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mercredi, 15 avril 2020

La Lettre

Miro.jpgRichard Madden, l’écrivain célèbre, loue chaque année un chalet dans le Jura suisse, seul, isolé, afin de travailler en paix. C’est une région plutôt désertée des touristes, surtout au début décembre. Il descend seulement à la ville une fois par semaine, pour faire des courses.

Au moment de rentrer ce jour-là, il rencontre un employé des postes. Un courrier d’Amérique du Sud vient d’arriver pour lui. Sur le chemin du bureau, il entre dans une boutique, croise des connaissances, s’arrête boire un verre. Au bout du compte, il quitte la petite ville une heure plus tard que prévu.

Les premiers flocons de neige apparaissent alors qu’il prend la route. Il n’y a pas grand risque, son chalet n’est qu’à une douzaine de kilomètres. Pourtant le temps change vite en cette saison. Déjà, les flocons s’épaississent puis une bourrasque se lève. En quelques minutes, une tempête de neige s’abat sur la montagne : un véritable blizzard.

Dans un des derniers virages avant le chalet, la voiture de l’écrivain dérape, et après un tête à queue, plonge dans le ravin, près de cent-cinquante mètres plus bas. Le lendemain, on découvre l’épave de son véhicule, son cadavre déchiqueté, et dans ses affaires, cette lettre :

Mon cher Richard,

Tu dois être étonné de recevoir aujourd’hui de mes nouvelles après tant d’années de silence et mon brusque départ, il y a sept ans. Je pense, qu’après avoir lu cette lettre, tu en comprendras mieux les raisons.

Tu n’as pas oublié, j’en suis sûr, “ nos jeunes années ”. On écrivait tous les deux, surtout des contes fantastiques, c’était notre passion. Ton écriture a évolué, tu as connu le succès, je t’en félicite.

Quant à moi, il en a été tout autrement. J’ai été, tu t’en souviens, accablé de malheurs. Hélène que j’aimais, a disparu. J’ai perdu de nombreux amis. Ennuis matériels et revers de fortune se sont succédé, jusqu’à ce jour – quel terrible jour, je me demande encore comment j’y ai survécu – où j’ai compris que toutes ces catastrophes étaient écrites à l’avance dans mes propres contes. J’avais donc sans le vouloir le pouvoir d’anticiper les événements, de les prévoir, alors qu’en laissant aller mon imagination, je croyais seulement écrire des fictions. Malheureusement, c’était à mes dépens ou à ceux de mes proches.

J’ai alors longuement réfléchi, tourné le problème dans tous les sens, et, la mort dans l’âme, pris une décision, ou plutôt deux, pour faire cesser cet enchaînement implacable. D’abord brûler tous mes écrits et ne plus jamais écrire une seule ligne.

Ensuite – je ne sais pas laquelle des deux résolutions a été la plus difficile à prendre, voilà sans doute pourquoi j’ai pris les deux en même temps – partir sans laisser d’adresse, changer complètement de vie, ne plus jamais revoir mon entourage. C’était terrible, mais je ne pouvais plus supporter de semer la mort et les catastrophes autour de moi.

J’ai donc « refait ma vie », comme on dit, loin d’ici. Ce fut très dur au début comme tu peux l’imaginer, puis un jour chassant l’autre… Aujourd’hui je ne me plains pas, je crois avoir trouvé un nouvel équilibre. Et puis surtout, le remède a été efficace ; plus aucun malheur ne m’est arrivé, en tout cas que je n’ai anticipé dans mes contes.

Ainsi, peu à peu, j’ai repris confiance dans l’existence. Même si, plus d’une fois, l’envie m’en a pris, j’ai tenu bon, et n’ai plus rien écrit depuis mon départ de France. On n’est jamais trop prudent.

Il m’arrive aujourd’hui de trouver tout cela ridicule, de me demander si ce n’est pas un mauvais rêve. Pourtant, peut-être ne l’as-tu pas oublié, mon imagination était foisonnante à l’époque. Je me demande où j’allais chercher tout ça ! Comme ce conte où j’imaginais les destins croisés de deux amis écrivains. L’un connaissait le succès, l’autre pas. Ce dernier, inconsciemment, provoquait par une série de hasards la mort de l’autre. Où va se nicher l’imagination ?

Ce passé est révolu maintenant, j’ai fait une croix dessus, et c’est un grand soulagement ! Voilà pourquoi je me suis permis de reprendre contact avec toi.

J’espère que cette lettre te trouvera en bonne santé et que nous aurons l’occasion peut-être de nous revoir un jour prochain, si tu le souhaites bien sûr…

 

Ton dévoué

Richard

Raymond Alcovère

11:38 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelle, la lettre

mercredi, 04 janvier 2017

Voir ici un court-métrage réalisé à partir de ma nouvelle : La Lettre

Par des étudiants en 2ème année en DUT MMI (Métiers du Multimédia et de l’Internet) de Nancy

La lettre

 

18:53 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la lettre