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dimanche, 30 avril 2006

Que l'on nomme caractère

"Il faut croire solidement à la vérité supérieure des principes éprouvés et ne pas oublier que, dans leur vivacité, les impressions momentanées détiennent une vérité d'un caractère inférieur. Grâce à cette prérogative que nous accordons dans les cas douteux à nos convictions antérieures, grâce à la fermeté à laquelle nous nous y tenons, notre action acquiert cette stabilité et cette continuité que l'on nomme caractère."

Clausewitz

 

samedi, 29 avril 2006

Pâques de August Strindberg

 -  C'est vrai, les journées rallongent et les ombres diminuent
-   Nous allons vers la lumière. Elis, crois-moi


Dans une mise en scène de Béla Czuppon et une nouvelle traduction de Terje Sinding
Avec Cyril Amiot, Gérard Bayle, Hélène de Bissy, Marc Pastor, Alice Régnault, Anne-Eve Seignalet
Au théâtre Jacques Coeur de Lattes, avenue Léonard de Vinci, Port Ariane
Du 11 au 13 mai, jeudi à 19 H, vendredi et samedi à 20 H 30
Réservations : 04 99 52 95 00
Tarifs : 14, 9 et 6 €

15:31 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2)

Oublier Barcelone

- Tu te souviens de Barcelone, cette ville cristallise les passions, les extrêmes ? On n’y est jamais retournés ?
-  Trop douloureux, Barcelone c’est une brûlure de l’âme, un voyage à travers la folie…
-  Il y avait les Ramblas, le chant des oiseaux comme une cathédrale, cette ville pousse à la déraison, tu crois qu’elle est encore vivante aujourd’hui ?
-  Et cette prostituée, vieille comme la mort, dans le Barrio Chino  ?
-  C’est comme si on avait pris la réalité en pleine figure tous les deux, on était des enfants, d’un coup on est devenus adultes… C’est l’époque où on a vu le film de Pasolini, Salo ou les 120 journées de Sodome, après rien ne pouvait plus être comme avant…
- Et puis on a regardé de l’autre côté…
-  L’Italie ?
-  Là l’enfance est partout, le baroque est la preuve tangible que le bonheur existe, malgré tout…
-  Et aujourd’hui ?
-  En plein décomposition, il ne reste guère que Venise, où tout flotte, sans murailles la ville a survécu à tout, la décomposition aujourd’hui ne l’atteindra pas… Comme Naples d’ailleurs qui est bien plus ancienne…
- Les peintres…
- Malgré la prolifération des images, c’est leur regard qui nous sauve… Cézanne si tu vas au fond de ses toiles, un autre monde se dessine. Il réunit en lui les vénitiens et les espagnols, comme il l’a dit, toute la peinture s’est retrouvée concentrée à travers lui, un moment, avant la grande déflagration…
- Le XX ème siècle ?
- Feu et sang, Picasso…
- Tout est parti de Barcelone ?
- Oui cette ville a aimanté le siècle…
- Et maintenant ?
- Tout recommencera ailleurs, c’est déjà fait sans doute…
- Alors on y retourne ?
- Légers…

vendredi, 28 avril 2006

Comme nous par nos regards et par nos paroles

medium_cezanne_20_03_.jpg"Les objets se pénètrent entre eux... Ils ne cessent pas de vivre, comprenez-vous... Ils se répandent insensiblement autour d'eux par d'intimes reflets, comme nous par nos regards et par nos paroles."

Paul Cézanne

12:00 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

jeudi, 27 avril 2006

Je suis peintre

medium_cezanne1b.jpgJe suis peintre mais personne ne me connaît ou presque. Le monde m’est toujours apparu si immense, profond et sombre que j’ai préféré rester dans l’ombre. On dirait plutôt que c’est l’ombre qui m’a choisi. Toujours mes actions, mon caractère m’ont poussé hors de cette fausse lumière. Tout ce que je suis, vois, comprends, éprouve, est dans ma peinture et cela a suffi à mon bonheur. Oui j’ai été heureux. Ce que j’ai vu de ce monde ne m’a guère donné l’image du bonheur, aussi j’ai cherché à le poursuivre seul. Une femme et un fils m’ont apporté de grandes joies et finalement mon fils aura été la plus grande, même s’il ne me ressemble pas, s’il est différent, tant mieux après tout. La quête que j’ai poursuivie est celle du mystère de la lumière. La lumière est dans les choses, elle est le cœur de la vie et ne s’éteindra jamais. Oui l’éternité est la permanence de la lumière. Le reste n’est que littérature. J’aime la littérature parce qu’elle raconte le monde, elle dit sa folie, sa démesure. Comme un cercle ce que je cherche c’est le centre, le point nodal. Je crois l’avoir trouvé : il est dans l’éternité que certains appellent « Dieu ». La lumière et donc la peinture en est la traduction, celle que j’ai tentée en tout cas.
Paul Cézanne

Autant d'esprits qu'il y a d'animaux dans la mer

L'homme abrite autant d'esprits qu'il y a d'animaux dans la mer - ils luttent les uns contre les autres pour l'esprit "moi" ; ils l'aiment, ils souhaitent qu'il s'installe sur leur dos, ils se haïssent au nom de cet amour."

Nietzsche

mercredi, 26 avril 2006

Je pense à voir, ce qui est tout autre chose

medium_cezanne19.jpg"C'est précisément parce que Les Joueurs de cartes pourraient être simplifiés qu'ils ne peuvent pas l'être. Cette poche du joueur de droite, trop basse, je la corrige mentalement sans y penser. Ces jambes, sous la table, je vais en faire des représentations de jambes alors que ce sont des sensations de jambes. Le bras du joueur de gauche, je vais le remonter vers son épaule, et j'aurai tort, car ce bras comme extérieur au corps, surajouté à lui, vit par lui-même un long parcours avant d'arriver à ces mains tenant des cartes blanches (elles sont blanches pour dire notamment que le tableau tout entier est une partie de cartes : les toiles de Cézanne ne découlent pas de Descartes, elles sont des cartes, mais ni celles d'un jeu de café ni celles de la géographie). Et voici : la table des joueurs prend soudain son autonomie fabuleuse, le dossier de la chaise du joueur de gauche aussi, le chapeau, la pipe, le fond, tout se met à exister à la fois dans le temps de cette peinture et nul autre. Je renonce donc au grappin optique, à la vulgarité meurtrière du "j'ai vu", en réalité je ne vois déjà plus rien, je pense à voir, ce qui est tout autre chose."

Philippe Sollers, Le paradis de Cézanne

12:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1)

L'acte de voir

medium_cezanne-mt-st-victoire-vue-des-lauves-1902-06.3.jpgL'acte de voir ne se détermine pas à partir de l'oeil mais à partir d'une éclaircie de l'être

Heidegger

Cézanne, La montagne Sainte-Victoire vue des Lauves (19021906)

mardi, 25 avril 2006

P.A.G. à Montpellier

 
Jeudi 27 avril à 19 H à la librairie Le Grain des Mots, 13, boulevard du Jeu de Paume, 34000  Montpellier

Célébration de Pierre Autin-Grenier  pour l'ensemble de son oeuvre
en partenariat avec
le Vin Noir et Thierry Guichard du Matricule des anges

LE VIN NOIR, Caviste

LE GRAIN DES MOTS, La librairie :

LECTURE, RENCONTRE, DEDICACES, DEGUSTATION
avec PIERRE AUTIN-GRENIER, auteur
CHRISTIAN FAURE, vigneron
 
Thierry GUICHARD, journaliste-dégustateur.

Renseignements : 
04 67 60 82 38 
 info@legraindesmots.com
 http://www.legraindesmots.com/

Les grandes baigneuses

medium_cezanne-grandes-baigneuses-1900-05.jpg"Cézanne n'est ni classique, ni romanique, ni moderne. Il salue la beauté sans âge, il sort de l'enfer, il est projeté, instinctivement immémorial, dans un autre rapport à l'être, unique, inhabituel."

Philippe Sollers, Le paradis de Cézanne

Cézannne, Les grandes baigneuses

11:19 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

Pour les dévoiler sans qu'ils s'en doutent

"De la même manière, vous ne parviendrez pas à faire admettre à des subjectivités de plus en plus façonnées par le modèle de la communication répétitive et instantanée, que la langue qu'ils habitent vient de plus loin qu'eux et les traverse physiquement pour les dévoiler sans qu'ils s'en doutent. C'est ainsi que, logiquement, concept a pu devenir un terme de publicité."

Philippe Sollers, le paradis de Cézanne.

lundi, 24 avril 2006

L'indicateur Kafka et autres considérations sur un immense écrivain

medium_franz-kafka-favorite-sister.2.jpg(Kafka avec sa soeur préférée, Ottla)

Une pièce de plus ici sur le procès Kafka, maintes fois évoqué. Ou dans la série "Il fallait bien que ça arrive" ; On apprend ceci sur le blog de François Bon :

Un indicateur surnommé "Kafka" pour mesurer la bureaucratie en France

source : LEMONDE.FR | 13.04.06 | 16h17 • Mis à jour le 13.04.06 | 17h02

Le gouvernement est en train de mettre en place, dans le cadre de ses efforts de modernisation de l’Etat, un indicateur "Kafka" de complexité des démarches administratives, a annoncé jeudi 13 avril le ministre délégué au budget.

"On a emprunté aux Belges quelque chose qu’ils ont mis en place, ainsi d’ailleurs que les Néerlandais, qui est un indicateur qu’on appelle entre nous l’indicateur Kafka", a dit Jean-François Copé lors d’une conférence de presse. L’écrivain tchèque Franz Kafka (1883-1924) a décrit les méandres cauchemardesques d’une bureaucratie absurde - on dirait aujourd’hui "kafkaïenne" - dans son roman Le Procès. Le nouvel instrument, introduit parallèlement aux audits effectués depuis l’automne dans tous les ministères français,"est un indicateur pour mesurer de manière aussi objective que possible les procédures les plus complexes, de manière à les simplifier", a expliqué Jean-François Copé.

Selon son entourage, il essaie par exemple de mesurer la charge que représente pour une entreprise ou un particulier une demande de subvention, d’aide, d’autorisation, etc. "On calcule la charge que cela représente en recherche d’informations, en démarches. Les chiffres varient entre 1 et 100, précise-t-on de même source. Après, on se pose la question de savoir si on peut réduire, si ça a un sens de réduire ou de ne pas réduire un certain nombre de règles." Jean-François Copé a admis que c’était encore un "gadget". "Mais mon idée, c’est qu’on soit capable de faire une espèce de norme de type ISO 9002 sur la complexité des procédures et qu’on ait une vraie classification - telle procédure en fonction du nombre de courriers à envoyer, des délais, ça représente tant sur l’indicateur Kafka", a expliqué le ministre.

Avec Reuters

L'analyse que fait ensuite François Bon n'est pas moins intéressante. Il revient sur la notion d'adjectif déjà abordée ici :

"C’est la version agence de presse pour résumer l’œuvre et la vie de Kafka. D’ailleurs, preuve que c’est vrai, l’adjectif kafkaïen. Et la loi des adjectifs : méandre est cauchemardesque, et absurde la bureaucratie.

Un des plus immenses plaisirs que nous apporte Kafka, c’est pourtant la langue sans adjectif. Un rapport au nom qui rend immensément concrète la réalité appelée par le langage, au point très précis qu’il développe."

(...)

Il n’y a pas de cauchemar dans Kafka. Il y a toucher le monde concret, la table et la fenêtre dans la pièce où là tout de suite on écrit. Il y a le bruit minuscule qui demeure, dans l’infini silence où l’on creuse son terrier. Il y a la très grande sérénité du champion de jeûne.

Les fonctionnaires requièrent donc le nom de Kafka, pour le constat de leur propre encombrement, leur propre incapacité en somme. C’est déjà une insulte : Kafka, c’est une œuvre exceptionnellement réussie, en pleine conscience de son accomplissement (jusqu’où elle bute, ainsi dans la décision de ne pas publier les romans parce qu’ils n’obéissaient pas à une loi linéaire qui lui semblait organique à l’idée même du roman comme genre).

(...)

J’étais justement à lire la très belle traduction par Gérard Macé de Giorgio Agamben, L’Idée de la prose. Agamben revient à la Colonie pénitentiaire, et de l’interprétation considérablement agrandie qu’on peut avoir de ce récit si on considère que l’appareil décrit ici est le langage. Et qu’au bout du compte, lorsque l’officier s’installe lui-même sur la machine, et qu’elle écrit avec ses pointes dans son dos non plus la punition (l’officier n’a transgressé aucun commandement), mais le texte ultime qui régit son fonctionnement, c’est Sois juste. Et que le langage ici n’a plus de contenu ni d’impératif : la machine alors se détruit. Voici la fin de la très brève étude de Giorgio Agamben :

 

Le sens ultime du langage - semble alors dire la machine - est l’injonction « sois juste » ; cependant, c’est précisément le sens de cette injonction que la machine du langage n’est absolument pas en mesure de nous faire comprendre. Ou plutôt, elle ne peut le faire qu’en cessant d’accomplir sa fonction pénale, elle ne peut le faire qu’en se brisant, en assassinant au lieu de punir. De la sorte, la justice triomphe de la justice, et le langage du langage. Que l’officier n’ait pas trouvé dans la machine ce que les autres y avaient trouvé est alors parfaitement compréhensible : à partir de ce moment il n’y avait plus rien à comprendre pour lui dans le langage. C’est pourquoi son expression est restée exactement telle qu’elle était quand elle était vivante : le regard limpide, convaincu, le front traversé par une grosse aiguille de fer.

 

 

jeudi, 20 avril 2006

La tournée internationale passe par Martigues

SAMEDI 22 AVRIL    de 14 à 19 heures  Pierre AUTIN-GRENIER sera à la librairie L'alinéa
12, rue Jean-Roque Quartier Ferrières  à Martigues

Renseignements : 04 42 42 19 03

e-mail : lalinea@wanadoo.fr
site: www.librairielalinea.fr

Les bébés

Dans les bons moments, je suis son bébé, sa poupée, son petit lion, son petit philosophe, son nounours, ou toute autre chose dans ce genre. Les femmes n’aiment ni les hommes ni les femmes mais les bébés : il faut leur offrir ce qu’elles aiment.

Philippe Sollers

mercredi, 19 avril 2006

Le bonheur de Matisse

Vu par medium_bvv_bonheur_matisse.jpgBram Van Velde.

A lire sur le blog de Bona une note sur ce peintre

14:58 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

mardi, 18 avril 2006

Lecture dégustation...

                    LE VIN NOIR, CAVISTE
                                        Avec

         LA LIBRAIRIE  "LE GRAIN DES MOTS"
                                       Organise

      UNE LECTURE, DEDICACE, DEGUSTATION
 
       AVEC PIERRE AUTIN GRENIER, AUTEUR
                                      ET
              CHRISTIAN FAURE, VIGNERON
 
  LE JEUDI 27 AVRIL A PARTIR DE 19 HEURES
        A LA LIBRAIRIE LE GRAIN DES MOTS
                22 BD DU JEU DE PAUME
                          
       A     MONTPELLIER.

A lire aussi de haut en bas

Petit exercice de style ; texte à lire dans le sens normal puis de haut en bas :

Dans notre parti politique, nous accomplissons ce que nous promettons.
Seuls les imbéciles peuvent croire que
nous ne lutterons pas contre la corruption.
Parce que, il y a quelque chose de certain pour nous:
L'honnêteté et la transparence sont fondamentales pour atteindre nos idéaux.
Nous démontrons que c'est une grande stupidité de croire que  
les mafias continueront à faire partie du gouvernement comme par le passé.
Nous assurons, sans l'ombre d'un doute, que
la justice sociale sera le but principal de notre mandat.
Malgré cela, il y a encore des gens stupides qui s'imaginent que
l'on puisse continuer à gouverner
avec les ruses de la vieille politique.
Quand nous assumerons le pouvoir, nous ferons tout pour que
soit mis fin aux situations privilégiées et au trafic d'influences
nous ne permettrons d'aucune façon que
nos enfants meurent de faim
nous accomplirons nos desseins même si
les réserves économiques se vident complètement
nous exercerons le pouvoir jusqu'à ce que
vous aurez compris qu'à partir de maintenant
nous sommes l’UMP, la "nouvelle politique".

11:05 Publié dans humour | Lien permanent | Commentaires (5)

Bienvenue dans le labyrinthe

A voir ici un site ressources sur la littérature française contemporaine, avec notamment toute une liste de blogs et sites littéraires

Parution de : La revue mode d'emploi

Roland Fuentes sur son blog fait une présentation de "La revue mode d'emploi" de Jean-Jacques Nuel, aux éditions L'oie Plate. A lire ici

samedi, 15 avril 2006

Tempo impetuoso d’estate

medium_untitled5.jpgLa nuit, avec ses yeux de masque africain, plombe le ciel. Ville fleuve, embuée dans son liquide initial. Réalité floue, organique...
Antonio Vivaldi, seul à la pointe de la Salute, rêve. Femmes allongées, lascives. Corps huilés. Entremêlements.
Anna Giro trône, au milieu de ce harem. Vibrante, luisante, épanouie. Elle danse, effrontée, provocante, rubans, dentelles. Antonio est là, près d’elle. D’un geste elle l’empêche d’approcher. Bientôt il va l’entourer. Lui, le prêtre roux, au visage si fin, si frêle en apparence. Amant incomparable. Ses doigts sont des caresses. Elle s’envole, l’air épouse ses formes.
Quand il la voit, il entend la musique, elle s’écrit. Staccato, bassons, ombres boisées, legato, violoncelles, effleurements, pizzicato. L’orchestre se déchaîne, déferlement symphonique. Elle ne cesse de tourner. Son rire tinte comme du verre brisé. Angles, replis, détours, promesses, ces gestes, furtifs, accomplis, parlent une langue muette : abandon, luxure, jouissance. Elle sera un jouet entre mes mains tout à l’heure, elle joue à donner cette illusion. La netteté d’esprit cause aussi la netteté de la passion ; c’est pourquoi un esprit grand et net aime avec ardeur, et il voit distinctement ce qu’il aime.
Le maître de musique a vieilli. Du regard il embrasse San Marco, la Riva degli Schiavoni, San Giorgio Maggiore. Nuages menaçants. Domenico Scarlatti l’a initié au jeu de l’astrolabe : Glisser à la nuit tombée, dissimulé dans une barque aux rideaux à peine entrouverts et surprendre les jolies femmes dénudées, au fil des canaux, dans la ville faussement endormie. Elles se sentent observées, feignent le contraire…
En revenant de l’astrolabe, un soir de juin, il a vu Anna pour la première fois. Allure, maintien, clarté du regard. Il a capitulé, sans rémission. Sa peau de velours. Elle ne serait pas une élève de plus pour le maître de chapelle. Parmi cette nuée de jeunes filles qui jouaient de la flûte, de l’orgue, du hautbois, du violoncelle, du clavecin, elle serait une voix.
 Il suffisait qu’Antonio joue du violon et le monde entier s’envolait avec lui. Corps chétif illuminé, déferlement, coup de tonnerre, musique plus intense, terre et ciel enveloppés, déplacés, en transe, pulvérisés. Trilles, brisures, trémolos, sourdines, crescendos. L’envol des oiseaux le matin sur la lagune.
Le lendemain la senora Giro était dans son lit. Le grand Casanova a raison, il faut suivre la Providence. Courir comme des équilibristes sur les fils du destin. J’ai connu la beauté naissante d’une femme, la ville la plus fastueuse du monde, et l’ivresse de la musique, la composition. L’amour ne tourmente que ceux qui prétendent lui rogner les ailes ou l’enchaîner quand il lui a plu de venir voler à eux. Comme c’est un enfant, et plein de caprices, il leur arrache les yeux, le foie et le cœur. Mais ceux qui accueillent sa venue avec allégresse, et qui le flattent et le laissent s’en aller quand il lui plaît, et quand il revient l’acceptent volontiers, ceux-là sont toujours certains de ses faveurs et de ses caresses, et de triompher sous son empire.
Il trouve Giambattista Tiepolo à la Scuola Grande dei Carmini, seul au plafond, terminant une fresque. Les apprentis sont rentrés, lui continue, la tête perdue dans un océan de bleu :
- Que t’arrive-t-il Antonio ?
- Je m’en vais !
- Comment ?
- Je pars définitivement…
Le peintre pose sa palette…
-   Mais qu’est-ce que tu racontes ?
- Oui tu te souviens des problèmes que j’ai ai eu à Ferrare, le cardinal Tomaso Ruffo, il n’a pas lâché prise, il s’est acharné contre moi, ils me surveillent depuis longtemps, un prêtre qui ne dit pas la messe, toutes ces jeunes filles et puis surtout Anna… Un complot, je ne peux pas t’en dire plus, c’est très dangereux ! Je n’ai pas d’autre solution que la fuite.
Tiepolo descend de son estrade en s’essuyant les mains.
-  Tu pars tout de suite ?
-  Oui, il le faut, je voulais seulement te dire au revoir...
-  Quel malheur Antonio ! Pour aller où ?
-   A Vienne, François de Lorraine Toscane y est retourné, il me soutiendra, enfin j’espère… C’est un revers, je dois l’accepter, je n’ai pas à me plaindre, avoir vécu ici avec toutes ces musiciennes à ma disposition, les combinaisons possibles, quel compositeur a eu mieux !
Il s’avance, observe le travail de son ami :
- J’aime ta peinture, Venise est dans le ciel, bien sûr ! ces corps qui s’égaillent dans le bleu, personne n’a eu d’audace comme toi, et les femmes, les femmes ! tu as montré l’amour, la sensualité, tous ses détours, les glissements avec toujours cette envolée, même l’Inquisition ne te rattrapera pas, j’en suis sûr, ils ne peuvent pas comprendre, mais sois prudent quand même ! Finir ma vie dans un pays de glace, de neige, quelle ironie… Allez, il est temps que je parte, adieu Giambattista !
Ils s’embrassent. Le peintre range ses ustensiles, sa journée est finie.
Le ciel se gonfle de nuages. Antonio marche et des mélodies bondissent, ballet incessant dans sa tête. Il entend Anna. Elle n’a jamais été une très bonne chanteuse, mais que sa voix exprimait bien la passion… Une gondole passe avec des musiciens. Il reconnaît ses compositions, sourit. Il s’essouffle. Rentre à l’Ospedale della Pieta.
Soudain l’orage gronde. Tonnerre, rideaux de pluie. La ville est balayée. Il range ses affaires, prépare sa malle. Saisit son violon. Furioso. Attaque un andante. L’archet vole. Peut-être n’a-t-il jamais joué avec autant de véhémence. De passion. Il revoit Anna danser à la lumière de l’âtre, les reflets des flammes sur sa peau ambrée, ses jambes qui n’en finissent pas. C’est pour elle, il donne tout, sait qu’il ne la reverra plus. Il termine par Tempo impetuoso d’estate, son morceau de bravoure, le préféré entre tous.
Moment de bonheur parfait, éclairs fulgurants, avalanches, passage du vent dans les bois, nuages vaporeux, plaines desséchées, torrent qui roule une eau claire et bondissante, carrousel de sons. Toute la vie s’écoule dans ses notes. Elle n’est pas finie, ne finira jamais. Il n’entend même pas l’orage ou plutôt l’emporte avec lui, le mêle à ses gammes. Il y était déjà. Fortissimo. Pluie de lumière, va-et-vient des éléments, rodomontades, musique météore...
Tout s’arrête et puis le ciel, le vrai, dans une pâle aurore, ouvre sa symphonie. Il reste assis, anéanti. La Dogana se colore. L’aube point sur Venise. Il s’assoupit légèrement. Puis il quitte la ville, subrepticement. Devant ses yeux Anna danse toujours.

Un an plus tard, lui le musicien le plus fêté de son temps à Venise, meurt seul et oublié à Vienne. François de Lorraine Toscane est trop occupé par une guerre de succession. A ses obsèques, seulement six porteurs et six petits choristes. Parmi eux, le tout jeune Joseph Haydn. Ensuite, on l’oublie. Jusqu’au jour où, grâce à des recherches sur Jean-Sébastien Bach qui n’avait cessé de transcrire ses concertos pour le clavier, on redécouvre sa musique.

Nouvelle parue dans la revue Poésie Première n° 21, octobre 2001

De Kooning, Untitled V, 1982

15:03 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (3)