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lundi, 08 janvier 2007

L'or du temps

medium_12-0038.jpgDevant, ciel gris, âpre. Une chaleur insensible flotte. Le monde ne peut être paisible sans cette trouée lilas, monocorde, à fixer les nuages, les rendre transparents. La terre s’approfondit.  

Une musique monte dans le lointain, symphonie élastique. Gammes bleues et mauves. La terre est prête à s’engouffrer dans l’océan. Terre blonde et vermeille. Un lit de terre.

Loin encore l’Europe est là, je la sens. J’y jette tous mes espoirs, je ne reverrai jamais les îles je crois. Pourquoi revenir en arrière ?

La symphonie de l’aurore jette une lumière ocre. Des plages longilignes dévorent la terre devant l’étrave du bateau.

Si j’étais peintre, je poserais mon chevalet ici. Le ciel étagé en rumeurs, les couleurs comme des bruits, des notes, qui s’attirent, se repoussent, s’aiment.

La nuit recouvre le monde d’un baume nourricier. Le fin halo de l’aube pose des reflets de nacre. La mer déferle et envahit. La plaine s’évase, roule ses méandres d’eau, de limon et de soleil.

La neige, fluide, volatile – jamais je n’avais rêvé un tel bonheur – lance un soubresaut de calme sur l’azur. L’air piqué de nuages, d’oiseaux blancs, déchiquette l’ombre.  

La montagne, d’un coup fondue, disparue corps et âme, happée par le vent qui règne en maître. Le vent est le seul maître du ciel, de la terre et de la mer. Il attise les grandes passions et éteint les petites.

La scène se déroule sans ordre apparent. Une clarté dahlia, pulvérisée en fines gouttelettes mauves, disperse les derniers désordres de la nuit.  

D’un coup de baguette magique, l’opéra déferle. Le chef d’orchestre, les bras chargés de neige, dirige la scène, pointant un doigt menaçant sur l’horizon.

Tout s’anime et se referme en un même mouvement. Le temps est immobile, dressé comme une forteresse en pleine lueur. Une symphonie du nouveau monde.

Une frondaison blanche s’est répandue, annonciatrice de temps nouveaux. Qui sait, la fin des temps est peut-être venue, ici, à la limite de l’océan, sur cet arrondi de la terre, archipel de hasard, de roc, de vent et de sable, noyé.  

Déchaînement des éléments. La terre va s’engloutir, revenir à sa vérité première. Matière, fusion, évanouissements.

L’homme disparaîtra, lui le passager clandestin, l’invité de la dernière heure. Il s’en ira sur la pointe des pieds après avoir coloré d’un peu de poésie l’or du temps.

Raymond Alcovère

Paul Klee

 

dimanche, 07 janvier 2007

Une obscurité de raisins

medium_Klee_20-_20Remembrance_20of_20a_20Garden_20-1914.jpgLes anges ont déployé leurs ailes. Ivres d’air, ils s’éloignent. Tout se concentre en un instant. Puis le temps s’étire. Il y aura encore nuit, fracas et douleur. Émiettement du monde dans la déraison, les ombres pélagiques. Déchirement, haine, honte. Les pièces du puzzle se dispersent puis se rassembleront à nouveau. J’irai jusqu’au bout du langage, c’est le destin de l’homme, sa plénitude et son silence.        

 

Paul tes couleurs sont des fanaux, des lanternes dans le soir mauve, la cime étoilée des songes. Des cris, des hurlements, alliant l’ombelle au plus noir de la nuit, l’or au soufre, l’obscur à l’éclat. Ton amitié est là, par delà le temps, les embruns et les flammes. Ton œuvre perdurera, comme un soleil noir.

Être le mouvement ou ne pas être. Le ciel a pris sa hauteur, dans une obscurité de raisins.  Vivre en pleine lumière. Se jeter dans l’abîme. Les écrans de fumée se dissipent, vite. La pluie drue et fine distille les vagues. Le jour se lève.

Chuchoter des mots pour apprivoiser le silence. Long Island. Villes imaginaires. La vie est un songe, accompli. Aurore, or du temps.

 

Raymond Alcovère

Paul Klee

samedi, 06 janvier 2007

Ciel de pagodes

medium_startseite.jpgBlanc de l’aube. Tremblement du temps. Les nuages s’éloignent. Des signes apparaissent, à peine tangibles, un alphabet nouveau, frôlements de mer, odeurs de sauvagine, remuement des vagues.             

 

La brume se mêle au soleil. Océan de neige, un grand calme. Je changerai non de vie, mais d’identité. Je bois l’aube. Tremblements, orages, luxuriance. Ordalie de vents. Bégaiement du temps.          

 

Tout peut s’arrêter car rien ne s’arrêtera jamais. L’abîme est un fracas. Ivre de colère, il s’abandonne. Les anges y volent obscurément, symphonie bleu nuit de la pluie et du vent.

Un virage s’amorce. La grande mue de la mer de nuages. Le vent s’efface pour laisser la place au jour. Ciel de pagodes, échelles vers le soleil.  

 

Arrivée de toujours, qui t’en ira partout. La lumière chez Rimbaud, Cézanne, est partout présente, donnée, irradiante, primordiale.

Je devine un trois-mâts au mouillage, dans un mitan de bonace, illuné, la clairière des Antilles. Parfums frêles de vanille et de jasmin. Les palétuviers plongent leurs racines dans notre mémoire myosotis, aux reflets vert sauge.    

Va-et-vient de l’aurore. Élévation. Hêtres pourpres, en robe garance. Le seul mot de liberté est tout ce qui m’exalte encore.  

 

Grand désordre de  neige. Les météores s’effacent, perdues en circonvolutions.

 

Page blanche, moment de l’exaltation. La recherche du sens est peut-être la plus grande erreur, finalement.

Raymond Alcovère

 

lundi, 01 janvier 2007

Tenir le monde entre mes doigts de silence

medium_Copia_20de_20klee_205.2.jpgTerre de collines. Ocre et rouge. Achevalé sur ma monture, je parcours les steppes. Les ombres jouent avec les replis de la terre, le gris de la roche avec le bleu des montagnes.

 

Alpha et oméga du monde, rien ne semble avoir été posé ici par hasard. Ni les vallées, ni les lacs, ni les temples. Vallées fumeuses de brume, étagées de rizières. Pays cosmique. Vérité inscrite dans les pierres. Élan de la pensée. Le tumulte s’est arrêté.

 

Le dénuement de la pierre, de la terre ici, me plaît, j’aime ce désordre lent des vallées, l’air de solitude qui flotte sur les collines.

 

Reflets velours, incarnat du couchant, montagnes au loin, calquées en lignes bleues. Grand remuement de vagues, statufiées.

 

Oiseaux blancs qui couvent la terre spongieuse, virevoltant. D’autres lignes, d’autres montagnes donnent de l’épaisseur au ciel safran, une profondeur de champ.

Les grandes étendues désertiques de la Chine du Nord sont le lit de mes rêves. Une harmonie bienveillante s’est posée ici. Je peux rester des  heures entières seul au milieu des plaines, à fouir du regard les détours de l’horizon.

 

Blondeur des collines. Pureté froide, odeurs de sapins. Grandes étendues dorées du pays des glaces. Vagues de givre giflant la peau tendue de froid. Lucidité coupante de l’air.

 

Voici un temple taoïste,  juché sur une colline. Encorbellements de la pierre. Les rizières au loin dessinent leurs courbes lentes. Après-midi tiède et vert.

 

Seuls les temples, juchés sur des collines, tracent le passage de l’homme. Le désir d’immobilité et de silence innervé dans cette terre est proche de l’hallucination. Mon existence tout d’un coup me semble artificielle. L’action que je mène bien vaine. Découverte de l’espace. Le temps est une pluie de guirlandes sur la mer.

 

Pourquoi être si près du monde et si loin des siens ? Rien ne peut me retenir à la terre. Devant cette solitude étoilée, mes pensées vont vers vous, si loin, et que j’aime. Puissé-je traverser ces océans et tenir à nouveau le monde entre mes doigts de silence.

 

Raymond Alcovère

Paul Klee

 

A vous tous je souhaite une année 2007 pétillante et chaleureuse...

Je m'éclipse pour quelques jours, à bientôt...

La peinture de Lambert Savigneux : une symphonie colorée

medium_Numeriser0053.jpgmedium_Numeriser0023.jpgmedium_baiser_des_arbres_a_la_terre.jpg

Peintures de Lambert Savigneux

jeudi, 28 décembre 2006

La neige

medium_friedrich_morning_preview.jpgVent, feu, soleil, font trembler les limites, la neige elle, évapore, dissout, recouvre. Reste une pureté glacée, à croquer le ciel, étoiles blanches immobiles, sucre candi, à figer le mouvement. La neige épouse les contours et les ombres, toute lutte remise à plus tard, dans un silence de feutrine.

Raymond Alcovère

Friedrich, matin, 1821

mardi, 26 décembre 2006

L'arbre solitaire

medium_friedrich_solitary-tree.jpgFriedrich

22:12 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Friedrich

Le sentiment qu’il y a de la vie dans ce qui a été créé

medium_Bleu.jpgIl dit : les poètes dont on dit qu’ils nous donnent la réalité n’ont pas non plus la moindre idée de ce qu’est la réalité ; mais ils sont malgré tout plus supportables que ceux qui veulent la transfigurer. Il dit : le bon Dieu a fait le monde comme il devait l’être et nous ne gribouillerons assurément rien de mieux ; notre unique effort doit consister à l’imiter autant que possible dans nos créations. J’exige en tout – vie, possibilité d’exister, cela suffit. Et il n’est plus besoin dès lors de se poser la question de savoir si c’est beau ou laid. Au-delà de ces deux termes, le seul critère en matière d’art est le sentiment qu’il y a de la vie dans ce qui a été créé.

Büchner, Lenz

Frédérique Azaïs : "Bleu"

dimanche, 24 décembre 2006

Passerelle

medium_pissaro-fullsize.jpgQuand avril fait deuil de ses lilas, que moutonne l'eau du lac sous les rafales du mistral et que merles transis pas plus que rousserolles ne vous donnent envie de chanter, alors où voulez-vous aller puiser la force d'encore continuer jusqu'à la passerelle, là-bas, où les grands roseaux bleus font signe et nous appellent ?
Une averse sauvage désole soudain sentes et sous-bois qu'au sortir de la forêt ne viendra consoler aucun arc-en-ciel, ils sont tombés des nues les cerfs-volants de fine étoffe qu'enfant nous lancions à l'assaut du soleil et maintenant même l'iris des marais prend sous nos pas une pâleur d'ennui tandis que s'évanouissent en ricanant dans le vent les souvenirs jaunis des jours passés.
Quelque chose de nous déjà doucement gagne l'agonie qu'on voudrait voir encore cavaler vers la vie, au cœur cependant la tranquille espérance qu'un frisson de lumière, agitant là-bas les grands roseaux bleus, suffira sans doute pour atteindre bientôt la passerelle.

Pierre Autin-Grenier, Les Radis bleus

Pissaro, le vieux pont de Chelsea

samedi, 23 décembre 2006

L'expression des impressionnistes

medium_nadar_balloon.jpgEn avril 1874 (pendant ce temps, à Londres Rimbaud peaufine Les Illuminations) les Artistes anonymes associés trouvent pour exposer leurs oeuvres un local au 35 boulevard des Capucines, qui abrite les ateliers d'un artiste original, Felix Tournachon dit Nadar. Proche de Manet, Baudelaire et Offenbach, célèbre pour ses coups d'éclats (et notamment pour ses voyages en ballon), encore inconnu, tantôt riche tantôt pauvre, les causes déséspérées le touchent. Le 15 avril, l'exposition ouvre ses portes. Le 25, Louis Leroy, critique du Charivari, voulant se gausser du tableau de Monet Impression soleil levant titre sa chronique : L'expression des impressionnistes.

Photo : Nadar en ballon

vendredi, 22 décembre 2006

Fleuve d'oubli

medium_0028959b.gifLa première rencontre de Berthe Morisot et Edouard Manet a lieu au Louvre devant le tableau de Rubens : Le débarquement de Marie de Medicis à Marseille, que Berthe copie. C'est un des ces jours où les copistes sont autorisés à travailler et où le Louvre fourmille d'étudiants aux Beaux-Arts et d'apprentis artistes. D'après Jean Prévost qui a fait une étude sur Baudelaire (1964) c'est le seul Rubens dont dispose le Louvre à l'époque et dont il s'est donc inspiré pour son poème Les phares.

Don Manet y Zurbaran de las Batignollas

medium_EdouardManet-TheOldMusician-VR.jpgIl admirait les italiens, Titien, le Tintoret et surtout Véronèse, Rubens, les Hollandais, mais par-dessus tout les Espagnols ; il venait souvent au Louvre copier Vélasquez : « C’est le peintre des peintres (…) J’ai trouvé chez lui mon idéal en peinture ; la vue de ses chefs-d’œuvre m’a donné grand espoir et pleine confiance. » Au point que la critique l’appelle (finement) : « Don Manet y Zurbaran de las Batignollas ».

jeudi, 21 décembre 2006

Corot avait trouvé une couleur

medium_Corot_201843_20-_20Gardens_20of_20the_20Villa_20d_27Este_20at_20Tivoli.2.jpgA plus de soixante ans, son talent n’était toujours pas reconnu, mais il formera Pissaro et Berthe Morisot. Et les autres impressionnistes le considèrent comme un génie. Il avait une couleur bien à lui, une peinture toute en nuances, à laquelle il a su insuffler du mystère.medium_corot48.jpg

00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Corot

mercredi, 20 décembre 2006

Faire éclater l'azur

medium_boudin7.jpg"Nager en plein ciel, arriver aux tendresses de nuages, suspendre ces masses, au fond bien lointaines dans la brume grise, faire éclater l'azur"

Eugène Boudin, ami et maître de Claude Monet.

mardi, 19 décembre 2006

Le talent de Madame Morisot

medium_Morisot-Young_20Woman_20in_20a_20Ball_20Gown-1879_201.jpgmedium_morisot.gif

Une mutation métaphysique

medium_velasquez-1656-las-meninas.jpgDès lors qu'une mutation métaphysique s'est produite, elle se développe sans rencontrer de résistance jusqu'à ses conséquences ultimes. Elle balaie sans même y prêter attention les systèmes économiques et politiques, les jugements esthétiques, les hiérarchies sociales. Aucune force humaine ne peut interrompre son cours, aucune autre force que l'apparition d'une nouvelle mutation métaphysique. On ne peut pas spécialement dire que les mutations métaphysiques s'attaquent aux sociétés affaiblies, déjà sur le déclin. Lorsque le christianisme apparut, l'Empire romain était au faîte de sa puissance; suprêmement organisé, il dominait l'univers connu; sa supériorité technique et militaire était sans analogue; cela dit, il n'avait aucune chance. Lorsque la science moderne apparut, le christianisme médiéval constituait un système complet de compréhension de l'homme et de l'univers; il servait de base au gouvernement des peuples, produisait des connaissances et des oeuvres, décidait de la paix comme de la guerre, organisait la production et la répartition des richesses; rien de tout cela ne devait l'empêcher de s'effondrer.

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires, prologue

Vélasquez, Les Menines

lundi, 18 décembre 2006

Pourvu que je me souvienne du soleil !

medium_02_0504041130311.jpgLe château de Chillon (château féodal, situé au pied des Alpes au bord du lac Léman, non loin de la retraite de Courbet à la Tour de Peilz
(1874)

Pourvu que je me souvienne du soleil ! Gustave Courbet (entrant dans sa cellule en 1871) (
Cité par Mireille D.)

Elu de la Commune de Paris en 1871, accusé d'avoir dirigé la chute de la Colonne Vendôme, il fut emprisonné, jugé et exilé volontaire en Suisse où il mourut, le 31 décembre 1877, à la Tour de Peilz, au bord du Léman, sans avoir jamais revu son pays natal.

Voir aussi ce site sur le peintre 

01:21 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : art, peinture, Courbet

samedi, 16 décembre 2006

Tant de contradictions

medium_Lichtenstein_Crak3.jpg« Il n’y a je crois, nul pays au monde où l’on trouve tant de contradictions qu’en France »

Voltaire, Lettres Anglaises.

Roy Lichtenstein

mardi, 12 décembre 2006

Ricardo Mosner en couverture de "Senso"

medium_Senso.jpg

dimanche, 10 décembre 2006

Histoire des origines

medium_RenoirDayintheCountry.jpgDernier acte : en 1995, le tableau, devenu une affaire embrouillée de succession, rentre, comme dation, au Musée d’Orsay. Ce jour-là, il y a beaucoup de monde. L’Etat est représenté par le ministre Douste-Blazy, ultime ironie de l’Histoire. Ce dernier, évidemment, pour éviter de choquer ses électeurs de Lourdes, évite de se faire photographier à côté du tableau. Celui-ci est là, mais il n’est plus là. Après tant de délires et de cachotteries, il est redevenu invisible en étant visible sans arrêt par toutes et par tous. Ce qu’il fallait démontrer, sans doute.

Philippe Sollers, à propos de l'Origine du monde

Article complet à lire ici

Photo : Sylvia Bataille, femme de Bataille puis de Lacan