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mardi, 22 avril 2008

Je me demande comment j'ai pu vivre jusqu'à aujourd'hui

13947564.JPGJe me demande comment j'ai pu vivre jusqu'à aujourd'hui. Le temps est long, les instants innombrables, inamovibles, ne s'arrêtent jamais, défilent lentement sur l'échelle des heures. Qu'ai-je fait de ma vie ? Je l'ai  aimée, bien sûr, comme la  seule  chose qui soit. Et encore... Au volant de ma voiture, aujourd'hui, entre chien et loup. L'autoroute est rectiligne, presque personne, la musique bourdonne, gobe les kilomètres. “Got a sweet black angel “. J’ai  peur aujourd'hui, peur d'être devenu un homme efficace, rationnel, posé, méticuleux. Chacun est à sa place, je le vois bien, il y a une logique dans les choses, si peu de folie. La décrépitude doucement, déjà quelques signes avant-coureurs. Peut-être ai-je déjà atteint le sommet, le début de la pente descendante. Maintenant tout va s'effilocher, doucement s'évanouir. C'est biologique. “Got upon my heart”... Insensible  accélération de la vitesse, du volume sonore. Je suis en pleine possession de  mes moyens.  Qu'est-ce qui m'attend ? Les amis qui s'en vont, les corps qui se fanent,  les souvenirs... Tombée de la nuit. Le vent a poussé les nuages vers le couchant. Crescendo de musique. Des camions, longs stylets gris, s’effilochent sur le ruban de l'horizon. La mer est là, proche, ses effluves, vitres ouvertes... J'accélère toujours, les souvenirs accourent, pluie drue, précipitation.

Ce rêve, une nuit qui n’en finit pas, ne se termine pas par une aurore vague, le grand réveil de la vie, matutinale, fébrile, industrieuse... Plutôt rouler, toujours plus vite, avec la musique, légère ou opaque, peu importe. Jauge près de zéro. Plus envie de m'arrêter. Au loin, comme une station orbitale, une station-service, tous feux allumés dans la nuit vide, ouverte. Est-ce le début ou la fin ?

 

Raymond Alcovère, Extrait de "Fugue baroque", roman, éditions n & b, 1998, , prix de la ville de Balma(début du roman)

Photo de Gildas Pasquet

Commentaires

C'est drôle...
Comme ce texte sonne dans mes pensées du moment.
Un réconfort.

Écrit par : S. | mardi, 22 avril 2008

La récompense, après avoir tant souffert, est qu'à la fin on meurt comme un chien.

Cesare PAVESE.

Écrit par : P.A.G L'Ami du Désastre | mardi, 22 avril 2008

Le ciel suinte tranquillement, dans la perfection plate de ses gris. Le chien ne veut pas sortir. Le jour ne veut pas se lever. La rue vomie ses voitures. Sur la route, j'écoute un folk froid. Il faudrait rouler longtemps en écoutant Syd Barrett ou Elliott Smith, vider le réservoir sur un terrain vague et fumer en regardant les essuies-glaces. La perfection des essuies-glaces...


bel échos entre ces deux textes non?...

Écrit par : thomas | mercredi, 23 avril 2008

Oui, les essuie-glaces m'ont toujours fait beaucoup rêver ! Le lien le marche pas Thomas, lequel est le bon ?

Écrit par : Ray | jeudi, 24 avril 2008

vla le bon...

et que la sainte pute vierge bénisse tous les essuie-glaces solitaires du monde!

Écrit par : thomas | jeudi, 24 avril 2008

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