Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 31 juillet 2005

Le ciel infusé


Il peignait la mer, l'eau épaisse, la clarté humide, le ciel infusé. Il la suspendait, à l'horizon, massive et bleue, comme elle apparaît parfois des hauteurs de l'Estaque, lorsqu'entre la paroi des roches on débouche brusquement devant elle. Il lui faisait surplomber le cadre pierreux de ces roches comme un grand miroir renversé.
Joachim Gasquet, Cézanne, éditions encre marine

21:00 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 25 juin 2005

Une oeuvre ailée

On peut passer des dizaines de fois devant un tableau de Poussin et ne rien voir. A son ami Chantelou : "Les choses esquelles il y a de la perfection ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec temps, jugement et intelligence. Il faut user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire". L’émotion tisse son œuvre. L’espace est baigné d’une douce lumière, transfiguré, présence de la volupté, mais aussi de la volonté farouche des hommes, touches graciles de vert dans le jade du ciel. Une perfection qu’on devinait confusément est là, manifeste, sur la toile. Lumière romaine, tour à tour triomphante et souple, sensualité des corps, justes, voluptueux, jamais idéalisés, tout précise l’harmonie, la souplesse, l’éternel retour...
Cette œuvre : Le temps calme. Le bleu de l’eau et des météores se contemplent, enserrent le paysage, un rêve entre les deux, lui aussi dédoublé par son reflet. Sinon presque rien, des animaux paisibles, la montagne se fond dans l’architecture des nuages, les feuilles de l’arbre sur la droite s’effilochent irréelles, ténues, graciles, les nuages s’envolent vers le haut du ciel, la sensation de calme est rassemblée, ramenée partout, innervée.
Un homme au premier plan s’appuie sur une canne, près de lui un chien mais leur regard flotte indifférent à cette beauté, ils en sont tellement pénétrés qu’ils n’ont pas besoin de la regarder. Le mouvement de leur corps est le lever de rideau de la scène. D’autres personnages, minuscules, des cavaliers, l’un d’entre eux lance sa monture à toute vitesse, il va quitter le tableau, il n’a pas place ici, son départ imminent le montre, la tranquillité va reprendre sa place.
Partout dans l’œuvre de Poussin, ces nuances de teintes qui sculptent le paysage, répandues sur les contours, cieux déchirés, adamantins, douceur infinie des regards, apaisante. Souvent, les personnages sont pris de frénésie, c’est l’orage, le grand vent de l’Histoire, la Bible, rien n’échappe à ce déferlement. Toujours les météores, les nuées décrivent l’action, les sentiments, la palette est infinie. Son but, la délectation, la sensualité pure, l’arrondi des corps, cette chair que l’on respire. Plus on regarde un tableau de Poussin, plus on y décèle d’harmonie, plus la vue s’éclaire, prend de l’expansion, devient assurée. La fièvre subtile qui se dégage de la composition gagne le spectateur.
Ainsi dans le Paysage avec les funérailles de Phocion, la lumière du soir est posée subreptice, dans une fureur printanière, multitude des plans entrelacés. Un arbre torturé berce sa palme avec indolence. A un moment il y a résonance entre la composition, le motif, les émotions décrites. Des tableaux comme des opéras. Une œuvre ailée.

(Extrait de "Le sourire de Cézanne", roman)

23:30 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (5)

Faire oublier l’histoire dans la culture

« L’art est une vaste histoire de chaque instant. La prétendue histoire de l’art est faite, le plus souvent, pour oblitérer cette science possible des moments. Elle parle du spectateur, pas du créateur, elle travaille à la mise en spectacle de l’acte, à sa consommation passive. Elle évacue l’histoire hors de l’art, elle fait de celui-ci une activité prévisible rejoignant sans fin le ciel des idées, c’est-à-dire sa mise à prix. Picasso a une conscience aiguë et dramatique de l’irréversibilité du temps. Or « la classe des possesseurs de l’économie, qui ne peut pas rompre avec l’histoire économique, doit aussi refouler comme une menace immédiate tout autre emploi irréversible du temps » (Debord). Il en résulte que « le spectacle a la fonction de faire oublier l’histoire dans la culture » (id). Le spectacle procédera donc par rituels de commémoration, sur fond de programmation amnésique.»

Extrait de Picasso le héros, dans L’éloge de l’infini (Philippe Sollers)

11:11 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 24 juin 2005

Je suis peintre

"La couleur me possède. Je n'ai plus besoin de la rechercher. Voici ce que signifie ce moment heureux : moi et la couleur nous ne formons plus qu'un. Je suis peintre."
Paul Klee, Journal

10:10 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, 23 mai 2005

L'ar(gen)t brûle

Un dessin original de Salvador Dali a brûlé à Rouen dans l'incendie du "premier distributeur d'argent gratuit", une installation en pleine rue de Patrice Quéréel, disciple de Marcel Duchamp, a-t-on appris lundi auprès de l'artiste. Depuis trois semaines ce distributeur - une table derrière une grille avec dessus des pièces et parfois des billets déposés par Patrice Quéréel -, fonctionnait sur la rue de la République à l'entrée d'un ancien centre commercial. Vendredi dernier des inconnus y ont mis le feu détruisant le très cher Dali, "Réflexion", accroché à quelques mètres de la table. L'incendie a également brûlé quelque 250 exemplaires du livre ("6 j" pour "ci-gît") que Patrice Quéréel a consacré à son "cimetière de l'art", situé à Nolléval (Seine-Maritime) et où sont enterrés plusieurs tableaux. Conclusion de l'incident, selon M. Quéréel: "l'ar(gen)t brûle"...
(D'après AFP)

13:55 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 14 mars 2005

Une visite dans la galerie virtuelle de Frédérique Azaïs ?

http://www.comediainternet.com/cgi-local/CIVoirCVPeintre2...

12:21 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1)

vendredi, 04 mars 2005

Cézanne, à la fin

Cézanne, à la fin, ne peint plus que des couleurs, un vent de folie balaye ses toiles. La couleur est le lieu où notre cerveau et l’univers se rencontrent. La lumière absolue, irradiante, déborde tout. Le dessin et la couleur ne sont plus distincts : quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude.

00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 03 mars 2005

Cézanne

Les objets se pénètrent entre eux... Ils ne cessent pas de vivre, comprenez-vous... Ils se répandent insensiblement autour d'eux par d'intimes reflets, comme nous par nos regards et par nos paroles

Cézanne

08:43 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

Miro

Les tableaux de Miro sont des symphonies, des hymnes à la vie. Ciel bleu, céruléen, nuages rouges. Il se voulait catalan universel. Miro, étonnant de simplicité, de clairvoyance, avouant que les mots n’étaient pas sa spécialité. Pourtant : Les choses suivent leur cours naturel. Elles poussent, elles mûrissent. Il faut greffer. Il faut irriguer, comme pour la salade. Ca mûrit dans mon esprit. Aussi je travaille toujours énormément de choses à la fois. Et même dans des domaines différents : peinture, gravure, lithographie, sculpture, céramique. Avec cette idée, de l’impression globale du tableau, qui revient. Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème. Qu’il ait un rayonnement... Plus que le tableau lui-même, ce qui compte, c’est ce qu’il jette en l’air, ce qu’il répand. Miro, magicien, avec son désir d’être au plus près de la vie, des objets de tous les jours, ramenant de ses promenades sur la plage de Majorque des bouts de bois, de ficelle. Il voulait un art populaire et l’avait trouvé finalement. Partout du rouge, du bleu, de l’indigo, du jaune, la passion, voilà le catalan universel.




00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 19 février 2005

Guernica

Une dame allemande demande à Picasso devant Guernica :
- C'est vous qui avez fait ça ?
- Non c'est vous !

02:17 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 16 février 2005

En dansant

Le petit livre de Joachim Gasquet : Cézanne, aux éditions Encre marine est un des meilleurs sur le peintre. Joachim Gasquet est le fils d’un des amis d’enfance de Cézanne. Il a 23 ans et le peintre 57 au moment de leur rencontre. Peu à peu il va gagner la confiance et devenir le confident de l’artiste, lequel ayant fui depuis longtemps la comédie sociale, s’en méfie comme la peste, vivant tranquillement et continuant à peindre près de la Sainte-Victoire et de l’Estaque : il sait que le temps est avec lui, pas d’énergie à gaspiller avec des futilités. Or Gasquet était un peu écrivain aussi, c’est assez joli : Il peignait la mer, l’eau épaisse, la clarté humide, le ciel infusé. Un des grands moments du livre est la visite au Louvre racontée par le menu, Gasquet comme un journaliste notant les phrases de l’artiste. Devant les tableaux de Véronèse : Celui-là, allez, il était assez heureux. Et tous ceux qui le comprennent, il les rend heureux. Il est un phénomène unique. Il peignait comme nous regardons. Sans plus d’efforts. En dansant.

11:50 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 11 février 2005

L'arrivée à Montpellier

Avant qu’on construise ce palais de béton, l’arrivée à Montpellier par Nîmes était une pure merveille. On apercevait de loin l’arrondi des pins, la balustrade des Beaux-Arts se dessiner à l’horizon, c’était un peu d’Italie, un miracle, la lumière romaine, toute mon enfance a été bercée par cette image. Quand j’étais gamin, le musée ici ressemblait encore à celui du dix-neuvième, poussiéreux mais plein de mystère, de détours, de poésie, maintenant il est froid, impersonnel, avec du Plexiglas partout, comme tout le reste. Et les tableaux, sous une lumière crue, on les voit moins finalement, des chromos, alors que ce Zurbaran ou ce Courbet qu’on découvrait au hasard d’une pénombre, dans le recoin d’une salle perdue, tout à coup s’illuminait, c’était un cadeau, on l’avait pour soi seul, le dialogue pouvait commencer…

07:00 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 10 février 2005

Sensations

Cézanne n’a jamais voulu donner de leçon, sa peinture flotte dans un au-delà de couleurs, de sensations. Hors de tout pathos, c’est presque incompréhensible. Des arbres, un coin de ciel safran, des branches de pins se balancent dans l’air doré, corps suspendus flottant au dessus du vide, vert sauge de la végétation, baigneurs, baigneuses, chaque tableau fait partie de l’unité du monde, une parcelle de l’univers, détachée pour mieux le rejoindre. Il y a toujours une relation d’amour, de fusion dans sa composition. C’est comme si chaque point du tableau avait connaissance de tous les autres, écrira Rilke à propos de La femme au gilet rouge, Madame Cézanne. Les sensations formant le fond de mon affaire, je crois être impénétrable.

00:00 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 09 février 2005

Rouge roman : un tableau de Frédérique Azaïs

L’univers était d’abord incandescent. Puis la matière s’est concentrée un instant. Une fraction de seconde l’univers s’est rassemblé en un point qui en contenait toute l’énergie. Et là a eu lieu l’explosion, laquelle n’est pas terminée. Nous sommes aujourd’hui encore en train de dériver, de nous éloigner du centre, pulvérisés hors de nous-mêmes, échappée belle ou tragique, c’est selon… Mais sans doute n’y a-t-il pas de direction, l’univers tourne et retournera jusqu’à la fin des temps – battements de cœur d’un organisme plus grand ? - et peut-être le temps comme l’espace sont infinis, c’est le plus difficile à imaginer pour nous pauvres mortels, et qui sait ne sommes-nous même pas mortels, le peu qui nous est donné pour vivre ne nous permet pas d’appréhender ce sans limites, trop habitués à circonscrire le monde, le découper, l’ordonner, l’oublier en définitive, vivre à côté… Comme si on pouvait enfermer la beauté alors qu’elle est la plus grande dispersion, qu’elle est jaillissement, effraction, explosion, bouleversement... Etre bouleversé, au comble de l’émotion… Le roman comme la peinture c’est cela, aller au plus profond, plus loin, dans le désordre du monde, dans toutes les directions en même temps, explorer, détourner, puiser, vibrer, détruire, plonger dans l’univers des possibles, dans la vie même et trouver un chemin, tortueux, étroit même, mais peu à peu limpide, évident, immuable…

00:00 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)