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mercredi, 19 août 2015

Dico de bord

"M39004_109226742465064_3420688_n.jpga méthode sera très simple. Je dirai ce que j'ai aimé; et tout le reste, à cette lumière, se montrera et se fera bien suffisamment comprendre."
Guy Debord, Panégyrique, exergue de "Dico de bord", à paraître.
Lisbonne, été 1993

mardi, 31 mars 2015

Dico de bord (extrait 30)

dico de bord, Watteau#‎Dicodebord‬ extrait 30
Watteau (Antoine)
Peintre musical, subtil, profond. Le Pèlerinage à l’île de Cythère (1717), du Louvre, ressemble à une portée musicale, les lignes se croisent, se multiplient, se fondant dans les couleurs chaudes, mais aussi vertes et bleues, formant un ensemble unique, vivant, terminé par une envolée d’anges. Tout dans son œuvre porte à l’envol, la sensualité, l’hédonisme. Avec toujours, cette part de mystère, les personnages arrivent-ils ou quittent-il ce paradis ? Ils y sont tout simplement. Mort à trente-sept ans (1684-1721), son art ne ressemble en rien à ce qui l’a précédé. « L’ingénuité métaphysicienne de Novalis, la tendresse fiévreuse de Chopin, le sourire parfois tragique de Laforgue, la beauté idéaliste de Mozart, la passion pastorale de Schubert, tout cela est situé dans le pays que Watteau a extrait de la nature, et au fond duquel, avec une émotion indicible, on entend le murmure de l’Invitation au voyage. » Camille Mauclair (Revue Bleue, 1904). André Breton a écrit : « L’étoile qui fait oublier la boue, c’est la personnalité angélique de Watteau. » Et puis il y a le fameux Gilles, que l’on appelle maintenant Pierrot : il fait partie de ces grandes œuvres énigmatiques de la peinture, dont les interprétations n’épuisent jamais le sujet. (Vivant Denon l’a acheté pour le Louvre 150 ou 300 francs, place du Carrousel, en 1804).
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

samedi, 28 mars 2015

Dico de bord (extrait 29)

brassens2.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 29
Oncques
Ce délicieux adverbe trop compliqué pour notre époque (il signifie quelquefois et jamais accompagné d’une négation !) a probablement vécu ces derniers instants avec Georges Brassens, dans Les Oiseaux de passage : « Ô vie heureuse des bourgeois / Qu’avril bourgeonne ou que décembre gèle, / Ils sont fiers et contents/ Ce pigeon est aimé, / Trois jours par sa pigeonne / Ça lui suffit il sait / Que l’amour n’a qu’un temps (…) Elle a fait son devoir / C’est-à-dire que oncques / Elle n’eut de souhait impossible elle n’eut / Aucun rêve de lune aucun désir de jonque / L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu. » Le poème est extrait de La Chanson des gueux, de Jean Richepin (1849-1926), qui valut à son auteur un mois de prison et 500 francs d’amende.
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

vendredi, 27 mars 2015

Dico de bord (extrait 28)

mains.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 28
Prendre
Le soleil, l’air, la température, ses marques, les devants, date, la fuite, pied, racine, effet, femme, à témoin, sur soi, sa source, à son jeu, son pied, la mouche, un verre, un train en marche, en main son destin…
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

mercredi, 25 mars 2015

Dico de bord (extrait 27)

veronese..les.noces.de.cana-.detail2.-1563-.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 27
Vin
Le « vin aux sombres feux » d’Homère mériterait un livre à lui tout seul. Le crétois Nikos Kazantzakis, dans Alexis Zorba, fait dire à son splendide personnage : « Qu'est-ce que c'est encore que cette eau rouge, patron, dis-moi ! Une vieille souche pousse des rameaux, il y a des espèces d'ornements acides qui pendent, et le temps passe, le soleil les mûrit, ils deviennent doux comme du miel et alors on les appelle raisins ; on les foule, on retire le jus qu'on met dans des tonneaux, il fermente tout seul, on le découvre à la fête de Saint-Georges-le-Buveur, il est devenu du vin ! Qu'est-ce que c'est encore que ce prodige ! Tu bois ce vin rouge et voilà ton âme qui grandit, elle ne tient plus dans la vieille carcasse, elle défie Dieu à la lutte. Qu'est-ce que c'est que ça, patron, dis-moi ? » Mais le vin est aussi français, bien sûr ! Ce que Philippe Sollers illustre, dans Le cavalier du Louvre, à propos du bourguignon Vivant Denon : « Naître dans le vin français est toute une histoire ; une expérience de fond qui fortifie, dégrise. La raison, et une certaine vérité d'en deçà des choses, rôdent par là. Peu de délire, l'œil ouvert, l'oreille rapide, le pied vite levé, la main exacte. Enfant, on n'a même pas à lire Rabelais, il se vit et se parle autour de vous, on l'entend, on le constate. De vin devin on devient. »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)
Paul Véronèse Les noces de Cana, détail

mardi, 24 mars 2015

Dico de bord (extrait 26)

DSCN0856.1.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 26
Rond
« J’accepte absolument le Temps, lui seul est rond et complet. » : Hölderlin. Dans un conte zen, le disciple demande au maître : « Pourquoi la balle roule-t-elle ? Il répond : La balle est libre, elle est la vraie liberté. Pourquoi ? Parce qu’elle est ronde, elle peut rouler partout, dans n’importe quelle direction, librement. Inconsciemment, naturellement, automatiquement. »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

02:56 Publié dans Dico de bord | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rond, dico de bord

dimanche, 22 mars 2015

Dico de bord (extrait 25)

dico de bord, Epictète‪#‎Dicodebord‬ extrait 25
Epictète
Ce philosophe stoïcien né à Hiérapolis n’a laissé aucun écrit ; mais grâce à son disciple Arrien il nous reste son Manuel, qui contient des pépites : « Ne désire que ce qui dépend de toi. » ou encore : « Ce ne sont pas les choses elles-mêmes qui nous troublent, mais l’opinion que nous nous en faisons. » C’est bien un manuel, un livre pratique, aux profondes résonances : « Quand tu es sur le point d’entreprendre une chose, mets-toi bien dans l’esprit ce qu’est la chose que tu vas faire. Si tu vas te baigner, représente-toi ce qui se passe d’ordinaire dans les bains publics, qu’on s’y jette à l’eau, qu’on s’y pousse, qu’on y dit des injures, qu’on y vole. Tu iras ensuite plus sûrement à ce que tu veux faire, si tu te dis auparavant : « Je veux me baigner, mais je veux aussi conserver ma liberté et mon indépendance, véritable apanage de ma nature. » Et de même sur chaque chose qui arrivera. Car, de cette manière, si quelque obstacle t’empêche de te baigner, tu auras cette réflexion toute prête : « Je ne voulais pas seulement me baigner, mais je voulais aussi conserver ma liberté et mon indépendance ; et je ne les conserverais point, si je me fâchais. »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

vendredi, 20 mars 2015

Dico de bord (extrait 24)

c-est-arrive-a-naples-60-02-g.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 24
Annonciation
Philippe Sollers, dans Le Secret, propose une version revigorante de ce moment-clé : « L’Archange Gabriel à la Vierge Marie : « Écoutez, vous allez concevoir, venant de Dieu, un lapsus mémorable. » — « Quoi ? » — « Pas un organe, un homme. » — « Pas possible ! » — « Vous n’acceptez pas ? » — « Si, si ! » — « Vous serez rétribuée par une superbe Pietà, je discerne dans l’avenir l’artiste qui la sculptera, cadavre exquis de votre fils-dieu-père légèrement allongé sur vos genoux. Juste le temps de poser, hein, vous ne pourrez pas garder le corps, il doit ressusciter et monter au ciel. » — « C’est dur. » — « Sans doute, mais, par la suite, vous monterez vous aussi au ciel avec votre vrai corps d’aujourd’hui. » — « Mon corps ? Mais que voulez-vous que j’en fasse ? Il me déplaît, il me gêne, j’ai encore grossi ces temps-ci. » — « Vous serez réparée là-haut, très belle, éternellement. » — « Hum. » — « Toujours vierge, jeune, belle, blanche, bleue, rayonnante et toujours plus belle, couronnée du soleil, des étoiles, objet d’une adoration perpétuelle, faisant des miracles, apparaissant même de temps en temps aux mortels. » — « Vous allez trop loin. » — « Pas moi, mais Dieu votre père qui a besoin de devenir votre fils pour être pleinement père dans son omnipotence, sa munificence, son insondable présence, son incomparable distance. » — « Bon, mettons. » »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

mercredi, 18 mars 2015

Dico de bord (extrait 23)

dico de bord, Yi Jing‪#‎Dicodebord‬ extrait 23
Yi jing
C’est le plus ancien texte philosophique de la Chine (1 000 ans avant J-.C.), et le socle sur lequel toute la pensée chinoise va s’élaborer. C’est aussi un guide de vie, un livre pratique, comme il n’en est pas de pareil ; chaque fois qu’on est confronté à une difficulté, autrement dit tout le temps ou presque, il propose des solutions, des pistes. Les recommandations données ne sont jamais fermées, et quoi qu’il en soit, pleines de sagesse et raison. On pourrait multiplier les exemples ; voici l’hexagramme 23 : Po (l’éclatement) : « L’homme qui s’adapte a le temps pour lui (…) Concentrez-vous sur la valeur symbolique des choses et leur pouvoir de vous relier aux forces célestes. » Ou l’hexagramme 56 : Liu (le voyageur) : « Dans le monde des apparences, ce qui est souple et flexible est ce qui parvient le mieux au cœur des choses. » ou 32 : Hong (la durée) : « C’est le cycle des quatre saisons, les changements qu’elles opèrent qui rendent possibles l’accompagnement de toutes choses dans la durée. » Ou encore 24 : Fou (le retour) : Ce qui est solide et fort est réversible. » Ou le 44 : Keou (la rencontre) : « L’instant de la rencontre, son intensité sont en correspondance avec la manière dont nous sommes reliés aux principes premiers. » Le principe d’harmonie chinois trouve ici sa plus simple et forte justification. Pour savoir si je suis en harmonie avec le monde au moment où je pose la question, en jetant les pièces, le monde donne la réponse, ou tout au moins une possibilité de réflexion et d’action. Borges a écrit : « Confucius déclara à ses disciples que si le destin lui avait accordé cent années supplémentaires de vie, il en aurait occupé la moitié à l’étude du Yi-jing, et l’autre moitié à celle de ses commentaires ». (Stephen Karcher, Yi jing, Rivages poche).
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

mardi, 17 mars 2015

Dico de bord (extrait 22)

Giacomo-Casanova-1250x430.jpg‪#‎Dicodebord‬ extrait 22
Casanova (Giacomo)
Immense philosophe et écrivain. Persuadé que s’il était malheureux, c’était de sa faute, il a cherché sans relâche le bonheur, l’a trouvé et a consacré ses dernières années à raconter sa vie : « En me rappelant les plaisirs que j’ai eus, je les renouvelle, j’en jouis une seconde fois, et je ris des peines que j’ai endurées et que je ne sens plus. Membre de l’univers, je parle à l’air, et je me figure rendre compte de ma gestion, comme un maître d’hôtel le rend à son maître avant de disparaître. » Témoignage incomparable, écrit en français, langue des sages et des savants de l’Europe du 18e : « J’ai vécu en philosophe, je meurs en chrétien. » « Cultiver les plaisirs de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire ; je n’en ai jamais eu de plus importante. » Il insiste sur le fait que « Son esprit et sa matière sont une seule substance. » « Le plaisir que je donnais composait toujours les quatre cinquièmes du mien ». « Rien ne pourra faire que je ne me sois amusé. » Il est vraiment un homme des Lumières, insiste sur la raison : « La raison est une parcelle de la divinité du Créateur. Si nous nous en servons pour être humbles, et justes, nous ne pouvons que plaire à celui qui nous en a fait le don. Dieu ne cesse d’être Dieu que pour ceux qui conçoivent possible son inexistence. Ils ne peuvent pas subir une plus grande punition. » Casanova, c’est sa force, est pragmatique : « Une philosophie consolante d’accord avec la religion prétend que la dépendance de l’âme, des sens, et des organes n’est que fortuite et passagère, et qu’elle sera libre et heureuse quand la mort du corps l’aura franchie de leur pouvoir tyrannique. C’est fort beau, mais, religion à part, ce n’est pas sûr. Ne pouvant donc me trouver dans la certitude parfaite d’être immortel qu’après avoir cessé de vivre, on me pardonnera, si je ne suis pas pressé de parvenir à connaître cette vérité. Une connaissance qui coûte la vie coûte trop cher. En attendant, j’adore Dieu, me défendant toute action injuste, et abhorrant les hommes injustes, sans cependant leur faire du mal. Il me suffit de m’abstenir de leur faire du bien. Il ne faut pas nourrir les serpents. » Et de citer Pline le Jeune : « Si tu n’as pas fait des choses dignes d’être écrites, écris-en du moins qui soient dignes d’être lues. » : Il l’a fait. Ce maître en stratégie a écrit aussi : « Il y a dans les grandes entreprises des articles qui décident de tout, et sur lesquels le chef qui mérite de réussir est celui qui ne se fie à personne. »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

vendredi, 13 mars 2015

Dico de bord (extrait 20)

langage, dico de bord, escher#‎Dicodebord‬ extrait 20
Langage
« L'homme tend à nier ce qu'il ne sait pas affirmer (exprimer). » écrit Paul Valéry dans Tel quel. L’érotisme lui est lié, l’inconscient aussi. Il est au centre, au cœur. Philippe Sollers : « De la même manière, vous ne parviendrez pas à faire admettre à des subjectivités de plus en plus façonnées par le modèle de la communication répétitive et instantanée, que la langue qu'ils habitent vient de plus loin qu'eux et les traverse physiquement pour les dévoiler sans qu'ils s'en doutent. » Ou encore dans Grand beau temps : « Nous sommes vraiment les animaux lourds et laboureurs de notre langage qui nous possède d'une façon beaucoup plus fine, beaucoup plus virevoltante, beaucoup plus explosive que nous nous permettons de le penser ». Novalis éclaire un autre aspect du langage : « La haine que tant de gens sérieux ont du langage. Sa pétulance et son espièglerie, ils la remarquent ; mais ce qu’ils ne remarquent pas, c’est le bavardage à bâtons rompus et son laisser-aller si dédaigné qui sont justement le côté sérieux de la langue. » Ou encore : « C’est vraiment une chose bien folle que de parler et d’écrire : le dialogue véritable est un simple jeu de mots. L’erreur la plus risible est seulement de s’étonner que des gens pensent parler à cause des choses-même. Précisément, la particularité de la langue, à savoir qu’elle ne s’occupe que d’elle-même, personne ne la connaît. C’est pourquoi la langue est un mystère si merveilleux et si fécond – et lorsque quelqu’un parle simplement pour parler, il exprime à cet instant les vérités les plus sacrées et les plus originales. » Ou, du même : « Le langage est un instrument de musique pour la pensée. »
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

M.C. Escher

mardi, 10 mars 2015

Dico de bord (extrait 18)

dico de bord, Diable, Tiepolo#‎Dicodebord‬ extrait 18
Diable
« Mais me direz-vous, avec une spontanéité candide, le Diable n'existe pas. En effet. Mais sa fonction est justement de faire croire que ce qui n'existe pas existe. Le non-être est, voilà sa répétition. Le non-être pourrait être ? Il est possible que le non-être soit ? Les mortels se laissent pénétrer et convaincre. Prince de ce monde, bien sûr, puisque ce monde n'est que celui de l'opinion à propos de ce qui n'est pas. Aller en enfer, signifie : vous aurez à souffrir, comme si vous étiez, de ne pas être. Diable veut dire étymologiquement : qui divise. » : Philippe Sollers, Le secret.
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)
Tiepolo

lundi, 09 mars 2015

Dico de bord (extrait 17)

dico de bord, georges pérec‪#‎Dicodebord‬ extrait 17
Classer
Ô Georges Perec, sois vénéré pour ceci : « Mon problème, avec les classements, c'est qu'ils ne durent pas ; à peine ai-je fini de mettre de l'ordre que cet ordre est déjà caduc. Comme tout le monde, je suppose, je suis pris parfois de frénésie de rangement ; l'abondance des choses à ranger, la quasi-impossibilité de les distribuer selon des critères vraiment satisfaisants font que je n'en viens jamais à bout, que je m'arrête à des rangements provisoires et flous, à peine plus efficaces que l'anarchie initiale. Le résultat de tout cela aboutit à des catégories vraiment étranges ; par exemple, une chemise pleine de papiers divers et sur laquelle est écrit « À CLASSER » ; ou bien un tiroir étiqueté « URGENT 1 » et ne contenant rien (dans le tiroir « URGENT 2 » il y a quelques vieilles photographies, dans le tiroir « URGENT 3 » des cahiers neufs). Bref, je me débrouille. »

(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)

dimanche, 08 mars 2015

Dico de bord (extrait 16)

dico de bord, lecture, van Gogh‪#‎Dicodebord‬ extrait 16
Lecture
« L’objet de la littérature est de nous apprendre à lire » a écrit Claudel. Il y a bien sûr plusieurs sortes de lectures. Ce n’est pas un acte anodin, qui devient de plus en plus politique aujourd’hui, puisque tout est fait pour nous empêcher de lire. La lecture de connaissance est la plus intéressante, comme l’a écrit Montaigne : « J’aime mieux forger mon âme que la meubler. » « Toutes les grandes lectures sont une date dans l’existence » : Lamartine. Nietzsche, dans Ecce homo, dessine le portrait-robot du lecteur parfait : « Quand j'essaie de m'imaginer le portrait d'un lecteur parfait, cela donne toujours un monstre de courage et de curiosité, et en outre quelque chose de souple, de rusé, de prudent, un aventurier et un explorateur-né. » Proust lui aussi, grand lecteur s’il en est, s’est penché sur la question : « Mais pour en revenir à moi-même, je pensais plus modestement à mon livre, et ce serait même inexact que de dire en pensant à ceux qui le liraient, à mes lecteurs. Car ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d'eux-mêmes, mon livre n'étant qu'une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l'opticien de Combray ; mon livre, grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes.» : Le temps retrouvé. Pour Philippe Sollers, la question est centrale : « Ma stratégie a toujours été simple : elle consiste à inviter les gens à lire. C’est dans les textes que s’opèrent les identifications décisives. » Il précise dans La Guerre du goût : « Savoir lire, c’est aussi pouvoir tout lire sans rejets et sans préjugés : Claudel et Céline, Artaud et Proust, Sade et la Bible, Joyce et Mme de Sévigné. Prouvez-le, montrez que vous n’êtes pas un esprit religieux. Savoir lire, c’est vivre le monde l’histoire et sa propre existence comme un déchiffrement permanent. Savoir lire, c’est la liberté ». Jules Renard est plus lapidaire : « Plus on lit, moins on imite. » Paul Léautaud, tord, à son habitude le cou à une idée reçue : « Les beaux livres, décourager d’écrire ? C’est comme si vous disiez qu’une jolie femme décourage de faire l’amour. » Paul Valéry dit à peu près la même chose à sa façon : « Ce qu’on apprend, à lire les vrais écrivains, c’est des libertés. On reçoit le langage anonyme et moyen, on le rend voulu et unique. À lire les mauvais, on sent qu’il faut se gêner. » Alors, comment lire, Voltaire nous répond : « Celui qui lit sans crayon à la main dort. »
Vincent Van Gogh, la lectrice de roman, 1888
(Raymond Alcovère : ce livre de bord, construit sous la forme d’un abécédaire, fait le tour de tout ce qui me tient à cœur, m’a construit : noms communs, mais aussi lieux, femmes et hommes célèbres, écrivains, peintres, musiciens. Les « définitions », nourries de nombreuses citations, ont des dimensions très variables : entre une ligne et trois pages)