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mercredi, 03 février 2010

Madagascar

IMGP0936.JPGMadagascar, ce n’est ni l’Afrique, ni l’Asie. La terre y est rouge. Pas vraiment une île, pas non plus un continent. Dix-huit ethnies la composent. On y parle le français mais surtout le malgache, une langue superbe, sonore, mélodieuse. Il y a des gens riches mais beaucoup de très pauvres. On est dans l’hémisphère sud, et sur les hauts-plateaux, il fait froid en hiver. On y est majoritairement chrétien mais on croit surtout aux ancêtres. On y adore la politique pourtant la corruption est partout. Les gens n’ont presque rien et la solidarité n’est pas un vain mot. Les rites funéraires sont permanents et on y rit beaucoup. On y est sentimental et nostalgique mais souvent implacable avec les autres. Et les gens vous écoutent vraiment. Dès l’arrivée, je m’y suis senti bien. Comme si j’y étais venu dans une autre vie. Je savais qu’une place m’attendait là. Jamais auparavant je n’avais eu ce sentiment. Un je ne sais quoi, l’air que l’on respire, la force des émotions, une intensité, les paysages.

Ici, tout est plus simple et plus vivant, comme remonté d’un autre âge et toujours là, tranquille et posé dans la lumière. Le temps s’écoule différemment, en profondeur. La projection dans l’avenir est inutile, privée de sens. Le présent allégé, se concentre. Madagascar est un pays pauvre, on est sans cesse renvoyé à cette réalité. Mais derrière s’en dissimule une autre. De retour en Europe, la pauvreté, le vide de nos vies, le décalage constant avec la réalité, le spectacle permanent, jaillissent en pleine lumière. Ici, les gestes ont du sens. On lutte d’abord pour survivre.

Malraux a écrit : « Sans doute un jour, devant les étendues arides ou reconquises par la forêt, nul ne devinera plus ce que l’homme avait imposé d’intelligence aux formes de la terre en dressant les pierres de Florence dans le grand balancement des oliviers toscans ». Cette phrase, je l’ai comprise dans la Grande Île. Ici, un je ne sais quoi a eu lieu, il y a  longtemps. Il en reste beauté, dénuement et harmonie. Tout s’éclaire enfin, inscrit dans une perspective. Ce que je cherchais au Mexique, je l’ai trouvé là. C’est absurde, nous avons construit un monde absurde. On peut passer en quelques heures d’une société d’abondance et de faux semblants à ce monde cru, dur, où on se bat à chaque seconde pour sa survie.

Coline et Francis habitent à une douzaine de kilomètres d’Antananarivo, la capitale. On les parcourt à travers des rizières, de belles maisons et des bidonvilles. La foule se presse, à toute heure du jour et de la nuit, autour des échoppes, aux arrêts des taxis-brousse. Les enfants, très jeunes, travaillent au bord des routes, à casser, charrier des pierres, des briques. Des familles entières vivent sans toit, parfois au bord des décharges. Le pays, cette année-là, s’efforçait de donner une image moderne, il organisait les Jeux de l’océan Indien. Au milieu du désordre ambiant, de l’absence d’organisation, surgissaient des affiches clinquantes vantant les mérites du sport et des produits censés le représenter. Alors qu’en Europe, tout le monde ne parle que d’environnement et de sauver la planète, ici le moindre camion ou la plus petite voiture crachent une fumée noire épouvantable qui empuantit l’atmosphère. Et pourtant j’ai trouvé dans ce pays plus de vie qu’en Europe.

 

Raymond Alcovère, extrait de "Le bonheur est un drôle de serpent", vient de paraître, éditions Lucie

vendredi, 12 juin 2009

Home at home !

lavaka_0091.jpgLe film de Yann Arthus-Bertrand à voir en intégralité, superbe !

Photo de Madagascar vue du ciel. Une grande partie de l'île vue d'avion est ainsi recouverte de plaies dues à l'érosion et à la déforestation.

jeudi, 22 mai 2008

C’est un peu plus tard

1121116882.JPGC’est un peu plus tard que Laure m’a fait rencontrer Gilles et Coline, ses amis les plus proches. Gilles était plus âgé que sa femme, elle-même notre aînée. Il avait alors près de soixante ans. Proche de la retraite, il s’était retiré, avec son piano et ses livres près des Cévennes, au Quintanel, un hameau auquel on accède par une route qui ne va pas plus loin. Là-bas, la terre est sauvage et dépouillée. Le hameau, en amphithéâtre, s’accote aux contreforts du Causse. Ethnologue et grand lecteur de Malraux, Gilles avait quitté l’Europe où il s’ennuyait, traversant l’Afrique de part en part avant de poser ses valises à Madagascar. Là il avait rencontré Coline, elle était devenue sa femme. Un de ses grands regrets, avoir raté Mai 68, dans la Grande Ile à ce moment-là. Un peu plus tard, ils étaient venus vivre en France tous les deux, à Paris d’abord puis dans le sud, où longtemps, il avait laissé flotter un drapeau noir face à sa maison. Son obstination à ne pas publier me fascinait.  Il consacrait le plus clair de son temps à lire, écrire, et jouer du piano. Il avait toujours refusé de perdre son temps avec les conventions sociales. Devenu formateur, quelques heures par semaine, il avait ainsi assez d’argent pour vivre et faire ce qu’il voulait. Tout dans sa manière de vivre dénotait un refus du monde, de la vie des marionnettes. Il ne se souciait en rien de ses vêtements, de son image. J’étais jeune, il me déroutait souvent, bien sûr il en jouait, mais je sais maintenant qu’il avait raison ; écrire et peindre sont un même mouvement, une même passion, et la publication ou l’exposition ne sont pas si importants, comme on le croit alors. Parler avec lui c’était prendre conscience de mes limites et commencer d’y remédier. Sans doute, il n’existera bientôt plus de gens comme lui, avec une telle connaissance encyclopédique. Je lui montrais mes dessins, il s’en suivait de longues discussions. Souvent on avait le même humour. Nos histoires étaient si différentes que je m’étonnais de son amitié. Gilles et Coline n’avaient pas eu d’enfant, il aurait pu être mon père bien sûr, il le devenait d’une certaine façon, on en riait. Je me sentais plus libre avec lui qu’avec quiconque. J’imaginais mal qu’il ne laisse aucune trace, que tout ce savoir, son expérience si riche s’évanouissent. Je rêvais de découvrir un jour dans une malle un de ses manuscrits, de le publier et le faire connaître. J’ai même eu l’illusion, de courte durée, qu’il change d’avis à ce sujet. Il parlait souvent de Madagascar, ce pays magique dont il avait appris la langue et où il voulait être enterré. Avec lui je rêvais de Majunga, Farafangana, Sainte-Marie, Diego-Suarez, Fort-Dauphin, Fianarantsoa, Tulear, Foulpointe…

Raymond Alcovère, extrait de "Solaire", roman en cours d'écriture

dimanche, 20 janvier 2008

J’étais plus heureux qu’un dieu

6650a7e835171265d366e402b057e6f2.jpgElle est repartie. J’écoutais les Partitas de Bach, le temps m’apparaissait circulaire. De temps en temps l’alcool m’aidait. Etourdi, je voyais, je sentais presque physiquement l’amour des gens, le sien, le mien. J’étais plus heureux qu’un dieu. Ou bien, ma plume s’épanchait, j’aimais ce sillon tracé, ténu mais inattaquable. Embarqué, avec le sentiment vague que ce chemin mène à bon port.

Raymond Alcovère, extrait de "Solaire", roman en cours d'écriture

Photo : Madagascar, Ile Sainte-Marie, août 2007

vendredi, 09 novembre 2007

Cet exquis mélange

ac02d1f7179279c0506867d886a54c58.jpg« Cet exquis mélange de curiosité et de mélancolie qu’on éprouve les jours où le temps se gâte d’heure en heure ».

Jean Giono – Voyage en Italie

samedi, 14 juillet 2007

Rade Terminus

ebd984048941db7898a93c3e714ef248.gifNous voici avec ce roman de Nicolas Fargues (éditions P A L, dont on sait qu'avec les éditions Nocturnes, elles sont largement soutenues par l'axe Damas, Téhéran, Tripoli) en pleine démoralisation de l'Occident donc ! L'histoire se passe à Diego Suarez, à Madagascar, la deuxième plus grande baie du monde après Rio, ça s'est pour la carte postale, pour le reste c'est un bout du monde, refuge de paumés, de mafieux et autres desperados ; et tous les personnages (la plupart sont blancs) bien sûr sont eux aussi au bout du rouleau ; on est quand même bien loin de Céline, est-il besoin de le préciser, et puis il faut arriver aux dernières pages pour que l'auteur avoue son amour pour Madagascar où il vit (ce sont les meilleures et de loin) ; amusant et instructif donc !