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lundi, 21 septembre 2020

Jetée d’étoiles dans le ciel bleu nuit

EhPBtjqWAAAOzan.jpgGaétan a travaillé tard. Quatre heures du matin, il n’a pas sommeil. Plutôt envie d’aller manger à L’Escargot près de la gare. Fêtards en fin de soirée et travailleurs matinaux s’y croisent, en un savant mélange. Un endroit en suspension, hors du temps, ou au centre plutôt. Un peu son état après une soirée de travail. Lui, de quel côté est-il ? D’aucun, tant mieux ! Agréable de ne penser à rien, de mener une vie presque animale, acheter le premier journal du matin. Nuit claire, temps radouci. Instant magique juste avant le sommeil où l’esprit se promène libre, sans attache, éloigné des pesanteurs de la journée.
Jetée d’étoiles dans le ciel bleu nuit. Il fait presque toujours doux à Montpellier. Soudain il comprend à quel point il aime cette ville. Pas de façon exclusive, mais à cause de son ouverture, de sa légèreté, cette façon de ne pas être vraiment à soi. Rien de pesant, de trop enraciné ici.
Il retrouve son quartier, Les Halles Castellane, en pleine effervescence. Le moment idéal pour aller dormir, dans une aube lilas. Une dernière pensée vers Léonore, un sourire sur les lèvres. Respecter sa solitude, sans cela, il n’y a rien. Cette image de lui-même, rassurant et protecteur, lui plaît.
Une semaine plus tard, la chair de Léonore bien présente, chez lui. Le feu crépite dans la cheminée. Gaétan contemple son corps endormi pigmenté de rouge par les reflets incandescents.
Son regard est si intense, scrutateur, gourmand, qu’il craint de la réveiller. Elle est sublime, dos nu jusqu’aux reins, on devine l’arrondi des hanches. La dénuder complètement, il en a furieusement envie. Il dévoile les fesses, les cuisses. Clarté rougeoyante. Pas un pouce de son corps qu’il ne vénère. Le monde s’arrête d’être multiple, il s’est envolé, résumé en elle, sa chair.
Il n’aime rien tant chez les femmes que l’effet du repos sur le visage, le relâchement, cette grâce dans l’abandon. La sensualité, visible, palpable, dans le granulé de la peau, les lignes du geste inachevé, la respiration du sommeil. Certaines femmes laissent flotter cette ondulation en permanence autour d’elles, à la lisière. Alors, la rudesse du monde s’estompe. Il éprouve de la fierté à la contempler dans son lit, avec le sentiment du devoir accompli. Plaisir âcre, puissant, paisible.
Raymond Alcovère, Le Sourire de Cézanne, roman, extrait, N&B éditions, 2007

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