mardi, 01 mai 2007
Il avait l'air vaguement déçu d'un amant après l'amour
" Au bas de l'absidiole, dans une éclaboussure de lumière, je devine une forme oblongue et féminine, rousse de corps et noire de chevelure, où vais-je chercher cela ? L'homme penché sur elle l'embrassait d'un si dur mouvement , il exprimait de sa retentissante poitrine un chant si haut, dont jamais un cheval même de pur sang, même issu du désert de sable ,n'aurait percé le vent à travers sa crinière. [...] Les traits tendus, l'oeil dur, le front lisse et violent, le masque presque menaçant, Slava déchiffrait le mystère d'harmonie. Le menton haut levé, il enlaçait son violoncelle du bout des doigts comme si ça le brûlait, et quand enfin il s'arrêtait, son bras par-dessus la volute comme sur une gorge, il avait l'air vaguement déçu d'un amant après l'amour. " (Jules Roy in Rostropovitch Gainsbourg et Dieu, Albin Michel, 1992)
10:34 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Musique, Rostropovitch, Jules Roy
lundi, 30 avril 2007
Un cratère de volcan
"Un cratère de volcan entièrement caché par des bouquets de fleurs"
Courbet à propos de Delacroix
Delacroix : Cléopâtre et le paysan
22:09 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art, peinture, Delacroix, Courbet
dimanche, 29 avril 2007
J'entrai dans la grande harmonie de la nature
J'entrai dans la grande harmonie de la nature, du printemps et des fleurs. Rien n'avait été posé là par hasard, c'est ce qui en faisait toute l'harmonie, parce que justement, on avait la sensation, presque la certitude que tout avait été posé là par hasard.
22:55 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : photo, littérature, Jean-Louis Bec, Raymond Alcovère
Ubu toujours vivant !
A Scampia, une banlieue délabrée de Naples, une troupe de jeunes revisite la célèbre pièce d'Alfred Jarry. Ils y racontent leur vie quotidienne et la guerre des gangs mafieux qui ensanglante la ville, raconte l'écrivain Roberto Saviano dans La Repubblica.
08:24 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Théâtre, Ubu, Naples
Il est déjà fort tard dans la nuit
"A quoi bon ma vie immobile dans ce trou noir, je me dis, quand partout alentour s'agitent des ingénieurs en aéronautique, parcourent en tous sens la planète Messieurs les Administrateurs des Iles Eparses et des experts assermentés près les tribunaux expertisent tandis qu'ailleurs attaquent formidablement des banques des bandits prodigieux ? Vrai, comment ne pas se demander ce que l'on est venu faire là au milieu et d'où nous vient cette audace de respirer le même air qu'eux ? Il est déjà fort tard dans la nuit quand sous le couvercle de ma boîte de camembert, je parviens à réduire tous ces gens importants en bouillie et ramener leurs prétentions au niveau des miennes ; alors, adieu plomberie existentielle ! Je glisse enfin vers le sommeil, tel un lézard sous la lune, lentement avançant sus ses petites pattes à la recherche de trèfles à quatre feuilles dans le gravier des cimetières."
00:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, Pierre Autin-Grenier
samedi, 28 avril 2007
Vous sentirez la rumeur autour de la tête...
« Celui-là, il était heureux. Et tous ceux qui le comprennent, il les rend heureux. C’est un phénomène unique. Il peignait comme nous regardons, sans plus d’efforts. En dansant. Des torrents de nuances lui coulaient du cerveau. Il parlait en couleurs. Il me semble que je l’ai toujours connu. Je le vois marcher, aller, venir, aimer, dans Venise, devant ses toiles, avec ses amis ... Tout lui rentrait dans l’âme avec le soleil, sans rien qui le sépare de la lumière. Sans dessin, sans abstractions, tout en couleurs ... On a perdu cette vigueur fluide que donnent les dessous ... Regardez cette robe, cette femme contre cette nappe, où commence l’ombre sur son sourire, où la lumière caresse-t-elle, imbibe-t-elle cette ombre, on ne sait pas. Tous les tons se pénètrent, tous les volumes tournent en s’emboîtant. Il y a continuité ... Le magnifique, c’est de baigner toute une composition infinie de la même clarté atténuée et chaude et de donner à l’œil l’impression vivante que toutes ces poitrines respirent véritablement, mais là, comme vous et moi, l’air doré qui les inonde. Au fond, j’en suis sûr, ce sont les dessous, l’âme secrète des dessous qui, tenant tout lié, donnent cette force et cette légèreté à l’ensemble ... L’audacieux de tous les ramages, les étoffes qui se répondent, les arabesques qui s’enlacent, les gestes qui se continuent. .. Vous pouvez détailler : tout le reste du tableau vous suivra toujours, sera toujours là, présent, vous sentirez la rumeur autour de la tête, autour du morceau que vous étudierez. Vous ne pouvez rien arracher à l’ensemble. »
Cézanne, à propos de Véronèse
Judith et Holopherne, vers 1582
Huile sur toile - 195 x 176 cm
Gênes, Galleria di Palazzo Rosso
20:14 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Véronèse, Cézanne, Venise
vendredi, 27 avril 2007
La cabane trempée
La Cabane Trempée, comme son nom ne l'indique pas,
est d'abord une association d'artistes...enfin...un groupe d'amis artistes,
qui organisent, ( depuis 1994 ) des expositions d'art contemporain,
dans une ancienne cabane de pêcheur ( nous y voilà ) ,
au bord de l'étang de l'Or, aux cabanes du Salaison, à Mauguio ( 34 )...Près de Montpellier
ET Pour 2007, ce sera comme d'habitude
Tous les week-ends et
jours fériés du mois de
Mai...
A savoir le Mardi 1er
Mai,
les week-end des
5,6,7 et 8 Mai,
12&13,17,18,
19&20,
26 & 27 Mai,
et aussi les 2 & 3 Juin.
Vous y verrez
notamment cette
toile de
Frédérique Azaïs
00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art, peinture, Frédérique Azaïs, la cabane trempée
jeudi, 26 avril 2007
Tenir le monde entre mes doigts de silence
Terre de collines. Ocre et rouge. Achevalé sur ma monture, je parcours les steppes. Les ombres jouent avec les replis de la terre, le gris de la roche avec le bleu des montagnes.
Alpha et oméga du monde, rien ne semble avoir été posé ici par hasard. Ni les vallées, ni les lacs, ni les temples.
Vallées fumeuses de brume, étagées de rizières. Pays cosmique. Vérité inscrite dans les pierres. Élan de la pensée. Le tumulte s’est arrêté.
Le dénuement de la pierre, de la terre ici, me plaît, j’aime ce désordre lent des vallées, l’air de solitude qui flotte sur les collines.
Reflets velours, incarnat du couchant, montagnes au loin, calquées en lignes bleues. Grand remuement de vagues, statufiées.
Oiseaux blancs qui couvent la terre spongieuse, virevoltant. D’autres lignes, d’autres montagnes donnent de l’épaisseur au ciel safran, une profondeur de champ.
Les grandes étendues désertiques de la Chine du Nord sont le lit de mes rêves. Une harmonie bienveillante s’est posée ici.
Je peux rester des heures entières seul au milieu des plaines, à fouir du regard les détours de l’horizon.
Blondeur des collines. Pureté froide, odeurs de sapins. Grandes étendues dorées du pays des glaces. Vagues de givre giflant la peau tendue de froid. Lucidité coupante de l’air.
Voici un temple taoïste, juché sur une colline. Encorbellements de la pierre. Les rizières au loin dessinent leurs courbes lentes. Après-midi tiède et vert.
Seuls les temples, juchés sur des collines, tracent le passage de l’homme. Le désir d’immobilité et de silence innervé dans cette terre est proche de l’hallucination. Mon existence tout d’un coup me semble artificielle. L’action que je mène bien vaine. Découverte de l’espace. Le temps est une pluie de guirlandes sur la mer.
Pourquoi être si près du monde et si loin des siens ? Rien ne peut me retenir à la terre. Devant cette solitude étoilée, mes pensées vont vers vous, si loin, et que j’aime. Puissé-je traverser ces océans et tenir à nouveau le monde entre mes doigts de silence.
Raymond Alcovère ; ce texte est inspiré de la vie du poète Saint-John Perse
00:15 Publié dans Inédits | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, art, photo, Jean-Louis Bec, Raymond Alcovère
mercredi, 25 avril 2007
Chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs
"chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple"
Chef indien Seattle
Article à lire ici, à propos aussi des loups et des ours
13:15 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : écologie, amérindiens, loup, ours, Seattle
mardi, 24 avril 2007
Sur la représentation du corps féminin
Un événement en peinture est toujours et à coup sûr un événement sur la représentation du corps féminin
Philippe Sollers
Cézanne, Une moderne Olympia, 1873-1874
02:20 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Cézanne, Olympia, corps féminin, Philippe Sollers
lundi, 23 avril 2007
Le peintre Robert Lobet à l'exposition "100 livres-Objets pour Senghor", à l'institut français Léopold Sédar Senghor de Dakar.

19:23 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, exposition, Robert Lobet, Senghor
Leur rayon spécial
Car le style de l’écrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre, est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu’il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret éternel de chacun. Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu’il peut y avoir dans la lune. Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu’il y a d’artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l’infini, et, bien des siècles après qu’est éteint le foyer dont il émanait, qu’il s’appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.
Marcel Proust, Le temps retrouvé
11:16 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, style, Marcel Proust
Dans la paix du matin...
L'ombre des forêts flottait dans la paix du matin entre la tour et la mer que regardait Stephen. Au creux de la baie et au large blanchissait la mer miroitante, éperonnée par des pieds fugaces et légers. Sein blanc de la mer nébuleuse. Les accents enlacés deux à deux. Une main cueillant les cordes de la harpe et mêlant leurs accords jumeaux. Vagues couplées du verbe, vif-argent qui vacille sur la sombre marée.
James Joyce, Ulysse
09:50 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, James Joyce, Ulysse
dimanche, 22 avril 2007
" Je vois de loin, j’atteins de même. "
Le pouvoir des Fables est souverain. Si personne n’écoute plus personne, commencez-en une : les oreilles se tendront peu à peu. C’est pourquoi " on ne saurait trop égayer les narrations ", ce qui n’est pas donné à tout le monde. La ronde des péchés capitaux s’équilibre alors sous le charme d’une logique harmonique, le génie des sons s’empare du reste : " Tout est mystère dans l’Amour, / Ses flèches, son carquois, son flambeau, son enfance. " Ou encore : " Bien purs, présents du Ciel qui naissent sous les pas. " Le raisonnement de la " langue des dieux " est dans ce balancement du rythme. La mémoire humaine est obligée de le retenir et d’en faire des lois. Tout le monde répète du La Fontaine : il suffirait de le comprendre, mais rien de plus difficile qu’une évidence portée à ce point. " J’ouvre l’esprit et rend le sexe habile. " Ou, plus carrément, et c’est Apollon qui parle : " Je vois de loin, j’atteins de même. "
Philippe Sollers
Extrait de "Subversion de La Fontaine", à lire ici
09:08 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, La Fontaine, Fables, Philippe Sollers
samedi, 21 avril 2007
Le chef qui mérite de réussir
" Il y a dans les grandes entreprises des articles qui décident de tout, et sur lesquels le chef qui mérite de réussir est celui qui ne se fie à personne. "
21:18 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : politique, présidentielles 2007, Casanova, Philippe Sollers
Une négation du temps
La mémoire et l'imagination sont toutes les deux une négation du temps
Nabokov
20:36 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, Nabokov, imagination, mémoire
Sa ressemblance avec tous
Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne me sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous. L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. Et celui qui, souvent, a choisi son destin d’artiste parce qu’il se sentait différent, apprend bien vite qu’il ne nourrira son art, et sa différence, qu’en avouant sa ressemblance avec tous. L’artiste se forge dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s’arracher.
Albert Camus, Discours de Suède, 1957
01:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : art, photo, Jean-Louis Bec, Albert Camus
vendredi, 20 avril 2007
Un inédit (de circonstance) de Pierre Autin-Grenier
ÉCOULEMENT DU TEMPS
Comme à la pendule de la cuisine le temps avait pris un coquet retard et qu’à moins de remplacer les piles fatiguées par des en pleine forme il paraissait évident que ce laisser-aller ne pouvait qu’empirer au fil de la journée, j’ai décidé de mettre à profit cette défaillance mécanique et employer les heures ainsi rendues disponibles à quelque éblouissante futilité susceptible d’un instant m’alléger l’âme. Nous étions une fois de plus en pleine période de guerre civile larvée et, certains jours, l’atmosphère en devenait d’une moiteur franchement étouffante.
Le couvre-feu interdisant toute sortie en soirée, bien qu’en ce début mai le ciel soit déjà d’été, je suis allé m’enfermer l’après-midi dans la petite salle du Rivoli revoir un de ces navets à la gloire du régime qui, pris au second degré, me font toujours intérieurement pleurer de rire tant le grotesque y dispute au grandiloquent sans que les protagonistes semblent seulement se douter qu’une telle mise en scène de leur bêtise les condamne à court terme au poteau. Si trois veilleuses mouchardes ne tremblotaient en permanence au plafond l’assistance serait certainement secouée de fou rire, au lieu de quoi tout le monde se lève et applaudit à la fin du film tandis que la régie envoie l’Hymne au Travail, comme l’exige le nouveau règlement.
Cette absurde pantomime sur écran géant m’aurait sans doute déridé pour un bon moment si, au sortir de la séance, je n’étais tombé sur un sévère accrochage entre une brigade de patriotes et les forces paramilitaires pour le maintien de l’ordre. Deux miliciens blessés avait porté leurs congénères au comble du vertige qui firent feu à l’étourdie sur tout ce qui bougeait et semblait encore vouloir vivre. En un éclair une dizaine de jeunes gens du côté de leur dix-huitième année à peine furent abattus à même le pavé et quelques autres prestement embarqués qu’on ne reverrait sans doute plus à l’air libre avant longtemps. Tous les passants à plat ventre sur les trottoirs, casquettes et chapeaux ayant roulé au caniveau, certains aplatis contre les murs des immeubles et mains en l’air selon l’habitude. J’étais resté debout devant le cinéma tel un automate sans ressort, songeant dans le vide à l’époque ma foi heureuse d’avant l’entrée en vigueur des pouvoirs exceptionnels.
Sur le chemin du retour je suis passé par la quincaillerie Blondet voir s’il ne s’y trouverait pas par hasard deux piles neuves pour ma pendule. Certains jours on vieillit plus vite que d’autres certes, mais je me suis dit qu’il devenait quand même urgent que le temps reprenne au plus tôt son cours.
P.A.G
Extrait de « C’est tous les jours comme ça », inédit.
Dernier ouvrage paru : "L'ange au gilet rouge", nouvelles, L'Arpenteur Gallimard, avril 2007
Peinture de Annie Caizergues
08:00 Publié dans Inédits | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, art, inédit, Pierre Autin-Grenier, Annie Caizergues
mercredi, 18 avril 2007
Miettes
"Je sais pourquoi je déteste le dimanche : c'est parce que les gens occupés à rien, se permettent d'être oisifs comme moi"
Jules Renard, Journal, 29 juin 1895
"Prendre des notes, c'est faire des gammes de littérature"
Jules Renard, Journal, 18 janvier 1896
11:04 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, notes, Jules Renard, oisiveté
Tragédie ou comédie ?
«La vie est une tragédie pour celui qui sent et une comédie pour celui qui pense.»
[ Jean de La Bruyère ]
Photo : Jean-Louis Bec ; d'autres images de Barcelone à voir ici
08:12 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : photo, Barcelone, Jean-Louis Bec, La Bruyère


















