vendredi, 28 août 2009
Ce caractère qui est propre à la beauté et au bonheur
Je ressentis devant elle ce désir de vivre qui renaît en nous chaque fois que nous prenons de nouveau conscience de la beauté et du bonheur. Nous oublions toujours qu'ils sont individuels et, leur substituant dans notre esprit un type de convention que nous formons en faisant une sorte de moyenne entre les différents visages qui nous ont plu, entre les plaisirs que nous avons connus, nous n'avons que des images abstraites qui sont languissantes et fades parce qu'il leur manque précisément ce caractère d'une chose nouvelle, différente de ce que nous avons connu, ce caractère qui est propre à la beauté et au bonheur. Et nous portons sur la vie un jugement pessimiste et que nous supposons juste, car nous avons cru y faire entrer en ligne de compte le bonheur et la beauté quand nous les avons omis et remplacés par des synthèses où d'eux il n'y a pas un seul atome. C'est ainsi que baîlle d'avance un lettré à qui on parle d'avance d'un nouveau "beau livre", parce qu'il imagine une sorte de composé de tous les beaux livres qu'il a lus, tandis qu'un beau livre est particulier, imprévisible, et n'est pas fait de la somme de tous les chefs-d'oeuvre précédents, mais de quelque chose que s'être parfaitement assimilé cette somme ne suffit nullement à faire trouver, car c'est justement en dehors d'elle.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur
Titien, Flora
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jeudi, 27 août 2009
Un très bon billet...
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mercredi, 26 août 2009
Une idée forte...
Une idée forte communique un peu de sa force au contradicteur. Participant à la valeur universelle des esprits, elle s'insère, se greffe en l'esprit de celui réfute, au milieu d'idées adjacentes, à desquelles, reprenant quelque avantage, il la complète, la rectifie; si bien que la sentence finale est en quelque sorte l'oeuvre des deux personnes qui discutaient. aux idées qui ne sont pas, à proprement parler, des idées, aux idées qui, ne tenant à rien, ne trouvent aucun point aucun rameau fraternel dans l'esprit de l'adversaire, que celui-ci, aux prises avec le pur vide, ne trouve rien à répondre.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur
Cathédrale Sainte-Cécile, Albi, détail du jubé
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mardi, 25 août 2009
La figure de ses vices et les limites de sa vertu
Une espèce de sévérité de goût qu'il avait, de volonté de n'écrire jamais que des choses dont il pût dire: «C'est doux», et qui l'avait fait passer tant d'années pour un artiste stérile, précieux, ciseleur de riens, était au contraire le secret de sa force, car l'habitude fait aussi bien le style de l'écrivain que le caractère de l'homme et l'auteur qui s'est plusieurs fois contenté d'atteindre dans l'expression de sa pensée à un certain agrément, pose ainsi pour toujours les bornes de son talent, comme en cédant souvent au plaisir, à la paresse, à la peur de souffrir on dessine soi-même sur un caractère où la retouche finit par n'être plus possible la figure de ses vices et les limites de sa vertu.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur
Andrea Mantegna (1431-1506), plafond du palais ducal de Mantoue (Lombardie)
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lundi, 24 août 2009
Le génie consistant...
De même ceux qui produisent des oeuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d'ailleurs qu'elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s'y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur.
Allégorie de la Force et de la Sagesse, par Veronese (1580).
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dimanche, 23 août 2009
Le travail de causalité
Le travail de causalité qui finit par produire à peu prés tous les effets possibles, et par conséquent aussi ceux qu’on avait cru l’être le moins, ce travail est parfois lent, rendu un peu plus lent encore par notre désir – qui, en cherchant à l’accélérer, l’entrave – par notre existence même et n’aboutit que quand nous avons cessé de désirer, et quelquefois de vivre.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur.
De Kooning, untitled, 1977
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samedi, 22 août 2009
Les lois psychologiques
Aussi est-il inutile d'observer les moeurs, puisqu'on peut les déduire des lois psychologiques.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur
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Les « quoique » sont toujours des « parce que » méconnus
Ma mère s'émerveillait qu'il fût si exact quoique si occupé, si aimable quoique si répandu, sans songer que les « quoique » sont toujours des « parce que » méconnus, et que (de même que les vieillards sont étonnants pour leur âge, les rois pleins de simplicité et les provinciaux au courant de tout) c'étaient les mêmes habitudes qui permettaient à M. de Norpois de satisfaire à tant d'occupations et d'être si ordonné dans ses réponses, de plaire dans le monde et d'être aimable avec nous. De plus, l'erreur de ma mère, comme celle de toutes les personnes qui ont trop de modestie, venait de ce qu'elle mettait les choses qui la concernaient au-dessous, et par conséquent en dehors des autres.
Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleur
Caroline Rémy ou Séverine peinte par Renoir
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vendredi, 21 août 2009
Le Retard
Il consulta de nouveau sa montre : le train avait maintenant dix minutes de retard. À refaire, il aurait bien pris un oreiller. Le rail sous sa nuque le faisait souffrir.
Eric Dejaeger
extrait de Courts, toujours !
Recueil inédit de 150 contes élagués
Jeff Koons
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jeudi, 20 août 2009
Le cinéma américain
C'est sans vergogne (comme disait Brassens) que je pique à l'excellentissime Eric Poindron, dans son cabinet de curiosités bien nommé, ces 20 choses qui n'arrivent que dans le cinéma américain, envoyées à lui par un cinéphile anonyme. Les voici donc, j'adore :
1. Dans une maison hantée, les femmes recherchent l'origine des bruits étranges en portant leurs plus beaux sous-vêtements.
2. Pourchassé dans une ville, vous aurez toujours la chance de pouvoir vous dissimuler au milieu d'un défilé de la Saint Patrick, n'importe quel jour de l'année.
3. Tous les lits ont des draps spéciaux qui s'arrêtent au niveau des aisselles de la femme mais seulement au niveau de la taille de l'homme allongé à ses côtés.
4. N'importe qui peut facilement faire décoller un avion, pourvu qu'il y ait quelqu'un dans la tour de contrôle pour lui donner l'autorisation de partir.
5. Le système de ventilation de n'importe quel bâtiment est le parfait endroit pour se cacher. Là, personne ne pensera à vous trouver et en plus vous pourrez accéder a toutes les pièces de l'édifice sans aucun problème.
6. Tu survivras très probablement à toutes les guerres à moins que tu ne commettes la fatale erreur de montrer à quelqu'un la photo de ta bien- aimée qui t'attend sagement à la maison.
7. Un homme se prendra les plus terribles coups sans broncher, mais sursautera quand une femme tentera de nettoyer ses blessures.
8. Le chef de la police est toujours Noir.
9. Au moment de payer le taxi, ne regardes jamais dans ton portefeuille pour sortir un billet : prends un billet un au hasard et tends-le : C'est toujours le prix exact.
10. Les cuisines ne sont pas équipées de lumières. Quand vous pénétrez dans une cuisine en pleine nuit, ouvrez le frigo et utilisez sa lumière à la place.

11. Pendant une enquête de police il faut forcément passer au moins une fois dans un club de strip-tease.
12. Une simple allumette suffit pour éclairer une pièce de la taille d'un terrain de foot.
13. Même si vous conduisez sur une avenue parfaitement droite, il est nécessaire de tourner vigoureusement le volant de droite à gauche de temps en temps.
14. Un homme visé par 20 hommes a plus de chance de s'en sortir que 20 hommes visés par un seul.
15. La majorité des gens gardent un album rempli de coupures de journaux ; particulièrement si un membre de leur famille est mort dans un étrange accident de bateau.
16. Ne vous tracassez pas si vous êtes en nette infériorité numérique dans un combat d'arts martiaux : vos ennemis attendent patiemment de vous attaquer un par un, en dansant d'une manière menaçante autour de vous, jusqu' 'à ce que leur prédécesseur soit au sol.
17. Lors d'une conversation très émouvante, au lieu de parler en regardant votre interlocuteur, placez-vous derrière lui et parlez à son dos.
18. S'il y a un malade mental psychopathe en fuite, cela coïncide en général avec un orage qui coupe le courant et les communications téléphoniques dans les parages.
19. Toutes les bombes sont connectées à un chronomètre à gros affichage rouge, afin que tu puisses savoir exactement quand il est temps de te tirer.
20. On peut toujours se garer en bas de l'immeuble ou l'on veut aller.
14:17 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : cinéma américain
mercredi, 05 août 2009
Le jour le plus chiant de l'année...
C'était aujourd'hui paraît-il, il y a des jours comme ça... lire ici
Photo de Raymond Depardon, Lybie, 1978
22:20 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : raymond depardon
mardi, 04 août 2009
Où mène la poésie ?
"La poésie ne mène à rien, à condition de ne pas en sortir."
Pierre Reverdy
Magritte
00:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pierrre reverdy, magritte
lundi, 03 août 2009
Quel dommage
00:15 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal, tiepolo
jeudi, 30 juillet 2009
Pas un mot qui s'endorme
Les chefs d'oeuvre ont ceci d'extraordinaire qu'ils vous arrivent toujours avec une exceptionnelle fraîcheur. J'ouvre ce soir "Le Rouge et le noir", lu et relu déjà plusieurs fois, et toujours à des moments-clés de ma vie, et j'ai l'impression d'une première fois. "Pas un mot qui s'endorme" écrit le sublime Roger Nimier dans sa préface (Le Livre de poche, 1958). Et il continue "Inventant, sans y penser, le monologue intérieur, Stendhal a montré M. de Rênal, Julien Sorel, Mathilde, raisonnant, rêvant, courant à la chasse aux pensées, ivres de leurs esprits, qu'il soit sage ou fou. Aussi fou, l'auteur semble poursuivre toutes ces idées qu'il n'a pas le temps de rattraper et qui, sans cesse, désignent les femmes, la politique, les âges, les grands hommes, les beaux sentiments et les paysages."
20:04 Publié dans Histoire littéraire | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : stendhal, roger nimier, le rouge et le noir
mardi, 28 juillet 2009
Pourquoi les femmes aiment les vampires ?
Mais ce qui frappe le plus dans le phénomène initié par «Twilight», c'est que tous ces romans sont écrits et lus par des femmes
15:04 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vampire, twilight
jeudi, 23 juillet 2009
Divorce
"Quand on divorce d'avec le monde, il faut prendre les torts pour soi."
Pierre Reverdy
Photo : Arthur Tress
14:31 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : pierre reverdy, arthur tress
mercredi, 22 juillet 2009
Eux...
Eux, ils sont tous. Moi, je suis seul.
Kafka
13:18 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : kafka, solitude
lundi, 20 juillet 2009
Les grands écrivains
A quoi reconnaîton les grands écrivains ? Autour d'eux le silence se fait ; un silence feutré se dégage de la page ; la fluidité , la limpidité de leur langue imposent le silence à l'univers autour. La force d'attention qu'ils instaurent en nous ralentit le monde, arrête le temps en quelque sorte...
" L'automne, déjà! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons. "
Rimbaud
00:15 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : rimbaud
dimanche, 19 juillet 2009
Ils se parlent entre eux
Il faut faire attention quand on range les livres dans une bibliothèque, ils se parlent entre eux, échangent des informations, des lettres, des mots : éviter donc l'ordre aphabétique, trop aléatoire...
09:40 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : bibliothèque
en la Nuit sacrée
"A quoi bon les poètes en un temps de détresse ? Mais ils sont, dis-tu, comme les prêtres sacrés de Dionysos, qui de pays en pays, erraient en la Nuit sacrée."
Hölderlin
Photo de Ralph Gibson
00:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hölderlin, ralph gibson



















A lire ici, sur le blog de Solko, sur les écrivains et la Banque de France ; en cliquant sur le nom des écrivains, on découvre de nouvelles explications sur chacun des billets, excellent !
C'est en Italie et au XVIIe siècle qu'une princesse disait, en prenant une glace avec délices le soir d'une journée fort chaude : quel dommage que ce ne soit pas un péché !