vendredi, 26 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (18)
Imagine que tu coupes un grand bambou en deux ;
De la partie basse, façonne une femme,
De la partie haute, un homme;
Frotte-les ensemble
Jusqu'à ce qu’ils s’enflamment :
Dis-moi maintenant,
Le feu qui naît,
Est-il mâle ou femelle,
O Ramanatha ?
- il est désir.
Devara Dasimayya
(traduit du kannada par A.K. Ramanujan)
Photo : Nina Houzel
00:05 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Carnets indiens, Nina Houzel, Inde, photo
jeudi, 25 janvier 2007
Un inédit de Jean-Jacques Marimbert
J’ai connu Manuel Portales. C’est le fait du hasard. Enfin, je ne suis plus sûr de rien. J’invoque le hasard par lâcheté intellectuelle, peut-être.
Certaines nuits, tiré de mon lit par l’idée qu’une puissance se jouerait de nous, je me précipite dans la salle de bains et, agrippé au lavabo, je plante mon regard dans la glace mouchetée de dentifrice. J’interroge mon visage, au cœur, pleines pupilles. Je scrute mon front, mes joues, mes paupières et sous le néon hollywoodien, me frayant un chemin spirituel entre la mousse hypoallergénique et la brosse échevelée, tel un idiot épris de métaphysique, je suis à l’affût. Rien jamais ne se passe, bien sûr, pas le moindre frémissement hormis l’agacement ironique des commissures, pas le plus petit signe d’un au-delà circulant dans mes rides, à moins de considérer que cette esquisse au coin des lèvres… Balivernes ! N’empêche. Une fois, perdu dans cette contemplation stupide, hagard à force de benzodiazépine, j’ai basculé de la lisière des cils au désert de dunes frangé de touffes sèches au nord du Sahara et, manque de sommeil ou larmoiement blafard, je me suis retrouvé à la sortie d’El Golea une fin d’après-midi. Soleil déclinant, j’ai vingt-cinq ans face à l’horizon de sable aux allures de mer rouge, ou mieux, m’étais-je dit appuyé sur l’aile cabossée de ma 2CV, d’océan asséché, me remémorant le fond sablonneux d’une plage de mon enfance tangéroise, quand par le hublot du masque, dans le crachottement salé du tuba, j’observais la tôle ondulée où venaient fondre de pâles rayons habités d’algues et de plancton. Je n’ai opposé aucune résistance au phénomène, trop heureux de pouvoir justifier ma lubie. Par jeu plus que par conviction, je m’engouffrai dans l’hallucination pour nourrir des idées du genre “tout est dans tout”, “le temps ne s’écoule pas sinon il s’écoulerait en lui-même”, “l’éternité est l’implosion du temps”, et autres absurdités qu’aussitôt remis sur rails je balayai d’un café serré. Profitant tout de même de l’entre-deux qui blanchit le ciel, je revisitai ce coin paisible de l’oasis d’El Golea, œil creusé en bordure de l’erg, au moment où, de la palmeraie, le parfum des tomates et des orangers fait de l’espace un écrin de roseaux. De là à admettre que notre vie ne tiendrait qu’à un fil agité par je ne sais quoi ou qui, Destin, Dieu ou Génie, toutes ces sottises de bibliothèque médiévale et de chapelle bourdonnante, il y a loin. Pourtant, qui a connu Manuel Portales comprendra mes doutes et mon inquiétude. Je rapporte ce qui suit pour les autres, tout autant que pour moi, je l’avoue.
À l’hôpital, nous étions voisins de chambre. Moi, pour une hernie ombilicale. Lui, je n’ai jamais su avec certitude. Il attendait des résultats d’examens qui, à ma connaissance, ne lui ont jamais été communiqués. J’ai alors su ce qu’attendre veut dire. Mieux vaut se pendre ou partir en courant.
Jean-Jacques Marimbert21:39 Publié dans Inédits | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, inédit, Jean-Jacques Marimbert
Carnets indiens, avec Nina Houzel (17)
Pour moi, la vérité dans le roman est étroitement liée au degré de conviction qu’inspire sa peinture de la réalité intérieure. Si cette réalité intérieure est convaincante, le lecteur peut accepter les arguments les plus invraisemblables. J’ai l’impression que de nos jours on a du mal à accepter que la fiction puisse prendre des libertés avec la réalité, alors que c’est dans la nature même de la fiction d’être infidèle au réel. C’est en nous racontant des histoires qui ne sont pas vraies que le roman s’approche de la vérité.
Salman Rushdie (interview à lire en entier ici)
Photo : Nina Houzel
12:55 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Carnets indiens, Nina Houzel, Inde, Salman Rushdie, littérature, photo
Carnets indiens, avec Nina Houzel (16)
L'Inde nous apparaît aujourd'hui comme un musée de l'histoire où tous les âges de l'humanité coexistent dans un éternel présent.
Alain Daniélou
Photo : Nina Houzel
08:54 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Carnets indiens, Nina Houzel, Inde
Une ordalie de couleurs
Quand tout va mal, la peinture est un espace hors du reste de sa vie, presque une assurance de bonheur. Elle aime ces grandes étendues, en apparence paisibles. S’y étalent des tempêtes, des ouragans, des crimes, des larmes, un ruissellement de joie, l’univers raconté dans une ordalie de couleurs.
Raymond Alcovère, Le sourire de Cézanne, à paraître, mai 2007, éditions n&b
00:20 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : art, littérature, Raymond Alcovère, peinture, Lambert Savigneux, Le sourire de Cézanne
mercredi, 24 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (14)
"Emigrer, c'est sans nul doute perdre sa langue et son foyer, être défini par les autres, devenir invisible ou, pire, une cible; c'est exprimer de profondes transformations et déchirements spirituels. Mais le migrant n'est pas simplement transformé par son acte : il transforme également son monde. Il est peut-être vrai que le migrant devient un mutant, mais c'est d'une telle hybridation qu'émergera la nouveauté."
Salman Rushdie
Photo : Nina Houzel
00:05 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : littérature, émigrer, photo, Nina Houzel, Inde
mardi, 23 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (13)
00:06 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art, photo, Nina Houzel, Maître Eckhart, Inde
dimanche, 21 janvier 2007
l’Embarquement pour Cythère : un tableau comme une portée musicale
Crépuscule grimant les arbres et les faces,
Avec son manteau bleu, sous son masque incertain;
Poussière de baisers autour des bouches lasses...
Le vague devient tendre, et le tout près, lointain.
La mascarade, autre lointain mélancolique,
Fait le geste d'aimer plus faux, triste et charmant.
Caprice de poète - ou prudence d'amant,
L'amour ayant besoin d'être orné savamment
Voici barques, goûters, silences et musique
MARCEL PROUST, "Antoine Watteau", dans "Portraits de peintres" ("Portraits de peintres et de musiciens", Les Plaisirs et les Jours)
« L’ingénuité métaphysicienne de Novalis, la tendresse fiévreuse de Chopin, le sourire parfois tragique de Laforgue, la beauté idéaliste de Mozart, la passion pastorale de Schubert, tout cela est situé dans le pays que Watteau a extrait de la nature, et au fond duquel, avec une émotion indicible, on entend le Murmure de l’Invitation au voyage. » (Camille Mauclair)
05:16 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : art, peinture, littérature, Watteau, Cythère
Jetée d’étoiles dans le ciel bleu nuit
Jetée d’étoiles dans le ciel bleu nuit. Il fait presque toujours doux à Montpellier. Soudain il comprend à quel point il aime cette ville. Pas de façon exclusive, mais à cause de son ouverture, de sa légèreté, cette façon de ne pas être vraiment à soi. Rien de pesant, de trop enraciné ici.
Raymond Alcovère : "Le sourire de Cézanne", à paraître, mai 2007, n&b éditions.
Photo : Gildas Pasquet
00:35 Publié dans En cours d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, art, photo, Gildas Pasquet, Le sourire de Cézanne
samedi, 20 janvier 2007
Les tableaux supportent tout
Les tableaux supportent tout. Ils attendent ton retour.
Philippe Sollers, Carnet de nuit, Folio
15:20 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art, peinture, Philippe Sollers
Comme les autres tu croiras à ce corps recomposé
Comme les autres tu croiras
à ce corps recomposé :
nouvelle perspective,
avenue de l'Europe ouverte
sur le chant infini des astres...
Et ta langue toujours
qui ne saura profaner ses propres tombes...
Bayreuth, Sarajevo, vitrines
illuminées d'amandiers en fleur,
et dans les égouts intraitables
des vérités noires pleines de récidives...
Mais tu croiras - et quelle que soit
l'heure des horloges -
en ces géographies extensibles,
ces princes couronnés de walkman,
ces palais hérissés de migraines...
Nouveaux corps et nouveaux territoires,
cela t'éblouira :
en piste et floqué d'incurables formules,
ce qui de toi effleure l'aile des albatros
tu ne le connaîtras jamais
Jean-Luc Aribaud, Prophéties, Le Castor Astral, 2006
09:54 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, Jean-Luc Aribaud, Prophéties
Carnets indiens, avec Nina Houzel (12)
Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu'y circule librement la brise que m'apportent les cultures de tous les pays
Photo : Nina Houzel
01:13 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, art, poésie, photo, Nina Houzel, Gandhi, Inde
vendredi, 19 janvier 2007
Carnets indiens, avec Nina Houzel (11)
C'est si calmant de se représenter les choses! Ce qui est affreux c'est ce qu'on ne peut pas imaginer
Marcel Proust
Photo : Nina Houzel
13:07 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : Photo, littérature, art, Nina Houzel, Proust, imagination
Carnets indiens, avec Nina Houzel (10)
"Je crois qu'il faut poser le pied assez légèrement sur terre"
Jacques Chardonne
Photo : Nina Houzel
00:30 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : littérature, art, poésie, photo, Nina Houzel, Jacques Chardonne, Inde
jeudi, 18 janvier 2007
Etudes littéraires : une mort annoncée ?
A lire ici et à signer une pétition sur le site de la Maison des Ecrivains
08:46 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pétition, études littéraires
Le temps...
Le temps scintille et le songe est savoir
Paul Valéry
04:01 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, poésie, Paul Valéry
L'art...
00:20 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, photo, Gildas Pasquet, Paul Celan
mercredi, 17 janvier 2007
Aveyron
Photo : Gildas Pasquet
14:18 Publié dans Photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, photo, Aveyron, Gildas Pasquet
Carnets indiens, avec Nina Houzel (9)
Ce qui de toi effleure l'aile des albatros
tu ne le connaîtras jamais
Jean-Luc Aribaud
Photo : Nina Houzel
06:12 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, art, Carnets de voyage, Jean-Luc Aribaud, photo, Inde, Nina Houzel
Un jour, après quarante cocktails...
Un jour, après quarante cocktails
rouges comme l'enfer,
une voix d'hier coulera dans tes veines :
"Que sont mes amis devenus,
les druides du poème,
les Magellan de la langue ?
Où vivent désormais ceux des peupliers sombres,
ceux des heures illuminées
à chercher la jonquille de la sainteté ?
Y a-t-il toujours à la verticale des bouches
cette nervure du silence,
ce rien pour nous appeler à naître ?"
Mais tu monteras le son, toujours plus,
et des slows en chemise noire
brouilleront tes ondes de pucelle.
Jean-Luc Aribaud, extrait de "Prophéties", Le Castor Astral, 2006
01:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, Jean-Luc Aribaud, Prophéties



















Mon corps est plus dans mon âme que mon âme n'est dans mon corps