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vendredi, 06 octobre 2006

Vous sentirez la rumeur autour de la tête

C'est un des plus beaux textes écrits sur la peinture,medium_lucretia.jpg Cézanne racontant ses sensations devant un tableau de Véronèse : « Celui-là, il était heureux. Et tous ceux qui le comprennent, il les rend heureux. C’est un phénomène unique. Il peignait comme nous regardons, sans plus d’efforts. En dansant. Des torrents de nuances lui coulaient du cerveau. Il parlait en couleurs. Il me semble que je l’ai toujours connu. Je le vois marcher, aller, venir, aimer, dans Venise, devant ses toiles, avec ses amis ... Tout lui rentrait dans l’âme avec le soleil, sans rien qui le sépare de la lumière. Sans dessin, sans abstractions, tout en couleurs ... On a perdu cette vigueur fluide que donnent les dessous ... Regardez cette robe, cette femme contre cette nappe, où commence l’ombre sur son sourire, où la lumière caresse-t-elle, imbibe-t-elle cette ombre, on ne sait pas. Tous les tons se pénètrent, tous les volumes tournent en s’emboîtant. Il y a continuité ... Le magnifique, c’est de baigner toute une composition infinie de la même clarté atténuée et chaude et de donner à l’œil l’impression vivante que toutes ces poitrines respirent véritablement, mais là, comme vous et moi, l’air doré qui les inonde. Au fond, j’en suis sûr, ce sont les dessous, l’âme secrète des dessous qui, tenant tout lié, donnent cette force et cette légèreté à l’ensemble ... L’audacieux de tous les ramages, les étoffes qui se répondent, les arabesques qui s’enlacent, les gestes qui se continuent. .. Vous pouvez détailler : tout le reste du tableau vous suivra toujours, sera toujours là, présent, vous sentirez la rumeur autour de la tête, autour du morceau que vous étudierez. Vous ne pouvez rien arracher à l’ensemble. »

 

Extrait du "Dictionnnaire amoureux de Venise" de Philippe Sollers ; On pourra consulter aussi le magnifique petit livre de Joachim Gasquet aux éditions Encre marine : "Cézanne"

A lire en intégralité la note de Viktor Kirtov sur Pile-Face ici

Ici : Lucretia
1580
Oil on canvas, 109 x 90,5 cm
Kunsthistorisches Museum, Vienna

mercredi, 04 octobre 2006

Rien de plus apaisant que les fresques de Piero della Francesca

medium_flagellation.2.jpgRien de plus apaisant que les fresques de Piero della Francesca. Comme Cézanne il a poursuivi un chemin solitaire, sans chercher la gloire ni la protection d’hommes influents, préférant la poursuite de l’œuvre aux intrigues du monde. Reste la plénitude, un sentiment d’éternité, l’ensorcellement. Personne n’a imprimé à ses personnages autant de grâce, de sérénité sur les visages, jamais on n’a pu lire une telle absence d’anxiété jusque dans les scènes de violence, de guerre.

Extrait du roman : Le sourire de Cézanne, à paraître

Piero della Francesca, La flagellation

 

lundi, 02 octobre 2006

Vent d'art 2006

medium_396.jpgLes 67 artistes du salon sont heureux de vous convier au Vernissage samedi 7 octobre 19h à VENDARGUES  (Hérault)

en présence de Pierre DUDIEUZÈRE, Maire de Vendargues et Fabrice MALANDAIN, Délégué à la Culture

 à l’honneur : Albert LUZUY, Serge BACOU & Alain JAMIS

 les jeunes du CMJ Vendargues & des étudiants de Montpellier animeront cette soirée en présentant

les créations de feutre de laine de Valérie Vidal, Marjolaine Haslinghuis et du Larron Chaussé.

Et……un portraitiste de talent en action !

 Dimanche 8 octobre 15h/18h : MAKO et ses collages : démonstration

Mardi 10 octobre 20h : conférence informelle de Nicole BOURREAU : « Tout Art est le portrait d’une idée »

 Espace Armingué Avenue de la Gare   du Vendredi 6 au Vendredi 13 octobre

de 14h à 19h et de 10h à 12h et 14h/19h le week-end

Tableau ici : Jacques Fourcadier

Contact : creas@mac.com

dimanche, 01 octobre 2006

Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers

« Quelle chienne de chose que la prose ! Ça n'est jamais fini ; il y a toujours à refaire. Je crois pourtant qu'on peut lui donner la consistance du vers. Une bonne phrase de prose doit être comme un bon vers, inchangeable, aussi rythmée, aussi sonore. Voilà du moins mon ambition (il y a une chose dont je suis sûr, c'est que personne n'a jamais eu en tête un type de prose plus parfait que moi ; mais quant à l'exécution, que de faiblesses, que de faiblesses, mon Dieu !).

Flaubert, A Louise Colet. 22 juillet 1852.

C'est une délicieuse chose que d'écrire !

« J'ai un casque de fer sur le crâne. Depuis 2 heures de l'après-midi (sauf 25 minutes à peu près pour dîner), j'écris de la Bovary. Je suis à leur Baisade, en plein, au milieu. On sue et on a la gorge serrée. Voilà une des rares journées de ma vie que j'ai passée dans l'Illusion, complètement, et depuis un bout jusqu'à l'autre. Tantôt, à six heures, au moment où j'écrivais le mot attaque de nerfs, j'étais si emporté, je gueulais si fort, et sentais si profondément ce que ma petite femme éprouvait, que j'ai eu peur moi-même d'en avoir une. (...) N'importe, bien ou mal, c'est une délicieuse chose que d'écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd'hui, par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après-midi d'automne, sous des feuilles jaunes, et j'étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu'ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s'entre-fermer leurs paupières noyées d'amour. »

Gustave Flaubert

A Louise Colet. 23 décembre 1853.

samedi, 30 septembre 2006

Les Demoiselles, trente ans au fond d'un atelier...

Les Demoiselles d'Avignon ; L'histoire d'un choc, trente ans au fond d'un atelier...

A 26 ans donc en 1906, Picasso décide d’abandonner la peinture réaliste qui est liée à l’apparence extérieure des objets. Picasso entre dans une nouvelle phase marquée par l’influence des arts grecs, des arts africains et de Cézanne (qui meurt en 1906). Il commence à peindre les visages comme si c’était des masques, en géométrisant le réel et en multipliant les points de vue pour représenter un objet. La forme est éclatée en plusieurs fragments pour s’ouvrir dans toutes les directions. La palette cubiste se réduit aux ocres et aux gris. Picasso rencontre Kahnweiler qui sera désormais son principal marchand. Le Cubisme s’inspire de Cézanne et des arts primitifs pour la géométrisation des volumes. Les objets sont fragmentés en plusieurs facettes permettant de les observer sous différents angles. Une figure peut ainsi être vue de profil et de face. Le clair-obscur traditionnel est remplacé par le camaïeu, peinture d’une seule couleur, dont les tons plus ou moins foncés suggèrent le relief.

Les demoiselles d’Avignon

Ce tableau, un des plus célèbres de la période du cubisme, est considéré à juste titre comme le début de l’art moderne. Pour la première fois au monde un peintre a radicalement transformé l’espace pictural. Ce tableau réalisé en 1907 ne sera révélé au public qu’en 1937. En effet en 1907 lorsqu’il dévoile sa toile "des demoiselles d’Avignon" c’est la consternation, le choc. Personne n’aime vraiment ce genre de tableau. Certains disaient de Picasso "quelle perte pour l’art français". Le tableau restera au fond d’un atelier face tourné contre un mur. En 1937 c’est la révélation...

A quel excès se porte le zèle de la religion dans les dames!

medium_picasso.3.jpgIl s'adressa ensuite à un homme qui venait de parler tout seul une heure de suite sur la charité dans une grande assemblée. Cet orateur, le regardant de travers, lui dit: «Que venez-vous faire ici? y êtes-vous pour la bonne cause? - Il n'y a point d'effet sans cause, répondit modestement Candide; tout est enchaîné nécessairement, et arrangé pour le mieux. Il a fallu que je fusse chassé d'auprès de mademoiselle Cunégonde, que j'aie passé par les baguettes, et il faut que je demande mon pain, jusqu'à ce que je puisse en gagner; tout cela ne pouvait être autrement. - Mon ami, lui dit l'orateur, croyez-vous que le pape soit l'Antéchrist? - je ne l'avais pas encore entendu dire, répondit Candide; mais, qu'il le soit ou qu'il ne le soit pas, je manque de pain. - Tu ne mérites pas d'en manger, dit l'autre; va, coquin; va, misérable, ne m'approche de ta vie.» La femme de l'orateur ayant mis la tête à la fenêtre, et avisant un homme qui doutait que le pape fût antéchrist, lui répandit sur le chef un plein . . . O ciel! à quel excès se porte le zèle de la religion dans les dames!

Voltaire, Candide
Picasso, Les Demoiselles d'Avignon