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dimanche, 06 mars 2005

L’élection de Pierre Autin-Grenier à l’Académie Française

Le hasard m’a fait intercepter le blog de Pierre Assouline du 16 avril 2008, le voici en substance…

Une foule avenante et bigarrée se pressait hier, sous la Coupole, pour la réception à l’Académie Française de Pierre Autin-Grenier, au fauteuil de Jean d’Ormesson. Nombre de ses amis étaient là, déjà académiciens comme Jean-Pierre Ostende, Jean-Claude Pirotte et Gil Jouanard ou avec l’espoir de l’être un jour comme Eric Holder ou Philippe Delerm. Très élégant dans son costume dessiné par Christian Lacroix, l’œil pétillant et la démarche altière, l’ancien soixante-huitard dont on connaît le talent et l’ironie mordante a laissé quelque peu perplexes ses auditeurs en prononçant l’éloge du directeur du Figaro Magazine : « Homme de plume mais aussi de combat et ce qui ne gâte rien, d’une immense culture, Jean d’O - comme l’appelaient ses nombreux amis – s’il n’a cessé de côtoyer les puissants, n’en aura pas moins été un défricheur, un chercheur inlassable de vérité. Seul contre tous, il n’hésitera pas à jouer les trouble-fête après mai 1981, à se dresser courageusement, tel Hugo face à Napoléon III, contre François Mitterrand et à faire du Figaro, le grand journal de la contestation d’alors, un rempart contre la pensée unique et une nécessaire alternative, un scrupuleux antidote (...) C’est à cet homme de résistance que je veux rendre hommage aujourd’hui, c’est ce compagnonnage que je revendique, celui de l’irrévérence et de la libre parole, même si nos convictions ont souvent été diamétralement opposées, concluait-il… Quolibets et noms d’oiseaux ont alors fusé ci ou là, vite recouverts par les applaudissements d’usage et le sourire entendu de quelques uns. Tout cela fut oublié grâce à l’éloquence vibrante de Bertrand Poirot-Delpech qui, prononçant l’éloge de Pierre Autin-Grenier, mit l’accent sur « l’ironie convulsive, l’impertinence consubstantielle du nouvel académicien : il n’a jamais voulu appartenir à aucune école, sinon celle des Moins que rien , sous lequel un journaliste fort pertinent – cela existe, c’est prouvé, ajoutait-il - avait regroupé, dans les années quatre vingt dix, quelques unes des plus solides – et des plus caustiques - plumes d’aujourd’hui. Tels ces écrivains du bâtiment dont Hemingway conseillait au siècle dernier la fréquentation aux débutants, Pierre Autin-Grenier n’a cessé d’être prolixe. Son œuvre, au tournant du millénaire, surfant toujours sur ce fil invisible entre désespoir et légèreté, est devenue de plus en plus âpre, corrosive, poignante même, atteignant à l’universel, plus proche du réel à mesure que celui-ci se transformait. On retiendra ce chef d’œuvre : L’insoutenable avenir de la gauche , dont la sortie avait coïncidé avec l’élection à la présidentielle de Bertrand Delanoé. Sans oublier dans sa production récente : Prolétariat mirage ingrat, et peut-être le plus drôle : La France vue de nulle part, qui enterrait définitivement les années Raffarin, et enfin le plus réussi : Il n’y aura plus de révolution, qui imposait son auteur comme le maître à penser de cette nouvelle gauche que l’Europe attendait ».
C’est dans un des quartiers du vieux Lyon qu’il affectionne tant, qu’une partie de cette joyeuse assemblée, par un TGV spécialement affrété, s’est rendue ensuite, pour fêter cet irrésistible événement. Et le vin blanc, comme il se doit, a coulé jusqu’à une heure fort avancée de la nuit ! Les plus vieilles institutions ont parfois aussi leurs moments de folie…

samedi, 05 mars 2005

Vingt-cinq notes

la musique a sept lettres, l'écriture a vingt-cinq notes

Joseph Joubert

Perte

Je ne puis regretter la perte d’un amour ou d’une amitié sans songer qu’on ne perd que ce qu’on n’a pas réellement possédé

Borges

vendredi, 04 mars 2005

Du plaisir

Les méchants font quelquefois de bonnes actions. On dirait qu' ils veulent voir s'il est vrai que cela fasse autant de plaisir que le prétendent les honnêtes gens.

Chamfort

La plaisanterie

Celui qui ne sait point recourir à propos à la plaisanterie, et qui manque de souplesse dans l’esprit, se trouve très souvent placé entre la nécessité d’être faux ou d’être pédant, alternative fâcheuse à laquelle un honnête homme se soustrait, pour l’ordinaire, par de la grâce et de la gaieté

Chamfort

Un esprit libre

J’avais un ami, il s’appelait Luc, il est mort il y a sept ans maintenant. Je pense à lui souvent. Il a passé sa vie à lire et à écrire, mais sans jamais chercher à publier quoi que ce soit. Il jouait du piano aussi. Ethnologue, il a traversé maintes fois l’Afrique, avant de choisir Madagascar. Il s’intéressait à tout, aux sciences, à la politique, à la poésie. Longtemps il a été mon « dictionnaire », quand je ne savais pas, il comblait mes lacunes ; il savait tout sur tout. Il était un peu asocial, plutôt sauvage, mais c’était un esprit libre

jeudi, 03 mars 2005

Épicurisme

Si l’épicurisme est une religion, ses églises sont naturellement baroques

mercredi, 02 mars 2005

La poésie

L’art se situe à l’écart de tout, et nous y transfère immédiatement. La poésie n’est pas un art. Elle est un état. Constamment provisoire et fragile. A l’écart des mots. A cet état il peut se faire que le poème permette d’accéder. Mais cet état n’est pas inscrit dans le poème. Il est en nous. Illisible et muet.

Gil Jouanard

Dire la vérité ?

Les écrivains sont des fabulateurs qui essaient désespérément de dire la vérité. C'est très difficile, de dire la vérité, si difficile qu'il faut passer par le mensonge, ou quelque chose qui y ressemble

Georges-Olivier Châteaureynaud

Où est le réel ?

Le miracle du langage, ce n’est point de traduire une émotion actuelle, ni une chose présente. C’est d’évoquer des émotions possibles et des choses absentes. Il révèle la vertu qui lui est propre dans l’absence beaucoup mieux que dans la présence : et de l’absence même, il fait une présence plus subtile. Le propre du langage, c’est de représenter ce qui n’est pas plutôt encore que ce qui est. Il applique ma pensée au passé et au futur. Il donne une réalité à l’objet du souvenir et à l’objet du désir. Il n’est pas tout à fait faux de dire que le langage est créateur, il consiste moins à nommer les choses qu’à reproduire leur image quand elles ont disparu, ce qui est proprement les rappeler à la lumière, c’est-à-dire à l’existence.
Plus qu’aucun objet, qu’aucune image ou qu’aucune émotion, il possède une puissance d’évocation qui est véritablement sans limites : car il nous délivre du lieu et de l’instant et il associe à une infinité d’expériences réalisées une infinité d’expériences imaginées. Cela est vrai même des noms propres : ce qui leur donne un prestige qui dépasse souvent celui de la personne de chair et d’os.

Louis Lavelle

L'innocence

L’innocence est peut-être malgré tout ce qui perce le mieux dans ce monde à travers le tumulte des éléments

Kafka

mardi, 01 mars 2005

En vue de quels mirages...

Ce que l’on sait des autres est peu de chose. Ce que l’on croit de soi ne vaut guère mieux : quelques pétales, un brin d’acier, l’incertitude de l’instant où, tout compte fait, il faudra bien sourire.

La lumière imite l’inouï

Aux fins de quels éclats ?

En vue de quels mirages…

Roch-Gérard Salager

Une promenade dans la vallée de l'Ouche

Une promenade dans la vallée de l’Ouche m’a amenée dans un village de l’arrière côte. On n’imagine pas autrement un vrai village. Rien n’y manque : ni les vallonnements, ni le château, ni le clocher aux tuiles vernissées qui donne des envies de dessiner, ni, surtout, le « vieux tilleul ». Avez-vous remarqué qu’un tilleul ne peut être que vieux ? Mais celui là, en juillet, c’est l’âme du village par son feuillage touffu, son odeur entêtante et le bourdonnement intense de ses fleurs habitées d’abeilles.

Jean Azarel

lundi, 28 février 2005

Montpellier

Nuit claire, temps radouci. Instant magique juste avant le sommeil où l’esprit se promène libre, sans attache particulière, éloigné des pesanteurs de la journée. Jetée d’étoiles dans le ciel bleu nuit. Il fait presque toujours doux à Montpellier. Soudain il comprend à quel point il aime cette ville. Pas de façon exclusive, non, pour son ouverture, son absence, sa légèreté, cette façon de ne pas être vraiment à soi. Rien ici de pesant, de trop enraciné. Liberté indispensable.

dimanche, 27 février 2005

La double mémoire de David Hoog

C’est dans l’ombre souple, furtive et inquiétante de Kafka que nous emporte Roland Fuentès avec ce court roman. Un Kafka solaire, lumineux, nourri de cette lumière du sud qui sera une si grande révélation pour Nietzsche. L’histoire se passe entre Marseille, Cassis et la Ciotat. Et ce n’est pas une des plus minces réussites de ce roman que ce décalage constant entre cette lumière dionysiaque et l’ombre inquiétante du scénario qui déroule méthodiquement ses méandres, imperturbable. Car il s’agit bien d’un combat, que n’aurait pas renié Kafka. Un combat entre deux mémoires, entre deux âmes qui se disputent un corps. Le roman est construit en spirale, on est pris dans son tourbillon. Encore un paradoxe, assumé et réussi, alors que le temps est le nœud de l’affaire, tout se passe dans un présent intemporel, presque magique, en phrases courtes, retenues, et en même temps empreintes de lyrisme. La calanque est déserte encore au milieu de la matinée. Seuls quelques enfants l’animent, petites flammèches posées sur les roches. Des mouettes silencieuses couvrent la paroi du grand tombant. La mistral a glacé la mer en quelques jours, aucun nageur n’en trouble plus l’étale aux reflets argentés. Le territoire des mouettes. Et des fous. (...) A travers le Velux, de grands oiseaux projettent leur ombre sur le sol. Des valses lentes naissent là, de leurs mouvements alanguis.On jurerait que des créatures montées du fond du parquet reprennent vie à la surface de la mer et du ciel.(...) David Hoog attend, installé à la terrasse du Marigny. C'est une sensation étrange que d'attendre, pour le plaisir sans doute, un événement encore indistinct. Peut-être le flot des passants qui s'épaissit, avivant son chatoiement, lui offrira-t-il l'image attendue.
Editions A contrario. Roland Fuentès a reçu le prix Prométhée de la nouvelle en 2003 pour « Douze mètres cubes de littérature » (éditions du Rocher).
Il dirige la revue Salmigondis.

vendredi, 25 février 2005

Aller simple

Partir. Train d’enfer. Aller ; retour m’effraie ; chemin biffé, replié sur lui-même, comme moi. Non. Laisser aller le fleuve d’images bordant la vitre au rythme des feuillées, fragiles papillons végétaux accrochés à leurs branches, comme moi, mais sans les ailes. Ce train, travelling de mon immobilité, joie d’un effort annulé, puissance de la machine irriguant mon corps de coton. Je suis un homme-fauteuil, et cette baie vitrée, si vaste que ses berges m’échappent, est un espace de jeu où mon regard s’ébat, libre et léger. Ma vie se fait vision. Le rêve alors m’emporte. Aller simple. Je deviens ce héron qui en un saut à peine se pique en haut d’un chêne, tel un soldat du ciel guettant l’attaque de l’ombre. Je virevolte entre les lourdes vaches, les silos et les mares. Mon crapaud aux inutiles roues devient tapis d’Orient. Mes yeux écarquillés, que des nerfs agacés ne peuvent contenir, creusent dans les nuages des abris de fortune. Je m’y vautre en chantant, je chahute les dieux !

Jean-Jacques Marimbert

Caravaggio

De notre terrasse à Rome on voyait le Château Saint-Ange et le meilleur moment pour faire l’amour c’est quand la lumière déclinait et restait agrippée aux pierres, un instant d’éternité. Dans les palpitations de l’air et les odeurs mauves des jacarandas, adagio sostenuto, la Sonate au clair de lune était le moment de la plus grande dispersion, quand tout semble retenu dans le ciel, déposé comme un rideau de théâtre, lueurs pourpres, lisses et fauves dans le lointain, reflets ondoyants sur les toits, les murs, les visages. Temps figé, saisi. La beauté, improbable, présente et ramassée. Dans cette ville minérale, de méandres, replis, fuites, retournements, on poursuivait d’église en palazzo les tableaux de Caravaggio, pure merveille, absolue présence. Il y avait ce cou, miracle d’équilibre, douceur et étrangeté, ce cou si sublime de la Madone de Lorette à Sant’ Agostino, impossible de s’en détacher et cette bibliothèque en forme de navire juste à côté où on est entrés tous les deux, comme dans l’univers magique du Nom de la rose. Tu cherchais Les trois âges de la femme de Gustav Klimt, on l’a découvert finalement sur les bords de la Villa Borghese, perdu dans un musée immense, froid et un rien lugubre. Jamais les reproductions ne le montrent en entier, la vieille femme cache ses yeux, devant le visage rayonnant de la maternité.

jeudi, 24 février 2005

Une limite consciente

Plus le corps est une limite consciente, plus l'esprit est illuminé

Sollers

mercredi, 23 février 2005

Un des plus beaux débuts...

De roman, c’est celui de Point de lendemain, de Vivant Denon, écrit en 1812. Et la suite de ce court roman est du même niveau…

J’aimais éperdument la comtesse de * ; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu ; elle me trompa, je me fâchai, elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna : et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.

mardi, 22 février 2005

Il n'y a pas de grandes personnes

Un vieux prêtre que j’interrogeais pour savoir ce qu’il retenait de toute une vie de confesseur, quelle leçon il tirait de cette longue familiarité avec les âmes me répondit : je vous dirai deux choses : la première, c’est que les gens sont beaucoup plus malheureux qu’on ne le croit ; la seconde, c’est qu’il n’y a pas de grandes personnes.

Malraux