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jeudi, 31 août 2006

Retrouvées

La Madone et Le Cri de Munch, volées à Oslo il y a deux ans

Voir aussi le portfolio des grands tableaux volés

19:17 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Munch

Dérives sur le Nil

    Il observa l'ombre au-delà du pont, y vit une énorme baleine qui s'approchait silencieusement de la péniche. Ce n'était certes pas ce qu'il avait vu de plus étonnant dans le Nil à la tombée de la nuit. Mais cette fois-ci, l'animal ouvrait une gueule immense, comme s'il voulait engloutir la péniche...
    La conversation se poursuivait sans qu'ils attachent de l'importance à sa vision. Il décida donc d'attendre la suite des événements sans s'en faire. Mais, soudain, la baleine s'arrêta et cligna de l'oeil en disant: "Je suis la baleine qui a sauvé Jonas." Puis elle recula et disparut. Anis se mit à rire, et Layla Zaydan lui en demanda la raison. Il répondit, évasif:
    " D'étranges apparitions...
    - Et pourquoi ne les verrions-nous pas nous aussi? "
    Il rétorqua, sans cesser de s'activer:
    " C'est parce que, comme disait le grand cheikh, le distrait n'arrive jamais à rien.
    - Pas de cheikh pour nous, espèce d'imposteur!
    - Il n'y a pas un mètre carré de terre au monde qui soit à l'abri des séismes!
    - Qui ne manque pas non plus de musique et de danse!
    - Si tu veux vraiment rire de bon coeur, contemple la terre d'en haut.
    - Heureux ceux qui sont en haut!
    - Mais avec la nouvelle loi des finances, les esprits vont s'apaiser.
    - La loi s'applique-t-elle aussi aux animaux?
    - J'ai bien peur qu'elle ne s'applique d'abord aux animaux...
                                                        Naguib Mahfouz     Dérives sur le Nil, chapitre 3.

06:56 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mahfouz, nil, egypte

mercredi, 30 août 2006

Quand on connaît d’avance les réponses

Tout d’un coup il se rend compte, la scène ressemble à une nouvelle de Sergi Pàmies. Mais il le sait aussi, l’issue sera différente. Veille de Noël, presque 17 heures, sa maîtresse l’appelle. Elle veut lui parler. Tout de suite. La fin de l’année a été difficile, il n’a qu’une envie, rentrer chez lui, retrouver sa femme, ses enfants, des situations simples. La famille c’est justement quand on connaît d’avance les réponses non ? Tout oublier, même Evelyne. N’empêche, mieux vaut être prudent. Elle ne l’a jamais menacé, mais il n’a pas confiance en elle. Lui le mari irréprochable. Il a longtemps résisté, puis Evelyne est arrivée. Jeune, désirable. Il ne quittera pas sa femme, mais préfère laisser l’illusion à Evelyne, plus conforme sans doute, qu’un jour ils pourraient passer de vraies vacances ensemble, et pas seulement un week-end à Barcelone ou une soirée de temps en temps. Rendez-vous dans un bar de la ville. Elle tient à ses rencontres. Ils changent souvent d’endroit, pour plus de discrétion. Et puis, en parcourant la ville en dehors de chez elle, ils ressemblent à un vrai couple, avec une vie normale. Cette fois elle a choisi le Bar du Musée, un des cafés de sa jeunesse à lui, tout près du Lycée Joffre, à l’époque un peu ridicule des interminables parties de tarot. Le plaisir des débuts s’est évanoui maintenant et les éternels reproches d’Evelyne le lassent. Elle n’a personne d’autre dans sa vie, lui n’est pas assez disponible. Que va-t-elle encore inventer ? L’angoisse de Noël des gens seuls ? Il pense à sa femme, toujours là. Elle l’accepte comme il est, avec ses défauts. Ils vivent l’un à côté de l’autre mais heureux, indépendants. Ce désir de fusion, chez les couples officiels c’est déjà ridicule, mais là ! Le déranger la veille de Noël ! Ils ne pourront même pas faire l’amour. Cette manie de se voir dans des lieux publics ! Une fois déjà elle lui a fait une scène. Elle voulait le toucher, lui, gêné, avait enlevé sa main. Elle s’était fâchée. Il entre dans le Bar du Musée. La voilà, au fond, le teint pâle, une cigarette allumée entre les doigts. Il sait qu’il va passer un mauvais quart d’heure, un de plus. Ils s’embrassent sur la joue. Elle déteste ça. Quand il la sent ainsi, il est encore plus crispé. Elle triture son paquet de cigarettes. Ses mains sont toujours aussi belles, le désir monte en lui, puis il oublie - pas le moment - ils sont venus pour parler. Catastrophe, Evelyne est enceinte. - Et que comptes-tu faire, lui demande-t-il ? - Voilà, j’en étais sûre ! Qu’est-ce que je compte faire ? Et toi, que comptes-tu faire ? - Evelyne… Il essaie de lui prendre une main qu’elle retire aussitôt. Elle commence à sangloter. - Je le savais, ne me prends pas pour une idiote, que pas une seconde tu ne te sentirais concerné, tu ne penses qu’à toi, comme toujours. Tu t’es servi de moi, et maintenant ce qui m’arrive t’est bien égal. Parfois je me demande si j’existe vraiment pour toi, si je ne fais pas partie du décor, sortie tout droit de ton imagination, de ta fameuse imagination ? Est-ce bien à lui qu’elle s’adresse ? Il n’a jamais eu particulièrement d’imagination. Et il pense surtout à sa femme et ses enfants. Mais vu sous son angle, elle a raison, évidemment. Il se sent vidé, que dire, des phrases banales, insipides, temporiser, trouver une solution ? Il ne peut y en avoir qu’une. Il est abattu, un soir de Noël en plus, la situation est absurde et pourtant logique. Les mots ne lui viennent pas. Echec total. Evelyne a compris, elle s’y attendait. Et si elle lui avait tendu un piège ? Non, elle est surtout malheureuse. Comme si elle voulait cesser de lui donner le spectacle de sa souffrance, elle range son briquet et ses cigarettes, laisse de l’argent sur la table et s’en va, silencieuse. Il esquisse un geste puis la regarde sortir. Dehors, les gens s’activent, emmitouflés. Il flotte cette insouciance joyeuse, la frénésie légère des derniers préparatifs avant la fête. Il voudrait la suivre, lui parler, mais impossible. Et si elle n’avait jamais existé ? Il a envie d’y croire, ce cauchemar enfin terminé. Elle irait tout raconter à sa femme ? Et pourquoi s’acharne-t-elle sur lui, il y a tant de célibataires, si c’est en couple qu’elle veut vivre, avoir des enfants, un pavillon en banlieue ! Et puis c’est Noël ! Il commande une coupe de champagne. A la radio résonne la guitare de Keith Richards, les premiers accords de Honky tonk women, version live. Il sent un air de reproche chez la serveuse venue ramasser la monnaie. Avec ses cheveux retenus par un chignon et ses vêtements à l’ancienne, elle ressemble vaguement à Virginia Wolf. Elle non plus ne doit pas aimer Noël. Il se lève, se mêle à la cohue, achète un champagne millésimé. A quelles bêtises on est prêt pour le parfum de l’aventure ! Evelyne doit terriblement lui en vouloir. Elle est jolie, trouvera un autre tourtereau, aussi naïf, aussi sot que lui ! Il se dit qu’il exagère, lui fera un beau cadeau, il n’est pas un salaud quand même ! Il enfourche sa moto, un peu flottant. Chez lui, la voiture d’Evelyne est là, garée devant la porte. Il sent qu’il ne maîtrise plus rien, que faire, s’enfuir, entrer ? Ses enfants l’ont vu, lui font des signes. Tant pis, je suis crucifié, se dit-il, la partie est jouée ! Sa femme l’accueille en souriant : - J’ai invité une collègue de travail que tu ne connais pas. Noël la déprime un peu, ça la changera et nous aussi… Ca ne te dérange pas ?

11:21 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : nouvelle, inédit

mardi, 29 août 2006

Instants du monde

Louazna remarque que son père se fâche lorsqu'il est photographié ou filmé sur les plateaux du nord de l'Afrique en compagnie des bêtes dont il surveille le pâturage. Sa colère se fonde sur la conviction que la pellicule incarcère un instant arraché à tous les instants du monde et, partant, qu'un maillon irremplaçable fera défaut dans le kaléidoscope universel. Les bergers touaregs, poursuit Louazna, considèrent qu'un instant détourné, pour mince qu'il soit, peut provoquer un désordre cosmique susceptible de contrarier un homme en passe d'améliorer sa condition après bien des efforts, d'un autre sur le point d'acquitter une dette envers lui-même, d'un autre encore tout près d'obtenir les faveurs de la bien-aimée, la miséricorde des pierres, l'eau claire d'une oasis... Cela rejoint sans doute cette observation que Cézanne couche sur le papier d'une lettre adressée à son père. "L'instant du monde que je souhaite peindre ne peut être figé."

Extrait du même auteur mystère (erratum, il a publié trois livres, celui-ci est le deuxième)...

09:29 Publié dans énigme | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : jeu, instant du monde

lundi, 28 août 2006

Si vous êtes photographe...

Voici, pris sur le Blog de Gazelle, et extrait du Canard enchaîné, les prix indicatifs que vous pourrez gagner si vous réussissez les photos suivantes :

  • Sarkozy en train d'écrire lui-même son livre (1 million d'euros)
  • Villepin dans sa cabine d'UV (500 000 euros)
  • Jospin mort de rire (300 000 euros)
  • Le Pen aux Canaries repêchant des clandestins (photos couleur exigées : 100 000 euros)
  • Hollande en train de lire "La Présidentielle pour les nuls" (75 000 euros)
  • Strauss-Kahn jouant au golf avec Laurence Parisot (55 000 euros)
  • Villiers en famille en Turquie (50 000 euros)
  • Lang dégustant des moules-frites place des Vosges (25 000 euros)
  • Laguiller faisant du lèche-vitrines place Vendôme (10 000 euros)
  • Marie-George Buffet sur le yacht de Bernard Arnault au large de Ramatuelle (2 000 euros)
  • Bové au parc Astérix (1 500 euros)
  • Voynet et Nicolas Hulot en parapente (150 euros)

Quant à la photo de Chirac jouant avec Maman aux Mille Bornes, cela ne vaut pas une pièce jaune...

(Le Canard enchaîné, mercredi 16 août 2006)

22:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, photo

Ici le lieu commande à l'espace

medium_z000043a.jpgCette phrase est du même auteur-mystère (point encore trouvé) de la dernière énigme :

Il est juste d'affirmer que le lieu appartient à l'espace. Du pied des dunes pourtant, lorsqu'il emprunte le chemin carrossable qui conduit aux édifices de Maguelone, le visiteur est saisi du sentiment contraire : ici le lieu commande à l'espace dont il reste solidaire cependant.

19:50 Publié dans énigme | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Maguelone, jeu

dimanche, 27 août 2006

Des nouvelles de Borges

Ici !

Pour les Houellebecqologues

signalé par le premier d'entre eux, J J Nuel, le nouveau blog de MH, où il explique ses démêlés avec Hachette, entre autres...

23:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Houellebecq

Scoop !

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-806587,...

22:37 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6)

L'étoile a pleuré rose ?

17:55 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (5)

La lente patience du lieu ?

"Est-il vraiment heureux, ou bien simplement vrai, que la mobilité s'apparente à une sorte de tumulte alors que tout suggérait à l'homme de côtoyer la lente patience du lieu ?"

De qui est-ce ?

14:50 Publié dans énigme | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jeu

Les grands pays classiques

L'Occitanie c'est bien aussi. Allez voir un peu de ce côté-là :

« Les grands pays classiques, notre Provence, la Grèce et l’Italie tels que je les imagine sont ceux où la clarté se spiritualise, où un paysage est un sourire flottant d’intelligence aiguë ».

Cézanne

13:55 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Occitanie, Provence

vendredi, 25 août 2006

Aux terrasses de marbre

medium_venise.jpgOui je suis à Venise quand je suis heureux, le soir tombe sur la lagune, la lumière est grise et humide, les violons du Florian s'allument, le lion de Saint-Marc veille, l'ombre de Vivaldi glisse, Proust, Manet et Nietzsche sont attablés, la conversation est vive, Proust défend la splendeur orientale "Baudelaire, comme c'est supérieur à tout ce qui a jamais été écrit", Nietzsche rêve "cet instant se répétera à l'infini", Manet peint le Grand Canal comme personne, un autre illuminé, en ce moment à Aden, mais il est là aussi, un peu plus tôt a écrit : "tels qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses".

Venise

medium_A_Sunset_in_Venice.jpgWoopeeh, j'ai cinquante ans aujourd'hui, en pleine forme ! et je suis à Venise !

mercredi, 23 août 2006

Le livre utilisera Google et Internet en riant sous cape

Malgré ce qu'on répète, le contenant a une influence limitée sur le contenu. L'arrivée de la machine à écrire n'a pas beaucoup transformé le style des écrivains. D'une certaine manière, nos écrans sont plus proches de l'écriture manuscrite que ne l'était la machine à écrire: on peut corriger, recommencer sans fin.

A lire ici une interview de Jean-Noël Jeanneney sur l'évolution du livre et de la lecture

10:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, internet

mardi, 22 août 2006

Les intermittents ont un statut, pas les écrivains

(Extrait de Télérama cette semaine) :

Loin des confortables à-valoir d’une poignée d’auteurs stars, 98 % des écrivains exercent une autre activité professionnelle pour gagner leur vie. Le sociologue Bernard Lahire s’est penché sur leur quotidien dans son étude, La Condition littéraire. Les témoignages qu’il a recueillis mêlent bonheur d’écrire, frustrations, quête de reconnaissance et volonté d’indépendance.

 Qu’est-ce qu’un écrivain ? Un créateur, certes, mais aussi un individu de chair et d’os, un homme ou une femme que ses aspirations esthétiques ne dispensent pas des contraintes prosaïques de la vie matérielle. On l’avait peut-être oublié, sous l’influence notamment de la pensée structuraliste, qui a œuvré, depuis plusieurs décennies, à effacer quelque peu l’auteur du devant de la scène littéraire, au profit du texte, ce dernier jouissant en quelque sorte d’une vie autonome. L’enquête menée en région Rhône-Alpes par le sociologue Bernard Lahire (1), et dont la passionnante synthèse paraît aujourd’hui sous le titre La Condition littéraire, peut dès lors se lire, conformément au souhait de son auteur, comme une entreprise destinée à « matérialiser […] des écrivains trop souvent considérés comme des créateurs désincarnés ». Ramenés à la vie, voici donc les écrivains en ces pages saisis dans leur quotidien, parfois âpre – c’est que « la condition littéraire » n’est pas si simple qu’on le croit communément, et que derrière le terme générique d’« écrivain » se dissimulent des réalités sociales complexes. Une généralité s’impose pourtant, au-delà des différences : ceux qui vivent de leur plume sont des exceptions, et la règle générale est plutôt celle de la « double vie » – côté face l’écriture ; côté pile un second métier, une famille, des enfants, tout ce qui fait une vie sociale ordinaire  
Télérama : Votre étude montre que 98 % des écrivains exercent ou ont exercé un second métier. Est-ce une proportion que l’on retrouve dans d’autres disciplines artistiques ou intellectuelles ?
Bernard Lahire :
Pas du tout, leur situation n’est en rien ordinaire. Même quand leur second métier est lié soit à la littérature – s’ils sont enseignants en lettres par exemple –, soit à l’écriture – s’ils sont journalistes notamment –, le lien avec leur activité d’écrivain n’est pas direct. Les intermittents du spectacle ont un statut, pas les écrivains. Et seule une infime minorité d’entre eux a la possibilité d’exiger des éditeurs des droits d’auteur élevés. Au fond, on pourrait dire que l’écrivain est au centre d’un système d’exploitation, au sens non pas polémique, mais technique du terme. A savoir que la création littéraire permet de faire vivre toute la chaîne du livre, de l’éditeur au libraire en passant par l’employé d’imprimerie, mais l’écrivain, qui est pourtant au cœur de cette chaîne, lui, n’en vit pas.
Télérama : Cette contrainte du second métier est-elle pour eux une souffrance ?
Bernard Lahire :
Ils ne sont pas tous perpétuellement dans la douleur, mais chacun en souffre à un moment ou à un autre. Pour certains, la situation est une source permanente de tension et de frustration ; d’autres l’intériorisent et l’acceptent mieux. Le vécu est variable, en fonction de leur tempérament, en fonction aussi de la pénibilité du second métier qu’ils exercent, mais il n’est jamais pleinement serein. Il me semble qu’aux yeux du public c’est une réalité très peu connue. On ne parle du second métier d’un écrivain que lorsqu’il est exotique : Yves Bichet est l’écrivain maçon, André Bucher l’écrivain agriculteur, comme Jean Rouaud fut l’écrivain kiosquier lorsqu’il a publié son premier roman. Mais cette réalité du second métier des écrivains n’est jamais posée comme un problème social spécifique, alors même que cela touche une écrasante majorité d’entre eux et que c’est un phénomène historique vieux de plusieurs siècles.
Télérama : Vous parvenez à dégager une sorte de portrait-robot de l’écrivain : un homme, issu des catégories sociales élevées, diplômé…
Bernard Lahire :
Ces tendances sont même beaucoup plus fortes que je ne l’imaginais avant de commencer l’enquête. Je pensais trouver, parmi ces écrivains, des origines sociales très disparates, des niveaux de diplôme variés. Finalement, tout en ayant choisi d’ouvrir le plus largement possible la population auprès de laquelle a été menée l’enquête (2), on se rend compte que 71 % des écrivains ont un niveau d’études supérieur ou égal à bac + 2 – c’est une surreprésentation massive par rapport à la proportion nationale, qui est de 17 %. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’il n’y a pas de condition d’entrée dans le jeu littéraire, pas de diplôme exigé. On assiste donc à un phénomène d’autocensure : des personnes moins diplômées ne s’autorisent pas à écrire et à publier.
Télérama : Est-ce parce que les personnes diplômées ont une plus grande habitude de l’écrit ?
Bernard Lahire :
Ce qu’apporte l’école, c’est non seulement des compétences à lire et à écrire, mais aussi la possibilité de s’autoriser à penser qu’on peut le faire – une estime de soi et une assurance sociale qui permettent de se dire : pourquoi pas moi ? 
Autre tendance forte : les écrivains ont une position sociale personnelle assez élevée. Ainsi, 64 % d’entre eux exercent, en guise de second métier, une profession qui les rattache à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures. Enfin, on constate effectivement une surreprésentation des hommes – et cette dernière s’accentue lorsqu’on monte dans l’échelle de la légitimité. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les listes des lauréats de prix littéraires importants, sur lesquelles les femmes sont très minoritaires. Cela parce que ces dernières, les témoignages sont probants dans le livre, ont notamment plus de difficultés à ménager du temps pour elles, à supporter les frustrations et aussi la culpabilité qu’une telle organisation engendre souvent.
Télérama : Justement, existe-t-il un lien entre les conditions d’élaboration d’un texte, et la forme, le contenu de ce texte ?
Bernard Lahire : Oui, cette réflexion est sous-jacente tout au long du livre. De façon très concrète, le manque de temps peut amener un écrivain à privilégier la forme brève, l’écriture fragmentée ou la nouvelle plutôt que le roman. Francis Ponge, par exemple, témoignait du fait que, disposant de peu de temps en dehors de son travail d’employé de bureau aux messageries Hachette, il tentait chez lui le soir de faire d’un objet une description poétique. Mais s’il avait eu davantage de temps, il aurait écrit différemment. Par ailleurs, dans le même ordre d’idées, si la littérature est une transfiguration des expériences vécues par l’écrivain dans le cadre de sa famille, de sa profession, de son milieu social, l’appartenance d’une majorité d’auteurs aux classes sociales supérieures n’est pas sans incidence sur les thèmes dominants de la production littéraire, sur la langue dans laquelle elle s’écrit.  
Télérama : Ceux que vous avez interrogés semblent mal à l’aise par rapport à l’argent et au succès. Certes, ils ne refusent ni l’un ni l’autre, mais ils les redoutent aussi…
Bernard Lahire :
Le cas du romancier de science-fiction Ayerdhal est très intéressant pour comprendre ce point de vue. Il est un des rares à vivre de sa plume. Mais, pour y parvenir, il est contraint de publier un livre à peu près tous les ans, et de le vendre à quelque 10 000 exemplaires. Cette obligation finit par le faire douter de son envie d’écrire. Il en vient même à se demander s’il n’aurait pas dû exercer un second métier, afin de pouvoir vivre l’écriture comme une vocation, une passion, et non comme une obligation. Franz Kafka, lui aussi, dans son journal, doute de l’intérêt qu’il y aurait pour lui à arrêter d’exercer un second métier, parce qu’il sait qu’il n’écrit pas suffisamment pour vivre de ses livres, et qu’il écrit des livres trop singuliers pour espérer de gros tirages.
Télérama : Ce raisonnement ne va-t-il pas à contre-courant d’une société où la valeur des choses se mesure souvent à leur prix ?
Bernard Lahire :
L’idée que la valeur d’une œuvre se mesurerait à l’argent qu’on peut en tirer est très peu présente chez eux. Cela, c’est plutôt une logique de type Audimat : les chaînes de télévision sont fières d’annoncer le nombre de téléspectateurs qui les regardent. Mais pour un écrivain, la quête du succès peut être une source de danger pour la qualité, la singularité de l’œuvre qu’il poursuit. Son souci, c’est plutôt d’être reconnu comme un écrivain dont le travail apporte quelque chose à la littérature. On est dans un univers que Bourdieu définissait comme ayant intérêt au désintéressement : au fond, dans un milieu artistique, le succès entraîne une suspicion. Il y a là comme une économie inversée. Bien sûr, il n’y a pas d’auteur pour dire : je n’aime pas l’argent. Le discours est plutôt : je serais très content si je vendais beaucoup de livres, mais le nombre de lecteurs n’est pas mon souci principal. C’est la reconnaissance qu’ils recherchent avant tout.
Télérama : D’où peut venir la reconnaissance, si elle n’est pas liée à l’argent ?
Bernard Lahire :
Ils cherchent la reconnaissance auprès de personnes capables d’apprécier leurs qualités littéraires : certains critiques aux jugements desquels ils accordent une autorité, ou leurs pairs. La reconnaissance passe aussi par le fait d’intégrer une maison d’édition parisienne ayant accumulé un fort capital de prestige littéraire comme Gallimard, Minuit ou P.O.L. Enfin, il y a les prix littéraires. Un prix peut être décisif pour un auteur, changer sa vie du point de vue économique, créer une dynamique qui permette à ses ventes de franchir un seuil, être l’occasion d’arrêter d’exercer un second métier. En même temps, les auteurs s’en méfient, pensent même que l’obtention d’un prix pourrait les paralyser. C’est un sentiment contradictoire, comme celui éprouvé face à l’argent.
Télérama : Donc, ils aspirent au succès tout en s’en méfiant, ils souffrent de devoir exercer un second métier tout en y voyant une condition de liberté… Ils sont au cœur d’un nœud de contradictions.
Bernard Lahire :
Absolument. Ils ne refusent pas le succès, tout en s’en protégeant. Et même s’ils assument des aspirations littéraires d’une grande pureté, ils rêvent souvent d’avoir un peu plus d’argent pour disposer de davantage de temps. Car, tout simplement, ils ont une vie concrète, matérielle, et le désir légitime que cette vie ne soit pas une épreuve permanente.
 
(1) Bernard Lahire a notamment publié Tableaux de familles, Heurs et malheurs scolaires en milieux populaires (éd. Gallimard/Le Seuil, 1995), La Culture des individus, Dissonances culturelles et distinction de soi (éd. La Découverte, 2004, aujourd’hui disponible en poche chez le même éditeur).
 
(2) L’enquête, menée en 2004 et en 2005, s’appuie sur 503 écrivains, nés ou vivant et travaillant en région Rhône-Alpes, interrogés par le biais d’un questionnaire, et sur des entretiens réalisés avec 40 d’entre eux.  A lireLa Condition littéraire, La double vie des écrivains, éd. La Découverte, 624 p., 25 € (en librairie le 31 août).

Propos recueillis par
Nathalie Crom

Les citations des auteurs insérées dans les photos sont extraites de La Condition littéraire, La double vie des écrivains, de Bernard Lahire, éd. La découverte, 624 p., 25 € (en librairie le 31 août).

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lundi, 21 août 2006

Musée de l'Hermitage

A lire ici, une petite histoire du Musée de l'Hermitage, pour comprendra sa richesse, où l'on verra passer Diderot, Voltaire et bien d'autres...

Hier la nuit

Hier la nuit au devant tu fuis tu déchaînes les obscurités

elles claquent

les galets auxquels la caresse des sables a renoncé déforment les lisses lèvres de la promenade

lune saigne une ligne de lumière

le ciel n'écrit pas droit

nos bateaux du port separés ébranlent la tranquillité du phare

les arbres se tendent leurs feuilles infinies    le froid nous prend par la main    cîmes des arbres serrées            personne dans les allées   la raison trourbillonne et brouille les deuils des étoiles     feuillages élevés déferlent en vagues acharnées

l’amour confond un instant les secrets      les nuages en tribus glissent sur le sol ferme        qu’y a-t-il      quelle terre à l’envers de la peau tu tords je dépèce terre de nous deux prisonnière en tressaillant nous renverse et pousse transformée de sa mort féroce    

tous nos morceaux d'histoire éparpillés font pointes de son dans le gosier des oiseaux de l’île     le vent fouette le temps

 

Extrait du blog Ritta parmi les bombes

22:42 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Ritta, Liban, guerre

A l'instar de toutes les femmes...

Qui a écrit ces lignes ?

"A l'instar de toutes les femmes, Justine détestait tous ceux dont elle pouvait être sûre; et n'oubliez pas qu'elle n'avait encore jamais eu d'homme qu'elle pût admirer sans restriction - bien que cela sonne sans doute étrangement à vos oreilles. Elle avait enfin quelqu'un dont elle ne pouvait se venger par ses infidélités - intolérable mais délicieuse nouveauté. Les femmes peuvent être très stupides, mais très profondes aussi."

19:30 Publié dans énigme | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : jeu

jeudi, 17 août 2006

C'est comme ça

Et celle-ci, de qui ?

"C'est comme ça que Jack était. Il disait ce qu'il voulait quand il voulait"

17:15 Publié dans énigme | Lien permanent | Commentaires (19)