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samedi, 04 avril 2020

Comment craquer (une allumette)

nouvelleJe suis écrivain mais mon rêve c’était de construire un bateau avec des allumettes. À la place de mon bureau. Un travail de romain ! Une après l’autre, amoureusement posées, ajustées, fignolées… J’aurais tout oublié : le bonheur ! En écrivant, au contraire, il faut sans cesse penser à soi, aux autres, c’est épuisant ! J’aurais constitué une documentation, compulsé des livres d’histoire, des encyclopédies, des illustrations. À chaque moment de liberté, ajouter un bossoir, une varangue, un hublot, une écoutille, une drisse, un cabestan. Je serais devenu le capitaine Haddock de l’immobile !

Un jardin intérieur, hors du reste de ma vie. Elle est assez monotone d’ailleurs, mais la plupart des vies sont monotones. Construire un univers parfait. Hors des contingences. Quoi de tel qu’un navire qui flotte fier, majestueux, insensible aux éléments ! Seul sur le fil de l’horizon. Rien ne peut l’arrêter ni l’atteindre. Un miracle de solidité, de force.

Tout cela avec des allumettes. Si fragiles, si ténues… Rien de plus banal, de plus élémentaire qu’une allumette. De là, aller vers le phénoménal, l’extraordinaire. Un espace médiocre transformé en tremplin vers l’imaginaire !

Combien de fois n’ai-je pas espéré, en laissant coulisser la porte vitrée de la salle à manger, voir surgir ce paquebot fabuleux, orgueil des mers, fruit de mois et de mois de travail, trônant au milieu, impérial ! D’un coup de baguette magique, le merveilleux au centre de la maison enfin.

Un matin j’ai franchi le pas. Acheté des allumettes, un peu chaque jour. Établi des plans. Construit. Méthodiquement, amoureusement. L’inspiration était au rendez-vous. Je revivais. J’ai vendu ou donné mes livres. Conservant ceux qui traitaient de bateaux, le reste devenu inutile.

Mon seul investissement, des allumettes. Ah jouissance de tous les instants ! Utilité, perfection de chaque geste. Peu à peu, habituer ses doigts à cette tâche minutieuse. Au début, combien j’en ai brisées, perdues, mais mes mains rondes se sont affinées au fil du temps.

Elles se façonnaient à cette mécanique de précision. Je fis l’acquisition d’une série de pincettes qui les prolongeaient subtilement. Jour après jour, voir apparaître un entrepont, une coursive, une passerelle, un pont-promenade, une cheminée. La certitude d’avancer toujours, de poursuivre un objectif clair, précis. Sensé.

Au fur et à mesure, je prenais confiance, devenais plus audacieux. Après avoir enfanté la coque et les superstructures, j’attaquais les détails, cabines, timoneries, portes étanches, sabords, gouvernail, fanions, ancre. Un univers nouveau s’éveillait à moi, bruissant à mes oreilles, voyages, tempêtes, bourrasques, visions pélagiques, odeurs de varechs, mystères de la Mer des Sargasses.

Félicité suprême, mes lectures d’adolescent revenaient en mémoire. C’est à Jules Verne et ses Voyages extraordinaires que je dois les moments les plus exaltants de mon adolescence. Mon roman favori : Le Chancellor. Un des plus maritimes et des plus resserrés. Du début à la fin, tout se passe sur l’eau. Paradoxalement, c’est un des moins connus. Trop noir, sans doute. Mais quelle perfection !

Des passagers, sur un trois-mâts, au départ de Charleston, s’embarquent pour une traversée a priori sans histoire. Mais les catastrophes s’accumulent : incendie, menaces d’explosion. Jusqu’au naufrage. Les survivants se regroupent sur un radeau. Bientôt, les vivres manquent. Un huis-clos terrible commence. Verne, qui laisse en général peu de place au psychologique, décrit là magnifiquement la montée de cette angoisse. Manger ou ne pas manger de la chair humaine, toute la fin du livre repose sur cette question. Pas de fantastique, pas de merveilleux cette fois, seulement la réalité. Dure, étroite, cassante.

J’ai baptisé de ce nom mon bateau. Près du Chancellor, l’imagination était en route. Cap vers le large ! J’en ai vécu des heures de bonheur intense dans mon ancienne bibliothèque. À rêver, échafauder des scénarios…

Un jour j’ai pu compléter mon œuvre terminée. Superbe, phénoménale ! Je m’étais autorisé quelque créativité. Le bâtiment, au lieu d’une pâle copie, figurait un amalgame entre le France, le Titanic, le Queen Elisabeth II et le Legend of the seas. Je n’étais pas peu fier !

Pourtant il manquait un je ne sais quoi. J’ai longtemps cherché. Une nuit d’insomnie, à caresser du regard le Chancellor, voguant sur les mers avec lui, embarqué pour un grand voyage, toutes les escales de la Méditerranée, Gênes, Naples, Syracuse, Le Pirée, Istanbul, Alexandrie, puis le départ, le vrai, Port-Saïd, plus avant encore la Mer Rouge, l’Océan Indien, les origines du Monde et enfin l’Océan de béatitude, le Pacifique, tout d’un coup, au cours de cette dérive presque infinie, l’idée a surgi.

Pourquoi toutes ces allumettes, n’avais-je cessé de me demander ? Comment parachever l’œuvre ? Simple, il en manquait une ! Une seule ! Le point d’orgue.

L’eau et le feu, voilà le mariage idéal. L’union sacrée. Pas de risque, la mer immense, tout autour, aurait tôt fait d’éteindre l’incendie. Un bateau ne brûle jamais vraiment. L’eau vainc le feu, et non l’inverse !

De fait, il a suffi d’une allumette. Je l’ai craquée voluptueusement. Par une nuit de syzygie. Fatras, anéantissement total. Le bateau transformé en brasier. Une clarté rougeâtre a éclaboussé la pièce. J’assistais béat d’admiration à ce spectacle.

Poutrelles, solives, quille, lisses, ballasts, s’écroulaient, de l’étrave à l’étambot, comme déchirés par les brisants, entraînant dans leur flamboiement les autres parties du bâtiment, au sein d’une mer déchaînée. Le feu léchait le navire à grand coups de langue ardente. Rien ne résistait à sa propagation.

Jamais je n’avais vécu une extase aussi parfaite. L’incendie gagna l’appartement, puis peu à peu tout l’immeuble, happé dans un malstrom. Dévastateur.

Jouissance, mystère de la transgression.

L’eau tout autour n’a rien éteint. Les pompiers accourus à grands renforts, après des heures et des heures de lutte acharnée, sont repartis livides, hagards, parmi les décombres du quartier, encerclées de vapeurs fuligineuses.

Comment j’ai survécu, je me le demande encore. Je me trouvais dans l’œil du cyclone. Inattaquable.

La justice des hommes s’est montrée moins clémente. Maintenant je suis enfermé. J’aurais peut-être mieux fait d’écrire. Voire.

Raymond Alcovère

 

15:54 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle

Il faut changer, maintenant !

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12:24 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Odilon Redon

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12:23 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : odilon redon

L'art de l'écrivain

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« L’art de l’écrivain consiste surtout à nous faire oublier qu’il emploie des mots ».

Henri Bergson

mercredi, 01 avril 2020

Loin, c'est tout

Lisbonne 1993.jpgÀ Lisbonne on a l’impression d’être les derniers rescapés d’un monde en train de s’effacer. Au début on tente un effort désespéré pour garder la tête hors de l’eau, mais ce monde est déjà englouti. Bien vite, on n’essaye plus. On flotte hors du temps et dans cette éternité on rêve et dans cette éternité on est heureux. Et ce voyage, jusqu’à un certain point, on ne peut le faire que seul.

Comment j’ai rencontré Lucie, pourquoi nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, c'est un mystère. Avec ses yeux profonds et sombres, sa façon d’enfouir sa beauté sous un masque, elle était un peu à côté d’elle-même. J'aimais. Nos premiers rendez-vous de travail, je les attendais avec l’impatience des amoureux.

Un jour de février particulièrement lumineux, au lieu de rester au bureau, elle a eu envie d’aller à la mer. Dans un ciel Véronèse, les mouettes plongeaient dans l’eau, à nous frôler. Longue promenade sur la plage. La conversation, comme la douceur du temps, s’enroulait, inépuisable.

Au bout d’un moment, elle s’est mise à me parler comme personne ne l’avait jamais fait. J’étais devenu transparent. Elle réduisait en poussière, là, d’un coup, des barrières érigées depuis des années. En réalité, elle me lançait un cri d’amour, un cri éperdu d'amour. Je ne pouvais que la prendre dans mes bras.

La suite s’est déroulée en rêve. Une brume mélancolique, la ville vide ou presque, les silhouettes en lignes d’ombres. J’étais léger, amoureux, aérien. Une atmosphère d’ouate.

On s’est revus. À faire l’amour dans des endroits saugrenus, sur des canapés, par terre, comme des amants. Sa carrière professionnelle la préoccupait avant tout mais elle s’attachait de plus en plus à moi.

Je rencontrai Julie peu après. Plus sensuelle que Lucie, elle ne s’embarrassait pas de justifications. Quand elle voulait quelque chose, elle le prenait. Elle n’avait pas besoin de beaucoup de mots. Elle les maniait avec ironie. C’était amplement suffisant.

Pour me détacher de Lucie, je proposai à Julie de partir une semaine à Lisbonne. On se sent tout de suite heureux dans cette ville, heureux et prisonnier. Englué dans le temps, et libéré. Lisbonne, c’est un rêve de Cézanne. Un désordre de toits, de mosaïques bleues. Un labyrinthe d’azulejos. De toutes parts, la ville descend vers le Tage. Même perdu dans l’Alfama, dans l’enchevêtrement des collines, on aperçoit cet immense bras de mer. Lisboa existe à peine et flotte toujours, indécise, et regarde l’océan.

Nuits lisboètes. Julie si désirable. Sa peau au goût de gingembre. Hors saison, l’hôtel Borges, dans le Chiado, était presque vide. On faisait l’amour dans la lumière neigeuse et le vent saugrenu de l’après-midi. En elle je traversais un tableau de Manet et ses teintes superposées.

Je savais que Lucie pensait à moi. Et il me fallait aussi m’échapper de l’emprise de Julie. Un jour, flânant dans la Baixa, le cœur havane de la cité, je m’installai au café Il Gato, Rua da Saudade, pour écrire une lettre à Lucie. Elle m’en voudrait d’avoir été aussi léger.

Je descendis seul le lendemain matin au restaurant de l’hôtel, Lucie dormait – même dans cette ville qui porte à l’insomnie, elle dormait. Je ne l’avais pas remarqué tout de suite tant il se fondait dans le décor, mais un des serveurs avait largement dépassé les quatre-vingts ans. Hiératique dans son costume blanc, il marchait avec une lenteur infinie, en somnambule, loin de tout, de la vie des hommes, perdu dans je ne sais quelle rêverie.

Le monde n’est pas si réel finalement, c’est avant tout une pantomime. À regarder déambuler cet homme, je savourais un bonheur parfait, seul, sans Julie, ni Lucie, dans cette ville d’eau et de lumière. Cette ville et sa couleur de vinho verde, où tout finalement est plus simple qu’ailleurs, parce que tout y est détaché. Avec Julie, je savais qu’un autre aurait pu être à ma place. Tout aurait été pareil ou presque.

C’est ce que je compris ce matin-là, devant ce rescapé d’un autre âge, oublié par la vie. Il allait sans doute se réveiller, rentrer chez lui, refermer la porte sur ce cauchemar.

De retour en France, alors que l’avion plongeait dans un ciel grenat, pourquoi me décider ? Je retrouvais Montpellier et sa douceur. Julie me quitta. Je la laissais partir sans regrets. Ce dérèglement de tous les sens, la splendeur inouïe de son corps rendaient bien pâles les tentatives de Lucie pour s’accrocher à moi.

Je ne supportais plus ses reproches incessants, pourquoi j’étais parti, pourquoi je n’étais pas ceci ou cela. Ma vie n’avait pas de sens, mais en fallait-il absolument un ? Même la peur de la solitude ne pouvait me retenir auprès de Lucie. D’ailleurs, de solitude il ne pouvait plus être question. J’avais envie d’être loin, c’est tout.

Raymond Alcovère

jeudi, 26 mars 2020

Evitons le sale air de la peur !

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mardi, 24 mars 2020

Rions un peu !

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10:41 Publié dans humour | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 23 mars 2020

Gardons le moral !

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16:27 Publié dans Humeur, humour | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 21 mars 2020

Mer de forces agitées dont il est la propre tempête

CaXcii5UkAEFnsC.jpgSavez-vous comment je vois le monde ? Des forces partout. Jeu des forces et ondes des forces. Il est un et multiple. S’accumulant ici tandis qu’il se réduit là-bas. Mer de forces agitées dont il est la propre tempête. Transformation éternelle dans un éternel va-et-vient avec d’énormes années de retour, flots perpétuel de formes, du plus simple au plus compliqué, allant du plus calme, du plus rigide et du plus froid au plus ardent, au plus sauvage, au plus contradictoire. Ce monde, qui est le monde tel que je le conçois, ce monde dionysien de l’éternelle création de soi-même, de l’éternelle destruction de soi-même, ce monde mystérieux des voluptés doubles... qui donc a l’esprit assez lucide pour le contempler sans désirer être aveugle ?"

Nietzsche, Fragments posthumes

20:45 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nietzsche

jeudi, 19 mars 2020

Proverbe

proverbe« Une fois que le bateau a coulé, tout le monde sait comment on aurait pu le sauver. »
Proverbe italien

13:49 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : proverbe

Routine

jung, routine« Je me suis fait une règle de considérer chaque cas comme un problème sans précédent, dont j’ignore tout. La routine peut être commode et utile tant qu’on reste à la surface des choses, mais dès que l’on touche aux problèmes importants, c’est la vie qui mène le jeu, et les plus brillants présupposés théoriques ne sont que mots inefficaces. » :
C.G. Jung.

11:08 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jung, routine

mardi, 17 mars 2020

Fake

3930253719.jpg"Bien que nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas."
Erik Satie

16:48 Publié dans Humeur, humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fake news, erik satie

Midi libre 29/05/2010 : Bizarre, vous avez dit bizarre...

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Bien dit !

« Celui qui ne veut agir et parler qu'avec justesse finit par ne rien faire du tout. »

Friedrich Nietzsche

16:44 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nietzsche

dimanche, 15 mars 2020

Il en est des écrivains comme des amis

claude roy« Il en est des écrivains comme des amis. Ceux qui nous sont les plus chers et les plus précieux, ce sont ceux qu’on a besoin de retrouver dans les mauvais jours, dont la seule présence nous laisse encore pressentir la joie au milieu du chagrin. »
Claude Roy

La tendre indifférence du monde

Albert Camus"Devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux et que je l'étais encore."

Albert Camus, L’Étranger

10:08 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albert camus

lundi, 09 mars 2020

Le temps haletant

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Joie

Brancusi, joie« Ce qui a vraiment un sens dans l’art, c’est la joie. Vous n’avez pas besoin de comprendre.
Ce que vous voyez vous rend heureux ? Tout est là. »
C. Brancusi

15:27 Publié dans Art, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brancusi, joie

Le conseil santé

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vendredi, 06 mars 2020

Art

" L'art c'est l'enfance, voilà. L'art, c'est ne pas savoir que le monde existe déjà, et en faire un."

Rainer Maria Rilke

11:55 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rilke