mardi, 21 juillet 2026
Novalis sur le langage
« La haine que tant de gens sérieux ont du langage. Sa pétulance et son espièglerie, ils la remarquent ; mais ce qu’ils ne remarquent pas, c’est le bavardage à bâtons rompus et son laisser-aller si dédaigné qui sont justement le côté sérieux de la langue. (...) C’est vraiment une chose bien folle que de parler et d’écrire : le dialogue véritable est un simple jeu de mots. L’erreur la plus risible est seulement de s’étonner que des gens pensent parler à cause des choses-même. Précisément, la particularité de la langue, à savoir qu’elle ne s’occupe que d’elle-même, personne ne la connaît. C’est pourquoi la langue est un mystère si merveilleux et si fécond – et lorsque quelqu’un parle simplement pour parler, il exprime à cet instant les vérités les plus sacrées et les plus originales. »
Novalis
Photo : Brassaï, Paulette et André, 1949
08:22 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : novalis, brassaï
lundi, 20 juillet 2026
Les Hymnes à la nuit
« Faut-il toujours que le matin revienne ? L’empire de ce monde ne prend-il jamais fin ? Une fatale activité engloutit les élans divins de la Nuit qui s’approche. Ne va-t-il donc jamais, le sacrifice occulte de l’Amour, éternellement brûler ?
La lumière a son temps, qui lui fut mesuré ; mais le royaume de la Nuit est hors le temps et l’espace. Et c’est l’éternité que le sommeil a pour durée.
Sommeil sacré ! Ne t’en viens pas trop rarement, durant le terrestre labour du jour, combler de tes félicités les adeptes fidèles de la Nuit. Les insensés uniquement te méconnaissent et ne savent point d’autre sommeil que l’ombre que tu jettes, par compassion pour nous, au crépuscule de la nuit évidente. Ils ne te sentent point dans le flot d’or des grappes – dans l’huile miraculeuse de l’amandier ou dans la brune sève du pavot. Ils ne le savent pas, que c’est toi qui nimbes ainsi le tendre sein de la vierge et nous fais de son cœur un paradis. Ils ne pressentent pas que, te levant des légendes anciennes, tu t’avances vers nous, ouvrant le ciel, et tu portes la clef qui ouvre les demeures de la béatitude, silencieux messager des infinis mystères. »
Les Hymnes à la nuit, Novalis, 2.
17:53 Publié dans Grands textes, illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : novalis
dimanche, 19 juillet 2026
Spiritualité, pop, rock et autres résonances, de Jean Azarel
Jean Azarel explore ici de manière très personnelle et poétique 48 chansons ou morceaux pour la plupart issus de la période mythique (1965-1975) et connectés aux diverses formes de spiritualités qui ont innervé ce moment si explosif et créatif de la musique. On y retrouvera Les Doors, King Crimson, Léonard Cohen, Jimi Hendrix, Nico mais aussi Popol Vuh, Daniel Darc, Billie Holiday, Léo Ferré et Sœur Marie Keyrouz, entre autres...
Extrait : « La musique du Floyd se boit comme un jus coloré de fruits insolites, coulant dans la gorge tel un vol d’oiseaux aux ailes qui n’en finissent pas de pousser et peignent les entrailles de leurs battements erratiques. Nous sommes nés de Syd Barrett, génie de sonorités sorties d’une lampe frottée aux feuilles de marijuana, et accompagnées d’une saveur d’Orient. Nous sommes nés de plus, More, aux portes de l’aube, At the gates of dawn, en traversant à la vitesse de la lumière une succession de cerceaux cosmiques. Nous sommes nés avec l’argot de Cambridge pour désigner l’acte sexuel, Ummagumma. Nous sommes nés d’une vache placide sur la pochette d’un vinyle où notre mère a un cœur d’atome, Atom Heart Mother, tandis que le bovidé mâche inlassablement des modulations sismiques. Nous sommes nés d’un concert à Pompéi, où la terre s’est mise à tourner différemment sous l’attraction des planètes mentales exhumées de nos consciences déverrouillées. »
348 pages, 19 euros, Éditions la Rumeur libre, vient de sortir.
11:24 Publié dans Critique, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean azarel
samedi, 18 juillet 2026
Se doute-t-il ?
Quand Gustave Flaubert écrit ces mots, dans une longue lettre à Louise Colet, le 16 janvier 1852, se doute-t-il qu'ils vont hanter des générations d'écrivains ?
« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait lui-même par la force interne de son style, comme la terre sans être soutenue se tient en l’air, un livre qui n’aurait presque pas de sujet, ou du moins le sujet serait presque invisible, si cela se peut. Les œuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matière ; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. Je crois que l’avenir de l’Art est dans ces voies. »
Photo de Krissy Hunt
08:45 Publié dans Histoire littéraire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gustave flaubert, krissy hunt
mardi, 14 juillet 2026
En toute invraisemblance
"Merveilleux. Entre ciel et terre, sur l’herbe. Rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi avec toute la présence que cela requiert, en toute invraisemblance."
Nicolas de Staël à René Char.
19:11 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nicolas de staël
samedi, 30 mai 2026
Extrait de l'article du Monde de ce jour sur Edgar Morin
"Il est nommé lieutenant des Forces françaises combattantes. A cette période, il y eut beaucoup de « rendez-vous ratés avec la mort ». Résistants urbains, ses camarades et lui étaient sans cesse traqués. Un jour, à Paris, fin 1943, alors qu’il a rendez-vous avec « Jean » – ce marin de Hambourg dont le dévouement amena sans doute Edgar Morin à réfuter, après-guerre, la thèse d’une culpabilité collective du peuple allemand –, il manque de se faire prendre dans une souricière.12:24 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : edgar morin
jeudi, 21 mai 2026
Des opinions violemment contradictoires
« Lorsqu'une question soulève des opinions violemment contradictoires, on peut assurer qu'elle appartient au domaine de la croyance et non à celui de la connaissance. »
Voltaire
Photo : Elliott Erwitt, Roma, 1955
13:42 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : voltaire, elliott erwitt
mercredi, 20 mai 2026
De légères touches de nuit
"Rembrandt pouvait peindre les bourgeois affairés tels qu'ils venaient poser après déjeuner, mais, à minuit, alors qu'ils dormaient pour se reposer parce qu'il fallait travailler le lendemain, le brave Rembrandt était dans son atelier, occupé à mettre de légères touches de nuit sur ses toiles."
Jack Kerouac, Desolation Angels
16:18 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rembrandt, jack kerouac
lundi, 18 mai 2026
Un vrai roman !
On connaissait Jacki Maréchal surtout pour sa peinture et sa capacité d’évoluer, de se réinventer, en abordant des langages, des genres différents : expressionnisme, abstraction et plus récemment la figuration avec un hymne magnifique à la nature.
Côté écriture, il avait jusque là privilégié la forme brève, et voilà qu’il nous livre aujourd’hui un roman, un vrai, bien construit, avec une histoire, des personnages riches et subtilement dessinés, de l’émotion, de la poésie mais aussi l’Histoire avec une grande hache. Le roman se passe autour de la première guerre mondiale et, plus original, il se concentre sur l’histoire de l’anarchisme et nous le montre sous un jour éloigné des sentiers battus. Ainsi s’exprime Baptiste, devant le Procureur : « Aucune société ne pourrait exister sans règles, il s’agirait pour moi simplement de concevoir des règles qui soient consenties, sans nécessité de domination. De plus, mes mots ne portent jamais sur l’égalité matérielle, mais l’égalité de dignité. Je souhaiterais seulement que soit favorisée et respectée la créativité de chaque individu, les inégalités ne se présenteront plus alors comme des frustrations, elles ne seront que des différences, ces différences, bien utilisées, favoriseront le progrès industriel et économique, autant que social. »
Et puis, ceux qui connaissent Jacki savent que son autre grande passion c’est la musique. Pas étonnant donc qu’on la retrouve ici comme fil d’Ariane de l’intrigue. Mais une musique pas comme les autres (on ne pouvait pas s’attendre à autre chose avec Jacki !) qui a voir avec quelque mystérieux arcane…
Alors, plongez dans ce roman, vous irez de surprise en émerveillements…
Pour une mise en bouche, en voici l’incipit :
Debout, lèvres entrouvertes, cheveux épais, longs, rabattus en une mèche de côté, jambes légèrement écartées au centre d’un champ d’herbes hautes, tête renversée là où se mélangent les cimes des grands frênes, je laisse mes doigts courir au‑dessus des claviers de l’accordéon, sans en enfoncer les touches. Un oiseau raye le ciel. Dans son sillage monte la terre, le crépuscule. C’est la nuit. Une silhouette d’homme, des doigts minces sur le clavier d’un instrument, séparés du reste du corps, se confond aux fûts des arbres. Cette présence me laisse seul au monde, en apnée, tant son immobilité parait enracinée dans le noir. Cette nuit, je l’entends parler d’un souffle, comme si ma filiation avec cet être n’avait jamais été aussi palpable.
Jacki Maréchal. Cinq notes secrètes, roman. 2026. 230 p., 15 €.
Contact : jackimarechal@yahoo.fr
16:57 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jacki maréchal
dimanche, 17 mai 2026
Un avenir préexistant
"C'est vers un avenir préexistant que s'écoule le fleuve absolu du temps cosmique."
Borges
19:47 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : borges
dimanche, 10 mai 2026
Cinq notes secrètes
Monsieur le président, je ne suis pas un terroriste. Je ne cache pas ma passion, mon espoir d’une société différente, mais ma démarche est pacifique, purement politique, absolument pas terroriste ». Le président acquiesce puis le procureur, front haut et cheveux gris plaqués, interroge maintenant Baptiste :Extrait de "Cinq notes secrètes", roman de Jacki Maréchal, 230 p. 15 €, vient de sortir.
10:49 Publié dans Evénements | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jacki maréchal
mardi, 05 mai 2026
Mousse
"Mes pensées s'échappent de ma tête comme de la mousse d'une bouteille de bière."
Anatole France
18:36 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anatole france
mardi, 28 avril 2026
Paysage par temps calme.
On peut passer des dizaines de fois devant un tableau de Poussin et ne rien voir. A son ami Chantelou : "Les choses esquelles il y a de la perfection ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec temps, jugement et intelligence. Il faut user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire". L’émotion tisse son œuvre. L’espace est baigné d’une douce lumière, transfiguré, présence de la volupté, mais aussi de la volonté farouche des hommes, touches graciles de vert dans le jade du ciel. Une perfection qu’on devinait confusément est là, manifeste, sur la toile. Lumière romaine, tour à tour triomphante et souple, sensualité des corps, justes, voluptueux, jamais idéalisés, tout précise l’harmonie, la souplesse, l’éternel retour...
Cette œuvre : Paysage par temps calme. Le bleu de l’eau et des météores se contemplent, enserrent le paysage, un rêve entre les deux, lui aussi dédoublé par son reflet. Sinon presque rien, des animaux paisibles, la montagne se fond dans l’architecture des nuages, les feuilles de l’arbre sur la droite s’effilochent irréelles, ténues, graciles, les nuages s’envolent vers le haut du ciel, la sensation de calme est rassemblée, ramenée partout, innervée.
Un homme au premier plan s’appuie sur une canne, près de lui un chien mais leur regard flotte indifférent à cette beauté, ils en sont tellement pénétrés qu’ils n’ont pas besoin de la regarder. Le mouvement de leur corps est le lever de rideau de la scène. D’autres personnages, minuscules, des cavaliers, l’un d’entre eux lance sa monture à toute vitesse, il va quitter le tableau, il n’a pas place ici, son départ imminent le montre, la tranquillité va reprendre sa place.
Partout dans l’œuvre de Poussin, ces nuances de teintes qui sculptent le paysage, répandues sur les contours, cieux déchirés, adamantins, douceur infinie des regards, apaisante. Souvent, les personnages sont pris de frénésie, c’est l’orage, le grand vent de l’Histoire, la Bible, rien n’échappe à ce déferlement. Toujours les météores, les nuées décrivent l’action, les sentiments, la palette est infinie. Son but, la délectation, la sensualité pure, l’arrondi des corps, cette chair que l’on respire. Plus on regarde un tableau de Poussin, plus on y décèle d’harmonie, plus la vue s’éclaire, prend de l’expansion, devient assurée. La fièvre subtile qui se dégage de la composition gagne le spectateur.
Raymond Alcovère, Le Sourire de Cézanne, roman, éditions n & b, 2007, extrait
15:50 Publié dans Le Sourire de Cézanne | Lien permanent | Commentaires (0)
lundi, 13 avril 2026
Tout d'un train
« Ici, nous allons conformément et tout d’un train, mon livre et moi. »
Montaigne
Gustave Doré
17:22 Publié dans En cours d'écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : montaigne, gustave doré
mardi, 07 avril 2026
Pourquoi ?
« Pourquoi dans ces conditions, s’étonna Lao Tseu, ne lui as-tu pas appris pour le libérer de ses chaines que la vie et la mort étaient une seule et même chose, et que le vrai et le faux se confondaient ? »
Zhuangzi
Illustration : Gustave Doré
19:42 Publié dans Chine, Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gustave doré, zhuangzi
dimanche, 08 mars 2026
Un jeune homme...
Un jeune homme... – Traçons son portrait d'un seul trait de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans, don Quichotte décorcelé, sans haubert et sans cuissards, don Quichotte revêtu d'un pourpoint de laine dont la couleur bleue s'était transformée en une nuance insaisissable de lie-de-vin et d'azur céleste. Visage long et brun ; la pommette des joues saillante, signe d'astuce ; les muscles maxillaires énormément développés, indice infaillible auquel on reconnaît le Gascon, même sans béret, et notre jeune homme portait un béret orné d'une espèce de plume, l'œil ouvert et intelligent ; le nez crochu, mais finement dessiné ; trop grand pour un adolescent, trop petit pour un homme fait, et qu'un œil peu exercé eût pris pour un fils de fermier en voyage, sans sa longue épée qui, pendue à un baudrier de peau, battait les mollets de son propriétaire quand il était à pied, et le poil hérissé de sa monture quand il était à cheval.
Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, chap. 1, 1844 (extrait)
11:18 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre dumas
vendredi, 06 mars 2026
John Huston, par Irving Penn

19:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john huston
Démontrable
Claude Roy dans son Stendhal par lui-même écrit : « La perfection de Le Rouge et le Noir et de La Chartreuse de Parme me semble cependant démontrable. Ces deux ouvrages, par leurs données, les caractères qui y sont présentés, la construction des intrigues qui s’y développent, le charme de leurs descriptions, la curiosité et la bonté que l’auteur y exerce, l’intelligence qu’il y manifeste, ont ce caractère de nécessité qui rend parfaitement heureux, – propre aux véritables chefs-d’œuvre (...) La prose de Stendhal n’est jamais une draperie posée sur un quelconque contenu, elle est le contenu même de sa pensée, un mouvement qui nous est transmis sans aucune déperdition d’énergie. »
19:34 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stendhal
Une deuxième Révolution
« Une deuxième Révolution a eu lieu en France, plus fondamentale que la première, dans le dernier tiers du dix-neuvième siècle. Elle a porté sur les racines mêmes de ce qu'on appelle communément penser, dire, percevoir, représenter, se souvenir, sentir. En peinture, au-delà du surgissement héroïque de l'Impressionnisme (qui continue à culpabiliser la Banque), cette révolution a un nom : Cézanne. En poésie : Rimbaud. On rapproche ici, pour la première fois, ces deux expériences ayant engendré tour à tour le rejet, l'incompréhension, la fascination, l'appropriation, la spéculation. Sous le béton des cultes, les forêts de la liberté ; sous le pavé des thèses, l'évidence. Même si on essaie de la recouvrir sous des flots d'argent ou de tourisme "culturel", une vraie révolution persiste. L'art "moderne" se dissout dans l'affairement spectaculaire ? La Montagne Sainte-Victoire ou Les Illuminations sont là. Que signifie donc cette subversion en couleurs ? Dans quelles dimensions prennent place ces portraits, ces paysages, ces Baigneuses, vers quelle Présence cet espace jamais vu fait-il signe ? Qu'est-ce qu'un Cézanne ? Quel est son Temps ? »19:20 | Lien permanent | Commentaires (0)
samedi, 28 février 2026
"Le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations." Rimbaud

11:06 Publié dans illuminations | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rimbaud


















