dans les livres mais le dernier dixième de l’aventure peut être qualifié de « Providence ». Après tout, quelqu’un, entouré seulement de douze techniciens, a ainsi atteint des résultats étonnants. Il ne s’agissait pas de paix mais de guerre, la plus irrégulière qui soit, même pas « sainte », à y regarder de plus près (comme si elle en avait pris les formes pour s’opposer justement, à ces formes).
Conclusion : la guerre irrégulière repose sur une paix si profonde que tout désir de guerre s’y noie et s’y perd. On fait la guerre à la guerre, on traite le mal par le mal, on fait mourir la mort avec la mort (mort où est ta victoire ?) , on circule à grande vitesse dans une immobilité parfaite, on ne vise aucun but, et c’est pourquoi, finalement, il y en a un.

samedi, 16 avril 2005

Les réussites de l'individuation

"Il faudra de plus en plus, s’habituer à toutes ces exceptions, à ces noms (même sans signature) qui signalent ce qu’on pourrait appeler les réussites de l’individuation. Les artistes ne se dévouent pas à l’ensemble humain, ils en sortent. C’est cela qui choque un refoulement de fond ? Mais oui. Le Puritain est avant tout quelqu’un (ou quelqu’une) qui répugne à cette conception des « coups heureux » de l’espèce humaine. Il veut du collectif. Donc de la fausse histoire. Une « Histoire de l’Art ». De même il se rassure en se racontant qu’il y a une séparation bien nette entre écrire et vivre, travail et débauche, sexualité et pensée. Pour lui ce doit être l’un ou l’autre. Le Puritain (ou Puritaine) est clérical (ou cléricale) en ceci qu’il veut croire que les « artistes », inaptes à vivre « réellement » (la réalité c’est lui ou elle) sont, malgré tout, des sacrifiés utiles. Des rédempteurs rentables. L’artiste doit finir mal, son existence ne peut être qu’un puits de névrose ou d’enfer, il a expérimenté des choses dangereuses pour nous, il est devenu fou à notre place, on en tremble encore, c’est vraiment héroïque de sa part. Malheur à l’artiste qui laisserait entendre qu’il n’est pas candidat au martyre, ni au poste de saint laïque pour assurer de son mieux la rédemption communautaire. Le voilà trop anticlérical, que le clergé soit en uniforme ancien ou pas. Il y a toute une gamme de cléricaux : le religieux d’autrefois, le bourgeois, le progressiste, le militant, l’universitaire, le médiatique, le politique. Sur ce point précis, ils sont tous d’accord. Vérifiez."

P Sollers, extrait de Vivant Denon, le cavalier du Louvre.

La victoire

"Il y a un moment dans les batailles, où, dans une lutte égale, les deux parties sentent l’inertie de leurs moyens et l’inutilité de leurs efforts ; où l’épuisement des forces, et le sentiment de conservation, inspirent aux combattants un même penchant vers la retraite. Ce moment de relâchement, saisi par l’homme supérieur qui sait profiter de cette disposition morale pour employer les moyens qu’il a su réserver, détermine toujours la victoire en sa faveur."

Vivant Denon

jeudi, 14 avril 2005

Beckett pour contre-attaquer

Voici un beau texte de Eric Chevillard que m'envoie Pascale :


"Les écrivains qui comptent sont des vengeurs. Flaubert venge la délicatesse flétrie par la bêtise. Rimbaud venge l’adolescence humiliée par son impuissance. Proust venge la créature éphémère. Ponge venge les choses scandaleusement négligées. J’arrête là cette énumération facile : épreuves-exorcismes, tout écrivain qui compte est un vengeur. Beckett est un vengeur. Beckett venge l’homme. Quand je l’ai lu pour la première fois, j’avais une grande soif de vengeance. Beckett m’a vengé. Il est temps que je précise : pas question ici de règlement de compte ni de revanche sur la vie ou je ne sais quelles grimaces de la face tuméfiée dans le dos de la brute qui s’éloigne. Pas de vengeance basse ou mesquine, une réaction héroïque, au contraire, voilà ce dont il s’agit, une réaction d’orgueil peut-être, moins les grands airs offusqués, mâchoires et poings serrés. Une réaction déconcertante.
Une contre-attaque tout en finesse qui passe par une certaine résignation à l’irrémédiable, mais réfute les postures de consentement ou de soumission à cet ordre en vigueur et les états d’âme de circonstance, si convenus qu’il serait aussi simple de fabriquer en série les masques qui les expriment dans une usine de carton-pâte, chaque individu recevrait la panoplie à sa naissance.
Beckett contre-attaque. Son rire est un outrage, un sacrilège.
Voyez comme le bourreau a l’air sot avec sa hache quand le condamné se fend la gueule sur le billot.
Quand j’ai lu Beckett pour la première fois, je venais de comprendre certaines choses simples, ce qui m’attendait quoi que je fasse, cela me paraissait inacceptable, déjà je tendais la main vers les masques du révolté, du geignard, du désespéré – et soudain Malone meurt. Révélation renversante : ce néant qui s’ouvrait devant moi était presque justifié puisque le rire de Beckett y sonnait si juste, si plein, voilà que ce néant qui s'ouvrait devant moi tout à coup était comblé par le rire de Beckett – j’en appréciais l’acoustique : dans ce néant absolu, le rire de Beckett était lui aussi sans limite.
Toutes les morales me choquaient, toutes les philosophies sérieuses me répugnaient – rire lucide, rire vengeur, le rire de Beckett était alors la seule chose que je pouvais entendre. Le rire de Beckett était la solution. Il exprimait l’horreur de la situation mieux que la complainte complaisante ou le gémissement qui est déjà un commentaire, et il en triomphait dans le même temps, l’humour étant la forme la plus méconnue de la compassion (qui se soucie d’autrui) et de la générosité (qui procure du plaisir à autrui et sollicite sa participation). L’amour n’est jamais si vaste et ne partage la solitude qu’en deux.
Ceci n’est donc pas un paradoxe : l’écrivain qui a le mieux décrit la condition humaine, sans se leurrer d’aucune illusion, sans ménagement ni aucune de ces mièvres bontés qui tournent le cœur, s’exposant jour après jour à l’effroi des vérités innommées jusqu’à trouver les mots qui enfin les nomment, est aussi le plus drôle (à en perdre le souffle) et le plus fraternel (à en pleurer)."