lundi, 31 mai 2010
La suprême énergie d’un acte de renoncement
« Ni ses semblables, ni ses dieux, ni ses passions ne laisseront jamais un homme en repos. Du fait de ces alliés et de ces ennemis, il exerce une domination précaire, il possède une éphémère signification ; et c’est cette dépendance, dans toutes ses manifestations, grandes ou petites, superficielles ou profondes, et cette dépendance seule, que commente, interprète, démontre l’art du romancier, de la seule façon possible : par une création indépendante de circonstances et de personnages, réalisée en dépit de toutes les difficultés de l’expression, dans un effort d’imagination qui tire son inspiration de la réalité des formes et des sensations.
Qu’un sacrifice doive être fait, qu’il faille abandonner quelque chose, c’est là la vérité gravée dans les recoins du temple bâti pour notre édification par les maîtres du roman. Il n’y a pas d’autre secret derrière le rideau. Toute aventure, tout amour, tout succès se résume dans la suprême énergie d’un acte de renoncement. C’est l’extrême limite de notre pouvoir, c’est la force la plus puissante et la plus efficace dont nous disposons. » :
Joseph Conrad, Notes sur la vie et les lettres.
Claude Monet et Nicolas de Staël
13:44 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joseph conrad, nicolas de staël; claude monet
mercredi, 26 mai 2010
Au bord de la mer
C’est dimanche, au bord de la mer. Le vent souffle en bourrasques, les promeneurs ont rebroussé chemin. Luminosité coupante. Il y a de la magie dans l’atmosphère, univers en suspens, près de basculer. Phénomène rarissime, on aperçoit le Canigou et la chaîne des Pyrénées en surimpression sur l’horizon. On tient à peine debout. Contre la violence des éléments, ils marchent. Puis ils s’arrêtent, seuls au milieu de l’espace.
Soudain Léonore le prend dans ses bras, l’embrasse à le dévorer. Ils sont serrés. Le vent hurle, soulève le sable. Elle crie : « dis-moi que tu m’aimes, que tu m’aimeras toujours ». Il l’embrasse en pleurs et crie à son tour : « je te le jure ». La tempête est effroyable. Ils tombent par terre, incapables de se détacher. Gaétan est sûr que, s’ils le faisaient à cet instant, ce serait à jamais. Emportés par un souffle qui vient du dedans, accrochés l’un à l’autre avec l’énergie du désespoir.
Le sable leur fouette le visage, s’insinue mais ils ne le sentent pas ou bien cette douleur est encore du plaisir. Au bout d’un temps, le vent a creusé un abri autour. Ils restent immobiles, puis la tension tant en eux qu’à l’extérieur s’apaise. Ils se lèvent sans dire un mot. Bientôt avec l’accalmie, ils ne seront plus seuls. Ils s’en vont, avec la sensation d’avoir été au bout du voyage, d’en être sortis vainqueurs. Silencieux, envahis par un bien-être profond.
Raymond Alcovère, extrait de "Le Sourire de Cézanne", roman, 2007 éditions N&B
Turner, Vapeur dans la tempête de neige
16:55 Publié dans Le Sourire de Cézanne | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : raymond alcovère, turner, le sourire de cézanne
mardi, 25 mai 2010
Ciel de pagodes
Je bois l’aube.
Tremblements, orages, luxuriance.
Ordalie de vents.
Bégaiement du temps.
Tout peut s’arrêter car rien ne s’arrêtera jamais.
L’abîme est un fracas.
Ivre de colère, il s’abandonne.
Les anges y volent obscurément, symphonie bleu nuit de la pluie et du vent.
Un virage s’amorce.
La grande mue de la mer de nuages.
Le vent s’efface pour laisser la place au jour.
Ciel de pagodes, échelles vers le soleil.
Raymond Alcovère, Extrait de L'Aube a un goût de cerise, N&B éditions, 2010
François Plazy, Taozen
16:49 Publié dans L'Aube a un goût de cerise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'aube a un goût de cerise, françois plazy
lundi, 24 mai 2010
Maximes stendhaliennes
Songe à trois maximes :
1 S'accoutumer aux chagrins : tout homme en a sept ou huit par jour.
2 Ne pas trop s'exagérer le bonheur que l'on n'a pas.
3 Savoir tirer parti des moments de froideur pour travailler à perfectionner notre art de connaître, ou esprit.
Stendhal, Lettre à sa soeur Pauline, Marseille, 22 mars 1806.
18:22 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : stendhal, nina houzel
vendredi, 21 mai 2010
Les impressions les plus délicates sont les plus fugitives
« Les impressions les plus délicates sont les plus fugitives ; si elles ne sont rendues sur l'instant, elles s'évaporent ou se matérialisent, deviennent banales, absolument comme les expressions de physionomie en passant du tableau du grand maître à la gravure ou à la mosaïque. Or ces sensations rapides et évanouissantes, éclairs de poésie et d'idéal, parfums subtils, traces des anges qui passent dans notre vie, sont justement ce qu'elle a de plus précieux. » : Henri-Frédéric Amiel, Journal intime, 30 octobre 1852
Fragonard, Souvenir
16:04 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frédéric amiel, fragonard
jeudi, 20 mai 2010
Programme
"Je ne suis ni un libéral, ni un conservateur, ni un progressiste, ni un moine, ni un indifférent... Je voudrais être un artiste libre et rien de plus, et je regrette que Dieu ne m'ait pas donné les forces nécessaires. [...] Il n'y a pas que chez les marchands et dans les maisons d'arrêt que le pharisianisme, l'esprit obtus et l'arbitraire règnent en maîtres. Je les retrouve dans la science, dans la littérature, chez les jeunes. Pour la même raison, je n'éprouve pas d'attrait spécial pour les gendarmes, pas plus que pour les bouchers, les savants, les écrivains ou les jeunes. Enseignes et étiquettes sont, à mon sens, des préjugés. Mon saint des saints, c'est le corps humain, la santé, l'esprit, le talent, l'inspiration, l'amour et la liberté la plus absolue, la liberté face à la force et au mensonge, quelle que soit la façon dont ceux-ci se manifestent. Voici le programme auquel je me tiendrais si j'étais un grand artiste."
Anton Tchekhov Lettre à Alexaï Plechtcheïev (4 octobre 1888)
13:41 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tchekhov, frédérique azaïs-ferri
samedi, 15 mai 2010
Malheur à celui par qui le Stendhal arrive !
"Vos plats ennemis ne seront connus que par le bonheur qu'ils auront eu d'être vos ennemis."
Stendhal
Géricault, Etude de main attrapant une grosse mouche
Musée Bonnat (Bayonne)
00:15 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : stendhal, géricault
vendredi, 14 mai 2010
Une histoire parallèle
Ne croyez pas quelqu'un qui vous dit qu'une phrase ne pourra jamais transformer quoi que ce soit. C'est un flic. Le temps historique continue de se scander au calendrier des impostures politiques ; il s'est définitivement résorbé, sur l'ensemble de la planète, en guerre.12:26 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : yannick haenel, veronese
jeudi, 13 mai 2010
Le Stade du miroir
Le sens de la création littéraire : dépeindre des objets ordinaires tels que leur reflet apparaîtrait dans des miroirs magiques
Nabokov
René Magritte, La Condition humaine
01:47 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nabokov, magritte
mercredi, 12 mai 2010
Erri de Luca, Valeur, Valore
"J'attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.
J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au sourire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est pas épargné, à deux vieux qui s'aiment.
J'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd'hui vaut peu de chose.
J'attache de la valeur à économiser l'eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s'asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.
J'attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.
J'attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute.
j'attache de la valeur à l'usage du verbe aimer et à l'hypothèse qu'il existe un créateur.
Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues.
Considero valore l'uso del verbo amare e l'ipotesi che esita un creatore."
Erri de Luca
Extrait du site toujours magnifique "Fleuves et Montagnes sans fin"
00:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erri de luca
lundi, 10 mai 2010
Prix unique du livre
S'il n'avait pas été mis en plance en 1981 (loi Lang) le secteur du livre serait aujourd'hui sinistré ; les librairies indépendantes auraient disparu ainsi que les petits éditeurs. Le prix du livre avait été libéralisé fin 1978 par le ministre Monory (père spirituel de Raffarin !) ; il était temps que la loi Lang arrive, le secteur en deux ans était déjà sinistré, imaginons ce qui pourrait arriver aujourd'hui...
Marc Escher, Rue sur une table
13:34 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : prix unique du livre
vendredi, 07 mai 2010
Edouard Boubat
"Est-il besoin de dire que cette image - sans doute parce qu'elle illustre avec noblesse la plus exquise la secrète affinité de ces deux maîtres-mots : la mer et la mère - est l'une des plus belles qui furent jamais faites depuis l'invention de la photographie ? La plus belle peut être."
Michel Tournier
Edouard Boubat, Madras, 1971
00:15 Publié dans Photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : edouard boubat
jeudi, 06 mai 2010
"Le roman doit avoir pour but la poésie pratique"
"Je crois effectivement que le travail fondamental de l’écrivain ne peut plus se faire autrement que dans la clandestinité, malgré d’ailleurs une apparence soit tout à fait convenable, soit tout à fait trompeuse. Cette séparation radicale entre le paraître et la réalité n’a sans doute jamais été aussi grande. Cela vient du fait que, désormais, la société contrôle tout et se raconte à elle-même dans des séries d’images. J’ai une grande habitude d’être pris pour quelqu’un d’autre. Je suis aussi habitué à ce qu’on ne lise pas du tout ce que j’écris. J’en retire à la fois un sentiment d’impunité et de liberté très grande. Je peux vivre selon l’image qu’on a de moi et poursuivre dans le même temps des activités tout autres..."
00:10 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : philippe sollers
mercredi, 05 mai 2010
Peut-être avais-je atteint...
Peut-être avais-je atteint cet état mystérieux, insondable, ce trouble léger qu’on appelle bonheur. Cet état, cette limite plutôt, qui était ma quête, que j’étais venu chercher ici au bout du monde, que tant d’autres avant moi avaient poursuivi et si peu atteint, cette fêlure dans le réel qui fait oublier la rumeur des jours pour nous plonger transis dans une extase fragile et passagère que l’on cherche à recréer sans cesse sans y parvenir souvent.
Raymond Alcovère, extrait de "Le bonheur est un drôle de serpent", 2009, éditions Lucie
Photo : Edouard Boubat, Graffiti, mai 68
00:10 Publié dans Le Bonheur est un drôle de serpent | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : raymond alcovère, le bonheur est un drôle de serpent, edouard boubat
mardi, 04 mai 2010
Histoire sans parole
21:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : histoire sans parole, les nouveaux monstres
Erri De Luca : “J’ai fait le plus vieux métier du monde”
« J’ai fait le plus vieux métier du monde. Pas celui de la prostituée, mais l’équivalent masculin, l’ouvrier, qui vend son corps à la force de son travail. »
Erri de Luca, lire la suite ici
13:38 Publié dans littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : erri de luca
Les femmes chez Watteau
Quelle allure ! comme celle-ci dans "Les deux cousines"
00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : watteau
lundi, 03 mai 2010
Vous n'êtes pas sérieux
"Du moment que vous savez écrire, vous n'êtes pas sérieux, et vos amis vous traitent comme un gamin."
Flaubert
Photo : Joan Collins par Cornel Lucas
00:17 Publié dans écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joan collins, cornel lucas, gustave flaubert
dimanche, 02 mai 2010
La mouche
"La mouche ne raisonne pas bien à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles."
Lautréamont
Photo de Willy Ronis
00:05 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mouche, lautréamont, willy ronis
samedi, 01 mai 2010
Whole lotta love
03:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : led zeppelin



















