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jeudi, 23 octobre 2008

Manifeste anti-littéraire

Moulin de Langlade 2004 (11).jpgDe :

"Rien de plus littéraire que d’omettre l’essentiel" (P. Valéry : Tel quel)

 à  :

"Je touche au midi de mes ans,
Et je me dois tous mes instants
Pour jouir, non pour faire un livre.
Ami, penser, sentir, c'est vivre :
Écrire, c'est perdre du temps."

Chamfort
Poésies diverses

La revue Ironie qui n'a jamais autant bien mérité son nom par l'intermédiaire de Guy Tournaye, auteur de Radiation (Gallimard, 2007) nous livre dans son numéro 132 un florilège de citations délicieuses sur le thème du Manifeste anti-littéraire

Photo de Gildas Pasquet

mardi, 21 octobre 2008

Les visages surtout

Details (19).jpgSoleil torride, pourtant un petit vent  assèche l’atmosphère, je sens la fluidité de mon sang dans les veines.Tout d’un coup sais que je ne suis rien, ma vie, tout le reste, rien face à l’immensité de cette attente, la force de ce désir. Tout me semble ridicule, vain, les projets, les peurs, les remparts qu’on s’invente, les alibis pour traverser le quotidien, un fatras de poussière. J’assiste au spectacle de la rue, comme si j’étais transparent, j’ai l’impression  d’être dans la vie des gens, d’apercevoir des gestes, des expressions jamais vues. Une lumière intérieure dans les pierres, les fruits des marchands, les couleurs roses et pourpres, les visages, les visages surtout.

Raymond Alcovère, extrait de "Fugue baroque", roman, 1998

Photo de Gildas Pasquet

dimanche, 19 octobre 2008

Ma patrie, un bout de l’éternité

GORGES DE L'HERAULT (12).jpgMa patrie,  un bout de l’éternité.

Un lieu sans lieu peint sur un mirage, ailleurs.

 

J’ai oublié ses rives.

Je n’ai aucun moyen de les revoir, ni d’ailleurs aucune envie.

 

A cause du pain qui est cher et  l’hystérie des colons.

 

Je me souviens  de la  nuit  où je suis partie.  

Il faisait noir.

J’avançais courbée à travers les fleuves taris, le front étincelant de désespoir et les mains implorant du ciel une chose qui me précède.

 

Et plus tard quand une mémoire de larmes me prendra par le cou, comment y retourner ?

Comment retrouver, l’absurde territoire au milieu des cendres ?  

La guerre est  terrible.

Elle a tout décimé.

L’avenir, le présent et le passé.

 

Souvent entre les eaux du sommeil, mon rêve entrouvre une porte sur une terre entourée de paysages où tout est changé pour le mieux…

Du haut de mon nid d ‘aigle,  je vois des fleurs sur les tables dans les cafés, au cœur de la foule le méchant  Bascom  qui  est devenu aveugle, distribue tout son argent , mettant fin à son règne tyrannique depuis deux mille ans mais marquant son retour à Dieu.

Quelle effervescence dans la ville au répit qui se maquille ?

 

Et je sens comme un feu s’allumer au coin de mon cœur et réchauffer mon visage.

Je ne m’étonne de rien mais avant d’entrer à l’aurore  je m’approche avec le désir du partage.

 

A l’improviste, le vent se lève et arrête le mouvement impétueux de mes yeux.

Une poussière  se met  à danser autour de ma tête.

 

Chuchotement de défaite. Silence de l’énigme qui crache son étrangeté. Perte des repères de la ligne du cœur.

Dans l'impatience tout demeure inaccessible.

 

Sans parvenir à m’éloigner, triste je tourne, je tourne encore à la recherche d’un autre chemin de la plaine reconquise qu’on raconte dans  les légendes.

 

A l’heure ou Les ampoules s’éteignent, l‘aube tombe le rêve sur la grève, sa douleur retient une ombre qui dort toute nue. Il n’y a ni distance entre nous ni vent.

Est-ce mon image ce rêve qui porte un visage familier?

 

Un soir je reviendrai dans la lumière électrique.

J’y  courrai avec les oiseaux migrateurs en brassant l’air comme dans un rêve.

 

Sandy Bel, poète amérindienne

Photo de Gildas Pasquet

lundi, 06 octobre 2008

Autrefois...

ANIMAUX 032005 (51).jpg"Autrefois on lisait debout devant un lutrin. Se tenir debout, c'était l'habitude. C'est ainsi qu'on se reposait quand on était fatigué d'aller à cheval."

Italo Calvino

Photo de Gildas Pasquet

samedi, 04 octobre 2008

Nous serons à Lisbonne

Details (11).jpgNous serons à Lisbonne, dans les rues sombres descendant vers le Tage, au milieu d’ombres erratiques, avec cette lumière blanche qui baigne la ville et à l’Hôtel Borges on fera l’amour encore, on ne verra pas le soleil mais aucune importance, avec cet air humide qu’on ne trouve que là-bas, les immeubles délabrés, cette atmosphère anglaise et surannée, Fernando Pessoa, son chapeau, son parapluie seul dans la nuit grise, ici on perd tout sentiment de la réalité. L’œuvre de Pessoa est nocturne et je dessine la nuit. Je ne suis allé qu’une fois à Lisbonne mais c’est comme si j’y étais toujours. Le temps s’y étend, se dissout, on ne voit que le ciel, il habite tout, mêlé de mer, comme à Venise et ce sont peut-être les deux seules villes habitables avec Paris.

Raymond Alcovère, extrait de "Le Bonheur est un drôle de serpent", roman en lecture chez des éditeurs...

Photo de Gildas Pasquet

 

 

dimanche, 31 août 2008

Happy birthday Eric !

AVEYRON 2004 (7).jpgQuelques extraits de "Contes de la poésie ordinaire" de Eric Dejaeger Editions Memor, Collections Transparences, illustrations de Joaquim Hock

Fausse tranquillité

Tout était calme. Le lave-linge, le sèche-linge, le lave-vaisselle étaient au repos. Je savourais le livre que j'avais sous les yeux quand un avion a déchiré le ciel. Je n'aurais voulu, pour rien au monde, être le ciel à ce moment-là. Je suppose que le pilote ne s'est rendu compte de rien.

Les collections

J'ai collectionné les ours en peluche, les timbres, les galets, les petites amies, les disques de Slade, les livres de Sternberg. Maintenant je collectionne les nuages. Visuellement.

Un beau geste

Les gens allongés sur la plage voyaient arriver le gros nuages d'un fort mauvais oeil. Lui, débonnaire, les surprit en passant gentiment derrière le soleil.

 Photo de Gildas Pasquet

ericdejaeger@yahoo.fr

edpoesieordinaire.jpg

samedi, 30 août 2008

Une entrecôte drôlement politisée

VILENEUVE (8).jpgou pour saluer fraternellement Jean-Claude Izzo, toujours présent, par Pierre Autin-Grenier :

Onze heures et demie, je dégringole l’escalier et fonce chez le boucher pour attraper l’entrecôte que je compte fricoter à midi à la marchand de vin ; je tombe dans la boutique sur François Mitterrand en train de discuter le bout de gras avec un type que, de prime abord, je ne reconnais pas. Pour sûr ce n’est ni Beckett ni Cioran, plutôt un aigre fausset à la Guitton et des propos qui vont avec ; “Deux bons doigts dans l’entrecôte” je dis au boucher un rien amusé de me voir, l’air intrigué, tendre l’oreille par-dessus ses rillettes pour tenter de saisir quelques bribes du bavardage ambiant. En cinq-six coups secs de hachoir dans ma bidoche sur son étal il me saucissonne complètement les derniers mots du Président et maintenant c’est la petite musique de fin d’émission ; “Une page de publicité avant la Bourse” annonce l’animatrice dans l’enceinte accrochée au mur sous un effrayant massacre de cerf d’au moins dix cors. Plaisante magie des archives radiophoniques qui permet d’entendre, comme en public et en direct, l’ancien Président disserter d’outre-tombe du Temps et de l’Éternité avec un philosophe stéphanois mort lui aussi cependant que votre boucher, la mine réjouie, essuie ses mains sanguinolentes au pan de son tablier : “Emballez, c’est pesé! Et avec ça ? ”

Lire la nouvelle en entier ici

Photo de Gildas Pasquet

vendredi, 15 août 2008

Mon alphabet du lecteur

Arles Oct 2004 (10).jpgReprenant le flambeau de Léopold Revista, voici mon alphabet du lecteur : Il s'agit de donner pour chaque lettre de l'alphabet un auteur et le livre que l'on préfère de lui.

A comme Autin-Grenier et "Toute une vie bien ratée"

B comme Borges et "Fictions"  et comme Baudelaire et "Les Fleurs du mal"

C comme Chateaubriand et les  "Mémoires d'Outre-tombe"

D comme Debord et "La Société du Spectacle" et comme Dumas et "Les Trois Mousquetaires"

E comme ...

F comme Flaubert et "Madame Bovary"

G comme Giono et "Le Serpent d'étoiles"

H comme Homère et "L'Odyssée" et comme Hemingway et "Le vieil homme et la mer"

I comme ...

J comme Joyce et "Gens de Dublin"

K comme Kerouac et "Sur la route"

L comme La Fontaine et "Les Fables" et comme Lautréamont et les "Poésies"

M comme Montaigne et "Les Essais"

N comme Nietzsche et "Le Gai Savoir"

O comme Orwell et "La Ferme des animaux"

P comme Proust et "A la recherche du temps perdu"

Q comme Queneau et "Exercices de style"

R comme Rimbaud et "Les Illuminations"

S comme Sollers et "Femmes" et comme Stendhal et "Le Rouge et le noir"

T comme Tchouang tseu et "Oeuvres complètes"

U comme ...

V comme Voltaire et "Candide"

W comme Wilde et "Le Fantôme de Canterville"

XY comme ...

Z comme Zola et "Germinal"

 A vous de jouer...

 

Photo de Gildas Pasquet

dimanche, 10 août 2008

Cuisant comme une pâte...

09.04.06 ANNIV NATHALIE (6).jpg"...on me faisait attendre un instant, dans la première pièce où le soleil, d’hiver encore, était venu se mettre au chaud devant le feu, déjà allumé entre les deux briques et qui badigeonnait toute la chambre d’une odeur de suie, en faisait comme un de ces grands «devants de four» de campagne, ou de ces manteaux de cheminée de châteaux, sous lesquels on souhaite que se déclarent dehors la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage; je faisais quelques pas de prie-Dieu aux fauteuils en velours frappé, toujours revêtus d’un appui-tête au crochet; et le feu cuisant comme une pâte les appétissantes odeurs dont l’air de la chambre était tout grumeleux et qu’avait déjà fait travailler et «lever» la fraîcheur humide et ensoleillée du matin, il les feuilletait, les dorait, les godait, les boursouflait, en faisant un invisible et palpable gâteau provincial, un immense «chausson» où, à peine goûtés les aromes plus croustillants, plus fins, plus réputés, mais plus secs aussi du placard, de la commode, du papier à ramages, je revenais toujours avec une convoitise inavouée m’engluer dans l’odeur médiane, poisseuse, fade, indigeste et fruitée de couvre-lit à fleurs."

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Photo de Gildas Pasquet

dimanche, 27 juillet 2008

Le Poker

ANIMAUX 032005 (15).jpg"Contraint et forcé par les circonstances, il quitta la table de jeu : il avait misé - et perdu - son neuvième doigt."

Eric Dejaeger, extrait des Jivarosseries.

La Nouvelle Revue Moderne (région de Lille) vient de publier dans son numéro de juillet six de ses contes brefs extraits d'un recueil inédit, Courts, toujours ! Philippe Lemaire, le directeur de cette publication, les a illustrés d'un collage intitulé La réductrice de têtes.
Si vous désirez en savoir plus sur La NRM : http://nouvellerevuemoderne.free.fr/sommaire.htm
Eric Dejaeger est ici aussi : http://lbmdure.canalblog.com/

samedi, 26 juillet 2008

Toute oeuvre d'art...

ARBRE.JPG"Toute oeuvre d'art doit avoir un point, un sommet, faire la pyramide, ou bien la lumière doit frapper sur un point de la boule."

Gustave Flaubert, Lettre à Edma Roger des Genettes, 8 octobre 1879

Photo de Gildas Pasquet

vendredi, 25 juillet 2008

Un inédit de Pierre Autin-Grenier

Cordes sur ciel. 2004 (2).jpgUn couple d’étudiants des Beaux-Arts s’est fait prendre en flagrant délit en train de lire, lui un roman de Zola, elle (ce qui ne va pas manquer d’aggraver sérieusement son cas) un samizdat de V., dans le Lyon-Orléans de dix-huit heures quatre, hier. Trois jeunes recrues frais versées dans la toute nouvelle Police Armée du Peuple ont sans doute voulu faire d’entrée du zèle et afficher ainsi leur ardeur a bien servir le régime en opérant de leur propre initiative ce contrôle-surprise juste avant le départ du train.

La suite à lire ici sur le blog de Martine Laval

Photo de Gildas Pasquet

samedi, 28 juin 2008

Sur la question du corps

FLEURS 032005 (2).jpgUne saison en enfer se termine par la phrase suivante : « Et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps. » Qu’est-ce que ça veut dire : posséder la vérité dans une âme et un corps ? « Loisible », quel mot ! Et puis « posséder » ? Ah, posséder la vérité ! Comment ne pas se faire posséder ? C’est l’expérience de Dostoïevski : dans les souterrains, vous avez affaire à des possédés. Vous les laissez se demander pourquoi ils le sont. C’est à eux de trouver la réponse. J’aime ce mot-là, même argotiquement : être possédé ou non. Un style, on n’arrive pas à le posséder du dehors. Hôlderlin dit, par exemple, que le poète est un demi-dieu. Sa position est très difficile, parce que d’un côté il a affaire à la jalousie rituelle des dieux qui peuvent le rendre fou. Mais il a aussi à se défendre des mortels qui sont par rapport à lui (pour autant que ce verbe est fait de chair) dans une avidité particulière, provoquant des désirs passionnels qui peuvent aller jusqu’à la mise à mort. Alors, entre devenir fou et se faire crucifier par désir, par appropriation désirante, la voie est assez étroite, n’est-ce pas ? Le verbe fait chair est l’objet d’un violent investissement érotique, qui peut déboucher assez facilement sur le meurtre. Comme dit un libertin chez Sade : il ne faut pas que je vous désire trop, autrement vous allez y passer. Il dit cela à Juliette. Je ne vais pas vous regarder trop parce que, sinon, cela ira jusqu’au bout, je vous tuerai. Sade effraie parce qu’il dévoile, au fond, que tout corps veut la mort de l’autre. Peut-il y avoir un Éros, indépendant de la pulsion de mort, un Éros qui ne serait pas le « jumeau » de Thanatos ? Mais oui : c’est cela, le style. C’est un don, une grâce, une musique qui, au fond, n’ont rien d’humain. D’où la jalousie qu’il provoque. C’est ainsi.

Philippe Sollers, Eloge de l'infini (Interview de N. CASADEMONT)

Lire cette contribution dans son intégralité ici

Photo : Gildas Pasquet

jeudi, 26 juin 2008

Derrière une porte de pluie

Mornans, Drôme 2004 (1).jpgDerrière une porte de pluie

Un bruit de caresse d’étoffe arrive sur mes rives et je rêve de l’océan

Des hommes silencieux retenus depuis l’enfance  

Entre eux et le feu

Une femme parle avec peine de ce qui vient

Elle cherche un sens qui l’aide à vivre

Elle aimerait arrêter cette pluie, lui indiquer un autre lieu

Un flux continu de mots l’assaille, sa voix intérieure  

L’immense paysage de la mort

L’automne infini où habitent les hommes et les arbres dépourvus de sang

La pluie jaune de l’oubli

Quitter ce lieu inconnu  

Elle aimerait se reposer

S’échapper là haut et s’exercer à rêver

Elle a mangé la soupe froide des morts

Derrière une porte de pluie

Une lueur d’espoir danse dans ses yeux

Sandy Bel, poète amérindienne

Photo : Gildas Pasquet

dimanche, 22 juin 2008

Le Solitaire

ALBI JUILLET 2004 (1).jpg"Je déteste suivre autant que conduire. Obéir ? Non ! Et gouverner, jamais ! Qui ne s'inspire pas d'effroi n'en inspire à personne, Et celui seul qui en inspire peut mener. Je déteste déjà me conduire moi-même ! J'aime comme les animaux des forêts et des mers, Me perdre pour un bon moment, M'accroupir à rêver dans un désert charmant, Et me faire revenir de loin à mes pénates, M'attirer moi-même… Vers moi."

Nietzsche, Le Gai savoir, prologue

Photo de Gildas Pasquet

mercredi, 11 juin 2008

Riviera di Chiaia

OBJETS 2005 (6).jpgPulvérisation, éclatement d’images, de mots. Un dragon menaçant  scintille dans les eaux basses du port. La Mergellina encore. Naples se donne ici des airs d’ île grecque  placide, recroquevillée au milieu de la grande mer. Procida...  Envie de courir, jouer, lever les yeux, les bras au ciel. Je suis incapable de rentrer ce soir, j’ai plutôt envie de traverser la ville, comme Dumas dans son corricolo, virevoltant. Loué une calèche Riviera di Chiaia, et vogue la galère ! J’ai donné au guide tout ce que j’avais, joué les touristes naïfs, je me moque du monde entier, voudrais embrasser l’air que je respire, la mer qui  frémit à côté de moi,  les gens que je croise.  Voilà le Palais Royal, insolent, lugubre, le San Carlo, brillantissime, l’ombre de Stendhal bien sûr, Via Toledo, un concert de lumières, de cris,  chatoiement de feu, enfin la montée vers San Martino.Là, mon cicérone m’abandonne. J’ai envie de rire, lui dit qu’il peut bien partir. Il trouvera d’autres touristes à ramener  ou  peut-être vit-il là, ou  n’est-il qu’un gnome, ou le diable,  peu importe ! Enfin seul, je laisse mes yeux respirer, se brûler aux  lumières de la ville, du port, des îles. J’aimerais que tout s’arrête, mon bonheur est parfait, c’est l’instant  où  tout se concentre, juste avant le Big Bang.  La  mer frissonne, donne des baisers au vent, au ciel, une langue de feu lèche l’horizon.

 

Raymond Alcovère, extrait de Fugue baroque, roman, 1998, prix 98 de la ville de Balma, éditions n & b

 

Photo de Gildas Pasquet

 

dimanche, 25 mai 2008

Cristal

626141250.jpg"La pensée n'est pas moins claire que le cristal"

Lautréamont, Poésies

Photo de Gildas Pasquet

samedi, 24 mai 2008

L’Adversaire

1333012460.jpg« Car l’Adversaire est inquiet. Ses réseaux de renseignement sont mauvais, sa police débordée, ses agents corrompus, ses amis peu sûrs, ses espions souvent retournés, ses femmes infidèles, sa toute-puissance ébranlée par la première guérilla venue. Il dépense des sommes considérables en contrôle, parle sans cesse en termes de calendrier ou d’images, achète tout, investit tout, vend tout, perd tout. Le temps lui file entre les doigts, l’espace est pour lui de moins en moins un refuge. Les mots « siècle » ou « millénaire » perdent leur sens dans sa propagande. Il voudrait bien avoir pour lui cinq ou dix ans, l’Adversaire, alors qu’il ne voit pas plus loin que le mois suivant. On pourrait dire ici, comme dans la Chine des Royaumes combattants, que « même les comédiens de Ts’in servent d’observateurs à Houei Ngan ». Le Maître est énorme et nu, sa carapace est sensible au plus petit coup d’épingle, c’est un Goliath à la merci du moindre frondeur, un Cyclope qui ne sait toujours pas qui s’appelle Personne, un Big Brother dont les caméras n’enregistrent que ses propres fantasmes, un Pavlov dont le chien n’obéit qu’une fois sur deux. Il calcule et communique beaucoup pour ne rien dire, l’Adversaire, il tourne en rond, il s’énerve, il ne comprend pas comment le langage a pu le déserter à ce point, il multiplie les informations, oublie ses rêves, fabrique des films barbants à la chaîne, s’endort devant ses films, croit toujours dur comme fer que l’argent, le sexe et la drogue mènent le monde, sent pourtant le sol se dérober sous ses pieds, est pris de vertige, en vient secrètement à préférer mourir. » 

Philippe Sollers, Eloge de l’Infini. Janvier 2001

Photo de Gildas Pasquet

dimanche, 18 mai 2008

Il ne trouve du goût

847957074.jpg"Il ne trouve du goût qu'à ce qui lui fait du bien. Son plaisir, son désir cessent dès lors qu'il dépasse la mesure de ce qui lui convient. Il devine les remèdes contre ce qui lui est préjudiciable ; il fait tourner à son avantage les mauvais hasards : ce qui ne le fait pas mourir le rend plus fort. De tout ce qu'il voit et entend, de tout ce qui lui arrive, il sait d'instinct tirer profit conformément à sa nature : il est lui-même un principe de sélection ; il laisse passer bien des choses sans les retenir. Il se plaît toujours dans sa propre société, quoi qu'il puisse fréquenter, des livres, des hommes ou des paysages : il honore en choisissant, en acceptant, en faisant confiance. Il réagit lentement à toutes les excitations, avec cette lenteur qu'il tient, par discipline, d'une longue circonspection et d'une fierté délibérée. Il examine la séduction qui s'approche, il se garde bien d'aller à sa rencontre. Il ne croît ni à la "malchance" ni à la "faute". Il sait en finir avec lui-même, avec les autres, il sait oublier - il est assez fort pour que tout doive tourner, nécessairement, à son avantage."

Nietzsche, Ecce Homo

 

Photo de Gildas Pasquet

jeudi, 15 mai 2008

Intonations

447203550.jpg"Nos intonations contiennent notre philosophie de la vie, ce que la personne se dit à tout moment sur les choses."

Proust

D'après une photo de Gildas Pasquet