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dimanche, 02 avril 2017

Elle resplendit de son rien

franciscogoya_the_countess_of_chinchon.jpg"La jeune comtesse de Chinchon : déjà ce nom ! Goya l'enveloppe et la fait surgir. Elle est là, dans un fauteuil dont elle ne sortira plus, dans sa robe de taffetas blanche, juste posée dans la soie, petit bout de soulier en bas, comme si elle tirait la langue. Duex bagues, des bras, un coude, une drôle de petite plante verte sur la tête. Ce n'est pas la duchesse d'Albe, dont la nudité peut encore faire rêver des adolescents avisés, mais une curieuse poule aristocratique, à la bêtise inébranlable et sympathique, vive, aigüe, méchante, innocente (petits yeux noirs lumineux tournés vers la gauche). Elle se laisse prendre par son peintre dont elle ignore absolument le génie, il entre dans son bonnet de dentelle, sa nacre, sa chasteté fade, bouclée. Cette comtesse va vieillir très vite, elle ressasse déjà les platitudes de son temps, elle va rejoindre les vieilles sorcières venimeuses et macabres, mais, pour l'instant, elle est sauvée par les conventions, le protocole. Que serait-elle aujourd'hui ? Une petite-bourgeoise, peut-être ministre. Là, elle vaut beaucoup, et elle ne vaut rien. Elle resplendit de son rien."

Goya, La Comtesse de Chinchon

Sollers, Les Voyageurs du temps

12:56 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : goya

samedi, 28 janvier 2017

1984

Goya.jpgSommes-nous entrés définitivement dans l'ère des caricatures, du cauchemar ? L'élection de Trump met en lumière ce qu'on pressentait depuis des années : la bêtise, la grossièreté, l'abjection arrivées au sommet du pays le plus puissant de la planète, devant des opinions publiques médusées et impuissantes quand elles ne sont pas consentantes.... Je relis 1984...
Goya

18:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : goya

samedi, 19 mars 2011

Le plus grand mystère

medium_Goya_muse.jpg« Le plus grand mystère n’est pas que nous soyons
jetés au hasard  entre la profusion de la
matière et celle des astres ; c’est que, dans cette prison, nous tirions
de nous-mêmes des images assez puissantes pour nier notre néant. »

André Malraux

Goya

05:30 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : andré malraux, goya

dimanche, 06 décembre 2009

J’étais peintre

francisco-goya-08.jpgUn peu plus tard, à Montpellier, on est allés écouter le pianiste Alexeï Volodine. Au programme, Schubert, Chopin et Bach. Jeu puissant, raffiné, ondoyant, liquide. Les notes entraient en moi, au point de chasser tout le reste, les scories, les doutes, la fatigue. Je me laissais envahir, j’étais « dans les autres mondes » de Giono… La durée n’existait plus. Un bonheur sûr, placide et total. Bach, sa musique circulaire, enroulée jusqu’à l’infini, virevoltante, libre, profonde comme le dix-huitième. Tout se mêlait dans un ordre plus harmonieux. Ce qui était épars, je devais le rassembler. Un satori. Ma vie allait changer. Je n’avais plus le moindre doute. En fermant les yeux, je distinguais une palette, mes mains s’animaient, puisaient, tournant et retournant la matière. Cette chair du monde, c’était la mienne. Le kaléidoscope éclatait sur la toile. La couleur était en moi, depuis les débuts du monde. Je la tenais, elle m’avait rattrapé. J’étais peintre.

Raymond Alcovère, extrait de "Le Bonheur est un drôle de serpent", vient de paraître, éditions Lucie

Goya, La Forge

samedi, 24 janvier 2009

La Comtesse de Chinchon

Condesa_de_chinchon.jpgElle est là, dans un fauteuil dont elle ne sortira plus, dans sa robe de taffetas blanche, juste posée dans la soie, petit bout de soulier en bas, comme si elle tirait la langue. Duex bagues, des bras, un coude, une drôle de petite plante verte sur la tête. Ce n'est pas la duchesse d'Albe, dont la nudité peut encore faire rêver des adolescents avisés, mais une curieuse poule aristocratique, à la bêtise inébranlable et sympathique, vive, aigüe, méchante, innocente (petits yeux noirs lumineux tournés vers la gauche). Elle se laisse prendre par son peintre dont elle ignore absolument le génie, il entre dans son bonnet de dentelle, sa nacre, sa chasteté fade, bouclée. Cette comtesse va vieillir très vite, elle ressasse déjà les platitudes de son temps, elle va rejoindre les vieilles sorcières venimeuses et macabres, mais, pour l'instant, elle est sauvée par les conventions, le protocole. Que serait-elle aujourd'hui ? Une petite-bourgeoise, peut-être ministre. Là, elle vaut beaucoup, et elle ne vaut rien. Elle resplendit de son rien.

Goya, La Comtesse de Chinchon

Sollers, Les Voyageurs du temps

mercredi, 21 janvier 2009

La laitière

goya-la-laitiere-de-bordeaux580.jpgLa laitière de Bordeaux est un tableau fascinant. On sait qu’à l’époque, de jeunes paysannes venaient des environs apporter du lait en ville. Celle-ci est donc venue, sans doute chaque matin, chez Goya. Elle apparaît recueillie, incurvée, absorbée, nacrée, sur fond de ciel irisée. Elle est très brune et très solide, c’est une annonciation avec ciboire de lait moussant qu’elle apporte, vache sacrée, à son vieux bébé de peintre déjà sourd. Elle est vierge, bien entendu, mais divisée par cette grande avancée de jambes et de cuisses cachées. Attention, très attentive, sérieuse, presque sauvage dans sa tournée. C’est un ange, le ciel l’envoie, comme un caprice de lumière, au milieu des désordres de la guerre, des cauchemars, des tortures, des vampires, des vieilles sorcières édentées. C’est l’éternel retour de la duchesse d’Albe, à l’aube, qu’on a connue autrefois très nue ou très habillée. Elle ne fait que passer chez ce demi-fou, exilé espagnol qu’elle aime, de même que les femmes brunes, d’instinct, n’ont pas manqué de repérer ce jeune Allemand que l’on dit poète. Du vin, du lait.

Extrait de "Les Voyageurs du temps"

Goya, La laitière de Bordeaux