vendredi, 13 mars 2009

Violence

medium_ESPGNE_PICASSO_la_femme_qui_pleure_19371946.jpgDes jeunes gens encagoulés pénètrent dans un lycée à Gagny. Ils cherchent quelqu’un qu’ils vont sérieusement tabasser et blesser. C’est une danse misérable avec barres de fer et couteaux. Le lendemain, en Allemagne, un jeune homme de 17 ans entre dans un collège et commence à tirer au pistolet, tuant, avant d’être abattu par la police, une quinzaine de personnes. Si ces phénomènes, notamment le dernier, se passaient aux Etats-Unis, cela nous paraîtrait presque banal. Mais la violence qui commence à éclater dans la société notamment à l’école tendrait à prouver que c’est le système social tout entier qui est touché en profondeur. On nous parle tous les jours, en temps de crise, du malaise de la jeunesse, de son sentiment de n’avoir désormais aucun avenir, et par la même occasion, on sait bien que l’organisation de la répression et de la résignation est mal cachée par les bonnes paroles ou les pseudo-effets d’annonces contradictoires de tel ou tel ministre. Je suis jeune, j’ai l’impression que tout est bloqué pour moi, je ne crois plus un mot de ce qu’on me raconte, je sens autour de moi une atmosphère empoisonnée de conformisme et de bêtise, mon existence n’a plus aucun sens, et surtout pas celle que les différents pouvoirs prétendent lui donner. Remède radical : les Mémoires de Claude Lanzmann, sous le titre le Lièvre de Patagonie. Ce livre, qui décrit une grande vie, est d’abord un chef-d’œuvre littéraire. Au contraire de tout ce qui se passe aujourd’hui, Lanzmann écrit : «J’aime la vie à la folie, cent vies ne me lasseraient pas.»

Philippe Sollers, Libération du 12 mars 2009

Picasso, La femme qui pleure

00:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : sollers, picasso, violence

lundi, 23 février 2009

Vous êtes trop dru, trop positif, trop vrai...

marcel_proust_club.jpgA propos des 100 ans de la NRF, Philippe Sollers, dans son Journal du Mois, cite cette lettre de Jacques Rivière à Marcel Proust : "N'oubliez pas la force dont votre oeuvre est pleine. Vous aurez beau faire, vous êtes trop dru, trop positif, trop vrai pour ces gens-là. Dans l'ensemble, ils ne peuvent pas vous comprendre, leur sommeil est trop profond."

 
La séance inaugurale du Club des Découvreurs réunit Sigmund Freud, Marcel Duchamp, Albert Einstein et James Joyce.

Au mur, les portraits d'autres "inventeurs": Jean-Pierre Brisset, les frères Lumière, Tristan Tzara*, Heisenberg et Louis Armstrong.


On profitera de l'occasion pour rappeler le mot
deTristan Tzara: "Saint-John Perse, mais il a mis longtemps" (intraduisible)

Collage de Gérard Bertrand, Voir ici le site

lundi, 26 janvier 2009

En boucle

Kandinsky1_large.jpgCe qu’il y a de beau et de terrible, désormais, dans le Spectacle généralisé, c’est sa plasticité immédiate. Vous n’êtes jamais sûr d’avoir vu ce que vous avez vu, ni entendu ce que vous avez entendu. Le Spectacle est à la fois puissamment réel, permanent, passé, irréel, de plus en plus virtuel, et malgré tout réel. Hier est déjà très loin, demain a déjà eu lieu, tout se remplace et s’efface. Exemple : vous dites « Gaza », mais s’est-il vraiment passé quelque chose à Gaza ? Vous dites « Fatah », « Hamas », « Hezbollah », mais que recouvrent ces noms, quelle est leur signification profonde ? Vous dites : j’ai vu des ruines, des cadavres, des linceuls à répétition, des visages égarés de souffrance, et puis j’ai entendu des hurlements, des cris, des sirènes, des bombardements, mais ces morts existent-ils, ces bombardements ont-ils eu lieu ? Oui, aucun doute, mais tout disparaît aussitôt pour recommencer. Le film vous est diffusé en boucle, vous l’avez déjà vu, mais ça continue.

Philippe Sollers, Journal du Mois, janvier 2009, lire la suite ici

Kandinsky

samedi, 29 novembre 2008

Le noir est une passion bleue

soulages-peinture.jpgJe restais dans le noir un long moment, le noir est une passion bleue. Et puis, changeant de table et de lampe, je reprenais l’autre version pour moi, pour moi seul. La main, alors, courait sur le papier à la rencontre d’elle-même, déjà arrivée en partant, flèche immobile, négation d’espace, de temps.

Philippe Sollers, Le Secret

Pierre Soulages

dimanche, 23 novembre 2008

Le jeu

"En réalité, vous ne devez jamais oublier que vous n'êtes vous-même qu'une partie dans l'histoire du jeu."

Philippe Sollers, Studio

dimanche, 26 octobre 2008

Lignes de fuite

pierre-desproges.jpgDécouvert ce blog, grâce à Guy Tournaye, en voici un florilège

"Le film que se raconte le milieu littéraire français, depuis plus de trente ans, peut d’ailleurs être décrit comme un western classique, sans cesse rejoué, avec, de temps en temps, adjonction de nouveaux acteurs. Il y a un Beau, un Bon, un Vertueux exotique, Le Clézio, et un Méchant, moi. Je m’agite en vain, Le Clézio est souverain et tranquille, il s’éloigne toujours, à la fin, droit sur son cheval, vers le soleil, tandis que je meurs dans un cimetière, la main crispée sur une poignée de dollars que je ne posséderai jamais. Modiano, lui, a un rôle plus trouble : il est à la banque, il avale ses mots, il a eu de grands malheurs dans son enfance, il est très aimé des habitants de cette petite ville culpabilisée de l’Ouest, aimé, mais pas adoré, comme Le Clézio, dont la photo, en posters, occupe les chambres de ces dames. Le Diable, ne l’oubliez pas, c’est moi. Je suis un voleur, un imposteur, un terroriste, un tueur à la gâchette facile, un débauché, un casseur, j’ai des protections haut placées, des hommes et des femmes de main, je sème la peur, je ne crois en rien, j’expierai mes fautes."

Philippe Sollers, Un vrai roman : Mémoires (Plon, 2007, p.151)

Et puis Flaubert, toujours :

"Pourquoi publier, par l’abominable temps qui court ? Est-ce pour gagner de l’argent ? Quelle dérision ! Comme si l’argent était la récompense du travail, et pouvait l’être ! Cela sera quand on aura détruit la spéculation : d’ici là, non. Et puis comment mesurer le travail, comment estimer l’effort ? Reste donc la valeur commerciale de l’oeuvre. Il faudrait pour cela supprimer tout intermédiaire entre le producteur et l’acheteur, et quand même cette question en soi est insoluble. Car j’écris (je parle d’un auteur qui se respecte) non pour le lecteur d’aujourd’hui, mais pour tous les lecteurs qui pourront se présenter, tant que la langue vivra. Ma marchandise ne peut donc être consommée maintenant, car elle n’est pas faite exclusivement pour mes contemporains. Mon service reste donc indéfini et, par conséquent, impayable."

Gustave Flaubert, Lettre à George Sand, mercredi 4 décembre 1872

Et enfin, si certains d'entre vous restaient dubitatifs...

mercredi, 24 septembre 2008

Etat d'une réflexion en cours

DSCN4903.JPGOn a longtemps parlé du « désert » de la littérature française de ces vingt ou trente dernières années. Mythe ou réalité ?

Nombre d’écrivains n’ont pas confirmé, à mon sens, l’espoir qu’ils avaient fait naître. Ainsi Philippe Djian, après de bons romans comme « 37 ° 2 le matin » et « Bleu comme l’enfer », a fini par s’enliser, au moment notamment de son passage chez Gallimard. Dans un tout autre genre Christian Bobin, un peu plus tard, a apporté un sang neuf (une écriture, un univers) ; lui est resté dans la même veine, mais trop peut-être,  c’est le renouvellement qui a manqué, ses livres se ressemblaient beaucoup, la lassitude est venue. Michel Tournier, quelques années plus tôt, après des livres forts comme « Le Roi des Aulnes » ou « Les Météores » a perdu la force de son inspiration. Au contraire, les derniers livres de Marguerite Duras, avec leur style très épuré, m’ont paru beaucoup plus intéressants. De même ceux de Beckett, écrits en français (mais est-ce un écrivain français ?).  De Claude Simon, je m’étais délecté des « Géorgiques » : dans le courant du Nouveau Roman (et ses contraintes épouvantables), il est celui qui s’en est le mieux sorti ; c’est la marque des grands artistes de transcender leur époque et les courants qui la traversent. Julien Gracq aussi n’a pas retrouvé dans ses derniers livres la force et le souffle du « Château d’Argol » et du « Rivage des Syrtes ». Modiano restera je pense un des  bon écrivains de la période, mais sans m’avoir personnellement emballé. Le Clézio a écrit de belles pages (le début de « Désert », magique), mais sans me convaincre totalement, de même que Pascal Quignard. Idem pour Michon et Bergougnioux. Pierre Autin-Grenier a vraiment créé un univers, et sa trilogie « Toute une vie bien ratée », L’éternité est inutile » « Je ne suis pas un héros » est délicieuse. J’aimais beaucoup Raymond Queneau, mais j’avoue ne pas avoir une grande passion pour l’OULIPO,  - ce côté mécaniste de la littérature, même Perec ne m’a jamais totalement emballé, sauf peut-être « Je me souviens » -, et ceux qui l’ont suivi encore moins. Nicolas Bouvier, par la qualité de son écriture, a largement transcendé le genre « littérature de voyage », il est pour moi un des écrivains les plus forts de cette période. Côté polar, c’est mieux : Jean-Patrick Manchette a donné un nouveau souffle ; « La Position du tireur couché » est un excellent roman, il a amplement renouvelé le genre dans les années 80 et emmené avec lui toute une cohorte de nouveaux auteurs. La série des « Poulpes » crées par Jean-Bernard Pouy ne manquait pas d’intérêt et Franck Pavloff a frappé un grand coup avec « Matin brun ».

Ce relatif désert me semble tout de même dominé par Philippe Sollers : A mon avis « Femmes » (1983) restera une date ; « Le Secret », moins connu est un des mes livres préférés avec ses recueils d’articles où il excelle : « La guerre du goût » et « L’éloge de l’infini ». Troublant volontairement les codes, ses essais ressemblent à des romans et à des biographies - il mêle allégrement les trois genres - utilisant la citation comme une arme de guerre, il a multiplié les livres, toujours aux frontières : « Dictionnaire amoureux de Venise », « Un Vrai roman » et plus récemment « Guerres secrètes » sont parmi ses meilleures réussites. Sollers, c’est aussi une passion pour la peinture, et bien sûr la Chine. C’est aussi le seul écrivain de la période qui ait une véritable vision cohérente de la société et n’hésite pas à descendre dans l’arène, intervenir dans les journaux et à la télévision ; c’est ce qu’on lui reproche, la plupart du temps sans lire ses livres et c’est dommage. Houellebecq, en 1998, avec « Les Particules élémentaires » a donné un grand coup de pied dans la fourmilière, avec son regard froid, décalé et sociologique sur la réalité contemporaine, souvent cruel et provocateur, mais qui a largement balayé le nombrilisme souvent reproché à la littérature française. Et son influence a été tout de suite visible : depuis, de nombreux écrivains  se sont attaqués à des sujets plus vastes et plus en rapport avec l’Histoire. Tel fut Jonathan Littell, avec son énorme et passionnant « Les Bienveillantes ».

 

Photo de Nina Houzel

 

 

 

mercredi, 14 mai 2008

Imaginer Mallarmé...

577903709.jpg"Imaginer Mallarmé dans un embouteillage sur une autoroute. Baudelaire idem. Proust, idem. Rimbaud à Baïkonour. Céline à Shangai. Saint-Simon partout. Il s'en tire mieux. Pourquoi."

Philippe Sollers, Carnet de nuit

Mallarmé par Manet

 

samedi, 05 avril 2008

Débat Hadjadj-Sollers

Pour une mystique de la chair, à écouter ici

vendredi, 04 janvier 2008

La vérité a structure de fiction

93883b2503d8071f3d6ca8fb7e25de42.jpgCe dialogue entre Fals (Jacques Lacan) et le narrateur dans Femmes de Philippe Sollers :

"Il aimait cette phrase d'un philosophe : "Je dis toujours la vérité. Pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas... Les mots y manquent. C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel." Je n'étais pas d'accord avec lui sur cette formulation. Je le lui ai dit un jour : "Le roman, et lui seul, dit la vérité... Toute la vérité... Autre chose que la vérité, et pourtant rien que la vérité... Les mots ne lui manquent pas... Au contraire... C'est pourquoi on préfère le tenir pour irréel alors qu'il est le réel lui-même... Le système nerveux des réalités... D'ailleurs comme l'a dit quelqu'un que vous connaissez bien : "La vérité a structure de fiction."

Jean-Honoré Fragonard (1732 - 1806) et Marguerite Gérard (1761-1837)
Le Baiser à la dérobée
Huile sur toile - 45, 1 x 54, 8 cm
Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage

jeudi, 26 juillet 2007

Manet, il reste

648ae731598b90279842428300959f09.jpgManet. Fleurs dans des vases ou des verres. Fin de sa vie. Juste avant qu’on lui coupe la jambe. Fleurs coupées. Les racines ne sont pas les pétales, les coeurs, les corolles. Deux mondes différents. L’eau transparente en miroir, l’épanouissement dans la toile sans tain. Des bouquets apportés par des amis, lui sur un canapé, une ou deux séances, hop, tableau. Roses dans un verre à champagne. Roses, oeillets, pensées. L’incroyable lilas et roses. Le bouleversant lilas bleuté dans son verre. Roses mousseuses dans un vase. Bouquet de pivoines. Roses, tulipes et lilas dans un vase de cristal. Vase de fleurs, roses et lilas. OEillets et clématites. Lilas blanc. C’est sans fin. Le cerveau est sans fin. “Je voudrais les peindre toutes !” Entre temps, il meurt. Les bouquets sont là, les derniers, dans l’atelier de la rue d’Amsterdam... Roses et lilas blancs, du 1er mars... Peu de fleurs sont aussi séduisantes. À jamais. »

Philippe Sollers, Les Folies françaises

Lire l'article en entier ici

00:10 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Manet, fleurs, Sollers

mercredi, 25 juillet 2007

Eloge du tabac

25252b16ac40b891f3d9bacae4ea077c.gif« L’interdiction de la cigarette, si on prend l’exemple des Etats-Unis, n’aura fait que multiplier le nombre des obèses, et rendre plus difficile aux pauvres et aux fous l’accès à l’un des derniers plaisirs pas chers où l’être humain, réduisant méthodiquement en cendres ce cylindre de tabac et de papier, s’imprègne, comme Bouddha, de l’infinie vacuité des choses, éprouvant dans sa chair que tout est fumée, et recrache cette idée même pour la regarder se dissoudre dans l’air, acceptant la douloureuse idée de la décomposition, et jouant avec elle. »

Philippe Sollers

Baudelaire, par Courbet

A lire ici d'autres contributions, Bataille, Mallarmé, Brassens...

mercredi, 27 juin 2007

Sauvée !

Sauvée Caroline Aupick, la mère de Baudelaire qui l'a beaucoup ennuyé mais qui a écrit ces lignes, qu'on vient de retrouver, nous dit Philippe Sollers dans son Journal du Mois :

« Les fleurs du mal, qui ont causé un si grand émoi dans le monde littéraire, et qui renferment parfois, malheureusement, des peintures horribles et choquantes, ont aussi de grandes beautés. Il y a de certaines strophes admirables, d’une pureté de langage, d’une simplicité de forme qui produisent un effet poétique des plus magnifiques. Il possède l’art d’écrire à un degré éminent... Ne vaut-il pas mieux avoir trop de fougue et trop d’élévation artistique que stérilité d’idées et des pensées banales ? »

A lire aussi la France violée en douceur...

jeudi, 07 juin 2007

Conformiste

edd35bede5db943b84e5b362232fe5f6.jpg- ... Tout le monde est conformiste, à un moment ou à un autre.

- Vous aussi ?

- Mais oui. Ca m'amuse de le constater. Des millions et des millions de parents intériorisés, réels ou imaginaires, nous observent et nous jugent.

Philippe Sollers, Le Lys d'or

Francis Bacon

samedi, 10 mars 2007

Le carnet est cet autre côté de l’horizon

medium_31.jpgPour un écrivain, le carnet est ce qu’il y a de plus étrange et de plus intime. C’est un autre temps, une respiration d’appoint, une mémoire profonde et oblique, une chambre noire, un filtre. Là sont notées les apparitions. Un rêve, et les morts sont là, tout à coup, plus vivants que jamais, soucieux ou énigmatiques. Une phrase banale, prononcée d’une certaine façon, et tout un paysage s’ensuit. Une odeur, une couleur, un bruit, et le grand navire de l’existence prend le large, très au-delà de l’actualité en écume, vers un passé qui ne passe pas, demande son développement, son récit futur. Je suis un personnage de roman, il va m’arriver des choses. Il faut rester en éveil, rien n’est négligeable ou indifférent, des rapprochements m’attendent, des signaux, des hasards objectifs. Je suis un animal enfantin, tous les sens participent à l’opération magique. Voilà, c’est parti : les personnages se présentent d’eux-mêmes, ils veulent être observés et décrits, ils jouent le jeu à leur insu, ils demandent à être radiographiés, mots, gestes, démarches, mimiques. Proust écrit : " Je vois clairement les choses dans ma pensée jusqu’à l’horizon. Mais celles qui sont de l’autre côté de l’horizon, je m’attache à les décrire." Le carnet est cet autre côté de l’horizon.

Philippe Sollers,
« Marcel Proust : Carnet magique »
Le Monde, 14.3.2002

Voir aussi ici

Photo : Jean-Louis Bec

mardi, 13 février 2007

Allons, il faut y aller plus fort !

A lire ici, Philippe Sollers à propos des Passions de Francis Bacon

10:54 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Bacon, Sollers

lundi, 15 janvier 2007

Carnet de nuit

medium_yngpaint.jpgL'écriture des Carnets, comme disait Marcel, convient bien à Philippe Sollers, dont le "Carnet de nuit", paru chez Plon en 1989, reparaît aujourd'hui en Folio. Petit florilège :

Si vous aimez quelqu'un, aimez-le passionnément, et à tout instant, c'est le temps en personne qui vous aime

Proust : "Il arrive souvent qu'à partir d'un certain âge, l'oeil d'un grand chercheur trouve partout les éléments nécessaires à établir les rapports qui seuls l'intéressent. Comme ces ouvriers ou ces joueurs qui ne font pas d'embarras et se contentent de ce qui leur tombe sous la main, ils pourraient dire de n'importe quoi : cela fera l'affaire."

"Vous m'agacez souvent." Entendre : "Vous m'excitez souvent au moment où je ne m'y attends pas."

"Révolution". Pourquoi la société devrait-elle être réelle ? Drôle d'idée.

Ton personnage de roman existe quand tu aimerais avoir son point de vue sur le roman en question. Le livre est réussi quand tu as envie d'y rajouter ce qui s'y trouve.

L'article de Bataille, Hemingway à la lumière de Hegel (1953) : "Je veux parler de cette exactitude dans l'expression sensible de la vérité, que nul autre que lui ne me semble avoir atteint. C'est peu de dire que, sous sa plume, la vérité devient saisissante. (...) Est souverain celui n'est qui n'est pas lui-même une chose... Il n'y a pas dans son oeuvre de tricherie, ni de concession à la lâcheté qui porte à dominer les autres comme les choses."

Picasso : "Le jeune peintre", en couverture du Folio

 

jeudi, 11 janvier 2007

Rallumez les Lumières !

medium_m503604_87ee2468_p.2.jpg« chaque texte a toujours été prévu pour jouer avec d’autres, dans un ensemble ouvert ultérieur [...] » a écrit Philippe Sollers dans son avertissement à Eloge de l'infini.

Le Nouvel Obs a récemment consacré un dossier au Siècle des Lumières. A lire ici

Diderot par Fragonard

mardi, 09 janvier 2007

Sollers et l'Ars Magna

Signalé par le toujours vigilant Viktor Kirtov, le dernier numéro de la revue Ironie, lisible ici, propose une contribution assez fouillée sur l'alchimie dans les romans de Philippe Sollers. Avec notamment, à propos de "Une vie divine" qui met en scène M.N. : Monsieur Nietzsche, ceci :

"Empédocle enseignait encore que toute vie était due au mouvement né de la tension entre les deux forces bipolaires de l’amour et de la haine.
On songe ici à M. N., M. (AIME), N. (HAINE) !
Les lettres M et N sont les deux lettres centrales de notre alphabet. Elles viennent respectivement à la 13e place pour M (Arcane 13 du tarot : La Mort, la métamorphose, la mutation) et à la 14e place pour N (Arcane 14 du tarot : La Tempérance, l’équilibre, le juste milieu). Pour « aime » la mort, pour « haine » la tempérance. Avant le M, il y 12 lettres, après le N, il y en a également 12. Le bel équilibre entre le haut et le bas de l’alphabet."

dimanche, 17 décembre 2006

Gratuit

medium_DesireeDolron-CercaVillegas-2003.gif«  Le monde n’ayant aucun sens, autant le considérer comme gratuit. »

Philippe Sollers, Une vie divine

Photo : Desiree Dolron