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lundi, 18 septembre 2006

Un simple passager de l’éternel retour du Salut

Dans l’Inde ancienne, le sacrifiant, au commencement du rite qui doit le conduire vers les dieux, dit : « Maintenant, je quitte la fausseté pour aller à la vérité. »

Il fait son travail intense et compliqué de mélodies et de rythmes, il devient un corps-parole, un corps-mélodie, un corps-rythme, de façon à aller, par-delà la mort, dans un monde qu’il se sera fait. Il n’est pas exclu que, pendant son voyage, il tombe sur une déesse « vêtue d’espace », portant au cou un collier de crânes et, autour du buste, des nœuds de serpents. Il n’est pas exclu non plus qu’il apprenne à faire parler et danser les cailloux, les pierres, les rochers. Le voici donc, avec sa poignée d’herbe, allant du profane au sacré.

Pour le retour, il ne va évidemment pas dire, qu’il quitte la vérité pour aller vers la fausseté. Sa formule est délicate et modeste : « Maintenant, je suis seulement ce que je suis. »

Où suis-je ? Qui suis-je ? Un simple passager de l’éternel retour du Salut. Mais oui, du Salut.

Paris, le 30 septembre 118

Philippe Sollers, Une vie divine, fin du livre. D'autres extraits à lire ici