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jeudi, 04 mars 2010

Ma Chine à écrire

FredAzaïs.jpg« La tradition occidentale privilégie la parole, liée au corps, à la respiration, et s'efforce de reléguer l'écrit au rang de reflet inerte. Le  petit enfant français apprend "à lire et à écrire", à lire puis à écrire ; en Chine, le caractère est écrit, tracé avant d'être lu. Tracer le caractère est un acte qui engage tout le corps, tout le souffle de façon consciente. C'est pour cette raison que copier une belle calligraphie n'est pas cette pâle corvée que le mot évoque pour nous. Copier pour nous est quelque chose de triste, on pense aux copies que l'on a  faites jadis étant petit. Pour un chinois, copier c'est entrer dans le mouvement du corps de l'auteur, c'est retrouver le rythme de la graphie de l'auteur, et cette communication physique est aussi immédiate que celle que vous trouvez à travers la tessiture d'une voix. C'est  peut‑être une des raisons du pouvoir social de l'écriture en Chine. »

Viviane Alleton

Peinture de Frédérique Azaïs-Ferri

mercredi, 03 mars 2010

Quand avril fait deuil de ses lilas

radisbleus.jpgQuand avril fait deuil de ses lilas, que moutonne l'eau du lac sous les rafales du mistral et que merles transis pas plus que rousserolles ne vous donnent envie de chanter, alors où voulez-vous aller puiser la force d'encore continuer jusqu'à la passerelle, là-bas, où les grands roseaux bleus font signe et nous appellent ?
Une averse sauvage désole soudain sentes et sous-bois qu'au sortir de la forêt ne viendra consoler aucun arc-en-ciel, ils sont tombés des nues les cerfs-volants de fine étoffe qu'enfant nous lancions à l'assaut du soleil et maintenant même l'iris des marais prend sous nos pas une pâleur d'ennui tandis que s'évanouissent en ricanant dans le vent les souvenirs jaunis des jours passés.
Quelque chose de nous déjà doucement gagne l'agonie qu'on voudrait voir encore cavaler vers la vie, au cœur cependant la tranquille espérance qu'un frisson de lumière, agitant là-bas les grands roseaux bleus, suffira sans doute pour atteindre bientôt la passerelle.

Pierre Autin-Grenier, Les Radis bleus

mardi, 02 mars 2010

Enfances

edges_wood_corto.jpg « Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance."

Cioran

"Je prie chaque jour pour que le Seigneur me rende semblable à un enfant. C'est-à-dire qu'il me fasse voir la nature et la rendre comme la rendrait un enfant, sans préjugés."

Jean-Baptiste Corot

Ville d'Avray, fermière
en bordure des bois

1825

00:10 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : corot, cioran, enfance

lundi, 01 mars 2010

Que savoir d'autre de la vie ?

AnneHeywoodparCornelLucas.jpgUne fois le chandail ôté, l'offrande d'une poitrine rouge

Conséquence possible d'un coup de soleil,

Trace probable d'une vieille peinture de guerre

Une fois notre chant sur pilotis

suspendu entre brume et feutre

la profondeur du sentiment pour sillon

Que savoir d'autre de la vie ?

Jean Azarel, extrait de Passage du mortel

Photo : Anne Heywood par Cornel Lucas

dimanche, 28 février 2010

Il faut bien que tout le monde mange !

Tiziano-Mars venus et cupidon.jpgMesdames et messieurs,
avez-vous remarqué qu'à table les mets
que l'on vous sert vous mettent les mots à la bouche ?
J'en ai fait l'observation
un jour que je dînais seul.
A la table voisine...
il y avait deux convives qui mangeaient
des steaks hachés...
Et tout en mangeant,
ils alimentaient la conversation.
Au début du repas, tandis que l'un parlait,
l'autre mangeait ... et inversement !
L'alternance était respectée.
Et puis...
les mets appelant les mots
et les mots les mets...
ils se sont mis à parler et à manger
en même temps :
" Ce steak n'est pas assez haché disait l'un ",
" Il est trop haché pour mon goût disait l'autre ! ".
Les mots qui voulaient sortir
se sont heurtés aux mets qui voulaient entrer...
(Ils se télescopaient !)
Ils ont commencé à mâcher leurs mots et
à articuler leurs mets !
Très vite, la conversation a tourné au vinaigre.
A la fin, chacun ayant ravalé ses mots
et bu ses propres paroles,
il n'y eut plus que des éclats de " voie " digestive
et des " mots " d'estomac !
Ils ont fini par ventriloquer...
et c'est à qui aurait le dernier rôt !
Puis l'un d'eux s'est penché vers moi.
Il m'a dit :
" Monsieur, on n'écrit pas la bouche pleine ! "
Depuis, je ne cesse de ruminer mes écrits !
Je sais...
Vous pensez :
" Il a écrit un sketch alimentaire,
un sketch haché ! "
Et alors ?
Il faut bien que tout le monde mange !

Raymond Devos

Titien, Mars, Venus et Cupidon

01:15 Publié dans humour | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : raymond devos, titien

samedi, 27 février 2010

La grande route du sentiment

JoanCollinsparCornelLucas.jpg"Nous enfilions la grande route du sentiment, et la reprenions de si haut, qu'il était impossible d'entrevoir le terme du voyage."

Vivant Denon, Point de lendemain, 1812

Photo : Joan Collins par Cornel Lucas

jeudi, 25 février 2010

Parmi les dieux

LeslieCaronparCornelLucas.jpg« Je n'ai jamais compris les paroles des hommes, c'est parmi les dieux que j'ai grandi. »

(Hölderlin)

Photo : Leslie Caron, par Cornel Lucas

mercredi, 24 février 2010

La mer et le ciel semblent se croiser à mi-chemin

"La lumière ici est en vérité une puissante magicienne et, avec tout le respect dû à Titien, Véronèse et Tintoret, plus grande artiste qu'eux tous. Il faut voir sur place le matériau qu'elle traite : brique boueuse, marbre rosé et souillé, loques, crasse, délabrement. La mer et le ciel semblent se croiser à mi-chemin, mélanger les nuances avec une douce irisation, un composé scintillant de flots et de nuages, une centaine de reflets ponctuels et indéfinissables, et puis projeter cette texture sur tout objet visible."

Henri James, Vacances romaines

14:27 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : henri james, rome

mardi, 23 février 2010

Une lecture du "Bonheur est un drôle de serpent"

SusanTravers-CornelLucas.jpgà lire ici, sur le blog de Mireille Disdero

Susan Travers, photo de Cornel Lucas

lundi, 22 février 2010

L'amour en voiture

m_bovary_huppert1.jpgEt sur le port, au milieu des camions et des barriques, et dans les rues, au coin des bornes, les bourgeois ouvraient de grands yeux ébahis devant cette chose si extraordinaire en province, une voiture à stores tendus, et qui apparaissait ainsi continuellement, plus close qu'un tombeau et ballottée comme un navire.

Une fois, au milieu du jour, en pleine campagne, au moment où le soleil dardait le plus fort contre les vieilles lanternes argentées, une main nue passa sous les petits rideaux de toile jaune et jeta des déchirures de papier, qui se dispersèrent au vent et s'abattirent plus loin comme des papillons blancs, sur un champ de trèfles rouges tout en fleur.

Puis, vers six heures, la voiture s'arrêta dans une ruelle du quartier Beauvoisine, et une femme en descendit qui marchait le voile baissé, sans détourner la tête.

Flaubert, Madame Bovary

samedi, 20 février 2010

Camera

cameraman-buster-keaton-1928-newsreel-camera.jpgAujourd'hui, ne pas être vu, filmé, est un luxe inouï

18:03 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : camera

Couleur réglisse

Soulages2.jpgAlors que le sang

Caille sous les dents

S’ébrèche un sourire

Dans des yeux brumeux

Le sol s’évase

Sous les clapotis

Les pas se dilatent

Au milieu du bruit.

 

Alors que la nuit

Effiloche les murs

En longues rainures

Les phares projettent

Leurs yeux globuleux

Les rats s’émiettent

Au milieu des feux.

 

Alors que les briques

Couvent dans la braise

Et que les colchiques

Prennent leurs aises

Les bras perdent leurs feuilles

Et se ternissent

Les jambes deviennent

Couleur réglisse.

 

Valérie Canat de Chizy

vendredi, 19 février 2010

Le duende

343-Francoise_Fabian_1.jpgUn soir, la Niña de los Peines jouait avec sa voix d'ombre, avec sa voix d'étain fondu, avec sa voix couverte de mousse et l'enroulait à sa chevelure.
Soudain elle se leva comme une folle pour chanter, sans voix, sans souffle, sans nuances, la gorge en feu, mais avec duende. Elle avait réussi à jeter bas l'échafaudage de la chanson, pour livrer passage à un démon furieux et dévorant, frère des vents chargés de sable, sous l'empire de qui le public lacérait ses habits.
La Niña de los Peines dut déchirer sa voix, car elle se savait écoutée de connaisseurs difficiles qui réclamaient une musique pure avec juste assez de corps pour tenir en l'air Elle dut réduire ses moyens, ses chances de sécurité ; autrement dit, elle dut éloigner sa muse et attendre, sans défense, que le duende voulût bien venir engager avec elle le grand corps à corps. Mais alors comme elle chanta ! Sa voix ne jouait plus ; sa voix, à force de douleur et de sincérité, lançait un jet de sang.
Federico Garcia Lorca
Seguiriya
La Niña de los peines
Le Chant du monde
Photo : Françoise Fabian

jeudi, 18 février 2010

"Qui ne dérange rien ni personne ne libère rien ni personne"

C'était la devise d'Yves Heurté, qui nous a quittés il y a quatre ans

13:30 Publié dans citation | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yves heurté

mercredi, 17 février 2010

Recette des cerises à l’eau de vie

Voici la recette des cerises à l’eau de vie de Pierre Dac (1893 - 1975)

Voici l'époque où les cerises vont se trouver en abondance sur nos marchés; profitons de leur prix abordable pour préparer de délicieuses cerises à l'eau-de-vie. Pour cette préparation, employez de préférence la cerise anglaise, la Montmorency, la griotte d'Etampes ou la tardive de Saint-Quentin. Enlevez les queues, dénoyautez. Prendre un litre de bonne eau-de-vie à 45° et procédez de la façon suivante : absorber une dizaine de cerises d'un seul coup, boire immédiatement la valeur d'un verre à bordeaux d'eau-de-vie et continuer ainsi jusqu'à épuisement des cerises et de l'eau-de-vie. Cette méthode, qui laisse à la cerise toute sa saveur, évite l'emploi toujours fastidieux des pèse-sirop et des bocaux de verre.

13:21 Publié dans humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre dac, recette

Origine d'une expression

Chardin_lepanierdefraisesdesbois.jpgLa lune, au visage changeant,

Paraît sur un trône d'argent,

Et tient cercle avec les étoiles ;

Le ciel est toujours clair tant que dure son cours,

Et nous avons des nuits plus belles que vos jours.

Racine, Lettre à M. Vitart, 17 janvier 1662, d'Uzès

Chardin, La panier de fraises des bois

dimanche, 14 février 2010

Manque de Poe

Depuis six décennies, un inconnu célébrait chaque année l'anniversaire de l'écrivain en déposant des roses et une bouteille de cognac à moitié vide sur sa tombe à Baltimore. Mais cette fois, le « Poe toaster » n'est pas venu... Lire ici

La Fabrique des sentiments

15094__18834992_w434_h_q80.jpgJ’ai vu hier un film qui traduit bien, à sa façon, tes propos : « La Fabrique des sentiments » de Jean-Marc Moutout, avec Elsa Zylberstein - quelle magnifique actrice ! Une jeune femme réussit très bien sa vie professionnelle, mais n’a pas le même succès dans sa vie amoureuse. Elle fait appel au « Speed dating », c’est hallucinant - le mot dit tout - les gens ont sept minutes pour se présenter à l’autre, tenter de le séduire et obtenir un rendez-vous. Tout a l’air préfabriqué, pourtant c’est réel... Un jeu de chaises musicales, chacun passe de table en table, rejoint un autre candidat à l’amour, sept minutes en tout et pour tout et on enchaîne.

La jeune femme ressent un grand vide. Elle a du temps disponible pour l’amour, mais cet univers lui échappe, elle est passée de l’autre côté, celui de « la fabrique des sentiments ». Les gens autour d’elle sont perdus, à errer dans un monde qui les ignore.  Ils maîtrisent l’argent, le travail,  ils sont du bon côté de la barrière, mais l’essentiel leur manque. Les hommes aussi sont en apesanteur dans le film, les anciens schémas ont sauté, les femmes sont leurs égales, elles veulent tout, alors ils sont désorientés, fuyants. Il y a le séducteur, apparemment tout va bien, mais le regard perçant de la jeune femme montre le faux ; arrive un autre personnage, décalé, en souffrance ; elle le choisira mais sans être réellement satisfaite. Et puis apparaît la grand-mère, l’amour à son époque on ne s’en souciait pas trop, et là, on comprend, le bonheur est une idée neuve, deux ou trois siècles ne sont rien encore, tout est à construire…

Photo du film

Raymond Alcovère, extrait de "Le bonheur est un drôle de serpent", vient de paraître, éditions Lucie

samedi, 13 février 2010

Boutons le Nain hors de France !

C'est signé Action discrète, à voir ici !

Prix : un franc

rimbaud.jpgEdition originale (aux frais de l’auteur)
Bruxelles, Alliance Typographique (M.-J. Poot et Compagnie), 1873.
(Le seul livre que Rimbaud ait souhaité publier)