Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 26 août 2015

J’ai une maladie : je vois le langage.

68014-large-215892.jpgL’écriture de Barthes se reconnaît aussitôt : elle frappe visiblement l’oreille. Découpée, mate, retenue, elle semble s’éloigner de ce qu’elle dit en l’annulant par avance. « J’ai une maladie : je vois le langage. »
Philippe Sollers
http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article812

mardi, 25 août 2015

Zone obscure

"Écrire consiste donc le plus souvent à remplacer l’objet de notre émotion par un objet qui nous appartienne en propre et dont nous soyons, comme auteur, la zone obscure. L’inexprimé se trouve maintenant en nous par rapport à notre ouvrage, et non plus en notre modèle par rapport à nous. On écrit pour changer le mystère de place, le transplanter en soi, en transformer le contenant, pour être soi-même le prolongement de ce qu’on exprime à grand-peine, pour se débarrasser de tout le reste (qui est donc littérature)."

Philippe Sollers, Une curieuse solitude

mardi, 18 août 2015

Un autre corps

A la longue, la main qui écrit vient d'un autre corps qui enveloppe et comprend le corps, ses déplacements, sa flexibilité, ses respirations, ses courbures, ses oublis, ses ondes, sa buée d'ondes. La durée, comme un orage, est mise à distance.

Philippe Sollers, Le secret

mercredi, 05 août 2015

Clandestinité

Philippe Sollers« Je suis persuadé qu’il ne se passe jamais rien d’intéressant entre un homme et une femme, sauf quelque chose qui implique immédiatement la clandestinité. » : Philippe Sollers

 

 

samedi, 25 juillet 2015

La Salute, à Venise

6067408816_972e4e5d7b_b.jpgDeux coupoles, deux campaniles, mais l’église est ronde, elle tourne sur elle-même à l’intérieur, alors qu’à l’extérieur elle donne l’impression d’atterrir puissamment, comme le char céleste d’une divinité.
La Salute a ses oeuvres d’art (Titien, Tintoret), mais, bizarrement, n’en a pas besoin. Elle se suffit à elle-même (grand lustre comme un pendule d’observatoire).
C’est le seul monument vénitien qu’on peut admirer pour lui-même et son vide.

Philippe Sollers

dimanche, 19 juillet 2015

Le verbe

paysage-tchao-mong-fou-extrait-de-laurence-binyon-1869-1943-painting-in-the-far-east.jpg"Le verbe est au-dessus de la pensée et la pensée doit y remonter"

Philippe Sollers, extrait de Paradis

mardi, 05 mai 2015

Les femmes de Manet

manet.railroad.jpg"Chez Manet, les femmes sont partout : Victorine Meurent, Berthe Morisot, Méry Laurent, etc. (...) C'est très difficile de peindre une femme qui tient le coup ! C'est extraordinairement difficile !"

Philippe Sollers, La Révolution Manet

dimanche, 12 avril 2015

La surprise

Surprise_1771.jpg« Quand on le déroule, ce livre remplit l’univers dans toutes ses directions, et, quand on l’enroule, il se retire et s’enfouit dans son secret. Sa saveur est inépuisable, tout y est réelle étude. Le bon lecteur, en l’explorant pour son plaisir, y a accès ; dès lors, jusqu’à la fin de ses jours, il en fait usage, sans jamais pouvoir en venir à bout. »
Texte chinois cité par Philippe Sollers dans Passion fixe
Jean-Honoré Fragonard, La Surprise, 1771

vendredi, 13 février 2015

Energie noire

galaxieanneau.jpg"Plus de mystère ? D'accord. Mais c'est justement cette situation qui multiplie le mystère. J'avance, je tombe, je m'enfonce, je me redresse, je n'y comprends rien. Il n'y a, d'ailleurs, peut-être rien à comprendre, sauf que l'Univers, ou plutôt le Multivers, a toujours lieu, comme rayonnement, 380 000 ans après le Big Bang. Je sais que la matière ordinaire (mes atomes) n'occupe que 4,8 % de ce tourbillon, que 25,8 % sont constitués de "matière noire" encore inconnue, et que "l'énergie noire", poussant le tout à grossir, prend 68,4 % de l'ensemble. Je n'en ai pas l'air, mais je suis bel et bien un boson gravitationnel, un neutrino qui peut franchir des montagnes. Je me souviens surtout, et ça me ravit, que les galaxies s'éloignent les unes des autres à 66 kilomètres par seconde. Un, deux, trois : 198 kilomètres. Pas mal."

Extrait de L'Ecole du Mystère, Philippe Sollers, 2015

dimanche, 23 novembre 2014

Classes moyennes

« Il fut un temps où les hommes croyaient faire l’amour et où la plupart des femmes faisaient constamment des enfants dont la majorité mourrait en bas âge. Tout ça marchait au petit bonheur. Les rois avaient des maîtresses, les reines des descendants légitimes et des bâtards encombrants. Ca vivait, ça mourrait, ça courrait, ça n’allait nulle part, sauf au ciel ou en enfer, c’était du théâtre. Il suffit de lire Saint-Simon, côté cour, ou de suivre, côté jardin, les aventures de Molière. Pour le ciel ou l’enfer, vous avez Bossuet ou Pascal. Ce spectacle s’est achevé il y a deux siècles.  Après quoi l’Histoire a, paraît-il, un sens, la Bourgeoisie s’en est occupée, elle a été monogame, hypocrite, héritière, elle s’est fait peur, de temps en temps, avec la société en mouvement, elle a résisté, planifié, organisé son opposition, tout en gardant ses réserves financières. Puis elle s’est largement ouverte, en apparence, aux classes moyennes, foule de domestiques contente d’être abusée avec sa participation active. La pensée, déjà à bout de souffle, s’est éteinte dans un langage stéréotypé et une surveillance globale. Les corps humains sont fabricables, les livres aussi. On en publie encore des milliers qui partent aussitôt en fumée. » Philippe Sollers

vendredi, 07 novembre 2014

L’espace-temps

« L’espace-temps ? Espace à quatre dimensions dont les points sont des événements. » : Philippe Sollers 

mardi, 16 septembre 2014

Rêves

« Vos rêves vous renseignent amplement sur l’avancée ou le recul de vos désirs. » : Philippe Sollers

jeudi, 28 août 2014

Toujours Manet

two-roses-on-a-tablecloth-560.jpgLa plupart des commentateurs, plus ou moins inspirés, de Manet, ont tous ce cliché : à savoir que Manet serait à l’origine de la naissance de l’art moderne. Cette histoire d’art moderne perdure encore, et puis tombe de plus en plus dans la bouillie de « l’art contemporain », Il n’y a pas d’art moderne. Il y a tour simplement art ou pas. Les grottes de Lascaux sont « modernes », Titien est « moderne », Manet est « moderne ». Toutes ces oeuvres sont la continuation de l’art par d’autres moyens selon le temps. Le marché de l’art raconte maintenant qu’il y aurait un art moderne et on en arrive ainsi à la bouillie contemporaine. On ne doit pas non plus prendre Manet pour un impressionniste. C’est encore une autre façon de brouiller les cartes et d’éviter de parler de ce qu’il y a d’essentiel dans l’art de Manet : c’est-à-dire une révolution. Et, on peur avancer que ce qu’il réalise est une renaissance, une renaissance de l’art à partir d’un moment où il a été, d’une certaine manière, occulté, offusqué, détruit. C’est le monde tel qu’il va, qui va contre l’art, c’est la société qui va sans arrêt contre l’art ainsi que les différents pouvoirs. Mais cela dépend, il y a des périodes fastes, par exemple, lorsque l’église catholique accepte, dans son sein, des œuvres aussi fabuleuses que celles de Titien, Tintoret, Tiepolo, Véronèse. C’est ça la question de l’art.
P. Sollers

mercredi, 06 août 2014

Puisqu'on sait tout

"Je rêve d'un monde où on s'ennuierait moins, surtout... Puisqu'on sait tout."

Philippe Sollers. Grand beau temps.

03:37 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philippe sollers

vendredi, 25 juillet 2014

Méditation

Santa Maria della Pietà, Rocca Calascio..jpg"Une méditation intense plane sur le paysage" Philippe Sollers
Photo : Santa Maria della Pietà, Rocca Calascio.

Sommeil

"Le sommeil est la moralité même."

Philippe Sollers, Grand beau temps (Cherche midi éditeur)

lundi, 30 juin 2014

Le monde se passe très bien d'écrivains!

On est célibataire, flottant, dépensier, rêveur. On est persuadé que la vie n'a aucun sens et ne va nulle part. On se retrouve marié, sommé d'avoir des opinions et un plan d'installation, paternisé, chronométré, poinçonné. Écrivain? Qu'est-ce que c'est que ça? Le monde se passe très bien d'écrivains!

Philippe Sollers, Grand beau temps

jeudi, 29 mai 2014

MANUEL DE CONTRE-FOLIE

Vous êtes fou, c’est entendu, mais vous n’avez aucune raison de préférer la folie des autres à la vôtre. Celle des autres, vous la connaissez depuis l’enfance, elle est lourde, elle vous suit partout, elle essaye, par tous les moyens, de briser la vôtre, que vous avez la folie (c’est le mot) de trouver enchantée, légère.

Vous avez l’intention d’être clair, précis. Il faut que ce Manuel puisse vous servir en toutes circonstances, dans les situations les plus imprévues. La folie est un tourbillon continu, la contre-folie doit être un contre-tourbillon constant. Poison ? Contre-poison. Blessures ? Cicatrices, Cauchemars ? Extases programmées. Mauvaise humeur ? Rires. Problèmes d’argent ? Augmentez les dépenses.

La folie vous guette ? Vous la devinez. Elle s’exprime ? Vous faites le mort. Elle augmente son bruit ? Montez la musique. Elle rentre chez vous comme si elle était chez elle ? Sortez, disparaissez, revenez. Inutile d’opposer à la folie la raison, le bon sens, la décence, la compassion, le respect, le souci de l’humanité ou de l’autre. Par définition, même avec des discours « humains », la folie est furieuse. Elle n’en a pas l’air, mais ça va venir. Cet orage vous surprend ? Cette agression vous gêne ? Vous avez des progrès à faire, c’est urgent.

Plus vous vous sentez à l’aise avec votre folie, plus la folie générale est désorientée par votre existence. À l’aide de votre contre-folie, vous lisez dans les pensées des fous qui se croient normaux. Ils se répètent, vous divaguez. Ils insistent, vous changez de sujet. Ils vous accablent de clichés, vous leur récitez des poèmes.

Le silence réprobateur des fous vous fatigue. Vous en rajoutez donc dans la gratuité, la désinvolture, le narcissisme épanoui. Vous blasphémez allègrement les poncifs moraux, vous dites du mal de toutes les religions et des plus grands philosophes. Avec les folles, pas d’efforts à faire : elles parlent tout le temps, c’est commode. Vous ponctuez de temps en temps, tout en pensant intensément à tel détail de tableau ou de paysage. Vous faites semblant d’être là, vous êtes dehors, et vous oubliez instantanément ce qu’elles viennent de dire. Supposons que vous soyez écrivain : vous avez une phrase à finir, c’est le moment, en plongée, d’écouter mieux sa cadence. Malgré le bruit, ça s’écrit. Comme elles ne lisent rien, vous êtes tranquille.


La folie fait du cinéma, votre contre-folie est astrophysique. La matière noire vous émeut, la découverte du boson vous comble, le néant marche avec vous dans la rue. Vous aimez les enfants, dont la contre-folie est évidente. On tente sans arrêt de les rendre fous, mais ils multiplient les incartades, les jeux de mots idiots, les maladies, les chagrins rentables. Ils sont là pour aggraver la folie de leurs parents, des éducateurs, des maniaques sociaux. Ces emmerdeurs-nés enfantins sont coriaces. Vous êtes comme eux, mais, vous, vous allez le rester contre vents et marées. Ils grandissent, vous rapetissez, ça y est, vous êtes maintenant un atome invisible. Pas besoin de dissimuler, vous êtes caché.

Vous êtes récusé, gardez-vous d’accuser. Vous savourez ce rejet, cet hommage. Plus la folie vous oublie, plus elle s’inquiète de son oubli. Elle sent que son temps est compté, pesé, divisé, alors que vous avez atteint la durée. La folie a besoin de se renouveler pour se répéter, la contre-folie, au contraire, est immuable, comme les mathématiques ou les pyramides sur lesquelles passe soudain un vent frais. Vous êtes dans le désert, servi par des anges. Votre retraite est introuvable, les oiseaux et les papillons vous aiment. La lune, toutes les nuits, vous sourit.

Encore des factures, des rappels à l’ordre, des chèques à remplir, des prélèvements en tous genres ? Vous payez selon votre contrat avec la folie. Après tout, c’est votre employée. Ne soyez pas grossier ni méprisant avec elle, le mépris est un mauvais placement, une faiblesse qu’il faut éviter. Vous ne méprisez personne, vous comprenez. Vous payez vos impôts, vos dettes, vous êtes un citoyen irréprochable, un virtuose de duplicité. Vous ne mentez pas, vous omettez. La vérité est un manteau sombre, une déesse que vous avez rencontrée. Dans votre vie, au fond très simple, les calculs se font d’eux-mêmes, les chiffres se débrouillent seuls, l’ordre règne sans avoir à se prononcer. Vous avez faim ? Vous mangez. Soif ? Vous buvez. Sommeil ? Vous dormez. 

Philippe Sollers, Médium, Gallimard, 2014, p. 45-48.

samedi, 24 mai 2014

Qui est qui ?

 Vous savez, j’avais fait le pari de citer intégralement les Poésies de Lautréamont dans mes propres livres. C’est maintenant chose faite, et cela passe très bien. 

 

Philippe Sollers 
Entretien avec la revue Pylône, Bruxelles, 2 décembre 2003 

mercredi, 14 mai 2014

La découverte d'un vide créateur

Dans le rapport entre la Chine et le baroque, il y a cette indication que les deux perturbent, en l'englobant, toute l'histoire de la métaphysique. Et cela par le fait qu'il y a introduction brusque de la découverte d'un vide créateur, qui fonctionne aussi bien par l'évacuation de toutes les formes que par leur exaltation.

Philippe Sollers, Grand beau temps