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dimanche, 28 mars 2010

Les Actes

rodin.jpgTu t'es manifesté au monde comme un étranger, et tu nous as rendus semblables à des étrangers, afin que nous devenions dignes de ton assurance.

Les Actes de Philippe

Balzac par Rodin

samedi, 27 mars 2010

Silence

L'homme discret parle quelquefois pour ne rien dévoiler par son silence

La Rochefoucauld

12:38 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : la rochefoucauld

vendredi, 26 mars 2010

Fluctuat

Sans%20titre%20-%209.jpg"Dans ces temps-là, les Français s'imaginaient d'aimer leur Roi, et ils en faisaient toutes les grimaces ; aujourd'hui on est parvenu à les connaître un peu mieux. Mais dans le fond les Français sont toujours les mêmes. Cette nation est faite pour être toujours dans un état de violence ; rien n'est vrai chez elle, tout n'est qu'apparent. C'est un vaisseau qui ne demande que d'aller, et qui veut du vent, et le vent qui souffle est toujours bon. Aussi un navire est-il les armes de Paris."

Casanova, Histoire de ma vie

Image d'Eddie Bonesire

mardi, 23 mars 2010

Encre

GEOMETRIE ROCHALAISE (35)2.jpgUne goutte d’encre est un lac où un ange a chu si brillamment que la corolle noire de l’impact a le poli de la bakélite, la gracile élégance d’une ombelle fraîchement vernissée, en son centre, — en son ventre où disparaît, engloutie, l’aile agile et frêle du messager divin à jamais immergé dans une obscurité liquide et sirupeuse, collant aux plumes,tenant de l’huile usée et du goudron sécrétés par les soutes d’un jadis si majestueux paquebot, éclatant de blancheur lisse, étoilée, rehaussée du sourire perlé des coquillages servis dans des grands plats d’argent sur le rebord desquels, parmi les algues et les poissons en incrustation d’émail, les guirlandes électriques multicolores bercées par la brise mystérieuse, les lèvres nacrées des femmes en vison, les cols satinés des smokings et les épaulettes d’or des uniformes d’apparat se pressaient, s’agglutinaient et s’évanouissaient en un chapelet de reflets, jouant déjà la scène du naufrage, du fatal destin des lourdes chaloupes au chargement livide, — les coquilles, jetées par-dessus bord depuis le pont des cuisines, attendant patiemment leurs nouveaux hôtes, et légèrement les corps s’enfonçant, se frayant un chemin vertical, hésitant et nécessaire, enrobés d’une solitude qui est celle des astres, auréolés d’un lent nuage verdâtre de poussière marine, impalpable et fuyant suaire de leur déliquescence, premier signe de l’inéluctable entropie dont la pierre renferme les strates, ces cris oppressés de la matière qui, en se disloquant, s’affine et, sur la berge, alanguie, s’étale, poudre de nacre scintillante, pure, et conserve un instant l’empreinte incertaine et fugace de l’aile d’un ange imprudent, tandis que les corps rongés et mous, un à un, gonflés d’un ironique besoin de s’élever, remontent à la  surface et jouent dans les vagues.

Jean-Jacques Marimbert, texte paru dans la revue Encres Vagabondes en juin 1999.

Image : d'après une photo de Gildas Pasquet

dimanche, 21 mars 2010

L'Art de la guerre

«crbst_927.jpg Le recours à la duperie est un principe à observer dans la guerre. Par conséquent, quand vous êtes capable de désirer livrer combat, vous devez tâcher de vous montrer inapte et indifférent. Quand vous voulez rester sur place ou aller loin, feignez le contraire. Quand l’adversaire est cupide, faites-lui miroiter des gains. Quand l’ennemi est en désordre, prenez-le d’assaut ; quand il est en position solide, prenez garde à lui ; quand il est puissant, évitez de le rencontrer ; quand il est arrogant, cherchez à le faire fléchir ; quand il est prudent, incitez-le à l’arrogance ; quand il est dispos, cherchez à le harceler ; quand il est solidaire, efforcez-vous de semer la discorde dans son sein. Attaquez l’ennemi à l’improviste, quand il n’a fait aucun préparatif. Il est impossible de donner un modèle établi des secrets de l’art de la guerre. ».

Sunzi, L'Art de la guerre

Peinture de Jacki Maréchal

samedi, 20 mars 2010

La solitude de l'écrivain

ABSTRAIT-CREATIONS (31).JPG« L'écrivain est seul, abandonné des anciennes classes et des nouvelles. Sa chute est d'autant plus grave qu'il vit aujourd'hui dans une société où la solitude elle-même, en soi, est considérée comme une faute. Nous acceptons (c'est là notre coup de maître) les particularismes, mais non les singularités ; les types, mais non les individus. Nous créons (ruse géniale) des chœurs de particuliers, dotés d'une voix revendicatrice, criarde et inoffensive. Mais l'isolé absolu ? Celui qui n'est ni breton, ni corse, ni femme, ni homosexuel, ni fou, ni arabe, etc. ? La littérature est sa voix, qui, par un renversement "paradisiaque", reprend superbement toutes les voix du monde, et les mêle dans une sorte de chant qui ne peut être entendu que si l'on se porte, pour l'écouter (comme dans ces dispositifs acoustiques d'une grande perversité), très haut au loin, en avant, par-delà les écoles, avant-gardes, les journaux et les conversations. »
Roland Barthes

Création graphique de Gildas Pasquet

vendredi, 19 mars 2010

Il ne peut pas être question de certitudes

Un poète, 1859, Jean-Louis Ernest Meissonnier.jpgJe fouillais à nouveau les librairies et les bibliothèques. Un agent ne peut vivre que hors du temps, sa dimension n’est pas la même, elle est double, trouble, toujours une autre vérité à découvrir derrière la première, c’est celle-là qu’il cherche, jamais rien d’établi… Il doit être à la fois extrêmement rationnel et très intuitif, avoir circonscrit le plus possible l’affectif, le psychologique. Il ne peut pas être question de certitudes. La littérature m’aidait à entrer dans cette dimension ; la fiction est l’univers des possibles, apprendre à s’y mouvoir devenait une porte dans le monde du renseignement. Traverser le monde des apparences, s’y déplacer... Au moment où ma vie était devenue un désert, je découvrais une multitude d’espaces et un temps nouveau.

Raymond Alcovère, roman en cours d'écriture

Jean-Louis Ernest Meissonnier, Un poète, 1859

jeudi, 18 mars 2010

Une deuxième Révolution a eu lieu en France

pommes.jpg« Une deuxième Révolution a eu lieu en France, plus fondamentale que la première, dans le dernier tiers du dix-neuvième siècle. Elle a porté sur les racines mêmes de ce qu'on appelle communément penser, dire, percevoir, représenter, se souvenir, sentir. En peinture, au-delà du surgissement héroïque de l'Impressionnisme (qui continue à culpabiliser la Banque), cette révolution a un nom : Cézanne. En poésie : Rimbaud. On rapproche ici, pour la première fois, ces deux expériences ayant engendré tour à tour le rejet, l'incompréhension, la fascination, l'appropriation, la spéculation. Sous le béton des cultes, les forêts de la liberté ; sous le pavé des thèses, l'évidence. Même si on essaie de la recouvrir sous des flots d'argent ou de tourisme "culturel", une vraie révolution persiste. L'art "moderne" se dissout dans l'affairement spectaculaire ? La Montagne Sainte-Victoire ou Les Illuminations sont là. Que signifie donc cette subversion en couleurs ? Dans quelles dimensions prennent place ces portraits, ces paysages, ces Baigneuses, vers quelle Présence cet espace jamais vu fait-il signe ? Qu'est-ce qu'un Cézanne ? Quel est son Temps ?  »

Philippe Sollers, Le Paradis de Cézanne

Cézanne, Pommes, pêches et poires, 1880

mercredi, 17 mars 2010

Mes hôtes de la nuit

baiser-vole-L-1.jpeg« J'aime les histoires. Je suis d'ailleurs un excellent écouteur d'histoires. Je sais toujours, même si c'est parfois vague, quand une âme ou un personnage est en train de voyager dans l'air et a besoin de moi pour se raconter. Écouter et raconter, c'est un peu la même chose. Il faut apprendre à être disponible, à laisser en permanence la porte de son imagination ouverte. Mes histoires, mes livres, je les ai tout simplement accueillis. Vous vous en doutiez : je crois aux muses. J'ai une immense affection pour mes hôtes de la nuit. Je les traite comme des hôtes de marque. »

Antonio Tabucchi

Fragonard, Le Baiser volé

lundi, 15 mars 2010

L'Indifférent

watteau-indifferent.jpg« Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux vouloir être rien. A part ça, je porte en moi tous les rêves du monde »

Fernando Pessoa, Bureau de tabac

Watteau, L'Indifférent

dimanche, 14 mars 2010

Jardins de l’Alhambra

Grenade bas reliefs 3.JPG« Je ne savais plus si je respirais de la musique ou si j’entendais des parfums ».

Maupassant, à propos des Jardins de l’Alhambra, à Grenade

Photo de Gildas Pasquet

samedi, 13 mars 2010

L'autre

Écrire, c’est disparaître. Personne — à moins de remonter jusqu’au prophète Élie ou jusqu’à Empédocle — n’a disparu comme Isidore Ducasse. Mort inconnu à vingt-quatre ans, sa brève existence est un impérieux défi à la finitude ; il n’en surnage, seules traces avec l’embarras universel, que deux livres aussi étranges qu’apparemment incompatibles : les Chants de Maldoror et Poésies. [...]

François Meyronnis

10:35 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : lautréamont

Le mal

ABSTRAIT-CREATIONS (11).JPG "Le mal, arrivé à un certain point, s'égorge lui-même"

Joseph de Maistre

Création de Gildas Pasquet

vendredi, 12 mars 2010

...

"Les calculs de côté, l'inévitable descente du ciel, et la visite des souvenirs et la séance des rythmes occupent la demeure, la tête et le monde de l'esprit."

Rimbaud

19:13 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud

La Rochefoucauld, toujours...

industrie (188).JPG« Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise. »

« Nous avons plus de force que de volonté, et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles. »

« Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de  notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections. »

« Ceux qui s’appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes. »

« Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune. »

« On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine. »

Photo : Gildas Pasquet

mercredi, 10 mars 2010

Du côté du réfractaire

Fragonard_aurore.jpgCar il en va des sociétés comme des individus : le réel est toujours du côté du réfractaire, du fugitif, du résistant, de tout ce qu'on cherche à calmer, ordonner, faire taire et qui revient quand même, et qui revient encore, et qui revient sans cesse - incorrigible.
(Christian Bobin, Autoportrait au radiateur)

Fragonard, Aurore

lundi, 08 mars 2010

Il neigeait

 

Soir de neige à Honcho Street de Kobayashi Kiyochika.jpgIl neigeait, et voici, nous en dirons merveilles : l’aube muette dans sa plume, comme une grande chouette fabuleuse en proie aux souffles de l’esprit, enflait son corps de dahlia blanc.

Saint-John Perse

Soir de neige à Honcho Street de Kobayashi Kiyochika

dimanche, 07 mars 2010

Démocratie

1229288658_metropolis_2.jpgLe drapeau va au paysage immonde, et notre patois étouffe le tambour. Aux centres nous alimenterons la plus cynique prostitution. Nous massacrerons les révoltes logiques. Aux pays poivrés et détrempés ! au service des plus monstrueuses exploitations industrielles ou militaires. Au revoir ici, n'importe où. Conscrits du bon vouloir, nous aurons la philosophie féroce ; ignorants pour la science, roués pour le confort ; la crevaison pour le monde qui va. C'est la vraie marche. En avant, route !

Rimbaud, Illuminations, 1873

Fritz Lang, Metropolis, 1926

samedi, 06 mars 2010

Un article sur "Le bonheur est un drôle de serpent"

couv2.jpg“Il nous faut aller là où il n’y a pas de chemin”, dit le vieil Howard dans Le Trésor de la Sierra Madre. Léo a bien retenu le conseil, et il nous y invite !

Un article sur Le bonheur est un drôle de serpent, à lire ici, sur le site de Encres Vagabondes, signé Jean-Jacques Marimbert

vendredi, 05 mars 2010

Discours parfait, de Philippe Sollers

9782070768301FS.gifSuite de "La Guerre du goût" et de "Eloge de l'infini", "Discours parfait" est un ensemble de textes critiques, entretiens et contributions diverses, puisés dans L'Infini, Le Nouvel Observateur, Lignes de risque et autres publications. On y trouve également le texte intégral de "Fleurs" paru en 2006 aux éditions Herman. Les lecteurs habituels de Sollers ne s'étonneront pas d'y croiser les figures tutélaires de Rimbaud, Nietzsche, Voltaire, Heidegger, Dante, Saint-Simon, Proust, Stendhal, Bataille, Céline, etc. Le principal intérêt est de voir réunis en un seul livre (912 pages) toutes ces contributions éparpillées. Quant aux autres, ce livre sera peut-être une clé d'entrée dans ces univers multiples. Livre très riche donc, j'en sortirai entre autres perles, celle-ci : "Jean Beaufret, le traducteur, enfin l'ami de Heidegger, est en analyse chez Lacan et il est agacé parce que Lacan se tait. Mais là, un jour, Beaufret a une astuce, il tend un piège à Lacan et lui dit : "Tiens, j'étais avant-hier à Fribourg, et Heidegger m'a parlé de vous." Et Lacan saute dans son fauteuil et dit : "Ah oui ! Qu'est-ce qu'il vous a dit ?". On retiendra aussi le fameux vers de Hölderlin que Heidegger aimait citer : "Là où le péril croît, croît aussi ce qui sauve."