vendredi, 06 février 2026
Ô my saule...
Me voici sur une île. Autour de moi des saules, des milliers de saules, de petite taille, serrés les uns contre les autres, à croire qu’ils ne parviendront jamais à l’âge adulte. Le plus étonnant est leur bruit. Non pas leur bruit, leur voix. C’est plutôt un feulement, une plainte, même si, à l’intérieur, on devine une détermination, une force, une violence peut-être. Ils bruissent, se balancent de la cime à la racine. On les croirait doués de vie.
Il n’y a que des saules sur cette île, comme au milieu d’un delta. Ce morceau de terre est décidément curieux. J’atteins la berge. Autour, ce n’est pas la mer, mais un fleuve, puissant, indompté. Le mystérieux Danube qui irrigue l’Europe de part en part ? Un moment, l’aspect marécageux du paysage me fait penser à celui de The African queen, mais non, c’est plus étrange encore, plus inquiétant. Aucune habitation, pas la moindre trace humaine. Le ciel est gris, le vent puissant. Et ce bruit lancinant, la voix des saules…
Le bruissement vient de tous les points de l’île à la fois. Les vents se déplacent souvent sous les arbres comme des êtres vivants. Mais là c’est différent. Je tends l’oreille. Les saules parlent entre eux, oui, ils jacassent même, ils rient parfois. Je sais que tout cela n’a pas beaucoup de sens, pourtant leur langage est étranger au monde que je connais. Surtout, leur banalité, leur nombre masquent un je ne sais quoi d’hostile et de malfaisant.
Début de la nouvelle : "Ô my saule" inclus dans le livre d'artiste : "Le Monde n'est pas si réel." illustrations de Laurence Fauchart. Vient de paraître (48 pages, quadrichromie, format A4 paysage, dos carré collé, contient 9 nouvelles dont 4 inédites, 25 €). Contact : raymond.alcovere@gmail.com
17:54 Publié dans Le monde n'est pas si réel | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : le monde n'est pas si réel



















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