mercredi, 25 octobre 2006
Comme des outils divinatoires
"La parole appelle, ne nomme pas. Le français le dit : nous ne nommons pas les choses, nous les appelons. Nous les appelons parce qu'elles ne sont pas là, parce que nous ne savons pas leur nom." "La pensée n'utilise pas les mots, ne cherche pas ses mots. Ce sont les mots qui cherchent, qui traquent la pensée. Nous nous dépouillons des mots en parlant. Celui qui parle, celui qui écrit, c'est un qui jette ses mots comme des outils divinatoires, comme des dés lancés."
Valère Novarina
Image : Jeff Koons
00:20 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, parole, Novarina, Jeff Koons, peinture, art
samedi, 21 octobre 2006
La Terre était le paradis des dieux
"Quels êtres admirables que ces Grecs. Leur existence était si heureuse qu'ils imaginaient que les dieux, pour trouver leur paradis et aimer, descendaient sur la Terre. Oui, la Terre était le paradis des dieux... Voilà ce que je veux peindre."
Renoir
00:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Renoir, Grèce, paradis
vendredi, 20 octobre 2006
La camisole de force !
"Pour faire de la peinture, il faut être un peu fou. Je le suis moi-même. Quant à Cézanne, c'est la camisole de force."
Renoir
15:08 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Cézanne, Renoir, folie
mardi, 17 octobre 2006
Aucune contradiction
Venise est la civilisation de la non-séparation. Qui est prêt à admettre qu’il n’y a aucune contradiction entre sacré et profane, nature et culture, débauche et extase... ? Qui a intérêt au contraire, à maintenir la séparation ?
Philippe Sollers, L'évangile de Nietzsche, 2006
Titien, Flora
00:20 Publié dans Venise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Art, peinture, Titien, Venise, Sollers, Flora
lundi, 16 octobre 2006
Le premier portrait
12:54 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, sculpture, portrait, préhistoire
Berthe Morisot, regards pluriels
"Berthe Morisot avait une personnalité volontaire, mais elle était aussi énigmatique. Sa peinture dégage un certain mystère. Quels que soient les milieux sociaux figurés, ses portraits ne sont jamais mondains. Au contraire, ils font toujours appel à l'intime. Ses personnages ont des regards que l'on n'arrive pas à saisir, ils sont tournés vers le dedans : telle est la quête de la peintre", indique Maïthé Vallès-Bled, conservatrice du musée de Lodève.
"Je ne crois pas qu'il y n'ait jamais un homme traitant une femme d'égale à égal et c'est tout ce que j'aurais jamais demandé car je sais que je les vaux", écrit Berthe Morisot dans son carnet de notes en 1890.
Berthe Morisot, par Edouard Manet
"Il est grandement temps d'agir, de considérer la minute présente comme la plus importante des minutes et de faire ma perpétuelle volupté de mon tourment ordinaire, c'est-à-dire de travailler" (Berthe Morisot).
Bergère nue couchée - 1891
Sanguine - 37 X 54 cm
Collection particulière
00:20 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Berthe Morisot
mercredi, 11 octobre 2006
Les rapports infinis de l’univers
De nos jours, on veut faire voir la relativité des choses visibles et exprimer l’idée que l’objet visible n’est qu’un exemple isolé dans les rapports infinis de l’univers, et qu’il existe un nombre bien plus grand encore d’autres vérités.
Paul Klee
05:42 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peinture, art, Paul Klee
mardi, 10 octobre 2006
Construire une fiction
Chaque fois que l'homme s'est donne des moyens nouveaux pour décrire le réel tel qu'il est (photo, cinéma, images numériques...) il a immédiatement utilise ce même outil pour construire une fiction
17:03 Publié dans Papillote | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : art, fiction
Les choses esquelles il y a de la perfection
On peut passer des dizaines de fois devant un tableau de Poussin et ne rien voir. A son ami Chantelou : Les choses esquelles il y a de la perfection ne se doivent pas voir à la hâte, mais avec temps, jugement et intelligence. Il faut user des mêmes moyens à les bien juger comme à les bien faire. L’émotion tisse son œuvre. L’espace est baigné d’une douce lumière, transfiguré, présence de la volupté, mais aussi de la volonté farouche des hommes, touches graciles de vert dans le jade du ciel. Une perfection qu’on devinait confusément est là, manifeste, sur la toile. Lumière romaine, tour à tour triomphante et souple, sensualité des corps, justes, voluptueux, jamais idéalisés, tout précise l’harmonie, la justesse, l’éternel retour...
Extrait du roman : Le sourire de Cézanne, à paraître mai 2007, N & B éditions.
09:12 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Littérature, art, Poussin, Le sourire de Cézanne
lundi, 09 octobre 2006
Je suis le peintre de l'espace
"Je suis le peintre de l'espace. Je ne suis pas un peintre abstrait, mais au contraire figuratif, et réaliste. Soyons honnête, pour peindre l'espace, je me dois de rendre sur place, dans cet espace même."
Yves Klein
(Centre Georges Pompidou, jusqu'au 5 février)
09:40 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : art, peinture, Yves Klein
vendredi, 06 octobre 2006
Vous sentirez la rumeur autour de la tête
C'est un des plus beaux textes écrits sur la peinture,
Cézanne racontant ses sensations devant un tableau de Véronèse : « Celui-là, il était heureux. Et tous ceux qui le comprennent, il les rend heureux. C’est un phénomène unique. Il peignait comme nous regardons, sans plus d’efforts. En dansant. Des torrents de nuances lui coulaient du cerveau. Il parlait en couleurs. Il me semble que je l’ai toujours connu. Je le vois marcher, aller, venir, aimer, dans Venise, devant ses toiles, avec ses amis ... Tout lui rentrait dans l’âme avec le soleil, sans rien qui le sépare de la lumière. Sans dessin, sans abstractions, tout en couleurs ... On a perdu cette vigueur fluide que donnent les dessous ... Regardez cette robe, cette femme contre cette nappe, où commence l’ombre sur son sourire, où la lumière caresse-t-elle, imbibe-t-elle cette ombre, on ne sait pas. Tous les tons se pénètrent, tous les volumes tournent en s’emboîtant. Il y a continuité ... Le magnifique, c’est de baigner toute une composition infinie de la même clarté atténuée et chaude et de donner à l’œil l’impression vivante que toutes ces poitrines respirent véritablement, mais là, comme vous et moi, l’air doré qui les inonde. Au fond, j’en suis sûr, ce sont les dessous, l’âme secrète des dessous qui, tenant tout lié, donnent cette force et cette légèreté à l’ensemble ... L’audacieux de tous les ramages, les étoffes qui se répondent, les arabesques qui s’enlacent, les gestes qui se continuent. .. Vous pouvez détailler : tout le reste du tableau vous suivra toujours, sera toujours là, présent, vous sentirez la rumeur autour de la tête, autour du morceau que vous étudierez. Vous ne pouvez rien arracher à l’ensemble. »
Extrait du "Dictionnnaire amoureux de Venise" de Philippe Sollers ; On pourra consulter aussi le magnifique petit livre de Joachim Gasquet aux éditions Encre marine : "Cézanne"
A lire en intégralité la note de Viktor Kirtov sur Pile-Face ici
Ici : Lucretia
1580
Oil on canvas, 109 x 90,5 cm
Kunsthistorisches Museum, Vienna
02:05 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, peinture, Véronèse, Cézanne
mercredi, 04 octobre 2006
Rien de plus apaisant que les fresques de Piero della Francesca
Rien de plus apaisant que les fresques de Piero della Francesca. Comme Cézanne il a poursuivi un chemin solitaire, sans chercher la gloire ni la protection d’hommes influents, préférant la poursuite de l’œuvre aux intrigues du monde. Reste la plénitude, un sentiment d’éternité, l’ensorcellement. Personne n’a imprimé à ses personnages autant de grâce, de sérénité sur les visages, jamais on n’a pu lire une telle absence d’anxiété jusque dans les scènes de violence, de guerre.
Extrait du roman : Le sourire de Cézanne, à paraître
Piero della Francesca, La flagellation
02:13 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, art, Piero della Francesca, le sourire de Cézanne
dimanche, 01 octobre 2006
Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers
« Quelle chienne de chose que la prose ! Ça n'est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu'on peut lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. Voilà du moins mon ambition (il y a une chose dont je suis sûr, c'est que personne n'a jamais eu en tête un type de prose plus parfait que moi ; mais quant à l'exécution, que de faiblesses, que de faiblesses, mon Dieu !).
Flaubert, A Louise Colet. 22 juillet 1852.
09:27 Publié dans Histoire littéraire | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : littérature, art, Flaubert
C'est une délicieuse chose que d'écrire !
« J'ai un casque de fer sur le crâne. Depuis 2 heures de l'après-midi (sauf 25 minutes à peu près pour dîner), j'écris de la Bovary. Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu. On sue et on a la gorge serrée. Voilà une des rares journées de ma vie que j'ai passée dans l'Illusion, complètement, et depuis un bout jusqu'à l'autre. Tantôt, à six heures, au moment où j'écrivais le mot attaque de nerfs, j'étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j'ai eu peur moi-même d'en avoir une. (...) N'importe, bien ou mal, c'est une délicieuse chose que d'écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd'hui, par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après-midi d'automne, sous des feuilles jaunes, et j'étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu'ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s'entre-fermer leurs paupières noyées d'amour. »
Gustave Flaubert
A Louise Colet. 23 décembre 1853.
08:48 Publié dans Histoire littéraire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, art, Flaubert
samedi, 30 septembre 2006
Les Demoiselles, trente ans au fond d'un atelier...
Les Demoiselles d'Avignon ; L'histoire d'un choc, trente ans au fond d'un atelier...
A 26 ans donc en 1906, Picasso décide d’abandonner la peinture réaliste qui est liée à l’apparence extérieure des objets. Picasso entre dans une nouvelle phase marquée par l’influence des arts grecs, des arts africains et de Cézanne (qui meurt en 1906). Il commence à peindre les visages comme si c’était des masques, en géométrisant le réel et en multipliant les points de vue pour représenter un objet. La forme est éclatée en plusieurs fragments pour s’ouvrir dans toutes les directions. La palette cubiste se réduit aux ocres et aux gris. Picasso rencontre Kahnweiler qui sera désormais son principal marchand. Le Cubisme s’inspire de Cézanne et des arts primitifs pour la géométrisation des volumes. Les objets sont fragmentés en plusieurs facettes permettant de les observer sous différents angles. Une figure peut ainsi être vue de profil et de face. Le clair-obscur traditionnel est remplacé par le camaïeu, peinture d’une seule couleur, dont les tons plus ou moins foncés suggèrent le relief.
Les demoiselles d’Avignon
Ce tableau, un des plus célèbres de la période du cubisme, est considéré à juste titre comme le début de l’art moderne. Pour la première fois au monde un peintre a radicalement transformé l’espace pictural. Ce tableau réalisé en 1907 ne sera révélé au public qu’en 1937. En effet en 1907 lorsqu’il dévoile sa toile "des demoiselles d’Avignon" c’est la consternation, le choc. Personne n’aime vraiment ce genre de tableau. Certains disaient de Picasso "quelle perte pour l’art français". Le tableau restera au fond d’un atelier face tourné contre un mur. En 1937 c’est la révélation...
05:38 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : art, Picasso, Les Demoiselles d'Avignon, cubisme
A quel excès se porte le zèle de la religion dans les dames!
Il s'adressa ensuite à un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charité dans une grande assemblée. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit: «Que venez-vous faire ici? y êtes-vous pour la bonne cause? - Il n'y a point d'effet sans cause, répondit modestement Candide; tout est enchaîné nécessairement, et arrangé pour le mieux. Il a fallu que je fusse chassé d'auprès de mademoiselle Cunégonde, que j'aie passé par les baguettes, et il faut que je demande mon pain, jusqu'à ce que je puisse en gagner; tout cela ne pouvait être autrement. - Mon ami, lui dit l'orateur, croyez-vous que le pape soit l'Antéchrist? - je ne l'avais pas encore entendu dire, répondit Candide; mais, qu'il le soit ou qu'il ne le soit pas, je manque de pain. - Tu ne mérites pas d'en manger, dit l'autre; va, coquin; va, misérable, ne m'approche de ta vie.» La femme de l'orateur ayant mis la tête à la fenêtre, et avisant un homme qui doutait que le pape fût antéchrist, lui répandit sur le chef un plein . . . O ciel! à quel excès se porte le zèle de la religion dans les dames!
Voltaire, Candide
Picasso, Les Demoiselles d'Avignon
00:20 Publié dans Grands textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, Voltaire, Candide, art, Picasso


















