samedi, 09 décembre 2006
Littérature et cinéma
Rarement les chefs-d'oeuvre de la littérature ont donné lieu à des chefs-d'oeuvre du cinéma. Le Guépard de Visconti, fait exception : c'est un film sublime. Néanmoins, relisant le roman de Lampedusa ces jours-ci, je constate à chaque page à quel point il recèle de richesses que la caméra de Visconti n'a pas pu rendre...

16:42 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, art, cinéma, Lampedusa, Visconti, Le Guépard
Le Sud
"Le Sud n'est pas un mythe... C'est peut-être en cela aussi qu'il les supporte tous..."
Marcelin Pleynet
In "Situation", L'infini n° 96 automne 2006
Photo : Vu du ciel, Gildas Pasquet.
12:45 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Sud, littérature, photo, Gildas Pasquet
vendredi, 08 décembre 2006
Le créateur d'échos
Je vais je viens parmi les vagues et les buées
Vivant ainsi je me donne pour m'appeler
Un titre : roi des lacs de l'ouest
Vent léger petite rame
Je quitte une crique de roseaux fleuris
Sur la nuit calme ma voix particulièrement est claire
Personne ne me récompensant je me réponds à moi-même
Et je m'applaudis et je finis par chanter si haut
Que mille montagnes me répondent.
Auteur anonyme, poésie en langue tchérémisse des prairies ; probablement XV ème siècle
In NRF, 1 novembre 1953
10:48 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, Tou Fou, Chine
jeudi, 07 décembre 2006
Le style est une bien grande magie
"En vingt jours nous perdons Colette et l'Indochine. Si on avait dit à Colette en 1890 que sa mort, pendant quelques jours, tiendrait plus de place dans la presse que la perte de l'Indochine, elle aurait ouvert des yeux ronds. Tels sont pourtant le prestige du style et la lassitude d'une nation. Il faut croire que le style est une bien grande magie."
Alexandre Vialatte. In "L'été à vol d'oiseau", NRF, octobre 1954
Photo : Gildas Pasquet
08:05 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, Vialatte, Colette, style
mercredi, 06 décembre 2006
Un moment délirant de la création
« Quand les chasseurs arrivèrent au haut de la montagne, le vrai visage de la Sicile leur apparut de nouveau entre les tamaris et les chênes-lièges. Auprès de tels paysages, villes baroques et orangeraies ne sont que fanfreluches négligeables. La campagne aride ondulait à l’infini, croupes après croupes, désolée et irrationnelle ; l’esprit ne pouvait en saisir les lignes principales, conçues en un moment délirant de la création ; c’était comme une mer brusquement pétrifiée à l’instant où un changement de vent a rendu les vagues démentes. » :
Le Guépard, Lampedusa.08:05 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, Sicile, Lampedusa, Le Guépard
lundi, 04 décembre 2006
Comme le clair de lune anéantit un paysage
« La route traversait les orangeraies, le parfum nuptial des fleurs anéantissait tous les autres comme le clair de lune anéantit un paysage : l’odeur de cheval en sueur, l’odeur de cuir, l’odeur de prince et l’odeur de jésuite, tout était balayé par ce parfum islamique qui évoquait des houris et de charnels outre-tombe. »
Lampedusa, Le Guépard
08:07 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, Lampedusa, poésie, féérie
mercredi, 29 novembre 2006
Demandant si j'écrivais moi-même mes livres
"Ce que j'ai entendu de plus drôle : Michel Rocard me demandant si j'écrivais moi-même mes livres. Vraiment ? Sans conseils ni modifications ? Mais oui. Il a eu ce commentaire : «Ça ne manque pas de souffle!» Authentique. J'en ai eu le souffle coupé."
Philippe Sollers
13:55 Publié dans humour | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, Philippe Sollers, humour, art, Gildas Pasquet
mardi, 28 novembre 2006
Un inédit de Pierre Autin-Grenier
LE CANDIDAT
Tous les soirs à huit heures on redoute le docteur, le diable ou sa sœur. Ces temps-ci c’est plutôt le candidat qui s’invite. Sans gêne il s’installe comme chez lui, squatte tout un coin du salon. Le faire-valoir pâlichon qui partout l’accompagne l’interroge alors sur ses positions en matière de police judiciaire, sur son attitude à l’égard des problèmes de délinquance juvénile et d’alcoolisme (« Intransigeance absolue! » s’empresse-t-il), sur les yoyos du cours du concombre au palais Brongniart en fin d’après-midi (il compatit, ne reste court à aucune question), il promet qu’avec des poissons dans ses souliers lui aussi pourra bientôt marcher sur les eaux; tant d’autres billevesées et calembredaines qu’à subir ainsi le bonhomme bien vite ma femme en prend mal aux dents, renversé par toutes ces sottises je laisse tomber ma clope qui s’en va brûler un bout de nappe à côté du cendrier.
Quand les voisins affolés viennent frapper chez nous, « L’avez-vous entendu ?! », on dit non en refermant doucement la porte sur leur panique pour ne pas ajouter à la pagaille qui, peu à peu, s’empare de tout l’immeuble. On sait que, des étages, certains ont déjà balancé dans le vide le candidat, son faire-valoir et tout le décorum par la lucarne des toilettes pensant de la sorte se protéger du pire, conjurer le péril, échapper peu-être aux drames promis. C’est bien assez pour qu’une dizaine de cars bourrés de condés déboule toutes sirènes hurlantes et boucle illico le quartier. Nous voilà dans de beaux draps maintenant.
Quelques échines à la matraque pliées en deux, divers crânes de-ci de-là cabossés, des nez saigneux et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ordre et sécurité retrouvent enfin leurs droits. Notre gardien d’immeuble, homme de grande prudence et entremetteur hors pair, après avoir remis la liste circonstanciée des locataires à ces messieurs les rassure quant à nos intentions de faire tantôt un triomphe au candidat, jure ses grands dieux qu’on lui prépare ici un plébiscite qui passera à coup sûr à la postérité. Ils se retirent donc, ne laissant sur place qu’une petite patrouille de surveillance, un ou deux mouchards aussi sans doute.
Ma femme et moi en venons à regretter les visites du diable ou de sa sœur ; leurs arguments sont moins expéditifs, avec eux la discussion souvent reste plus ouverte. À notre âge, il est vrai, nous nous accommodons mal des nouvelles contraintes qu’impose l’époque.
P.A.G Extrait de « C’est tous les jours comme ça », inédit.
Photo : Michèle Fuxa
18:40 Publié dans Inédits | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature, inédit, Pierre Autin-Grenier, photo, Michèle Fuxa
dimanche, 26 novembre 2006
Pour les amateurs de SF
C'est Joëlle Wintrebert qui le signale, sur ce site sont mises en ligne au fur et à mesure l'intégrale des nouvelles de Michel Jeury.
Joëlle Wintrebert préside aux destinées de l'association Autour des Auteurs, qui défend les intérêts des écrivains en Languedoc-Roussillon.
21:16 Publié dans Science-Fiction | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : SF, littérature, Michel Jeury, Autour des auteurs
Tout au plus pour se suffire moralement
Encore une fois, tout ce que nous savons est que nous sommes doués à un certain degré de la parole et que,
par elle, quelque chose de grand et d’obscur tend impérieusement à s’exprimer à travers nous, que chacun
de nous a été choisi et désigné à lui-même entre mille
pour formuler ce qui, de notre vivant, doit être formulé.
C’est un ordre que nous avons reçu une fois pour toutes
et que nous n’avons jamais eu loisir de discuter.
Il peut nous apparaître, et c’est même assez paradoxal,
que ce que nous disons n’est pas ce qu’il y a de plus nécessaire à dire et qu’il y aurait manière de le mieux dire. Mais c’est comme si nous y avions été condamnés
de toute éternité. Écrire, je veux dire écrire si difficilement, et non pour séduire, et non, au sens où on l’entend d’ordinaire, pour vivre, mais, semble-t-il, tout au plus pour se suffire moralement, et faute de pouvoir rester sourd à un appel singulier et inlassable, écrire ainsi n’est jouer ni tricher, que je sache.
André Breton,
Légitime défense (1926), repris dans Point du jour, pp. 55-56.
03:10 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, littérature, André Breton, Paul Delvaux
vendredi, 24 novembre 2006
Accuser toute la mer
« L’odeur d’un coquillage putréfié suffit pour accuser toute la mer. »
Jules Renard
15:29 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, Jules Renard, coquillage
Le passager clandestin
L’homme disparaîtra, lui le passager clandestin, l’invité de la dernière heure. Il s’en ira sur la pointe des pieds après avoir coloré d’un peu de poésie l’or du temps.
Extrait de "L'or du temps" (Raymond Alcovère, 2002) Photo de Gildas Pasquet
02:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, littérature, photo, Gildas Pasquet
jeudi, 23 novembre 2006
Ton dévoué...
Jacques Lull, l’écrivain célèbre, loue chaque année un chalet dans le Jura suisse, seul, isolé, afin de travailler en paix. C’est une région plutôt désertée des touristes, surtout au début décembre. Il descend seulement à la ville une fois par semaine pour faire des courses.
Au moment de rentrer ce jour-là, il rencontre un employé des postes. Un courrier d’Amérique du Sud vient d’arriver pour lui. Sur le chemin du bureau, il entre dans une boutique, croise des connaissances, s’arrête boire un verre. Au bout du compte, il quitte la petite ville une heure plus tard que prévu.
Les premiers flocons de neige apparaissent alors qu’il prend la route. Il n’y a pas grand risque, son chalet n’est qu’à une douzaine de kilomètres. Pourtant le temps change vite en cette saison, les flocons s’épaississent, une bourrasque se lève. En quelques minutes c’est une tempête de neige, bientôt un véritable blizzard.
Dans un des derniers virages avant le chalet, la voiture dérape, fait un tête à queue et plonge dans le vide. Le lendemain, on découvre son cadavre et dans ses affaires, cette lettre :
Cher Jacques, Tu dois être étonné de recevoir aujourd’hui de mes nouvelles après tant d’années de silence et mon brusque départ il y a sept ans. Je pense, qu’après avoir lu cette lettre, tu en comprendras mieux les raisons.
Tu n’as pas oublié, j’en suis sûr, “ nos jeunes années ”. On écrivait tous les deux, surtout des contes fantastiques, c’était notre passion. Ton écriture a évolué, tu as connu le succès, je t’en félicite.
Quant à moi, il en a été tout autrement. J’ai été, tu t’en souviens, accablé de malheurs. Hélène que j’aimais, a disparu. J’ai perdu de nombreux amis. Ennuis matériels et revers de fortune se sont succédé, jusqu’à ce jour – quel terrible jour, je me demande encore comment j’y ai survécu – où j’ai compris que toutes ces catastrophes étaient écrites à l’avance dans mes propres contes. J’avais donc sans le vouloir le pouvoir d’anticiper les événements, de les prévoir, alors qu’en laissant aller mon imagination, je croyais seulement écrire des fictions. Or c’était à mes dépens ou à ceux de mes proches.
J’ai longuement réfléchi, tourné le problème dans tous les sens, et pris une décision, ou plutôt deux pour faire cesser cet enchaînement implacable. D’abord brûler tous mes écrits et ne plus jamais écrire une seule ligne. Ensuite – je ne sais pas laquelle des deux résolutions a été la plus difficile à prendre, voilà sans doute pourquoi j’ai pris les deux en même temps – partir sans laisser d’adresse, changer complètement de vie, ne plus jamais revoir mon entourage. C’était terrible, mais je ne pouvais plus supporter de semer la mort et les catastrophes autour de moi.
J’ai donc refait ma vie, comme on dit, loin d’ici. Ce fut très difficile au début comme tu peux l’imaginer, puis un jour chassant l’autre… Aujourd’hui je ne me plains pas, je crois avoir trouvé un nouvel équilibre, et puis surtout le remède a été efficace, plus rien ne m’est arrivé, en tout cas que je n’ai anticipé dans mes contes. Ainsi peu à peu, j’ai repris confiance dans l’existence. Même si plus d’une fois, l’envie m’en a pris, j’ai tenu bon, et n’ai plus rien écrit depuis mon départ de France. On n’est jamais trop prudent.
Il m’arrive aujourd’hui de trouver tout cela ridicule, de me demander si ce n’est pas un mauvais rêve. Pourtant, peut-être ne l’as-tu pas oublié, mon imagination était foisonnante à l’époque. Je me demande où j’allais chercher tout ça ! Comme ce conte où j’imaginais les destins croisés de deux amis écrivains. L’un connaissait le succès, l’autre pas. Ce dernier, inconsciemment, provoquait par une série de hasards la mort de l’autre. Où va se nicher l’imagination ?
Ce passé est révolu maintenant, j’ai fait une croix dessus, et c’est bien sûr un grand soulagement. Voilà pourquoi je me suis permis de reprendre contact avec toi. J’espère que cette lettre te trouvera en bonne santé et que nous aurons l’occasion peut-être de nous revoir un jour prochain, si tu le souhaites bien sûr…
Ton dévoué
Raymond Alcovère, nouvelle parue dans la revue L'encrier n°46, juin 1995
Orozco, la DS, 1993
09:10 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : littérature, art, nouvelle, Orozco
Les ailes du désir
Tout a été dit et il reste des mots encore. Tout a été dit et le clair-obscur se recompose. Le feu est à la terre ce que la nuit est au ciel, cet instant ayant été. Pour toujours.
Perche appressando se al suo disire
Nostro intelleto si profonda tanto
Che dietro la memoria non puo ire.
La vie n’est qu’une incarnation passagère, un instant de lumière. L’écriture frôle les ailes du désir.
Extrait de "Une cathédrale de songes" (Raymond Alcovère, 2002) Photo de Gildas Pasquet
02:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : littérature, poésie
mercredi, 22 novembre 2006
Les ruines m’en suffiraient
« J’ai bâti de si beaux châteaux que les ruines m’en suffiraient. »
Jules Renard
09:45 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, Jules Renard, photo, Gildas Pasquet
mardi, 21 novembre 2006
Intraduisible
Mallarmé, intraduisible, même en français.
Jules Renard, Journal (1er mars 1898)
21:45 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : littérature, Mallarmé, Jules Renard
Le brochet
Immobile à l'ombre d'un saule, c'est le poignard dissimulé au flanc du vieux bandit
Jules Renard, Histoires naturelles
16:23 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, Jules Renard, Histoires naturelles
Sous le ciel en flammes
16:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, haïku, photo, Gildas Pasquet
Un pin sur un pic
Lune claire
Si je renais je voudrais être
Un pin sur un pic
Ryôta
08:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, haïku
lundi, 20 novembre 2006
Dans la suprême énergie d’un acte de renoncement
Joseph Conrad, Notes sur la vie et les lettres.
Photo de Gildas Pasquet : Vu du ciel
11:22 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Littérature, photo, Joseph Conrad, Gildas Pasquet


















