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jeudi, 15 décembre 2016

Grèce


Roman de romans, Grèce« Les européens et les Occidentaux situent toujours le mystère dans les ténèbres, dans la nuit, cependant que nous, les Grecs, le situons dans la lumière qui est pour nous quelque chose d’absolu » : Odysséas Elytis. On peut parler du miracle grec ; une expérience humaine unique et inégalée est passée là. Leurs dieux descendaient souvent parmi les hommes en se métamorphosant en eux, si bien qu’on pouvait à tout moment se demander si on n’avait pas un immortel devant soi, ce qui fait dire à Nietzsche : « Dès que n’importe quel arbre peut parler une fois en tant que Nymphe ou dès qu’un dieu sous l’aspect de taureau peut emporter des vierges, dès que la même déesse, Athéna peut être vue pendant qu’elle traverse sur un beau char les marchés d’Athènes –c’est ce que croyait l’honnête Athénien – alors à n’importe quel moment tout est possible, comme dans un rêve. »
La Grèce c’est Ulysse ; le plus énigmatique des héros ; alors qu’une éternité de délices lui est offerte, il n’a qu’une idée, rentrer chez lui. Il y parviendra par la ruse – il est l’homme aux mille tours – aidé par une déesse, Athéna, qui lui fera cette déclaration d’amour stupéfiante : « Toujours et partout, quand nous devrons agir, je serai près de toi, sans te manquer jamais. » Yannick Haenel, dans Cercle, fait dire à un de ces personnages : « S’il refuse d’être immortel, c’est parce qu’il veut continuer à tout vivre, à sentir dans son corps l’illimité des sensations. S’il acceptait d’être immortel, il vivrait dans un oubli parfait. Et lui, il ne veut pas perdre la mémoire. Il veut garder la mémoire des choses prochaines, celles des contrées inconnues qui l’attirent. Il veut vivre le temps, continuer à sentir passer dans son corps l’angoisse et la joie, le péril, le repos, le hasard des occasions. Et puis RACONTER. Car seul le récit est infini et il le sait. »
Nikos Kazantzakis a écrit avec Alexis Zorba un livre magnifique : « Mer, douceur automnale, îles baignées de lumière, voile diaphane de petite pluie fine qui couvrait l’immortelle nudité de la Grèce. Heureux, pensais-je l’homme à qui il est donné, avant de mourir, de naviguer dans la mer égéenne. Nombreuses sont les joies de ce monde – les femmes, les fruits, les idées. Mais fendre cette mer-là, par un tendre automne, en murmurant le nom de chaque île, je crois qu’il n’est pas de joie, qui, davantage, plonge le cœur de l’homme dans le paradis. Nulle part ailleurs on ne passe aussi sereinement ni plus aisément de la réalité au rêve. On dirait qu’ici, en Grèce, le miracle est la fleur inévitable de la nécessité. »
Extrait de Roman de romans, Raymond Alcovère, vient de paraître
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