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vendredi, 25 novembre 2005

Sur tes yeux d'océan

Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur tes yeux d'océan.

Là, brûle écartelée sur le plus haut bûcher,
ma solitude aux bras battants comme un noyé.

Tes yeux absents, j'y fais des marques rouges
et ils ondoient comme la mer au pied d'un phare.

Ma femelle distante, agrippée aux ténèbres,
de ton regard surgit la côte de l'effroi.

Incliné sur les soirs je jette un filet triste
sur la mer qui secoue tes grands yeux d'océan.

Les oiseaux de la nuit picorent les étoiles
qui scintillent comme mon âme quand je t'aime.

Et la nuit galopant sur sa sombre jument
éparpille au hasard l'épi bleu sur les champs.

Pablo Neruda

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 24 novembre 2005

Nihilisme à l'eau de rose

ni pied ni rime ni raison
ni peut-être ni oui ni non
ni femme ni homme ni bête
ni logique ni queue ni tête
ni de savant ni de linotte
ni laisse ni lien ni menottes
ni dieu ni diable ni personne
ni fleur ni bouquet ni couronne
ni peut-être ni oui ni non
ni neutre ni mauvais ni bon
ni ou ni quand ni quoi ni qu'est-ce
ni lien ni menottes ni laisse
ni pour ni contre ni peut-être
ni oui ni non ni dieu ni maître
ni foi ni loi ni concession
ni neutre ni mauvais ni bon
ni menottes ni bride ou lien
ni ta semi-liberté... RIEN!
Rick Hunter
Magritte (1948)

21:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

La lutte pour le souvenir

Mes pensées se sont peu à peu éloignées, mais ayant abordé un sentier accueillant, je repousse les contrariétés tumultueuses et je m'arrête, les yeux fermés, grisé par un parfun de passé que j'ai conservé, durant mon petit corps à corps avec la vie. J'ai vécu hier, uniquement. Aujourd'hui a cette nudité qui attend la chose désirée, ce cachet provisoire qui vieillit en nous sans amour.

Hier est un arbre aux longs branchages, à l'ombre duquel je suis allongé, abandonné à la mémoire.

Soudain, je regarde, étonné: en longues caravanes, des voyageurs sont arrivés dans le même sentier; les yeux endormis dans le souvenir, ils fredonnent des chansons et évoquent ce qui fut. Et je crois deviner qu'ils se sont déplacés pour s'arrêter, qu'ils ont parlé pour se taire, qu'ils ont ouvert leurs yeux stupéfaits devant la fête des étoiles pour les fermer et revivre l'en allé...

Etendu dans ce nouveau chemin, avec les yeux avides et fleuris des jours lointains, j'essaie vainement d'enrayer le fleuve du temps qui ondoie sur mes faits et gestes. Mais l'eau que je parviens à recueillir reste prisonnière des bassins secrets de mon coeur, dans lesquels, demain, devront s'enfoncer mes veilles mains solitaires

Pablo Neruda

Kupka, Les disques de Newton (1911-1912)

14:25 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 23 novembre 2005

La poésie

Et ce fut à cet âge... La poésie
vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d'où
elle surgit, de l'hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
non, ce n'étaient pas des voix, ce n'étaient pas
des mots, ni le silence:
d'une rue elle me hélait,
des branches de la nuit,
soudain parmi les autres,
parmi des feux violents
ou dans le retour solitaire,
sans visage elle était là
et me touchait.


Je ne savais que dire, ma bouche
ne savait pas
nommer,
mes yeux étaient aveugles,
et quelque chose cognait dans mon âme,
fièvre ou ailes perdues,
je me formai seul peu à peu,
déchiffrant
cette brûlure,
et j'écrivis la première ligne confuse,
confuse, sans corps, pure
ânerie,
pur savoir
de celui-là qui ne sait rien,
et je vis tout à coup
le ciel
égrené
et ouvert,
des planètes,
des plantations vibrantes,
l'ombre perforée,
criblée
de flèches, de feu et de fleurs,
la nuit qui roule et qui écrase, l'univers.


Et moi, infime créature,
grisé par le grand vide
constellé,
à l'instar, à l'image
du mystère,
je me sentis pure partie
de l'abîme,
je roulai avec les étoiles,
mon coeur se dénoua dans le vent.

(Pablo Neruda, Mémorial de l'île Noire, 1964)

22:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

Le chemin se fait en marchant

Tout passe
et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Voyageur, le chemin
C'est les traces
de tes pas
C'est tout ; voyageur,
il n'y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier
Que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur! Il n'y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer

Antonio Machado

22:15 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (5)

mardi, 22 novembre 2005

Chevauchée

Placide, l’eau s’élance

Au grand galop sous le pont,

Ecume ses dents sur les galets

Use ses longs cheveux de vent.

 

Les yeux brillants flottent dans les airs

C’est la chevauchée des crinières

Le sable en tourbillons dorés

La peau au grain miraculé.

 

Les naseaux palpitent d’ivresse

Et brillent de la sueur du sang

Fougueux sous les muscles saillants

Tonnerre du sang contre l’écorce

Sculptée, finement ciselée.

 

Valérie Canat de Chizy

21:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

Couleur réglisse

Alors que le sang

Caille sous les dents

S’ébrèche un sourire

Dans des yeux brumeux

Le sol s’évase

Sous les clapotis

Les pas se dilatent

Au milieu du bruit.

 

Alors que la nuit

Effiloche les murs

En longues rainures

Les phares projettent

Leurs yeux globuleux

Les rats s’émiettent

Au milieu des feux.

 

Alors que les briques

Couvent dans la braise

Et que les colchiques

Prennent leurs aises

Les bras perdent leurs feuilles

Et se ternissent

Les jambes deviennent

Couleur réglisse.

 

Valérie Canat de Chizy

21:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

Sol y tierra

   

le vent

entre chien et loup

la lune cachée

 

dans le haut tilleul

 

la douceur

 

léger frisson

 

imperceptible

 

sortilège    

les démons de gouttières

miment le combat

 

quatre ombres

 

apparaissent

 

disparaissent

 

froissent les herbes    

le val de mes seins

invite à la balade

 

ma pensée va à l’homme

 

mais dieu siffle mon âme

 

comme on siffle un chien

 

et mon âme danse

 

une joie

 

soûle d’espace

 

solitaire  

sol y tierra

et le vent aussi et le vent…

Cathy Garcia

14:45 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 19 novembre 2005

Nuit

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Dans la croyance en l’infini de la lumière, la répétition et le ciel et les femmes, courbes et ondulations, promesse de l’aube et lendemains meilleurs, l’univers se resserre, tremble et s’efface, et redevient nuit.

03:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 14 novembre 2005

Poème instantané capté sur le vif (Jack Chi)

A lire ici, par Hozan Kebo

21:54 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

Un bruit de baiser ferme le monde

M’a-t-on coupé le fil de la mémoire
Que je n’entende plus le ventre du passé ?
Il m’étrangle en mon cri dépassé dans le noir
Jusqu’à la flamme unique où le fil a brûlé

L’avenir a cassé dans ma tête le vent
Le passé a repris les cloches de ses soirs
Le remords a rongé les sons de la mémoire
Et le bruit d’un baiser déchire les instants

Au sein des toits la flamme détord ses étoiles
La mort a pris l’allure d’un fauteuil de vieux
La rage du souvenir souffle toutes les voiles
Jusqu’au dernier murmure des yeux.

Jean-Pierre Duprey

21:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 11 novembre 2005

Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant

Je suis le saint, en prière sur la terrasse, - comme les bêtes pacifiques paissent jusqu'à la mer de Palestine.

Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.

Je suis le piéton de la grand'route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant.

Je serais bien l'enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l'allée dont le front touche le ciel.

Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.
Rimbaud, Les Illuminations

00:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2)

jeudi, 10 novembre 2005

Nuitée

Nuitée  Sur un pic, un temple

Je lève la main, frôle les étoiles

Je n'ose parler à haute voix

Peur d'effrayer les êtres célestes

Li Po

06:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

lundi, 07 novembre 2005

Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire

QUAND le sourire éclatant des façades déchire le décor fragile du matin; quand l'horizon est encore plein du sommeil qui s'attarde, les rêves murmurant dans les ruisseaux des haies; quand la nuit rassemble ses haillons pendus aux basses branches, je sors, je me prépare, je suis plus pâle et plus tremblant que cette page où aucun mot du sort n'était encore inscrit. Toute la distance de vous à moi - de la vie qui tressaille à la surface de ma main au sourire mortel de l'amour sur sa fin - chancelle, déchirée. La distance parcourue d'une seul traite sans arrêt, dans les jours sans clarté et les nuits sans sommeil. Et, ce soir, je voudrais, d'un effort surhumain, secouer toute cette épaisseur de rouille - cette rouille affamée qui déforme mon coeur et me ronge les mains. Pourquoi rester si longtemps enseveli sous les décombres des jours et de la nuit, la poussière des ombres. Et pourquoi tant d'amour et pourquoi tant de haine. Un sang léger bouillonne à grandes vagues dans des vases de prix. Il court dans les fleuves du corps, donnant à la santé toutes les illusions de la victoire. Mais le voyageur exténué, ébloui, hypnotisé par les lueurs fascinantes des phares, dort debout, il ne résiste plus aux passes magnétiques de la mort. Ce soir je voudrais dépenser tout l'or de ma mémoire, déposer mes bagages trop lourds. Il n'y a plus devant mes yeux que le ciel nu, les murs de la prison qui enserrait ma tête, les pavés de la rue. Il faut remonter du plus bas de la mine, de la terre épaissie par l'humus du malheur, reprendre l'air dans les recoins les plus obscurs de la poitrine, pousser vers les hauteurs - où la glace étincelle de tous les feux croisés de l'incendie - où la neige ruisselle, le caractère dur, dans les tempêtes sans tendresse de l'égoïsme et les décisions tranchantes de l'esprit.

Pierre Reverdy, Reflux, extrait de "Ferrailles"

14:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, 10 octobre 2005

Croustillé d'or

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi, avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Blaise Cendrars Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France
 

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L'errant


Il courait, il courait, le malheureux,
sous la lune et dans les cendres,
son pied glissait sur les plages
et la forêt vierge arrachait ses cheveux.


Il courait, il courait comme un fou,
gesticulant de ses longs membres noirs;
la neige pénétrait son sang,
le sable sa cervelle.


Dans chaque capitale il trouvait des amis
au fond d'un café des faubourgs,
ils l'embrassaient, lui donnaient de l'alcool,
des cigares et des femmes aux yeux bêtes.


Il caressait leurs cheveux,
il mangeait une assiettée de soupe et s'en allait,
ses grands bras ridicules
levés vers un ciel gris et jaune.

Ah! qu'il en avait des amis, des amis,
de vrais amis de par le monde,
il courait, il courait sur les routes et les plages,
parce que ce n'était jamais cela.


Il court encore, mes amis, mes amis,
ne prenez pas cet air stupide,
un oeil de trop, un nez de moins,
et chaque fois le tableau est manqué.


Il court, il court, et dans les bars des faubourgs,
on discute de son cas;
les piles d'assiettes tombent des bras des servantes, chacun rentre chez soi seul, se mordant les lèvres.


Il tourne, il tourne, mes amis,
à s'en rompre les artères.

René Daumal, Le contre-ciel - Poesie Gallimard

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dimanche, 18 septembre 2005

La poésie règne

La poésie de Nietzsche est évidente, mais on trouve la poésie à l'oeuvre dans tous les grands textes en vérité, quel que soit leur genre - et je crois que tous les grands inventeurs scientifiques sont aussi des poètes. Quand vient le moment où l'homme est conduit par sa langue, la poésie règne - et c'est un moment intensément érotique, parce qu'il a alors cédé à l'abandon, comme dans l'amour quand on le fait vraiment.

- Ces quelques mots pris sur le blog d'Alina Reyes hier, pour ceux qui l'ont ratée, au cours d'une passionnante discussion à propos de sa note "L'art de la guerre 2" -

15:35 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)