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samedi, 05 mai 2007

A propos des "Nouvelles de la révolte"

(article paru dans le Journal L'indépendant)
NOUVELLES DE LA REVOLTE DE 1907
Difficile pour des écrivains d'aujourd'hui de donner des "nouvelles de la révolte" sans tomber dans l'hagiographie ou le déjà lu. Une quinzaine de courageux ont relevé le défi et, si quelques-uns d'entre eux n'ont pu éviter les clichés convenus qui alimentent depuis un siècle la légende, ceux qui tirent leur épingle du jeu sont les petits malins qui ont habilement contourné le sujet. "Le sucre dans le quart" de René Escudié, "L'agent secret" de Raymond Alcovère où on apprend comment l'écrivain Joseph Conrad a convaincu Ferroul de prendre la tête de la révolte, "Obéissance à la loi" de Francis Zamponi qui établit un lien entre 1907 et Jean Moulin, "Le dernier pour la route" de Serguei Dounovetz qui mêle humour et tragédie, "Epinglé comme un phylloxera vastatrix" de François Darnaudet, polar viticole dans le TGV et "Rouge" de Lilian Bathelot, drame d'une révolte qui couve toujours, sont les réussites de ce recueil.
"Nouvelles de la Révolte, Cap Béar éditions, 229 pages, 14 euros.

samedi, 17 mars 2007

1907...

medium_picasso_avignon_5B1_5D_jpg.jpgC'est l'année de la Révolte des Vignerons dans le Midi, et en même temps, à Paris, Picasso peint les Demoiselles d'Avignon (le tableau ne sera montré qu'en 1937)

« Elles sont là... Formidables, catégoriques, flambantes... Les femmes... Les vraies... Les enfin vraies... Les enfin prises à bras-le-corps dans la vérité d’une déclaration d’évidence et de guerre... Les destructrices grandioses de l’éternel féminin... Les terribles... Les merveilleusement inexpressives ... Les gardiennes de l’énigme qui est bien entendu : RIEN ... Les portes du néant nouveau ... De la mort vivante, supervivante, indéfiniment vivante, c’est son masque, c’est sa nature, dans la toile sans figure cachée du tissu... Pas derrière, ni ailleurs, ni au-delà... Simplement là, en apparence... jouies, traversées, accrochées, écorchées, saluantes et saluées, posantes, saisies par un professionnel de la chose... Un des rares qui ait eu les moyens d’oser... Le seul au XY" siècle à ce point ? Il me semble... À pic sur le sujet... Exorcisme majeur. » Les Demoiselles d’Avignon. Quel tableau... Comme c’est risqué, frappé ; comme c’est beau... Comme il fallait en vouloir pour faire ça, avoir envie de tout défoncer, de passer une bonne fois à travers le miroir et le grand mensonge. À travers tous les « il était une fois ». Comme il fallait être seul, séparé de tout, et en même temps sûr de sa force, de l’explosion imminente du fatras, de la croûte antérieure, précieuse, accumulée. Surface idéalisée, falsifiée, frivole, couche épaisse de projections molles, de sperme cent fois moisi, de psychismes usés, de clichés... Toute la cocotterie et la pruderie du XIXe, les ombrelles, les robes à volants, les intérieurs protégés... Comme il fallait parier sur son expérience dé jeunesse (il a vingt -six ans), Sur la joie de la prostitution gratuite pour soi seul, pour celui-là seul, l’élu, le protégé de ces dames... Sur la nudité fouillée, sans appel. " L’Olympia, veuve horizontale sur son divan ; Les Demoiselles, célibataires verticales ... Du cercueil blanc-rose à la mort debout...

Extrait de "Femmes" Philippe Sollers, 1983