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lundi, 24 août 2015

sans le vrai deux, il n’y a pas de vrai trois

2880898504.jpg" Je crois que la Chine peut amener quelque chose à l’Occident avec son intuition ternaire. L’Occident a privilégié la logique duelle, ce qui constitue sa grandeur. Cette séparation du sujet et de l’objet fut sa démarche originale. Cela étant, maintenant qu’on a conquis la matière et le monde entier, il est peut-être temps de valoriser la dimension ternaire. La Chine n’a peut-être pas assez privilégié le deux, qui représente le droit, le respect de l’autre, la démocratie et la liberté. Or sans le vrai deux, il n’y a pas de vrai trois."

François Cheng

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samedi, 22 août 2015

Comédie humaine

Tracé sur la paroi IV Miro.jpgToujours pour le Ray's Day, voici une nouvelle de jeunesse : "Comédie humaine"
Avec Miro (Tracé sur la paroi IV)
C’est au purgatoire, au milieu d’un paysage froid et désolé, entouré de brouillard. A flanc de montagne, dans un chalet vétuste, près de la cheminée, Alexandre Dumas, Stendhal et Marcel Proust, attablés, devisent. Une bouteille d’eau de vie de poire circule. Proust n’en prend pas.
- Allons les amis, ne faites pas grise mine, lance Dumas ! Certes, ce séjour ne comporte pas que des agréments, mais songez à la félicité éternelle qui nous attend !

Son visage est en mouvement, s’anime comme personne quand il parle.

- Il reste une inconnue, et elle est de taille, reprend-il, pour combien de temps sommes-nous encore ici ? En attendant, l’auberge n’est pas si mauvaise, j’en ai connu de pires !

Il sourit en regardant Proust.

- Et puis nos conversations sont un fameux divertissement ! On n’a pas si souvent l’occasion de causer avec des gens vraiment intelligents ! L’intelligence est aussi rare que le bonheur…

- Ce qui me gêne, dit Stendhal un peu éméché, c’est de ne pouvoir explorer les alentours, j’aime savoir où je suis, ce qu’il y a derrière…

- Mais nous sommes dans un no man’s land, répond Alexandre ! Il faut bien se préparer à une vie de pur esprit ! Pour ma part, ça me changera agréablement ! Ce qui vous chagrine le plus, mon cher Stendhal, c’est que vous n’avez jamais cru à l’au-delà, n’est-ce pas ? C’était une de vos convictions profondes, comme un homme en a deux ou trois dans sa vie… Et vous Marcel, qui venez d’un siècle si matérialiste ?

Ce dernier ne pipe mot.

- Parlez-nous plutôt de vous Alexandre, demande Stendhal !

- Je n’ai jamais été philosophe vous savez bien ! Je me suis contenté d’observer mes semblables, comme vous efforcé de n’avoir aucune idée préconçue, mais c’est si difficile ! Avec le parti pris de jouir de l’existence, une façon comme écrire, de ne pas tout laisser filer ! Si j’ai vu Dieu, c’est dans la beauté des femmes ! Et puis au hasard des instants, ces émotions qui vous déchirent le ventre, disparaissent, reviennent…

- L’ennui que nous éprouvons, continue le milanais, ne préfigure-t-il pas ce qui nous attend ?

- Palsambleu ! Entre cet ennui-là et le feu de l’enfer, je n’hésite pas ! La vie m’a suffi, tonne Dumas ! Et puis il n’y aura pas d’ennui puisque pas de temps… N’est-ce pas Marcel, le temps c’est votre affaire non ?

- C’est l’affaire de tous, répond-il, un tantinet pincé !

- Vous avez voulu vous en affranchir, glisse Stendhal…

- J’ai voulu le remettre à sa vraie place, au centre…

- Voilà ce qui nous attend dans l’éternité, sourit Alexandre, aucune pesanteur, pas de contrainte… La liberté absolue de l’esprit qui vogue au dessus des turpitudes, ignorant la jalousie, la possession, la souffrance…

- Justement, répond Stendhal, sans malheur comment savoir qu’on est heureux ?

- Mais nul besoin de le savoir puisqu’on l’est, reprend Marcel ! Est-ce que la rivière qui coule sait qu’elle s’écoule ? Toute dualité aura disparu…

- Cet absolu, certains l’ont approché avec l’amour, rêve Beyle. Puis il reprend de l’eau de vie…

- L’amour c’est l’énergie bien sûr, continue Proust… Dites-moi Stendhal, personne n’en parle jamais, mais pendant la Retraite de Russie, la Berezina, vous avez fait preuve d’un courage hors pair… On dit souvent que les gens de lettres sont pusillanimes, vous avez prouvé le contraire ! Quant à vous Alexandre, être parti à plus de soixante ans apporter des armes à Garibaldi, à bord de l’Emma, ça ne manque pas de panache… Vous étiez, il est vrai, en galante compagnie !

- Mais, les aventures de l’esprit ne demandent pas moins de courage, peut-être plus, rétorque Dumas ! Pour écrire votre livre, cher Marcel, il fallait une force incommensurable…

- Mon cher Beyle, répond Proust, voulez-vous que je vous dise…

- Oui, je le veux !

- Eh bien, à mon sens vous n’êtes pas si surpris d’être ici, vous avez vitupéré le clergé, les gens d’église mais l’abbé Blanès n’était-il pas un voyant, ne lisait-il pas dans les étoiles?

- Mais, vous-même avez totalement occulté Dieu dans vos livres !

- A force d’être nulle part, il était partout, plaisante Alexandre !

- C’est bien cela, j’étais un panthéiste, répond Proust amusé, un croyant qui s’ignore… Alexandre, ce n’est pas forfanterie, nous n’en sommes plus là, je peux vous l’avouer, pour moi Les Trois Mousquetaires sont une pure merveille… Athos, quel personnage, peut-être le plus beau de notre littérature… Et Milady, la façon dont elle retourne ses geôliers, voilà les femmes ! … Allez Beyle, l’heure est à la confession !

- Dieu ne peut se manifester par l’intelligence, sinon comment les gens simples le rencontreraient-ils ? J’ai voulu me battre contre les pesanteurs, la bêtise du siècle… Folie, immodestie de ma part, certes ! Mais voilà, certains hommes, certaines femmes, sont touchés par la grâce, parfois ça ne dure qu’un moment… Et puis quel siècle épouvantable que ce dix-neuvième ! L’argent avait supplanté tout le reste, même l’église ! De toute façon, la société, toute société est un jeu de dupes incessant ! Aussi, j’ai pratiqué l’art de la dissimulation… C’est bien trop dangereux de dire ce qu’on pense, il faut brouiller les cartes, sans cesse ! Quant à ce besoin d’inventer d’autres vies…

- Mais une seule existence c’est médiocre, décevant, s’anime Dumas ! J’ai désiré en vivre des centaines et j’y suis arrivé ventrebleu ! Sinon quel ennui ! Je serais devenu assassin ou voleur ! Pour m’approprier la vie des autres ! Je ne connais pas de plaisir plus fort que d’être emporté, tout d’un coup, dans une histoire… Quand dès les premières lignes, tout l’univers chavire autour de vous, disparaît, voilà le bonheur !

- Ecrire, répond Proust, est une façon de régler ses comptes, de se venger de la bassesse, de la bêtise ambiantes…

- Ah rêve Stendhal, le bonheur se suffisant à lui-même, nul besoin de livres, d’en écrire…

- Je me demande, dit Marcel, si nous aurons des souvenirs de notre vie terrestre…

- Je nous vois plutôt, continue Alexandre, voguant comme des anges au milieu de ceux que nous aimons, d’autres aussi, avec une perception absolue du bien et du mal. On peut lire à l’intérieur des êtres, de toute la création, avec une lucidité totale, une immense compassion… Le mal, un mauvais souvenir… Toute rancœur, même de nos erreurs passées, disparue… Comme dans les moments de bonheur parfait… Etrange, j’éprouve la sensation de plus en plus nette que ma mémoire s’évanouit, lentement…

- Sans doute qu’on attache trop de prix à l’existence, murmure Proust… Puis murmurant les vers de Novalis :

Nous avons tous au cœur une tristesse

Divinement profonde qui demeure

Et qui fait de nous tous un même flot…

* * *

Honoré de Balzac se réveille en sursaut, un peu étourdi. Quel rêve bizarre ! Ce Marcel Proust l’a étonné, qu’il ne connaît pas… “ Sans doute un de mes disciples, que la renommée n’aura pas atteint ! ” A cette pensée, il rit de lui-même et se remet au travail. Un coin de lune, ébréché par une cheminée, flotte sur les toits de Paris.

Nouvelle : Raymond Alcovère

03:46 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0)

Imagination

Imagination, Marcel ProustSpecial dedicace pour le Ray's Day
"Mon imagination, qui était mon seul organe pour jouir de la beauté." : Marcel Proust
Santa Maria della Pietà, Rocca Calascio (Abruzzi)

jeudi, 20 août 2015

Mémoires

Alexis de Tocqueville« J’ai observé que la plupart de ceux qui ont laissé des Mémoires ne nous ont bien montré leurs mauvaises actions ou leurs penchants que quand, par hasard, ils les ont pris pour des prouesses ou de bons instincts, ce qui est arrivé quelquefois. » : Alexis de Tocqueville.

mercredi, 19 août 2015

Dico de bord

"M39004_109226742465064_3420688_n.jpga méthode sera très simple. Je dirai ce que j'ai aimé; et tout le reste, à cette lumière, se montrera et se fera bien suffisamment comprendre."
Guy Debord, Panégyrique, exergue de "Dico de bord", à paraître.
Lisbonne, été 1993

Alchimie du verbe

qingsheng-shan-montagne.jpg"À moi. L'histoire d'une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d'église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l'enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n'a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de moeurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.

J'inventai la couleur des voyelles ! - A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. - Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d'inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l'autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges"

Arthur Rimbaud Alchimie du verbe.

mardi, 18 août 2015

Un autre corps

A la longue, la main qui écrit vient d'un autre corps qui enveloppe et comprend le corps, ses déplacements, sa flexibilité, ses respirations, ses courbures, ses oublis, ses ondes, sa buée d'ondes. La durée, comme un orage, est mise à distance.

Philippe Sollers, Le secret

ils vont être contraints de l'aimer

Photo de Lionel André, la forêt des Carroz,mars 2009.JPG"Chacun est le fils de ses œuvres, et comme la passivité fait son lit, elle se couche. Le plus grand résultat de la décomposition catastrophique de la société de classes, c'est que, pour la première fois dans l'histoire, le vieux problème de savoir si les hommes, dans leur masse, aiment réellement la liberté, se trouve dépassé: car maintenant ils vont être contraints de l'aimer."

Guy Debord, Préface à la quatrième édition italienne de " La Société du Spectacle "
Photo de Lionel André, la forêt des Carroz, mars 2009

lundi, 17 août 2015

le vrai est un moment du faux

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"Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux."
Guy Debord
Jacques Villeglé

il n’y a pas de vie tranquille, pour personne

1457881996.jpg"Les corps engourdis commençaient à s’ébrouer, au ralenti. Une aube semblable à tous les matins du monde. Pour la plupart c’était la fin des vacances, d’autres partaient en voyage, hors temps scolaires. Lui n’appartenait à aucun de ces univers balisés. Si les gens savaient, se dit-il. Il les regardait avec tendresse se déplacer maladroitement dans la carlingue. Sans doute vaut-il mieux ne pas savoir. Il rêva un instant d’une petite vie tranquille, d’ « expat » comme on les appelle, puis il se dit, bien sûr que non, il n’y a pas de vie tranquille, pour personne."
Extrait de "Rien compris au rock and roll", Raymond Alcovère, 2011, Clairdeplume34editions

Photo de Sam Pujol Greif

dimanche, 16 août 2015

Penseurs

« La plupart des penseurs écrivent mal parce qu’ils ne nous communiquent pas seulement leurs pensées, mais aussi le penser de leurs pensées » Nietzsche. Humain trop humain.

Désirs

Augmenter les désirs jusqu'à l'insoutenable tout en rendant leur réalisation de plus en plus inaccessible, tel était le principe unique sur lequel reposait la société occidentale.

Michel Houellebecq, La possibilité d'une île

05:57 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0)

Tous

1001977_10152846566211632_6930999560310333034_n.jpgLa société repose sur un crime commis par tous

Freud

samedi, 08 août 2015

Wang Wei

Du vallon broussailleux, des rochers blancs émergent ;

Épars dans le ciel froid, quelques feuillages rouges...

Sur le sentier de la montagne, il n'a pas plu ;

Mais l'azur de l'espace inonde mes habits.

Wang WeiTang_Yin_003-1024x659.jpg

21:13 Publié dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wang wei

La joie des poissons

572315228.jpgTchouang-tseu et Houei-tseu se promenaient sur un pont de la rivière Hao. Tchouang-tseu dit : " Voyez comme les vairons se promènent tout à leur aise ! C'est là la joie des poissons.
— Vous n'êtes pas un poisson, dit Houei-tseu. Comment savez-vous ce qui est la joie des poissons ?
— Vous n'êtes pas moi, répondit Tchouang-tseu. Comment savez-vous que je ne sais pas ce qui est la joie des poissons ?
— Je ne suis pas vous, dit Houei-tseu, et assurément je ne sais pas ce que vous savez ou non. Mais comme assurément vous n'êtes pas un poisson, il est bien évident que vous ne savez pas ce qui est la joie des poissons.
— Revenons, dit Tchouang-tseu, à notre première question. Vous m'avez demandé : comment savez-vous ce qui est la joie des poissons ? Vous avez donc admis que je le savais, puisque vous m'avez demandé comment. Comment le sais-je ? Par voie d'observation directe sur le pont de la rivière Hao ".

Tchouang-tseu (Traduit du chinois par Liou Kia-hway)

05:02 Publié dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 07 août 2015

Le grand pow-wow de la lumière

P5244636.jpgLa neige vint cet hiver-là, en brouillard qui apaise les contours. La mer était grise, grise et blanche. Des nuées de mouettes voletaient en rangs serrés au dessus de l’eau. Quelques pas derrière, les flamants, suspendus, jetaient des taches roses sur le vert des étangs. Je marchais de longues heures jusqu’à la cathédrale de Maguelone. Les étangs offraient leur placidité sauvage, le silence retenu de ce qu’était le rivage autrefois, maintenant oublié, à peine ridé par le vent du Nord. Puis arrivait un soleil éclatant, avec les passants, incongrus, lointains dans ce décor de couleurs. Le grand pow-wow de la lumière.

Raymond Alcovère, extrait de "Le bonheur est un drôle de serpent", 2009, éditions Lucie
Photo : Ni Houzel Belliappa

mercredi, 05 août 2015

Clandestinité

Philippe Sollers« Je suis persuadé qu’il ne se passe jamais rien d’intéressant entre un homme et une femme, sauf quelque chose qui implique immédiatement la clandestinité. » : Philippe Sollers

 

 

Le mal

Joseph de Maistre; Helmut Newton"Le mal, arrivé à un certain point, s'égorge lui-même"

Joseph de Maistre

Photo : Helmut Newton

Corps

Mon corps est plus dans mon âme que mon âme n'est dans mon corps

Maître Eckhart

mardi, 04 août 2015

"Still Life with a Gilt Cup", Willem Claesz. Heda, 1635.

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11:45 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)