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samedi, 14 janvier 2023

Ricardo Almotasim

doublesJe rencontrai Ricardo Almotasim à la revue. On avait concocté un numéro spécial sur lui, et de passage à Paris, il avait accepté de venir au bureau pour une interview. Tout fut décidé très vite, et au grand dam de mes deux associés, je me trouvais seul disponible ce jour-là. J’avais de la chance : Il arriva en fin de matinée et était libre jusqu'au milieu d’après-midi. J'installai le magnétophone et commençai l'interview.
Almotasim paraissait fatigué. Malgré une évidente bonne volonté, il répondait presque mécaniquement aux questions que j'avais soigneusement préparées. Au bout d'une heure, il n'avait rien dit que je ne savais déjà.
Son histoire s'articulait autour de la résistance au franquisme, dans la clandestinité, dont il avait été un des membres les plus actifs et les plus influents. Romans, essais, pamphlets, s'étaient succédé pendant cette période où sa notoriété n'avait cessé de croître à l'intérieur comme à l‘extérieur.
Il symbolisait l'Espagne d'aujourd'hui, celle du changement. Il était un de ses écrivains les plus connus. Il n'avait pas cherché à en profiter outre mesure, n'ayant brigué aucun poste ministériel, se contentant d'enseigner dans un lycée des environs de Madrid. Afin de mettre un terme à ce qui n'apportait strictement rien ni à l'un ni à l'autre, j'arrêtai l'enregistrement et lui proposai d’aller déjeuner.
— Vous avez une voiture, me demanda-t-il ?
— Oui, pourquoi ?
— Voyez-vous, depuis que je suis redevenu un homme libre, à chacun de mes passages à Paris, j'étais pressé par le temps, j'avais beaucoup de rendez-vous, je n'ai jamais eu le temps de faire ce que je voulais…
— De quoi s'agit-il ?
— Vous allez trouver ça ridicule, mais voilà : quand j'étais enfant, c'était en 1936, je suis venu ici avec mes parents, c'est d'ailleurs à notre retour en Espagne que mon père a été assassiné. Nous ne sommes pas restés longtemps, mais j'aimerais refaire, si vous voulez m'accompagner bien sûr, l'itinéraire que nous avions suivi en arrivant, pour autant que je m'en souvienne…
Nous voilà partis. En fermant le bureau, j'y laissai le magnétophone...
 
Raymond Alcovère, début de la nouvelle "Ricardo Almotasim", extraite du recueil "Doubles", vient de paraître.
Commande auprès de l'éditeur :
138 pages au format 10x15 ; 9 € (3,5 € de port ; prix forfaitaire quel que soit le nombre d'exemplaires)

12:14 Publié dans Doubles | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : doubles

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