dimanche, 06 janvier 2013

Maigret

12_lesoublies_montage.jpgIl est massif, placide, entêté, rugueux parfois mais détaché, on dirait qu’il survole les situations ; il n’est pas vraiment là, on croirait qu’il rêve ; pourtant son quotidien c’est le tragique, la bassesse de l’existence, mais lui c’est un bloc, une montagne, il trimballe dans tout Paris son allure de promeneur, la pipe à la bouche. Son truc numéro un c’est l’imprégnation, les rues, les bistrots, les loges de concierge. Un commissaire qui fait le boulot d’un inspecteur, aujourd’hui ce ne serait plus possible, il s’agit bien d’un monde révolu. 
Mais quel charme, ce Paris de l’entre-deux guerres ou de l’immédiat après-guerre, qu’il nous fait traverser mieux que quiconque. Simenon a campé là un des personnages les plus attachants de notre littérature, avec sa femme dans son ombre, l'absence d’enfants, et son amour pour les déshérités ; il est capable de tricher devant la loi pour protéger les faibles et les innocents quand ils sont menacés. 
Et puis il y a ce talent inouï de Simenon dans tous ses romans ; en quelques lignes, les premières, il plante le décor, l’ambiance, et il n’y aura pas un seul instant de relâchement jusqu’au bout : « C’était un de ces mois de mai exceptionnels comme on n’en connaît que deux ou trois dans sa vie et qui ont la luminosité, le goût, l’odeur des souvenirs d’enfance. » (incipit de Maigret et les vieillards).

Raymond Alcovère

Article paru dans le Magazine "Autour des auteurs" n° 29, septembre 2012

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